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EDEM KODJO À VISAGE DÉCOUVERT


Edem Kodjo naquit à Sokodé le 23 mai 1938. Il dispose d'attaches familiales directes avec cet autre fossoyeur de la démocratie et de l'État de droit qui est Louis Atsu Amegan. Notre homme fit ses études en France où il obtint une licence en droit à Rennes en 1961 et un DES en sciences économiques à Paris en 1962.

Avec l'appui du Président Sylvanus Olympio, il rentre à l'ENA sur titre la même année (1962) et termine en juin 1964. Il reçoit aussitôt une offre d'emploi dans l'administration togolaise qu'il a déclinée. Il est engagé à l'ORTF en novembre 1964 d'où il a démissionné en juin 1967 pour rentrer au Togo.

En février 1967 il a fait une visite au Togo pour rencontrer quelques dirigeants politiques dont les anciens de la FEANF, notamment ceux de l'Unité togolaise (CUT). Lors d'un deuxième voyage en avril de la même année, il fut introduit à Eyadéma par feu Lawson Merlaud. Gnassingbé Eyadéma impressionné, le nomme en juillet 1967 Secrétaire général au Ministère des finances. Edem Kodjo rentre alors dans la carrière au service de Etienne Gnassingbé Eyadéma: c'est le début d'une ascension politique. Deux ans plus tard, Edem Kodjo met son zèle à contribution pour créer le Rassemblement du Peuple togolais (RPT) dont il devient son premier Secrétaire général. S'inspirant du livre vert de Kadhafi, il rédigea le livre vert du RPT. L'alliance est scellée entre Gnassingbé Eyadéma et Kodjo. Il devient le chantre du régime. Certains des poèmes composés par Edem Kodjo à l'époque en témoignent: «O Pya haut! Tu tiens la tête haute!»

Dès 1973, il rentre au gouvernement. Gnassingbé Eyadéma en fit d'abord son ministre des finances et plus tard le ministre des affaires étrangères. L'homme s'active énormément pour attirer, sans succès d'ailleurs, des investissements privés. Il s'efforce de donner une bonne réputation au régime Eyadéma qui est déjà indexé par des organisations de défense des droits de l'homme.

La récompense lui vient en 1978 quand, pistonné par Eyadéma, il devint Secrétaire général de l'OUA. Plusieurs pays africains s'opposèrent à cette candidature à cause des déviations autoritaires du régime de Gnassingbé Eyadéma. Finalement, Edem Kodjo s'en sortit. Son passage à l'OUA avec son fidèle ami Atsutsè Agbogbli constitue des moments propices pour Kodjo de revenir souvent au Togo, à l'instar de son frère Marcel, puiser dans la sagesse de Gnassingbé Eyadéma.

Quand le ciel du dictateur togolais commença par s'assombrir, de mèche avec la France, une conférence nationale a été mise en place dont le but était d'arrondir les angles de la dictature et non de faire partir le dictateur. Edem Kodjo et Bruno Delaye furent les cerveaux de cette manigance. Au cours de la conférence nationale, la conduite d'Edem Kodjo fut suspecte. Il débarqua un jour au Togo, sans consulter l'opposition, avec l'Amiral Lanxade (chef d'État major particulier de François Mitterand), pour négocier personnellement la sortie de crise avec Gnassingbé Eyadéma.

Le terrain est préparé pour les élections présidentielles de 1993 où Gnassingbé Eyadéma excluant toute candidature crédible, se fit réélire avec une majorité écrasante, presque soviétique. Edem Kodjo en fut ravi. Quand, la même année sont organisées les élections législatives, l'opposition dans son intégralité refuse de participer à ses élections pipées d'avance. Edem Kodjo cependant double son meilleur ami Me Agboyibo, avec qui il avait pourtant signé un pacte de sang sur la Sainte Bible, et selon Kodjo lui-même, en présence d'un prêtre catholique. Il n'eut aucun scrupule à braver la foudre céleste! Le score de Kodjo à ces élections est minable. Il se retrouve avec 5 sièges au Parlement alors que son associé en avait une trentaine. Cependant, Kodjo lui fausse compagnie pour retourner à ses premiers amours, rejoindre Gnassingbé Eyadéma. Devenu Premier ministre, il mit les bâtons dans les roues de l'opposition, envoyant des messages à toutes les organisations des droits de l'homme et aux institutions internationales que tout allait bien au Togo.

Les massacres de la lagune de Bè, de la Place Fréau n'ont guère eu d'effet sur Edem Kodjo. A l'instar de son tuteur Jacques Chirac, il conclut que ces événements présentés par la FIDH, Amnesty, Human Right Watch, le State Department, n'étaient que simple manipulation.

Quand Edem Kodjo développa quelques velléités, Gnassingbé Eyadéma le met à la porte pour nommer Kwasi Klutsè, un célèbre inconnu soi-disant technicien des finances, digne successeur d'Edem Kodjo qui, se revendique gourou des finances.

Edem Kodjo se rabat alors sur l'opposition, et embrouille le dialogue intertogolais avec son ami Bernard Stasi et son associé Philippe Bardiaux, Ils deviennent co-conspirateurs contre l'aspiration profonde du peuple togolais. Bardiaux se retrouva fréquemment au domicile de Edem Kodjo afin de planifier les mesures additionnelles à prendre contre l'opposition restée embryonnaire. L'Accord-cadre de Lomé signé, Edem Kodjo organise une foi de plus un repli tactique vers l'opposition, laissant son ami Eyadéma patauger dans ses bêtises jusqu'à nommer un ancien fonctionnaire de l'ONU, Eugène Adoboli, devenu la risée de tous les Togolais.

Vint alors l'élection de 2003 qui fut une catastrophe pour Kodjo. La performance d'Edem Kodjo à l'élection présidentielle de 2003 fut pour lui une bérézina: Edem Kodjo obtint 0.97% des voix.

Abandonné par tous les siens, il ne lui restait que le ramassis de petites organisations qui n'existent que sur le papier, à qui on donne le titre ronflant de CPP pour imiter la CPP de N'krumah. Edem Kodjo disparaît dans l'obscurité pour quelques mois, annonçant qu'il avait pris sa retraite afin de se consacrer à d'autres préoccupations beaucoup plus intéressantes et intellectuelles. Il y a quelques semaines, il sortira de son hibernation par le biais d'un roman pour lequel aucune publication sérieuse n'a fait une revue. Son retour en politique se fit en débarquant de l'avion présidentiel à Bruxelles, le 14 avril dernier, à l'ouverture des consultations UE-Togo.

A toutes les observations et reproches faits par l'Union européenne sur la situation politique au Togo, Edem Kodjo refusa de se prononcer. A ce jour, il n'a fait aucunes remarques sur les 22 engagements que le régime de Gnassingbé Eyadéma a pris devant l'Union européenne. Edem Kodjo se voit déjà dans le rôle de diplomate chevronné, oeuvrant aux côtés de son ami Eyadéma. Le problème de Kodjo est qu'il n'est ni charismatique, ni populaire pour gagner une élection au Togo. Il se contente alors de s'associer avec les forces maffieuses de l'ex-puissance coloniale pour exercer un peu de pouvoir.

Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres Voilà le profil de M. Edouard Edem Kodjo.


Paris, le 4 mai 2004
François Afantchao

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