LE RETOUR D'ALCIDE D'ORBIGNY (1802-1857)

1802, c'est le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, mais c'est aussi celui d'un des plus grands paléontologues, Alcide Dessalines d'Orbigny. S’il a depuis longtemps sa vitrine au musée de Saint Amand, ses idées radicales contre l'évolution lui ont valu un certain oubli à sa mort. En effet, deux ans seulement après, Charles Darwin lançait avec succès l’idée de la sélection naturelle. Il faut néanmoins reconnaître le travail colossal que mena Alcide d’Orbigny mérite l’hommage qui lui est rendu cette année à Paris, La Rochelle ou La Paz. Aussi bien sa vie est-elle significative de la structuration de la géologie au XIX siècle.

Des atouts acquis dès l’enfance

Alcide d’Orbigny est né le 7 septembre 1802 à Couïron, près de Nantes. Son père a dû lui transmettre très tôt son enthousiasme pour les sciences naturelles, voire les voyages. C’est que Charles-Marie d’Orbigny (1770-1856), brillant chirurgien dans la marine, était aussi un fervent naturaliste, spécialisé dans la mytiliculture, qui initia le jeune Jean-Jacques Audubon à l’ornithologie dans les années 1805-1810. La famille D’Orbigny s’était installée sur l’île Saint-Domingue (Haïti), à Dessalines; d’ailleurs, Charles-Marie était né lors d’une traversée entre Saint-Domingue et Saint-Malo. La révolte des Noirs à partir de 1791 changea leur destin : Toussaint-Louverture et l’ancien esclave Dessalines étaient déterminés.

Alcide fait sa scolarité à La Rochelle, où sa famille s’iétablit en 1820. Or, cette ville ouverte sur la mer et sur le commerce maritime jouit d’un grand rayonnement culturel. Ses falaises calcaires ne manquent pas non plus d’attraits, ses fossiles jurassiques se mêlant aux coquilles des laisses de mer. C’est ainsi que, dès 1823, Alcide se fait connaître comme naturaliste en publiant un article sur un coquillage nommé Scissurelle. Encore deux ans, et le Muséum de Paris ne pourra plus l’oublier.

Avec les Foraminifères, on a fort à faire

En 1825, Alcide s’intéresse déjà à d’autres animaux, les Céphalopodes, mais surtout, il crée l’ordre des Foraminifères. On sait aujourd’hui que ce sont des animaux unicellulaires protégés dans une structure calcaire en forme de disque ou de boulette, souvent microscopiques, abondants dans certains calcaires marins. Mais à l’époque, personne n’avait eu l’idée de trouver assez de points communs aux espèces déjà connues pour en faire un groupe. Agé de 23 ans, Alcide d’Orbigny fonde la micropaléontologie ! Il décrira d’ailleurs plus d’un millier d’espèces de Foraminifères.

Alcide est alors remarqué par les savants du Muséum de Paris, à commencer par Georges Cuvier (1769-1832), le maître des lieux. Le baron est un géant de la paléontologie des Vertébrés, un anatomiste hors pair qui commence par ailleurs à cumuler les charges officielles. Catastrophiste, il soutient que la terre a connu des moments où de nombreuses espèces disparaissaient brusquement, lors de déluges probablement. Fixiste, il considère que les espèces n’évoluent pas, c’est-à-dire ne se transforment pas au cours des temps : si la Terre n'a que quelques milliers d'années, comment le pourraient-elles alors qu'au temps des pyramides les animaux étaient comme aujourd’hui et que les fossiles successifs ne montrent pas d’intermédiaires ?

Mais si, lui répond Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) :, à partir de 1800, il a défendu l’idée d’évolution en découvrant divers Mollusques fossiles qui ont survécu aux prétendues catastrophes de Cuvier en se transformant peu à peu… Lamarck est l’autre géant de la paléontologie ; d’abord botaniste de renom, il s’est fait une spécialité des milliers d’Invertébrés fossiles et actuels qu’il recense et qu’il classe. Autant dire qu’il existe deux courants de pensée au Muséum, lorsque arrive D’Orbigny. L’évolutionnisme l’emportera peu à peu mais, en 1825, Lamarck est âgé et aveugle : c’est plutôt Etienne Geoffroy Saint-Hilaire qui va reprendre le flambeau.

A Paris, Alcide rencontre aussi Alexandre von Humbolt (1769-1859) qui s’est rendu célèbre en explorant le nord de l’Amérique du Sud entre 1799 et 1804. Il était alors accompagné d’un botaniste, Aimé Bonpland, qui se trouve être un intime de la famille d’Orbigny. Et voilà que le jeune Alcide semble réaliser son destin en étant choisi par le Muséum comme voyageur naturaliste pour une nouvelle mission en Amérique du Sud.

Une encyclopédie de l’Amérique latine

Alcide parcourt tout le sud de l’Amérique du Sud entre 1826 et 1834, soit 3500 kilomètres d’une expédition mouvementée, difficile, périlleuse, qui l’emmène au Brésil, en Argentine, au Paraguay, au Chili, en Bolivie et au Pérou. Il dresse des cartes géologiques, collecte 10000 espèces d’animaux et de plantes qu’il dessine, décrit, envoie en France. Premier paléontologue à fouiller en terres lointaines, il restera aussi dans la mémoire des Amérindiens comme archéologue et éthnologue. Peignant les différentes populations qu‘il rencontre, il conclura en 1839 : "notre conviction intime est que parmi les hommes il n’y a qu’une seule et même espèce". Cela peut sembler banal aujourd’hui mais ne l’était guère à l’époque des colonies et à l’aube du racisme scientifique.

Pendant son voyage, il était suivi par une expédition anglaise, celle-la même qui allait rendre Charles Darwin (1809-1882) célèbre. Lors de son voyage, Darwin écrit combien il a peur que le Français ne fasse toutes les belles découvertes avant lui mais, en fait, avec les grands fossiles notamment, il aura plus de chance. Officiellement, il déclare lui rendre hommage en baptisant une chauve-souris Desmodus d’orbignyi… mais ce vampire étant un animal que Darwin n’apprécie pas, la courtoisie n’est qu’apparente ! D’Orbigny, lui, le critiquera pour son manque de précision.

De retour en France, une subvention de 200000 francs (environ 200 fois le salaire annuel d’un bon ouvrier) lui permet de publier son compte rendu, Voyage dans l’Amérique méridionale, entre 1834 et 1847. Ces neuf gros volumes in 4° constituent une véritable encyclopédie scientifique, que Darwin lui-même qualifia de monument. Un CD-ROM conçu par Mémoire d’images permet d’en prendre connaissance tandis qu’un téléfilm de 52 minutes a été tourné en Bolivie.

Des espèces par milliers

Entre temps, Alcide d’Orbigny s’engage aussi à fonder une paléontologie universelle grâce à la description précise d’un maximum d’espèces. Lamarck y a déjà puissamment contribué, comme d'autres avant et après lui, tant cet inventaire est apparu nécessaire pour l'avancement de la géologie à cette époque. Là encore, le travail d’Alcide se distingue par son ampleur. C’est en 1840 qu’il commence la publication, échelonnée jusqu’en 1854, des 14 tomes de la Paléontologie Française. Description zoologique et géologique de tous les animaux mollusques et rayonnés fossiles de France, comprenant leur application à la connaissance des couches (Terrains jurassiques. Terrains crétacés).

Pour cela, il réunit au Muséum de Paris une collection d’une centaine de milliers de fossiles, qu’il recueille lui-même ou qu’on lui fournit. Ce faisant, il vérifie les classifications et les noms, décrit de nouvelles espèces par milliers et sillonne la France. C’est ainsi que, vers 1840, il visite la région de Saint-Amand Montrond afin d’étudier le gisement des Cottards, sur la commune de Saint-Georges de Poisieux. On trouve encore quelques fois, dans les prés, les petites Ammonites qu’il dédia aux naturalistes locaux qui le guidaient, entre autres Acanthopleuroceras maugenesti pour le docteur Maugenest, Tropidoceras masseanum pour le docteur Robin-Massé.

En 1850-1852 paraissent les trois tomes d’un catalogue de 18000 espèces d’Ammonites, d’Oursins et autres fossiles, qu’Alcide intitule Prodrome de paléontologie stratigraphique universelle, en référence peut-être au Prodomus de géologie de Sténon, paru en 1669, et sans doute au Prodome de paléontologie végétale de son collègue Adolphe Brongniart, paru en 1828. Les soixante premières pages exposent les bases méthodologiques de ce travail.

Alcide d’Orbigny est alors chevalier de l’Ordre royal de la légion d’honneur, président de la Société géologique de France (1843), membre de différentes sociétés savantes en France et à l’étranger. En 1853, il est nommé professeur à la chaire de paléontologie qui vient d’être créée au Muséum de Paris. En 1857 pourtant, sa carrière cesse brutalement : il meurt le 30 juin à Pierrefitte-sur-Seine, d’une maladie dont le développement n’a pu qu’être accéléré par le travail. A moins que, par romantisme, on préfère croire qu’Alcide s’est usé à gagner du temps sur son destin…

La première échelle précise des temps géologiques

Alcide d’Orbigny nous avait déjà légué les Foraminifères, une expédition en Amérique du Sud, l’inventaire de milliers d’Invertébrés fossiles. Il pourrait encore passer à la postérité pour en avoir déduit ce qui sert de base à la biostratigraphie : les étages géologiques.

Lorsqu’on observe une falaise de calcaire, il est facile de constater qu’elle est formée de couches, ou strates, qui se sont empilées les unes sur les autres au cours du temps. Leur étude donne accès à l’histoire géologique du site. Pour faire de même à l’échelle d’un pays, chaque couche doit être corrélée aux couches contemporaines d’autres lieux, qu’elles soient ou non constituées des même roches. Heureusement, elles contiennent souvent les même fossiles, comme D’Orbigny a pu le vérifier. En particulier, les Foraminifères et les Ammonites sont des organismes ayant souvent changé au cours des temps géologiques, et qui se baladaient en mer sans s’occuper du fond calcaire ou argileux qui recevait leurs restes.

Dater est essentiel à l’historien : si l’on ignore quand Vercingétorix, Charlemagne et Napoléon ont vécu, au moins faut-il savoir dans quel ordre ils se sont succédé. En géologie, la découverte de la radioactivité a permis aux chercheurs du XX siècle de chiffrer l’âge des roches mais auparavant, il a fallu découper le temps sans disposer de la moindre date rien : qu’à l’aide des fossiles ou de faciès particuliers des roches. Ainsi, en 1822, Conybeare définit le Carbonifère pendant qu’Omalius d'Halloy définit le Crétacé.

Les "espèces caractéristiques" que d’Orbigny figure dans sa Paléontologie française, et l’attention qu’il porte à visiter les affleurements, permettent de découper plus finement encore le temps : en publiant en 1849 son Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphique, il définit 28 étages, du Silurien à l’Actuel, en donnant au mot étage un sens plus précis qu’auparavant, sens qu’il a gardé depuis. Si l’on accorde l’invention de la paléontologie stratigraphique à des pionniers comme Alexandre Brongniart (en 1809), la synthèse effectuée par Alcide d’Orbigny fait de la biostratigraphie une science.

L’habitude, mais aussi la valeur de ses choix, font qu’aujourd’hui, nombre de ses étages sont encore valides. Une faiblesse cependant est apparue : la plupart de ses étages concernent le Jurassique et le Crétacé, qu’il connaît depuis l’enfance, tandis que l’ère primaire ne comporte que 4 des 28 subdivisions. Dans le Jurassique supérieur lui-même, l’étage Corallien (devenu pendant un temps le Séquanien) a aujourd’hui disparu de la table : il s’est avéré que les Coraux du Corallien n’étaient pas contemporains mais de plus en plus jeunes en allant vers le Sud-Est : oxfordiens dans le Cher et tithoniens dans le Jura selon l’échelle actuelle.

D’autres découpages n’ont cessé d’être confirmés, d’autant qu’Alcide d’Orbigny a pris soin de les référencer à l’aide de gisements caractéristiques, ce qu’on nomme des stratotypes. Par exemple, il baptise le Toarcien du nom de la ville de Thouars (Toarcium en latin) car il le rapporte à la carrière de Verrine (aujourd’hui Vrines) située à proximité. De fait, plus de 80 sortes d’Ammonites y ont été recueillies, dont Hildoceras bifrons, et depuis 1987, cette carrière est classée réserve naturelle, comme une douzaine d’autres sites d’intérêt géologique en métropole. Vers 1911, Jules Welsch subdivisera le Toarcien en 7 zones et, en 1976, Jean Gabilly en fera 27 horizons.

Par définition, chaque zone est caractérisée par une ou plusieurs Ammonites, suivant la méthode instaurée par Albrecht Oppel en 1856. Oppel prolonge ainsi les vues de D’Orbigny. Ironie de l’histoire, Oppel était l’élève de Friedrich Quenstedt qui était en désaccord avec D'Orbigny. Sachant que le Toarcien s’étale de -184 à -179 millions d’années, les Ammonites permettent d’atteindre des tranches de temps parfois infimes, de l’ordre de 0,2 million d’années… Quant à produire une synthèse aussi générale que celle d’Alcide d’Orbigny, on peut considérer qu’il faudra attendre 1893, celle de Lapparent et Munier-Chalmas.

Les créations répétées

Lorsque l’on réalise une grande découverte, qu’on a la conscience de sa valeur, et qu’on doit la défendre face aux opposants les plus sérieux, il est difficile d’admettre les nuances, de concéder des exceptions. Ainsi, pour Alcide d’Orbigny, les limites entre étages sont si nettes qu’il écrit en 1849 que

Chacun des étages qui se sont succédé dans les âges du monde renferme sa faune spéciale, bien tranchée, distincte des faunes inférieures et supérieures, et que ces faunes ne se sont pas succédé par passage de forme, ou par remplacement graduel, mais bien par anéantissement brusque.

Chaque étage a ses fossiles, et chaque fossile a son étage. Si la même espèce se retrouve dans deux étages, c’est qu’un mélange accidentel a eu lieu, ou qu’on n’a pas su distinguer les espèces, comme Alcide l’explique au paragraphe 47 de l’introduction du prodrome :

Si nous trouvions dans la nature des formes qui, après l’analyse la plus scrupuleuse, ne nous offrirait encore aucune différence appréciable, quoiqu’elles fussent séparées par un intervalle de quelques étages (ce qui n’existe pas encore), nous ne balancerions pas un instant à les regarder néanmoins comme distinctes. Lorsqu’on voit toutes les formes spécifiques bien arrêtées avoir des limites fixes dans les étages, et appartenir à un seul, on doit croire que ce sont nos moyens de distinction qui sont insuffisants pour trouver les différences entre ces deux espèces d’époques éloignées qui se ressemblent.

Confrontés aux même faits, les disciples de Lamarck concluraient que si un fossile ressemble tant à un organisme plus ancien, c’est simplement qu’il en est le descendant, et d’envisager leur classement dans une seule et même espèce. Les épistémologues le savent : les faits sont construits, on ne les interprète qu’à partir de théories provisoires mais préalables.

Si Alcide d’Orbigny affirme qu’il n’existe pas de "remplacement graduel", c’est que, comme Cuvier et malgré Lamarck, il ne croit pas en l’évolution des espèces : lorsqu’une espèce disparaît, elle ne laisse pas de descendants transformés en d’autres espèces. Mieux que quiconque avant lui, Cuvier avait montré des fossiles témoignant d’espèces qui aujourd’hui n’existent plus, comme les Mammouths, parce que des catastrophes les ont anéanties. Probablement a-t-il envisagé que telle ou telle zone épargnée ait servi à repeupler la Terre après chaque révolution, car il répugnait autant aux créations répétées que Lamarck aux extinctions brutales.

D’Orbigny, lui, va jusqu’au bout du raisonnement de son maître Cuvier : ces zones épargnées sont trop hypothétiques. Puisqu’il existe 28 étages, c’est qu’il y a eu 27 extinctions totales et 28 créations ! Son cours de 1849 ne laisse aucune ambiguïté :

Les animaux ne montrant, dans leurs formes spécifiques, aucune transition, se sont succédé à la surface du globe, non par passage, mais par extinction des races existantes et par la création successive des espèces à chaque époque géologique.

Darwin lui-même reconnaîtra que cette rareté des formes intermédiaires pose problème aux évolutionnistes. En s’intéressant aux Ammonites plutôt qu’à d’autres Mollusques, D’Orbigny a su choisir un groupe particulièrement indiqué pour caractériser les étages successifs : comme on le découvrira bien plus tard, les Ammonites évoluaient très vite et ont plusieurs fois failli disparaître, d’où la rareté des intermédiaires. Quoi qu’il en soit, on l’a vu, Alcide avait une explication pour les exceptions qui se présenteraient.

De plus, il a eu le temps de s’en convaincre avec d’autres groupes. Entre le Primaire et le Secondaire, écrit-il dès 1840, "une première génération de Crinoïdes aurait entièrement disparu, pour être remplacée, plus tard, par une autre tout à fait différente". Un an après : "les rudistes ont paru cinq fois à la surface du globe". Dans un article de 1850, il ajoute :

Comme on ne peut attribuer le retard de l’arrivée sur la terre des Mammifères à aucune autre cause physique également marquée pour les autres êtres, on doit croire qu’il dépend de la même puissance créatrice qui, avant cette époque, sans qu’aucune autre cause physique puisse être invoquée, avait déjà tant de fois repeuplé les mers et les continents de ses nombreux animaux.

L’année suivante, dans un ouvrage peu connu mais fort instructif, Géologie appliquée aux arts et à l’agriculture, le géologue Charles-Henri d’Orbigny (1806-1876) résume cette théorie de son frère, si opposée à l’évolution des espèces (Masson, 1851, pages 88, 108 et suiv.). Certains collègues anglais, tels Hugh Miller ou William Smith, expriment des points de vue semblables mais ces créations répétées sont bien gênantes : pour les non-croyants, c’est un prodige inacceptable ; les croyants peinent à concevoir un Dieu s’y reprenant à plusieurs fois ; les évolutionnistes ont une autre explication. Finalement, la Société géologique de France attendra vingt ans avant de faire l’éloge de son ancien président. L’historien Goulven Laurent a relevé que dès la mort d’Alcide d’Orbigny, son beau-frère et plus proche assistant, Albert Gaudry (Alcide avait épousé Marie Gaudry en seconde noces), proclamera son adhésion aux théories de l’évolution, ce qu’il confirmera par ses fouilles.

Petit éloge d’Alcide d’Orbigny

C’est entendu, Alcide d’Orbigny a fait une erreur radicale dans l’interprétation des fossiles. Il reste néanmoins que son inventaire fut un labeur aussi nécessaire qu’ingrat. Les Ammonites dans les affleurements du Secondaire, ou les Foraminifères dans les forages, ont largement contribué à l’établissement des cartes géologiques et aux prospections pétrolières, notamment, lorsqu’il fallait dater les terrains. Sa Paléontologie française fait l’objet d’une réédition critique qui confirme bien son actualité. Quant à son Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphique, il fait partie des ouvrages qui ont unifié la géologie au XIX siècle, à la suite de multiples essais qui ont marqué son essor au XVIII siècle.

C’est à peine si, à l’époque de Buffon, on imaginait que la Terre pouvait avoir une histoire ; au début du XX siècle encore, seuls les chercheurs audacieux, des évolutionnistes, osaient lui accorder des dizaines de millions d’années d’existence. Par ailleurs, la démonstration, dans les années 1980, de la simultanéité d’un impact météoritique majeur avec la disparition des Dinosaures et des Ammonites, il y a 65 millions d’années, a réhabilité partiellement le catastrophisme de Cuvier et de D’Orbigny. L’ampleur même de son travail mérite le respect. On comprend bien, finalement, qu’un timbre et une médaille lui rendent hommage en 2002, que des expositions lui soient consacrées à la Rochelle, à Paris ou en Bolivie.

 

Patrick DORLEANS

 

 

 

Sources documentaires

 

Legre-Zaidline F., Voyage en Alcidie : à la découverte d’Alcide d’Orbigny (1802-1857) Boubée, 1977

Laurent G., " Orbigny Alcide d’ " in Tort P., Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, P.U.F.,1996, tome 1, pages 3290-3295

Gohau G., Une histoire de la géologie, La Découverte, 1987, Rééd. Seuil, coll. Points n°S66,1990

Laissus Y./dir.,Les Naturalistes français en Amérique du Sud, XVI-XIX siècles, Taquet Ph./dir., "Alcide d'Orbigny, du Nouveau Monde... au passé du monde", Nathan/M.N.HN., 2002, C.T.H.S.,1995

D’Orbigny Ch et Gente A., Géologie appliquée aux arts et à l’agriculture, Gente, 1851

D’Orbigny A., Paléontologie française. Description zoologique et géologique de tous les animaux mollusques et rayonnés fossiles de France. Terrains oolithiques ou jurassiques, tome premier, 1842. Rééd. : Fischer J.-C. /dir., Révision critique de la paléontologie française d’Alcide d’Orbigny, volume 1 Céphalopodes jurassiques, Masson / M.N.H.N., 1994

D’Orbigny A., Prodome de paléontologie stratigraphique universelle des animaux mollusques et rayonnés, 3 tomes, Masson, 1850-1852

 

Sites Internet

 

http://www.orbigny.org (généralités, manifestations)

http://christian.dessalines.free.fr (biographie)

http://www.arfe-cursus.com/sct-01.htm (histoire de la géologie, par F Ellemberger)

http://www.home.ch/~spaw2988/z_complements/ (l’échelle stratigraphique, par M. Gidon, 1995)

http://www.cigt.cc-thouarsais.fr (le stratotype du Toarcien)

http://perso.wanadoo.fr/jean-ours.filippi (les Ammonites de Saint Amand)

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