13/02/2016
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Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le grand Concile de l’Eglise orthodoxe

Archimandrite Basile (monastère d’Iviron, Mont-Athos) sur le grand Concile de l’Eglise orthodoxe

L’archimandrite Basile (Gondikakis)  du monastère d’Iviron, Mont-Atho, a publié, sur le site Internet Romfea.gr un long article à propos du grand Concile convoqué du 16 au 27 juin.

“D’un grand concile en préparation, il en est question depuis plusieurs décennies. D’aucuns préfèrent qu’il ne se tienne pas. D’autres s’interrogent sur son appellation ou sur les thèmes qu’il doit traiter.

Le grand et saint devoir des orthodoxes, ce n’est pas simplement de faire quelque chose, mais de manifester la richesse de la grâce que nous vivons liturgiquement dans l’Eglise. Ceci demeure inaliénable, même si l’univers est ébranlé et les montagnes déplacées au cœur des mers.

L’Eglise orthodoxe a conscience d’être l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Ce n’est pas une simple prétention, mais une bénédiction qui vient du sacrifice du Dieu-Homme sur la Croix, qui aboutit à la Résurrection. Et du sacrifice des saints qui suivent son exemple. Ils forment son corps. Ils constituent l’Eglise, tel le peu de levain qui fait lever notre pâte terrestre (1 Cor. 5,9).

L’exhortation du Seigneur est claire : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix » (Mc 8,34). Et « Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Lc 14,27).

Je vous ai donné un exemple. Qu’il vienne à moi celui qui le désire. Portez votre croix et suivez-moi, sans avoir de grief à l’égard de quiconque. Mais « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent … » (Lc 6, 27-28).

L’Eglise est le Dieu-Homme Lui-même. C’est là l’événement qui nous maintient en vie. La question n’est donc pas de savoir comment nous allons apporter des solutions à des problèmes [« à la manière du monde » (Jn 14,27)], mais de laisser se manifester la manière dont le Seigneur, qui vit en nous, résout les problèmes. Lorsque cela s’accomplit, la sérénité règne sur tous.

Personne ne peut résister au Dieu-Homme qui ne provoque personne mais qui Lui-même « supporte tout » pour le salut de tous.

Il vient pour se sacrifier par amour pour ses amis.

Ce ne sont point ceux qui L’aime qu’Il considère comme ses amis, mais bien ceux qu’Il aime Lui. Il les aime tous, et ceux qui le renient, le haïssent et le crucifient. Telle est la révolution de l’amour, « la seule nouveauté sous le soleil » (St Jean Damascène).

Il sait qu’au fond tous L’aime et L’attendent. Il n’y a pas d’autre salut en dehors de cet amour unique qui a tout créé. Qui supporte tout pour le salut de tous. Il n’y a pas d’amour plus grand que cet amour.

Il ne se plaint pas parce qu’ils ne font pas montre de compréhension. Il sait ce qui se passe en eux ; comment ils considèrent la vérité et le mensonge, comment ils se voient eux-mêmes et voient les autres. C’est Lui qui porte tout le poids.

Si certains, dans un concile, parlent en s’appuyant sur leur propre sagesse et leur intelligence, ils entraînent les autres à agir de même et si, avec leur sagesse et leur intelligence, ils promeuvent leurs positions, mettent en avant leur supériorité et s’imposent, alors nous vivons la réalité de la querelle. Nous demeurons dans le champ de la corruption et nous redonnons vie au conflit connu et stérile (qui soumettra qui).

Lorsque nous demandons que soit faite la volonté de l’Un, pas la nôtre, il en va autrement.

Si ma dernière parole et mon désir se trouvent dans la demande : « Que se réalise non point ma volonté mais la Tienne » (Lc 22,2), alors je suis serein. Je gagne en force. Je transmets aux autres la paix. Et même si certains veulent me frapper pour n’importe quelle raison et de n’importe quelle manière, ils me font du bien. Ils m’aident à connaître la volonté de Dieu le Père. Et aussi de passer outre à ma propre opinion, relative et inefficace.

Dès lors, dans le premier cas, celui où je veux faire ma volonté, je manifeste ma faiblesse et je me jette dans la prison de ma condamnation.

Dans le second cas, celui où je demande que la volonté de Dieu soit faite, je me revêts d’une autre force et je transforme tout un chacun, que je le veuille ou non, en collaborateur qui contribue à l’œuvre unique du salut du monde entier.

L’Eglise n’est pas de ce monde, mais elle vient lui donner le témoignage de la vie et du royaume à venir. Ceci se réalise car elle ne fait pas sa volonté mais celle du Père céleste. D’emblée cette obéissance définit la raison et le mode de son existence.

La Vierge Marie, lors de son entretien avec l’archange Gabriel de l’’Annonciation aboutit à : « Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1,38). Et elle est manifestée comme Mère de Dieu.

Jésus, à Gethsémani, clôt sa prière en disant : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise » (Lc 22,42). Et il vainc la mort par la mort.

L’Eglise demande chaque jour avec la prière dominicale « que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel » (Mt 8,10) et elle chemine vers la plénitude des choses dernières. « Que ta volonté soit faite » est l’aboutissement d’un combat personnel. Et le début d’un cheminement avec une autre force invincible.

Nous vivons la réalité qui naît de l’obéissance à la volonté divine. « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné de surcroît » (Mt. 6,33).

Ici se trouve la primauté. Nous recherchons une chose, et toutes les autres suivent.

Tous les problèmes sont résolus bien qu’ils semblent insolubles. Car le Seigneur ressuscité se trouve parmi nous, Lui qui nous communique la grâce de la divinité trinitaire.

Il ne nous abandonne pas comme des orphelins, sans la présence de l’Esprit Saint ; ni ne résout les problèmes de manière mécanique, en sous-estimant notre existence.

Le grand devoir des orthodoxes n’est pas de tenir ou non un concile général. Mais de laisser se manifester le concile perpétuel du ciel et de la terre, que nous vivons liturgiquement comme mystagogie théologique. Et c’est un don de l’incarnation du Verbe de Dieu ainsi que de la présence du Saint Esprit qui construit tout l’édifice de l’Eglise.

Il n’y a pas un mode d’existence propre à la divinité trinitaire et un autre mode qui serait propre à l’unité ecclésiale. « Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi, afin que tous soient un » (Jn 17, 21).

L’Eglise n’a pas un mode d’existence différent de son enseignement ou de sa théologie. Son mode d’existence manifeste la source de sa vie et proclame sa théologie. La théologie est un témoignage de foi. Et l’Eglise, l’affirmation que Dieu aime le monde.

Le mode de vie de l’Eglise ne diffère pas du mode de vie de chaque croyant. Tout comme dans la vie de l’Eglise la Pentecôte est « l’ultime fête et l’accomplissement de la promesse » et le jour de la naissance de l’Eglise, ainsi aussi dans la vie du croyant, les vertus ne sont pas le but mais bien l’humilité, qui naît des vertus, qui attire la grâce de l’Esprit Saint (Abba Isaac le Syrien). Les véritables saints, par l’humilité, deviennent dignes de vivre la liberté du siècle à venir tel un jour de naissance.

Au jour de la Pentecôte, nous avons le premier concile liturgique, la création de l’Eglise, l’illumination du Saint Esprit sur chaque apôtre.

Tous se mettent à annoncer les paroles étonnantes, les enseignements étonnants, les doctrines étonnantes de la Sainte Trinité (Matines de la Pentecôte). Ces choses étranges et étonnantes sont familières et intelligibles. Tous sont en paix et se nourrissent spirituellement. Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa propre langue.

Avec Babel, l’audace de la construction d’une tour qui s’élèverait jusqu’au ciel, a amené la confusion des langues et la séparation entre les hommes. A la Pentecôte, les langues de feu unifièrent les peuples pour la connaissance divine.

« Jadis, en punition, fut abrogé le mutisme ; maintenant est renouvelée l’harmonie pour le salut de nos âmes » (Matines de la Pentecôte).

L’Orthodoxie est une bénédiction pour tous, par-dessus les paroles et les pensées. « Pure Mère de Dieu, ton miracle s’élève au-dessus de la force des paroles » (Office de la Dormition).

Dans sa vie liturgique, elle a incorporé la vérité tout entière du Dieu-Homme ; l’incarnation, la croix, la résurrection, l’ascension. Ceci tu le discernes sur le corps transfiguré de son existence.

Toute chose est transformée par la grâce divine : la théologie des théologiens, l’iconographie des peintres d’icônes, la mélodie des compositeurs, la vie des fidèles. Cette divine transformation, comme conséquence de la constitution trinitaire de l’Eglise, convainc ceux qui ont soif de la vérité que Dieu n’abandonne pas mais aime le monde, comme Il aime son Fils unique.

L’Eglise orthodoxe chemine dans l’histoire comme le Christ ressuscité épanchant la paix et l’allégresse.

Tu dois te sentir affamé et assoiffé pour les choses éternelles et indifférent aux choses éphémères. Alors tu Le verras comme Dieu parfait et homme parfait qui te conduit vers la plénitude de la vie d’ici-bas et à venir.

« Le Verbe que rien ne contient était tout entier dans le monde d’en-bas sans avoir quitté celui d’en-haut. Car ce qui se produisit ce fut une condescendance divine, point un déplacement dans l’espace » (Hymne Acathiste).

Il nous offre ce qu’il est. Il nous élève là où il se tient.

Tel est le principe de la théologie. Ce n’est pas un « déplacement dans l’espace » que tu peux suivre par les sens, contrôler par la pensée et régler par ta volonté. Mais une « condescendance divine » qui transforme et transfigure ta vie.

La condescendance divine t’offre la bénédiction de l’ascension que l’on atteint par la grandeur de l’humilité.

Il est Dieu parfait et devient homme parfait. Il n’apporte pas quelque chose de relatif et éphémère parmi les choses que nous avions, mais quelque chose de divin, éternel et accompli dans l’Esprit. « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre » (Lc 12, 49).

Tel est le nouveau mode qui apporte la vie et la paix dans le monde. Chaque saint authentique, par l’humilité et la grâce de l’Esprit, est une visite divine et une consolation pour tous les faibles.

Le Seigneur descend à notre niveau. Il parle notre langue. Il entend la peine et résout nos problèmes. Rassasie notre faim. Ressuscite nos morts. Nous console.  Guérit nos maladies. Nous libère des esprits impurs.

Il ne reste pas là. Il descend dans l’Hadès. Abolit la mort. Relève tous ceux qui se sont endormis. « Et il n’est plus de mort au tombeau » (Homélie pascale de Saint Jean Chrysostome).

Tous Il nous unit dans l’espace infini de la liberté du siècle à venir.

Après la Passion et la Résurrection, il trouve les apôtres apeurés, enfermés dans des lieux étroits. Il leur accorde la paix et la joie. Ils le voient et se réjouissent. Ils croient pour L’avoir touché (Lc 24, 39).

Ils croient pour l’avoir vu (Jn20,29). Ils croient car ils sont vivants (Jn 14,19). Ils restent constamment ensemble. Il les envoie dans le monde pour prêcher l’Evangile.

Dans la Divine Liturgie, ils trouvent l’Eglise comme une théophanie incarnée. Dieu « s’est manifesté dans la chair …, Il s’est élevé dans la gloire » (I Tim. 3,16). Et Il demeure sans cesse avec nous par l’Esprit Saint.

Il est venu et nous a visités. Il est parti et alors Il s’est manifesté. Sanctifiés l’arrivée et le départ, l’incarnation et l’ascension, la présence et l’absence.

Lorsque tu demandes que sa volonté soit faite, une lumière intemporelle illumine ta vie. Qui abolit les séparations et les distances. Au milieu de la houle des problèmes, tu entends le Seigneur qui dit : « C’est Moi. Ne craignez point ».

La sérénité se déploie autour de toi et en toi. Pour rien tu ne t’inquiètes. Tu as confiance dans son amour. C’est Lui ta vie et la vie de tous.

Ce qui est mensonger est troublé et infondé car il recherche ce qui est à lui et non ce qui est au grand nombre afin qu’ils fussent sauvés. Ce qui est vrai est serein et tout-puissant, car il naît du sacrifice de tous.

Le croyant a conscience de sa propre faiblesse et de la force de l’amour du Fort. Il ne s’interroge pas sur la façon dont les choses vont évoluer, car en vivant en Christ il se trouve au commencement et à la fin de la création.

Dans l’Eglise nous ne commémorons pas des événements historiques, mais nous vivons liturgiquement le salut qui par Jésus-Christ est venu et qui vient. Tous sont présents. Le ciel et la terre se réjouissent ensemble.

« Maintenant les Puissances célestes invisiblement célèbrent avec nous … Voici que s’avance, escorté, le sacrifice mystique, parfait » (Liturgie des Saints Dons Présanctifiés).

Il est escorté et entouré par ceux qui se sont endormis dans la foi, Ancêtres, Pères, Patriarches … et tout esprit juste.

Sont présents tous ceux qui sont authentiques, qui ont été sanctifiés en s’offrant tout entiers au Dieu de l’amour.

Tu vis dans un monde inaliénable et tu envisages autrement les choses altérées.

Lorsque l’Eglise se rassemble, « toute chair humaine fait silence » (Divine Liturgie du Grand Jeudi). Et l’on entend le Verbe de Dieu incarné par l’Esprit Saint qui était, qui est et qui sera.

Ceux qui disent : jadis il y avait des grands Pères et théologiens, aujourd’hui il n’y en a plus, parlent comme s’ils n’avaient jamais fait l’expérience de la vie liturgique. Ceux qui sont vraiment authentiques en Esprit, une fois qu’ils ont existé, jamais ils ne sont perdus. Ils entrent dans la concélébration de la vie éternelle. Ils sont toujours présents. Plus ils s’éloignent dans le temps, plus ils s’approchent de nous de manière plus évidente.

Personne ne peut museler celui qui parle en se taisant. Ni oblitérer sa présence qui se meut en s’absentant.

C’est cela que nous vivons et chantons tous dans la Divine Liturgie.

Ainsi, le prêtre, par la force du Saint Esprit,

- revêtu de la grâce du sacerdoce,

- entouré par le peuple chrétien, sans lequel la Divine Liturgie ne peut être célébrée,

- entouré par l’univers, pour lequel la Divine Liturgie est offerte,

sert le mystère, non pas en paroles, mais en acte.

Il transfuse sans bruit le sang de la vie à tout le corps de l’Eglise. Ici l’homme rencontre la ferveur de l’empathie qui porte l’espoir caché de la liberté finale.

Tu as confiance en Celui qui est amour. Tu demeures dans le lieu de la tendresse divine et tu mûris. Tu fais silence et apprends à parler. Tes problèmes sont résolus avant même de les formuler. Tu es récompensé pour un travail que tu n’as pas accompli.

Autrement, en dehors de la Divine Liturgie, tu ne trouves pas de solutions car tu te positionnes de manière erronée. Tu cherches que ta volonté soit faite.

L’aboutissement conscient de ton angoisse t’amène à dire « que Ta volonté soit faite » et ouvre le chemin de la vie.

« Le Bon Pasteur appelle ses brebis chacune par son nom et il les emmène dehors » (Jn 10,3). Cette sortie est tout à la fois entrée dans un autre lieu, plus vaste et plus illuminé.

L’Eglise n’est pas la communauté de ceux qui, à la manière du monde, ont réussi et sont bien organisés pour la vie passagère. Mais l’ensemble de ceux qui sont authentiques et désespérés par les réussites et bonheurs du monde, indignes de l’homme. Ils trouvent refuge dans le Donateur de vie qui est « l’aide des démunis, l’espoir des désespérés, le sauveur des affligés, le port des navigateurs, le médecin des malades » (divine liturgie de saint Basile).

Dans l’esprit de bouleversement de la conception séculière des choses, dans le « Il ne doit pas en être ainsi parmi vous » du Seigneur (Mt 20, 26), se situe la parole de l’Apôtre : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ». (2 Cor 12,10) et le témoignage de la primauté qui lui appartient (point du pouvoir mais de la contrition). « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier» (I Tim 1, 15).

Celui qui peut intérieurement arriver à cette primauté jouit de la quiétude du siècle à venir pour le bien de tous.

Le Seigneur a demandé que nous fussions unis selon le monde trinitaire. Que nous vivions de manière conciliaire, en demandant que se fasse la volonté de Dieu. Ainsi nous goûtons à la joie du paradis. C’est seulement cela qui parle sans voix et convainc le monde de la valeur de la vie.

Si notre vie ne donne pas le témoignage du salut, alors notre parole ne convaincra pas de la vérité de notre théologie.

Point de concile ni d’Eglise en dehors de la divine liturgie. Nous n’offrons pas la divine liturgie au début et à la fin de nos travaux puis laissons notre théologie et notre vie sans expérience liturgique. Cela revient à dire que nous réglons tout selon notre propre logique.

Qu’un concile soit ou non appelé œcuménique et quelle place il occupera dans la vie de l’Eglise, ce n’est point là une décision humaine, mais l’œuvre de la conscience ecclésiale vive en Esprit, qui juge et classe parfaitement tout concile et tout théologien selon la place qui lui revient (grand est l’exemple des conciles du 14e siècle avec saint Grégoire Palamas).

Que nous vivions la liturgie lorsque nous y participons, toute la question est là.

Si comme l’Apôtre nous pouvons dire (autant que possible) : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est  le Christ qui vit en moi » (Gal. 2, 20).

Si avec audace, sans condamnation, nous osons appeler Dieu le Père céleste et dire : « Que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Alors nous vivons le concile du ciel et de la terre, qui sans cesse est célébrée dans l’Eglise qui confesse : « Pour nous, notre façon de penser s’accorde avec l’Eucharistie, et l’Eucharistie en retour confirme notre façon de penser » (saint Irénée, Contre les hérésies). Alors nous disons spontanément : « Le Saint Esprit et nous-mêmes avons décidé». Et nous perpétuons l’unique tradition, dans le cénacle liturgique où le Dieu-Homme a conduit son Eglise.

Si tu désires des choses éphémères et des préséances, Il te dit : tu ne sais point ce que tu demandes (Mc 10, 36-38). Si tu recherches les choses précieuses qui concernent le salut de l’homme, alors Il t’accompagne et, au milieu de mille tourments, Il t’amène vers la lumière. Tu saisis ce qu’il a dit : « Il fallait que le Christ souffrit et qu’Il entrât dans sa gloire » (Lc 24, 26).

Il fallait que toi aussi tu souffres ; que tu traverses toutes les épreuves qui bien souvent t’accablent. Pour que tu comprennes qu’Il était avec toi même lorsque tu ne le savais point.

A présent tu Le reconnais à la fraction du Pain, et à la rupture de ta résistance Il apparaît comme le Ressuscité. Et toi tu es transformé par un éclat secret. Tu acquiers un sentir et une certitude autres. La vie continue.

Toutes choses sont transfigurées et réunies. Il ne cesse le cheminement qui semble comme un arrêt ; ni la parole qui est confinée dans le silence. Tout est rassemblé dans l’infime qui est immensité. Dans un instant qui est l’éternité. Dans une perle sainte qui est le Christ tout entier.

L’homme trouve l’un qu’il recherche, lorsqu’en un instant toutes choses lui sont révélées ; lorsqu’il parvient au sommet liturgique (« pour nous élever jusqu’au ciel ») et reconnaît le Seigneur comme Dieu-Homme. Alors dans l’éclair de la divinité il voit ce qui a précédé et ce qui va suivre. En une fois il se trouve partout. Sa conduite est scellée. Son cœur est apaisé. Il connaît celui qui est l’Alpha et l’Oméga. Il est humilié de joie comme un indigne pour l’honneur qui lui est fait : voir les choses invisibles. Et se voir interpréter les choses incompréhensibles de l’amour divin.

Lorsqu’à Emmaüs le Seigneur est devenu invisible lors de la fraction du pain, ils ne pouvaient le « forcer » à demeurer avec eux. Car Il ne « feignit » (Lc 24, 28) pas d’aller autre part, comme cela survint antérieurement, mais Il est réellement parti et est resté avec eux comme Ressuscité. Ils sont arrivés au terme ; là où les amena l’Inconnu. Ils sont arrivés à Lui qui est le commencement et la fin.

Alors se réalise ce qu’il avait demandé : « Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jn 17, 24).

A présent se réalise aussi son autre demande au Père céleste : Je ne demande pas de les ôter du monde, mais de les protéger face au Malin (voir Jean, 17,15), au danger de la tentation de saisir les choses célestes de la création nouvelle et de la théologie à la manière du monde.

A présent tu comprends la parole : « Là où est Jésus Christ là est l’Eglise catholique » (Saint Irénée de Lyon, Aux Ephésiens). Tout existe et est saisi d’une manière autre.

La valeur de la vie ne s’évalue pas humainement à l’aune d’éléments mesurables, mais elle se situe, par la grâce, dans l’infime qui se dilate à l’infini.

Tu reçois le peu qu’Il t’offre et tu jouis du tout qui « n’est pas monté au cœur de l’homme » (I Cor 2, 9).

L’abondance ne se trouve ni ne croît par la quantité mais se perpétue par la gratitude.

Tu gagnes ce que tu perds en l’offrant par amour à Celui qui est don perpétuel.

Et Lui qui se manifeste en devenant invisible te prend avec Lui dans la Cité nouvelle.

Le Verbe s’incarne et la théologie se vit « en pensant et en agissant » liturgiquement.

La présence du Seigneur est une théophanie. « C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de mon propre chef, c’est Lui qui m’a envoyé » (Jn 8,42). Je vous transmets la vie et la grâce de la divinité trinitaire. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » (Jn. 15,9).

Je ne viens pas, à l’instar du monde, apporter une paix éphémère et un amour factice. Je suis venu pour apporter la santé et la vie éternelle. « Celui qui est de la terre est terrestre et parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tout et témoigne de ce qu’il a vu et entendu » (Jn 3, 31-32).

Je veux vous transmettre ce que j’ai vu et entendu de mon Père : « Je dis ce que j’ai vu auprès de mon Père » (Jn 8,38). Et « Je vous ai fait connaître ce que j’ai entendu auprès de mon Père » (Jn 15,15).

« Père saint », je veux qu’ils voient la gloire que tu m’as donnée, car tu m’as aimé dès l’origine du monde.

Qu’ils voient le lien de la gloire avec l’amour. Qu’ils jouissent de la liberté dans l’obéissance. Qu’ils soient un, comme nous sommes un. Qu’ils voient la gloire qui était mienne avant l’origine du monde et qui sera mienne quand le monde passera. Et c’est avec elle que je viendrai « juger les vivants et les morts ».

Qu’ils voient ma gloire pour rassasier leur faim. « Je me rassasierai en contemplant ta gloire » (Ps. 16,15).

Qu’ils soient convaincus de la vérité de l’amour. Et qu’ils trouvent le repos après le labeur et les croix de la vie.

Que brille la lumière. « Sur qui a soufflé la grâce qui s’épanche de Dieu » (Canon de la Pentecôte).

Que point ne leur soit donné quelque chose d’illusoire, qui n’étanche pas la soif de l’homme.

Que soit greffée la bouture de leur existence sur le bon olivier de l’amour qui jamais ne faillit. Que soit sauvée « la grande blessure, l’homme » (Vêpres du Dimanche de Thomas).

Un saint authentique, alors même qu’il semble être une exception quant à la pureté de l’esprit et la grandeur de sa mission, devient, par l’humilité qui le distingue, une visite divine et une consolation pour tous ceux qui sont faibles et méprisés.

Il ne se remplit pas d’orgueil à cause de ses exploits ; mais il atteint l’humilité pour la grâce qui l’a transformé. Il transmet l’expérience du Paradis qu’il vit. Et il console tout un chacun par sa seule existence. Il participe au combat complexe de pacification de l’univers, alors même qu’il n’apparaît nulle part.

L’Eglise, par son existence trinitaire, diffuse des messages de vie et d’espoir. Les reçoivent ceux qui en ont vraiment besoin.

Nombreux sont partout les vrais affligés qui recherchent les choses précieuses et subissent de grands tourments. Lorsqu’ils reçoivent le message de l’Eglise, ils sont une bénédiction pour tous.

Beaucoup sont sacrifiés et immolés. Ceux-là trouvent le Seigneur qui « une fois pour toutes s’est offert en sacrifice. Toujours immolé, il sanctifie ceux qui participent à son immolation ». (Prières du soir avant la divine Communion)

Et Lui il les trouve là où l’on ne l’imaginerait pas et il confesse : « Même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi » (Lc 7, 9). Divines sont les dimensions de l’Eglise.

Ce qui est vrai (fût-il infime), ceux qui sont affamés le trouvent et le reçoivent à distance. Ce qui est faux (même s’il est beaucoup vanté) ceux qui sont authentiques le rejettent.

Le saint se meut et parle d’une autre manière, inhabituelle et salutaire. Il dit : « Je veux partir, me perdre, ne pas exister », échouer. Elle ne me contient pas la gloire qui passe ni non plus la réussite du monde qui me place au-dessus des autres. Elle n’étanche pas ma soif. Elle ne rassasie pas ma faim.

Je ne désire pas être glorifié, sauver mon âme par mes propres forces dans le champ de la corruption. Je veux la perdre pour l’unique Verbe de Dieu qui supporte tout pour sauver tout le monde. Qui se manifeste en devenant invisible. Et qui est honoré dans l’Eglise orthodoxe comme Roi de Gloire, Crucifié en toute sérénité, et qui est couché sur le dos, mort, sur l’Epitaphios (icône du Christ au tombeau, brodée sur un tissu et vénérée dans les églises orthodoxes les Grands Vendredi et Samedi).

Je veux me perdre, ne pas faire le saint avec les farces de mes exploits, mais être rendu digne de Ta propre gloire.

« Qui perd son âme à cause de moi, celui-là la sauvera » (Lc 9,24). Le salut qui est digne de l’homme revêt les dimensions de la perte.

La perte l’enveloppe maternellement. Et le salut qui lui est offert l’assume sur un autre niveau et le rend proche de nous.

Il est une bénédiction pour tous les affligés qui se rassemblent auprès de lui. Et pour lui, tous les tourments sont une bénédiction.

Un saint, qui trouve son âme en la perdant à cause du Seigneur, trouve la paix dans l’Esprit. Il ne se dispute avec personne, car le vécu est au-dessus de la force des paroles. Ses apories ont été résolues.

Il reçoit intérieurement le changement étonnant et diffuse par toute son existence un indicible parfum qui nourrit le monde. « Tous nous avons été nourris par un arôme indicible qui ne nous rassasie point » (Martyre de Sainte Perpétue).

Il en est beaucoup qui, alors même qu’ils font les théologiens ou les faiseurs de miracles, sont dans le trouble et la ténèbre. Cette ténèbre du trouble ils ne peuvent la réfréner, mais ils la répandent en créant un climat de confusion sous la forme d’une théologie qui te serre le cœur et te cause un malaise. Elle ne conduit pas à la source de la vie et de la quiétude.

Au lieu de voir dans leur invalidité humaine et la lourdeur de leur cœur une occasion de repentir, ils la considèrent comme une possibilité de témoignage théologique. Au lieu de se réfugier chez le Médecin des âmes et des corps, ils mettent en évidence leur maladie psychique comme une inquiétude spirituelle qui est provoquée par l’éloignement du monde de Dieu. Mais le mensonge est évident et la maladie ne se dissimule pas. Tout cela n’a aucun lien avec le repos que l’Eglise prodigue par ses Saints crucifiés.

Ce n’est pas ainsi que les problèmes sont résolus ni notre maladie guérie.

La parole du salut de l’unique Verbe de Dieu vient comme consolation de l’Esprit qui vivifie tout le monde et préserve sa quintessence. Tous nous avons besoin de la miséricorde du Dieu-Homme, et point des actions et des interventions humaines.

Tout comme le soleil n’est point touché par les turbulences atmosphériques de la terre, ainsi la vie trinitaire de la divinité et la structure conciliaire de l’Eglise ne sont point altérées par des troubles et des turbulences historiques.

Le peuple croyant vit dans la sérénité du mystère accompli, peu importe que viennent et disparaissent les empires et idéologies qui ont menacé et tourmenté le monde. Et qui croyaient changer à jamais la vie des hommes.

Si aujourd’hui certains terrorisent le monde avec des attaques meurtrières et des mises en scène de massacres, le Dieu-Homme demeure immuablement le Maître de l’amour et de la compréhension. Il est la solution dernière de tous nos problèmes, même si notre superficialité l’ignore.

Il reçoit pacifiquement « toute la cohorte » (Mc 15, 16) de l’histoire qui se moque de Lui, lui pose sur la tête une couronne d’épines. Il fait face avec amour à tous ceux qui viennent s’opposer à Lui.

Il ne frappe personne, sauf la haine et l’inimitié. Dans tout criminel il voit la victime d’autres crimes et de la dépravation spirituelle. De cela nous sommes tous responsables.

Il ne considère pas comme innocents ceux qui, à l’instar de Pilate, se lavent les mains et confessent « Je suis innocent de ce sang » (Mt 27, 24).

Il est venu pour que cesse l’hypocrisie et le glissement de la corruption, la pulsion irrésistible de mort.

« Seigneur, par ta mort vivifiante tu as brisé le cours de la mort et la corruption » (Matines, Dimanche du 2e ton).

L’Eglise orthodoxe a l’ampleur de l’Esprit qui embrasse l’univers. Voilà le mode et le but de sa vie.

Par cette Liturgie, elle a fait face aux tourments des épreuves et des menaces. Dangers de voleurs, dangers de nations, dangers avec les brebis galeuses. Elle les a tous dépassés. Elle est restée reconnaissante pour les épreuves. Elle se réjouit des tentations et des tourments.

Et ceux qui se sont opposés à elle, de n’importe quelle façon ou intention, pour la frapper, l’aliéner et s’imposer à elle, elle les considère comme des victimes de l’égarement. Elle voit en eux des frères vulnérables qui ont besoin d’aide.

Elle a seulement appris à aimer. Elle a vécu et vit l’amour et la tolérance du Dieu-Homme. Elle a reçu une nourriture et une conduite céleste.

Nous arrivons à notre époque. Nous vivons dans l’ère des dialogues. Nous les chrétiens nous essayons de rétablir l’unité que le Dieu-Homme nous a donnée et qu’Il souhaite.

Parmi nous il y a les dits progressistes, enclins au dialogue. Et aussi ceux qui sont considérés comme des conservateurs qui généralement refusent les contacts.

C’est ici qu’est jugée l’authenticité et la force de notre foi, car nous ne préservons pas la vérité en maudissant les égarés ni n’offrons avec de fallacieuses affabilités ce que recherche l’âme de l’homme.

Ici sont requis les véritables héros de la foi, qui sauvent leur âme en la perdant à cause du Seigneur (Lc 9, 24).

Eux, ils sont sereins comme inexistants. Ils se réjouissent en n’étant pas. Alors ils voient qu’existe Celui qui appelle « ce qui n’est pas (ceux qui ne sont pas) pour réduire à rien ce qui est » (1 Cor 1, 28), les extrait de leur réussite imaginaire, qui est une vie fallacieuse et une véritable maladie.

Même s’il semble que les oecuménistes superficiels et les zélotes fanatiques ont des positions opposées, dans la réalité ils partagent la même indigence ; ils sont enfermés dans la même prison. Ils commencent et finissent dans leur propre conception. Il leur manque l’audace de la foi et la vérité de l’amour qui libèrent l’homme.

Ils tourmentent et se tourmentent avec des menaces sans signification ou des affabilités sans contenu. La présence de l’un nourrit l’existence de l’autre. Et il ne cesse point le désordre de la dispute des autorités imaginaires.

Aux deux parties se fait entendre la parole de Dieu : « Je ne les ai pas envoyés, je ne leur ai rien ordonné, je ne leur ai point parlé ; visions de mensonge … et rêveries de leurs cœurs, voilà ce qu’ils vous prophétisent » (Jér. 14, 14).

Considérons les choses avec sérénité ; dans le dialogue entre chrétiens, nous avons trébuché :

  • avec les catholiques-romains, en abordant la question de l’uniatisme,
  • avec les protestants, en constatant qu’ils se divisent perpétuellement, que sans cesse de nouvelles confessions sont créées. Alors, humainement, tu reconnais ta faiblesse. Mais « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Lc 18, 27).

Revenons brièvement en arrière ; nous voyons l’évènement du schisme. Puis vient la tentative de prosélytisme à l’égard des orthodoxes. Ils n’arrivent pas à grand-chose. L’uniatisme naît, phase caractéristique de l’histoire.

C’est comme si l’Occident s’adressait à la partie orthodoxe en disant :

« Tu prétends avoir le Christ de ton côté. Tout le climat de ta Tradition apparaît altéré. Il est palpable dans un monde transfiguré.

Tout ce qui apparaît et est palpable est rempli de grâce divine. La grâce, je ne puis la saisir, l’enfermer.

Je veux te dire : Moi je suis une grande puissance. Je ne toucherai pas à ce qui apparaît ; je vais même te le garantir. Je te demande seulement quelque chose d’infime : de croire que j’ordonne tout infailliblement : (c’est ainsi que je le comprends et le vis à ma propre façon).

Je t’ôte le danger de la liberté et le tourment de la responsabilité qui engendrent des problèmes.

Toutes les autres choses que tu vois et que tu as, nous les conserverons telles quelles. Tu ne distingueras aucune différence. Seulement ils ne pousseront pas de la racine de ton être. Toute cette création ne sera pas engendrée par ton mode de vie ; sacrifie-les totalement pour le Seigneur. Vois-les reprendre vie de manière incorruptible. Cela seul tu ne l’auras pas. Tu auras néanmoins l’icône de la Résurrection.

Moi je vais te peindre la plus belle icône de la Résurrection qui existe pour que tu n’oublies point ce que tu avais. Je vais t’imprimer les meilleures copies. Tu les honoreras. Ce ne seront pas des créations de ta vie. Tu seras cependant couvert par la puissance de Rome. Ainsi, comme si nous étions unis, tous les Chrétiens nous ferons face aux ennemis communs ».

A une telle proposition, la conscience orthodoxe réagit immanquablement, par amour pour tous les hommes :

Il s’agit d’une moquerie et d’un refus du nouveau mode de vie qu’offre au monde entier la Résurrection du Seigneur. De la sorte, nous devenons tous des copies humaines, ni authentiques ni libres en Christ.

Ce que vit et dit l’Eglise orthodoxe, c’est qu’existe la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit, qui nous invite et nous offre la vie : « Que celui qui a soif vienne. Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement » (Apoc. 22, 17).

Nous nous divisons nous-mêmes en mille morceaux qui sans cesse se multiplient. Le Christ ressuscité demeure notre salut à tous. Seuls, malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons les rassembler.

D’ailleurs, le drame des divisions, que nous voulons guérir, a pour origine une « bonne intention ».

D’aucuns, « bien intentionnés », se sont considérés comme infaillibles. Cela a  modifié leur comportement et leurs exigences.

Les autres ont réagi pour échapper à la soumission, inconnue dans l’Eglise du Christ. De nouveaux groupes se sont créés avec des individualismes partiels infaillibles.

Et nous arrivons à la situation actuelle. Le Christ est la solution.

La réaction des Protestants est naturelle. Elle est le signe d’une santé spirituelle et elle est utile pour tous, pourvu qu’elle soit envisagée avec intelligence « selon le Christ ».

L’homme recherche l’unité et la liberté afin d’atteindre la plénitude de la vie, qui est l’amour.

C’est cela qui est offert par l’Eglise, dans laquelle nous nous nourrissons du Pain céleste « qui est rompu sans être divisé » (Divine Liturgie).

Nous vivons le fait que le Dieu-Homme est indivisible. Et Son Eglise non plus ne se divise pas. Nous jouissons de l’union et de la liberté.

Chaque croyant, au moment de la sainte Communion, reçoit en lui le Christ tout entier. Et l’Eglise entière est le Christ Lui-même.

Ceux qui sont dispersés … ne seront pas égarés mais ils seront rassemblés par le Seigneur (voir Is. 35, 8-10). La dispersion a la grâce du rassemblement, et l’unité la liberté de l’Esprit.

« Ayant demandé l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit, offrons-nous nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie au Christ notre Dieu » (Divine Liturgie).

Nous parlons la langue maternelle de l’homme, la langue de la vérité et de l’amour, qui préserve la liberté et l’unité comme prérequis de vie.

Lorsque nous disons que dans le saint des saints de l’Eglise se trouve l’unique vérité, le Christ qui se manifeste en devenant invisible, ce n’est pas quelque chose qui flatte certains et dévalorise d’autres (sinon nous serions tous raillés).

Il n’y a point de confrontation engendrant des vainqueurs et des vaincus ; il s’agit là des passions du siècle présent. Ici, existe l’amour de l’Un qui sauve tous les hommes.

Les Orthodoxes ne sont pas victorieux dans le dialogue ; est victorieux le Dieu-Homme qui a vaincu la mort par Sa mort pour le salut de tout le genre humain.

Les orthodoxes sont les vaincus (c’est ainsi que nous le vivons liturgiquement) par l’amour du Christ. Ce ne sont pas l’Eglise et les saints qui vivent, mais le Christ qui vit en eux. Eux, ils ne vivent plus. C’est le Christ qui est tout en tous. C’est Lui leur vie, et pas leur existence biologique ou des ambitions mondaines ou séculières.

Tu vis cette réalité : c’est Lui la Résurrection, moi je suis la chute. C’est Lui qui est l’unique vérité de la vie et du sacrifice. Il s’offre comme joie pour que tous soient vainqueurs, se réjouissent, se divinisent. Que personne ne reste en dehors du banquet de la foi et de la joie du Seigneur. Que personne ne perde la possibilité d’offrir le peu qu’il a pour jouir, « avec  tous les saints », du tout qui est indescriptible.

Personne n’est une créature sans volonté, ni un accessoire de machine. Nous sommes tous, par la grâce, enfants de Dieu. Tout ce que Dieu a, l’homme l’acquiert par la grâce, sauf l’identité de l’essence.

Le devoir sacré des orthodoxes est de manifester le mystère du salut qui sans cesse est accompli par la présence du Seigneur Dieu-Homme, qui offre et est offert dans l’unique Liturgie du salut du monde entier.

C’est une bénédiction qui s’épanche sur tout homme qui est véritablement affamé et assoiffé de la vérité de la vie.

A l’instar de la lumière du soleil qui illumine tout l’univers, comme surabondance de vie et de bénédiction ; vivifie tout ce qui vit et décompose les corps morts.

La présence du Christ agit avec amour et énergie. Elle bénit et juge tout le monde.

Personne ne peut éteindre le soleil en jetant des pierres en l’air. Et personne ne peut abolir les actions du Médecin des âmes et des corps par une quelconque frivolité ou méchanceté.

Sa présence discrète agit dans l’histoire en libérant l’homme. Elle guérit tout. Il suffit que nous ne nous pressions pas et ne donnions pas nos propres solutions.

L’Evangile est vraiment la bonne nouvelle, car il dit toute la vérité. Il ne cache point les faiblesses humaines ni n’ignore la présence salutaire du Dieu-Homme.

Judas, après avoir trahi le Maître, s’étant rapidement repenti, a apporté sa propre solution, « et alla se pendre » (Mt 27, 5).

Pierre, après sa chute, a donné une autre solution. Il trouva un endroit et pleura amèrement. Il a reçu le repos du pardon. Et il est devenu la pierre de la foi pour avoir fondu en pleurs.

Les choses sont simples dans la mesure où nous croyons dans le Christ et déposons en Lui toute notre vie.

Tu es rempli de stupeur devant la toute-puissance de Son amour et la délicatesse de Son comportement ; Il s’en va dès qu’il semble que tu ne désires pas Sa présence.

Lorsqu’il alla au pays des Géraséniens, là où les possédés d’un esprit impur circulaient nus et terrorisaient les gens, Il ne les a pas réprimandés pour leur comportement inadéquat qui provoquait la répugnance, ni ne leur a formulé des vérités théologiques. Ceux-là non seulement étaient insensibles à la parole mais ils déchirèrent leurs vêtements et brisèrent leurs chaînes (voir Mc 5,1).

Il les a libérés des esprits impurs et ils se tenaient à ses côtés, vêtus et assagis. Et quand Il autorisa la légion des démons à entrer dans le troupeau de porcs et à se noyer dans la mer, les habitants de la région furent saisis d’une « grande peur » et demandèrent au Seigneur de quitter « leur territoire » (Mt 8,34). En effet sa présence causait des dommages aux unités de production et une récession économique.

Le Seigneur ne leur parla pas de leurs propres écarts, mais Il monta sur la barque et s’en alla. Cette conduite nous juge et nous sauve.

Que la grâce de Dieu nous illumine pour que nous puissions nous tenir en présence de Jésus, non point avec la question : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » (Mt 8, 29), mais avec la certitude qu’Il est celui qui vient pour nous libérer des tourments.

3 février 2016″

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Jovan Nikoloski