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Standblog

Tristan Nitot sur les standards du Web, les navigateurs et la technologie

Deux livres pour apprendre Linux

mardi 10 janvier 2006 18:57

Livres

S'il est une chose difficile pour qui passe de Windows à Linux, c'est bien l'apprentissage du choix. On quitte un monde monopolistique pour entrer dans celui de la diversité, et cela fait toujours un peu peur. Et puis on essaye, on teste, on goûte, on apprécie (ou pas), alors on essaye autre chose. Pour ma part, quand j'ai abandonné Windows pour passer à Linux (avant de goûter à nouveau au Mac), j'ai essayé successivement Fedora, puis Mandriva (alors appelée Mandrake Linux) pour finalement choisir Ubuntu. L'usage (pas forcément sain) voudrait, qu'après avoir fait son choix d'outil, on essaye de persuader les autres de sa validité. Cette validité est nécessairement relative, dans la mesure où les critères de celui qui parle sont rarement identiques à celui qui écoute fait semblant d'écouter[1]. Ainsi, les utilisateurs de Gnome ne cesse d'asticoter ceux de KDE, ceux d'Emacs se moque de ceux de VIM, et ceux d'Ubuntu snobent ceux de Mandriva (vous pouvez inverser les couples, ça marche aussi bien).

Il n'en reste pas moins que ces outils, au moins en ce qui concerne KDE et Mandriva d'un coté, comme Gnome et Ubuntu, sont souvent reconnus comme étant les plus faciles d'abord pour les débutants. Mandriva étant orienté KDE et Ubuntu étant orienté Gnome, nous voilà déjà débarrassés d'un dilemme[2]. Je me garderais bien de recommander une distribution plutôt qu'une autre ou un environnement graphique plutôt qu'un autre. Par contre, je peux vous parler de deux livres sortis très récemment chez Eyrolles sur ces deux distributions.

Le livre Débuter sous Linux avec Mandriva

Un gros livre (520 pages pour 32 EUR), qui en est à sa 3eme édition. Et ça se sent. Non pas pour les 1287g de papier, mais surtout pour la diversité des sujets abordés. Bien sûr, on voir comment installer la distribution et s'en servir, mais on aborde aussi tout un sujet connexes qui font partie de la "culture Libre". On parle par exemple beaucoup de Wikipedia, des différentes licences Libres, et il y a toute une série d'encadrés qui aident à en savoir plus sur les différents projets dont on retrouve les logiciels dans la distribution. A ce titre, le livre est en fait bien plus qu'une simple prise en main de Mandriva Linux. Notons aussi qu'un CD Live de Mandriva permet de prendre en main la distribution sans pour autant avoir à toucher au disque dur de la machine. C'est indéniablement une bonne chose pour commencer. Par contre, pour continuer, il faudra soit télécharger une version de Mandriva (gratuite ou payante), soit acheter une boite contenant le logiciel et sa documentation.

Le livre Ubuntu, une distribution Linux facile à utiliser

J'ai une tendresse particulière pour Ubuntu, qui était la distribution que j'ai utilisé avant que mon portable ne rende l'âme. J'en profite pour remercier Ploum / Lionel Dricot, Nicolas Perriault et Play / Gilles Fabio, dont les écrits (sur leurs blogs ou sur la liste de discussion Ubuntu) m'ont été très utiles. (mise à jour : Damned, j'ai oublié de citer Thierry Stoehr comme ayant participé à la relecture du bouquin ! Il va m'en vouloir, c'est sûr ! ;-)

Le livre lui-même est plus simple, plus court et moins touffu (peut-être aussi moins complet) que celui sur Mandriva. Il est moins cher (25 EUR), et intègre une version complète de la version 5.10 d'Ubuntu, dite Breezy Badger, sortie fin 2005.

Dans une certaine mesure, et c'est une boutade qui a un fond de vrai, je me demande si les ouvrages ne sont pas révélateurs des distributions qu'ils concernent :

Le livre sur Mandriva est bourré de références et d'encadrés, pour celui qui veut tout savoir, tout comprendre, et le fait que Mandriva fonctionne d'abord sous KDE (connu pour ses nombreuses options dans le menu contextuel) va aussi dans ce sens. A l'inverse, le livre sur Ubuntu est plus simple et plus court, et pourra par conséquent sembler plus facile d'approche pour le débutant, tout comme le gestionnaire Gnome, qui a pour principal atout sa simplicité. Paradoxalement, le CD Ubuntu offert avec le livre nécessite d'être installé sur disque dur pour pouvoir être utilisé. Mais une fois que c'est fait, on a une machine réellement opérationnelle. Mais quel que soit la distribution que vous choisirez, (et rassurez-vous, vous ne pouvez pas vous tromper) c'est Eyrolles qui va vous vendre un bon livre pour vous accompagner. Bien joué, Eyrolles ;-)

Notes

[1] Il faut bien reconnaître que se faire bassiner sur les avantages de tel ou tel détail architectural qui déchire sa race n'a que peu d'intérêt pour celui qui n'a pas encore installé Linux...

[2] Oui, je sais, on peut utiliser Gnome dans Mandriva, j'ai essayé, et je pense que Mandriva marche mieux avec KDE. Oui, il existe Kubuntu, aussi...

Dans les semaines à venir...

mardi 10 janvier 2006 17:10

Mozilla-Europe

Petit résumé de mon agenda :

  • du 14 au 22 janvier : vacances ! :-D
  • fin janvier / début février : Solutions Linux, avec :
    • Stand associatif Mozilla Europe ;
    • Conférence sur le poste de travail (payante, je crois) ;
    • Conférence sur le développement XUL ;
    • Conférence communautaire sur Firefox (gratuite et informelle, dans le village associatif) ;
    • J'ai cru comprendre que la Gendarmerie serait présente à cette occasion : ça sera le moment de leur poser des questions sur leur déploiement de Firefox, Thunderbird et OpenOffice.org...
  • à Limoges, le Web Design Festival, le vendredi 3 février avec Elie Sloïm et Fred Cavazza, et même Molly Holzschlag ! ;
  • Fosdem, à Bruxelles les 25 et 26 février, pour la réunion annuelle européenne des développeurs Mozilla. On risque d'avoir du beau monde en provenance des USA (ça reste à confirmer). Contributeurs Mozilla francophones, on compte sur vous ! Cette année, on parlera d'ingénierie, mais aussi beaucoup d'internationalisation, qui est plus que jamais une priorité cette année, avec des moyens (dont l'embauche d'Axel Hecht au poste de responsable localisation).

En vrac

mardi 10 janvier 2006 16:22

En vrac

Occupation mémoire de Firefox 1.5 : info ou intox ?

mardi 10 janvier 2006 10:57

Mozilla-Europe

Certains utilisateurs se préoccupent de l'utilisation de mémoire de la dernière mouture de Firefox, la version 1.5. Je me suis renseigné, et voilà comment on peut résumer la situation (que les puristes me pardonnent d'éventuelles simplifications...). Avec la 1.5 est apparu un système de cache en mémoire permettant d'afficher beaucoup plus rapidement les pages précédentes quand on clique sur le bouton Back. Ce système s'appelle bfcache (Pour Back and Forward Cache). On sait que le contenu des pages précédentes est stocké dans un système de cache sur disque, mais il s'agit maintenant de "cacher" le rendu de ce contenu, et de le faire en mémoire. évidemment, cela prend de la place en mémoire, mais la performance est à ce prix. En fait, le système est plutôt bien fait, car si la machine a de la mémoire libre (donc inutilisée), alors Firefox l'utilise. Si ça n'est pas le cas, alors Firefox prend cela en compte et réduit la taille de son cache. Alors effectivement, si vous avez beaucoup de mémoire inutilisée, Firefox "prend ses aises" (à quoi sert la mémoire si vous ne vous en servez pas ?) pour être plus rapide.

Mon camarade Pascal Chevrel, l'auteur d'un très bon livre sur Firefox et Thunderbird, est très versé dans tout ces aspects là. Je lui ai suggéré de faire un petit billet sur le sujet : Paramétrer Firefox par rapport à sa configuration mémoire.

Sinon, nous travaillons toujours à améliorer Firefox 1.5. Une version 1.5.0.1 est prévue pour bientôt, et elle sera suivie d'autres versions mineures, qui corrigeront des bogues de stabilité, de sécurité (le cas échéant) et de consommation mémoire. Nous comptons sortir des versions de ce genre toutes les 6 à 8 semaines. Notons que la 1.5.0.1 apportera des améliorations significatives à Firefox sur le Mac, améliorations qui n'étaient pas encore prêtes au moment du lancement.

En attendant, les forums Mozillazine s'efforcent de recenser les éventuels problèmes liés à l'occupation mémoire et à proposer des solutions, dans une zone réservée à cet effet. Notons que certaines extensions (et aussi certains plug-ins comme Java et Adobe Reader) peuvent être très gourmandes en mémoire, et que les responsables à incriminer sont les extensions et plug-ins en question, pas Firefox !

Quelques astuces :

  • Java : passer à 1.5.0_06 et "éteindre" le Java Control Panel ;
  • Adobe Reader : Passer à la version 7.0.5 ;
  • AdBlock : passer à AdBlock Plus, qui est mieux, et surtout bien plus efficace en terme de gestion de mémoire.

Quote of the day

lundi 9 janvier 2006 17:33

en

Found on a Microsoft employee's blog, 25hoursaday.com:

We haven't innovated in the browser for almost a decade. IE 5 was the last truly innovative release.

I've been saying this for years, but I'm glad to read this on a Microsoft employee's blog.

En vrac

lundi 9 janvier 2006 09:37

En vrac

Notes

[1] Ah zut, je vais me faire encore écharper pour avoir révélé que &é"è$^ meurt à la fin ;-)

[2] Une bien belle invention que ce concept de copier / coller !

Projet de loi DADVSI : je suis totalement incompétent... sur certains points !

dimanche 8 janvier 2006 22:45

Politique

Cela fait maintenant un bon moment que je parle de DADVSI sur le Standblog, et il y a un grand nombre de points que je n'aborde pas en connaissance de cause, et qu'on me reproche de ne pas aborder.

Je ne parle pas assez du point de vue des artistes...

...et je le reconnais. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que je parle de ce que je connais ! Je ne connais rien au problème de rémunération de l'artiste, au delà de ce qu'on peut lire ici et là. Comment la SACEM répartit l'argent perçu ? Je n'en sais rien. Que doit donner un artiste en échange de cette rémunération ? Je n'en sais rien non plus. Est-ce équitable ? Qu'en est il des artistes moins connus que ceux du Top 50 ? Je n'en sais rien, et du coup, je m'interdis d'en parler ici.

Je ne parle pas de la licence légale...

... pour exactement la même raison. A priori, ça n'est pas une mauvaise idée. Ou du moins, c'est une piste qu'il faut explorer. En effet, dans un contexte aussi complexe que cette révolution numérique, il fait savoir être créatif, et peut-être que la licence légale est un élément de la solution. Mais je n'en sais pas plus. Par conséquent, je ne me lance pas dans le combat pro-licence légale. Ca n'est pas de la flemme, c'est de l'honnêteté intellectuelle.

Je ne parle pas de la riposte réponse graduée...

...pour la même raison. A titre personnel, je trouve que la copie généralisée sera évidemment totalement crétin. le slogan "Téléchargez sans entraves et sans payer", c'est évidemment la fin des majors (ce dont certains pourraient se réjouir), mais c'est surtout la fin de la rémunération des artistes les mieux payés, mais aussi de tous ceux qui sont dans leur sillage, les musiciens, le personnel des studios, etc... Je pense que la musique peut être gratuite si l'auteur l'a décidé. Mais télécharger gratuitement sans jamais payer, contrairement au désir de l'artiste, c'est inconcevable. Il faut donc interdire cela, et cela nécessite un contrôle (même si la perspective est désagréable). Est-ce que le plan du ministre en terme de réponse graduée est idéal ? Je n'en sais rien. Je manque terriblement de repères en terme de droits du citoyen, et je ne suis pas pertinent sur ce sujet.

En substance, à part une très vague opinion forgée sur des informations très parcellaires, je n'ai rien de réellement pertinent sur ces sujets, et par conséquent, j'ai décidé de la fermer !. Je me demande d'ailleurs si certains ne feraient pas mieux de faire de même, plutôt que de répandre à tour de bras des certitudes absolues à géométrie variable : cela permettrait d'avoir un débat un peu plus sain et plus factuel.

Attention, je ne dis pas qu'il ne faut pas parler de DADVSI, mais plutôt qu'il faut lire le texte et ses amendements, et se documenter sur les tenants et aboutissants sur ces sujets. C'est ce que je fais dans le domaine du logiciel Libre, et c'est dans ce domaine que j'espère pouvoir influencer le législateur en vue d'avoir une loi plus pertinente.

Et si on se faisait une bouffe au Palais-Royal ? (Déjeuner DADVSI au ministère de la Culture)

samedi 7 janvier 2006 02:40

Politique

Ca a commencé hier, avec un certain Thomas Clément qui m'a écrit pour me parler d'un truc "urgent urgent". Je le rappelle, et l'info tombe : je vais être invité par Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à déjeuner au ministère avec d'autres blogueurs ! Du coup, j'expédie les affaires courantes, et je me replonge dans les affres de DADVSI : en quoi ça me concerne, et ce que je lui reproche. Cela a donné l'ébauche de billet publiée ce matin. J'ai le souvenir d'une première rencontre sur le sujet où j'avais été pris de court sur le dossier, et où je m'étais promis de ne pas refaire cette erreur (enfin, pas autant ;-).

Ce matin donc, tout excité, j'enfile mon beau costume que j'avais acheté pour passer des entretiens d'embauche au temps pas si lointain où j'étais chômeur, et je me dirige en métro vers le 3 rue de Valois (Palais Royal). Là, nous rencontrons les différents membres du cabinet (je retrouve Marc Hérubel), et des blogueurs, parmi lesquels je retrouve Loïc Le Meur, Cyril Fievet (que je rencontrais pour la première fois, tout comme l'excellent Bertrand Lemaire), ainsi que Thomas Clément, Vincent Glad, et Fafa[1]. Maître Eolas figurait sur la liste mais n'a pas daigné se montrer : pouvoir dire qu'on a osé poser un lapin à un ministre, ça assure ;-) [2]. Le ministre nous rejoint quelques minutes plus tard, et la conversation commence autour de champagne (enfin, un perrier, pour moi), bon enfant. On passe à table, et Bloïc et Bertrand Lemaire sortent tous deux leur matériel audio et lancent de concert un j'enregistre, ça ne dérange personne ? et j'ajoute de toutes façon, ça sera sur Internet cette après-midi (sur le ton de Ne vous en faites pas, ça ne sortira pas d'Internet ;-). Flottement dans l'assistance, on s'assied, et le Ministre explique qu'il faudra qu'il se surveille un peu plus, mais que ça ne pose pas de problème. Mais là, on sent bien qu'il vient de "switcher en mode discours" et part dans une tirade sur le plaisir qu'il a à nous recevoir bla bla bla... Je redoute la langue de bois, mais cela finira par se décontracter pour aborder le vif du sujet, à savoir le projet de loi DADVSI, ou plutôt la réception un peu fraîche d'icelui par les internautes en général et les blogueurs en particulier.

Mais qu'est-ce qu'on fait là ?

C'est à ce moment précis que je me demande pourquoi nous avons été invités, et pourquoi cette sélection de blogueurs ? Que peut-on faire dans ce projet ? comment peut-on l'influencer ? En a-t-on les compétences, le temps et l'énergie, ou est-ce seulement une opération de communication, de contrôle de dégâts médiatiques, voire de récupération de la part du ministère, comme me l'ont soufflé ceux à qui j'ai parlé de ce déjeuner avant d'y aller ? C'est sûrement un peu de tout cela, mais cela reste néanmoins très positif. Je m'explique :

Le texte de loi est effroyablement touffu, et demande un investissement en temps et en compétences pour en saisir le fond et l'esprit qui dépasse sensiblement le temps que les blogueurs présents peuvent y consacrer. Moi y compris[3]. De fait, il s'agit en grande partie d'une opération de communication, mais ça n'est pas négatif pour autant. Comme Bertrand Lemaire le souligne, il est positif d'avoir une consultation avec la société civile, même si elle est trop tardive.

C'est aussi une bonne chose au delà des relations publiques, car c'est l'occasion de nouer un dialogue, au plus haut niveau, pour faire avancer le projet de loi dans la bonne direction. Ainsi, Bertrand Lemaire et moi avons convenu avec les gens du cabinet de nous revoir pour aborder les points précis de la loi, et tenter de trouver une solution.

Pourtant, on pourra regretter l'absence de blogueurs compétents et ayant un avis mesuré sur la question. Je pense en particulier à Formats-Ouverts.org, qui est très impliqué dans les logiciels Libres et l'un des spécialistes de l'intéropérabilité (en plus d'être un bon pédagogue), cf. par exemple sa chronologie de DADVSI. Il n'était pas là. Erreur ou omission ?

Mais de quoi a-t-on parlé ?

Ou plutôt, de quoi ai-je parlé ? Bertrand Lemaire a un long compte rendu et Cyril Fievet aussi : je vous encourage à aller les lire pour voir ce qu'ils ont retenu de cette longue entrevue. Mise à jour : Clément Thomas a publié le sien, et Loïc Le Meur aussi.

La forme du projet

Le passage en urgence, la veille de Noël. Si ça n'était pas pour faire passer furtivement une loi impopulaire, ça en avait bigrement l'air. Le ministre nous a assuré qu'il n'avait guère le choix au niveau du calendrier, la Culture étant souvent considérée comme non prioritaire. J'avoue ma totale incompétence dans ce domaine pour valider les propos du ministre sur ce sujet.

La présence de la FNAC et de Virgin au Palais Bourbon, juste avant les débats, et remettant des bons d'achat aux députés. Très maladroit. Le ministre s'est emporté à cette occasion, fustigeant les saloperies politiques qu'on voulait lui faire subir. Mouais. Il n'en reste pas moins que ces deux acteurs privés ne peuvent montrer qu'une partie du problème. Il aurait fallu que les députés voient comment un CD de marque EMI avec la nouvelle protection Copy Control n'est par exemple pas lisible sur un iPod via Windows, à cause des DRM... ou comment on ne peut pas lire ses fichiers AAC achetés sur l'iTMS après avoir migré sous Linux (et des centaines d'autres exemples dont j'ai déjà parlé).

Problème de la représentativité du Libre, et de la présence des lobbies

J'ai abordé le fait que le législateur, quand il prépare la loi, doit s'entourer de spécialistes du domaine, très souvent issus de l'industrie. En l'occurrence, on a pu voir l'influence tangible des majors du disque et les grands éditeurs de logiciels que je ne nommerais pas[4]. Forcément, ils influencent le législateur directement ou pas (via des associations type BSA ou des cabinets d'avocats). Les enjeux sont phénoménaux, les moyens sont en conséquence, et la tentation est grande. Bref, c'est humain (même si c'est parfois détestable). Pour le législateur, toute la difficulté consiste à réunir des conseillers de tous bords. En particulier, il aurait fallu une présence plus constante et plus forte du coté Libre. Malheureusement, la façon dont l'industrie du Libre est structurée (en l'occurrence, bien peu pour l'instant), et compte tenu de ses moyens financiers, c'est une mission très difficile à assumer. (D'où l'importance d'EUCD.info et des dons qui y sont faits[5]). Le manque de recours aux acteurs du logiciel Libre a donné ce texte (au moins dans sa première mouture) dont le Libre aurait été victime. Ma première rencontre avec Marc Hérubel est de ce point de vue là édifiante, compte tenu des difficultés à discuter technique, logiciel Libre, intention des auteurs, capacité des logiciels à contourner des mesures techniques. Voir mon compte rendu de réunion à Matignon.

Problème de la lecture des DVD

J'ai parlé du problème de protection des DVD (cette maudite notion de région) qui fait que, quand vous êtes équipé d'un PC sous Linux et d'un DVD acheté légalement, vous ne pouvez pas le lire, à moins d'avoir recours à des contorsions techniques totalement impossibles à réaliser pour le commun des mortels, d'autant qu'elles sont potentiellement illégales. En effet, les DVD sont protégés par un mécanisme de chiffrement appelé CSS, et il faut installer une bibliothèque de décryptage pour lire le DVD dont on est propriétaire ! (Cela a donné lieu à des procès à l'encontre de l'auteur de ce logiciel, DeCSS). Comme je le disais au ministre, un PC qui ne peut pas lire un DVD, c'est un peu comme un très gros presse papier, mais en beaucoup plus cher ;-) (oui, j'avoue avoir été un peu (trop ?) passionné dans mon explication).

L'opinion du ministre

Le ministre a émis des avis intéressants. En voici quelques un, de mémoire. Les plus acharnés des lecteurs du Standblog iront chez Bertrand Lemaire télécharger l'enregistrement pour le retranscrire. Pour ma part, non merci, je suis sur le dossier depuis ce matin, soit 18 heures d'affilée :-)

RDDV déclare (lors de l'apéritif, donc pas enregistré) : C'est l'une des premières fois où un projet de loi est autant discuté sur Internet. Bertrand Lemaire et moi même avons rétorqué de concert que le projet de loi sur les brevets logiciels (certes à un niveau européen et sur un sujet moins concret pour la plupart des gens) avait fait déjà beaucoup de bruit et avait été l'objet d'une campagne massive des citoyens sur la toile.

RDDV laisse entendre que la licence globale va disparaître. Ca ne m'étonne pas, vu la façon dont elle a été votée, indépendamment de son intérêt et de son éventuelle efficacité.

RDDV déclare qu'il ne souhaite pas tuer ni même pénaliser le logiciel Libre, ce qui me semble exact. L'intention n'était pas presente au Ministère. Par contre, vue l'influence de "conseillers" issus de l'industrie ayant un parti pris très net en faveur du logiciel propriétaire, on a obtenu un texte de loi très nocif au logiciel Libre sans, encore une fois, que cela soit désiré par le ministère.

Conclusion

La situation est complexe, les influences nombreuses et les enjeux énormes. On parle de culture, d'argent des majors, d'argent des éditeurs de logiciels, on parie sur l'avenir de géants des médias. La pression est phénoménale, comme les sommes en jeu. En face, il y a l'accès à la culture pour les français. Ca n'est pas rien. J'espère pouvoir participer de façon constructive à ces prochaines réunions au ministère, pour travailler concrètement sur le texte et faire avancer les choses dans le bon sens. Je ne suis pas juriste, mais je comprends bien l'informatique, les problèmes de formats et les enjeux de l'intéropérabilité. Je pense être un bon pédagoque. Si cette énergie et ce savoir-faire peuvent être employés à bon escient, alors cette rencontre n'aura pas été vaine. Sinon, ce déjeuner n'aura été qu'une opération de communication du ministère, et je regretterais d'y être aller. On saura le fin mot de l'histoire quand la loi sera passée. Alors, on pourra juger sur pièce.

Notes

[1] Il y a même des photos pour faire bonne mesure : une et deux et trois. Notons que ces photos ont été réalisées à la demande des blogueurs, et prises par l'attachée de presse du ministre, et non pas par un quelconque photographe officiel à la demande du ministre.

[2] sérieusement, je comprends que maître Eolas ai pu être retenu à une audience, qui est indéniablement prioritaire sur un déjeuner d'agrément, aussi prestigieux soit-il. Mise à jour : Maître Eolas n'a pas pu être joint directement par téléphone, mais on a espéré jusqu'au dernier moment qu'il viendrait, c'est pour cette raison que son couvert l'attendait, m'informe Thomas Clément.

[3] On notera que Maître Eolas, brillant professionnel s'il en est, dit avoir fait le tour du sujet en 20 minutes. Moi, en 20 minutes, j'ai le temps de désespérer, de prendre deux cachets d'aspirine, et de décider de m'y remettre le lendemain !

[4] mais pour vous faire plaisir, voici deux indices : "pomme" et "fenêtres".

[5] J'arrête là, ou vous allez croire que j'en veux à votre argent....