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Corée du Nord

Superficie : 120 540 km2.
Population : 22 664 000.
Langue : coréen.
Secrétaire général du Parti du travail de Corée : Kim Jong-il.
Chef de l’Etat : Kim Yong-nam.

Corée du Nord - Rapport annuel 2005

Les médias, tous contrôlés par le parti unique, et pour certains par Kim Jong-il lui-même, n’ont connu aucune évolution positive malgré les réformes annoncées par le « Cher Leader ». Le régime continue d’offrir à la population la même "propagande abrutissante". Des journalistes seraient détenus dans des camps de concentration.

Il a suffi que des portraits de Kim Jong-il disparaissent, à la mi-novembre 2004, des murs de bâtiments officiels pour que les médias du monde entier s’interrogent sur un possible changement à la tête du plus fermé des Etats du globe. Il n’en serait rien. Le « Cher Leader » aurait simplement décidé de limiter le culte de la personnalité à son père, Kim Il-sung, décédé en 1994 et devenu depuis le « Président pour l’éternité » de la Corée du Nord.
L’article 11 de la Constitution nord-coréenne définit le régime strict de l’Etat-Parti : « La République démocratique populaire de Corée doit conduire toutes ses activités sous la direction du Parti du travail de Corée. » Le parti unique est guidé par le « djoutché » et l’idéologie révolutionnaire de Kim Il-sung. C’est le Comité central, ou son bureau politique, qui prend les décisions. Mais de fait, Kim Jong-il, à la tête du praesidium dont il est l’unique membre, dirige seul le pays, comme l’avait fait son père avant lui.
Il est entouré d’une garde rapprochée composée de plusieurs membres de sa famille. Et, selon toute vraisemblance, il commande personnellement la redoutée sécurité d’Etat Kukka Anjon Bowibu qui a notamment la charge des camps de concentration où sont détenus près de 200 000 Nord-Coréens. Des dizaines de milliers d’autres y ont déjà péri au cours des quatre dernières décennies. Aujourd’hui, le « Cher Leader » défend ses réformes économiques pour améliorer les conditions de vie de ses concitoyens. Mais plus de six millions d’entre eux survivent encore grâce à l’aide alimentaire internationale.

La presse défend les grands mensonges du régime

La dynastie communiste des Kim a fait le choix, il y a plusieurs décennies, de développer le socialisme nord-coréen en vase clos. Cet isolement rend plus facile le travail de propagande. Les médias officiels peuvent distiller les grands mensonges du régime sans subir une concurrence de médias indépendants ou étrangers. Les témoignages des réfugiés nord-coréens confrontés, dans leur exil chinois, à la réalité du monde, sont bouleversants. Pas étonnant que 70 % de ceux interviewés par Médecins Sans Frontières, anéantis par le mensonge, souffrent de troubles post-traumatiques aigus.
La dizaine de médias du pays, notamment le Rodong Shinmun (Le Journal des travailleurs), l’agence de presse Korean Central News Agency, la télévision nationale JoongAng Bang Song, la « troupe de Kim Jong-il » comme les désigne la terminologie guerrière officielle, sont au service exclusif du culte de la personnalité de Kim Il-sung et de Kim Jong-il.

A la faculté de journalisme de l’université Kim Il-sung de Pyongyang, les étudiants apprennent à respecter le « plan permanent d’information » qui hiérarchise strictement l’information. Première priorité : faire la publicité de la grandeur de Kim Il-sung et de son fils Kim Jong-il. Ensuite, démontrer la supériorité du socialisme nord-coréen et dénoncer la corruption bourgeoise et impérialiste. Enfin, dénigrer l’instinct d’invasion des impérialistes et des Japonais.
« Une fois par mois, le directeur de la chaîne organisait un programme de presse. Il répartissait les sujets entre les différentes sections. Par exemple, je devais faire trois sujets sur la grandeur de Kim Jong-il et deux sujets sur la menace impérialiste. Pour cela, nous avions accès aux archives de la télévision, une grande salle où sont classées des cassettes selon des thèmes tels que « La grandeur de Kim Jong-il en agriculture », « La grandeur de Kim Il-sung en industrie ». Bien entendu, il y avait des archives secrètes, notamment les images de la télévision sud-coréenne. Nous avions besoin de l’autorisation du président de la télévision pour les utiliser », explique Jang Hae-sung, journaliste de la chaîne JoongAng Bang Song (Télévision centrale) de 1976 à 1996.
Le Parti compte par ailleurs sur les journalistes pour promouvoir l’histoire officielle. Les « grands mensonges » de la Corée du Nord sont défendus quotidiennement par la presse. Par exemple, selon la propagande, le Sud aurait attaqué le Nord en juin 1950 ; et les services de santé seraient gratuits pour tous les Nord-Coréens.

Tout au long de leur vie, les journalistes doivent continuer à suivre des formations idéologiques. L’ancienne rédactrice en chef Kim Gil-sun raconte : « Tous les samedis de 9 heures à 17 heures, nous devions assister à des conférences. Des membres du Comité central nous enseignaient les réalisations de Kim Jong-il et Kim Il-sung, leurs principaux discours et l’idéologie du Parti. (...) Bien entendu, nos résultats aux tests avaient des conséquences sur notre carrière. Le Parti comptait sur les journalistes les plus disciplinés. »
Les conséquences sur le traitement de l’information sont évidentes. Les journaux télévisés ne sont qu’une succession d’images de Kim Jong-il visitant de nouvelles entreprises ou inaugurant des cérémonies, le tout accompagné de commentaires lyriques sur la grandeur du père et du fils.

Des dizaines de journalistes « révolutionnisés »

En Corée du Nord, une faute de frappe ou un commentaire malheureux peuvent coûter cher. Début 2004, un journaliste de la radio d’Etat a été sanctionné pour s’être trompé en attribuant le poste de ministre à un vice-ministre. Il aurait passé quelques mois en camp de « révolutionnisation ». En 1986, un journaliste de la télévision, Kim Kwan-hee, a passé un an dans un de ces camps de rééducation pour avoir qualifié Park Chung-he de « leader démocrate » alors qu’il a dirigé un régime autoritaire en Corée du Sud de 1961 à 1979.
Ces camps, des usines ou des fermes d’Etat où le travail est obligatoire, sont le passage obligé des fonctionnaires, notamment des journalistes, qui ont commis une erreur. Jang Hae-sung, journaliste pendant vingt ans à la télévision, a affirmé à Reporters sans frontières avoir eu connaissance d’au moins quarante cas de journalistes « révolutionnisés », lui compris.
Reporters sans frontières a également appris en 2004 que des journalistes seraient détenus dans des camps de concentration, notamment Song Keum-chul, de la télévision d’Etat, arrêté fin 1995, pour avoir organisé un petit groupe de journalistes critiques. On est sans nouvelles de lui depuis.

Les postes de radios, « nouveaux ennemis du régime »

En l’absence d’Internet - les e-mails sont interdits - et de paraboles satellitaires, capter les programmes en coréen des radios étrangères reste pour un certain nombre d’habitants du Nord l’unique manière de contourner la propagande officielle. « Oui, on peut acheter des radios en Corée du Nord, mais elles sont bloquées sur la fréquence officielle. Certains prennent le risque de les démonter pour capter d’autres fréquences », explique un réfugié. Aujourd’hui, de plus en plus de postes de radio pénètrent dans le pays, notamment à Pyongyang, en provenance de Chine populaire.
« Je pense que beaucoup de transfuges ont décidé de partir après avoir écouté les stations internationales, notamment Voice of America et Radio Free Asia, et sud-coréennes. Cela ouvrait les yeux », affirme le directeur de la radio dissidente FreeNK.
Fin 2003, le Parti a lancé une vaste campagne de vérification des radios. Chaque responsable de cellule du Parti dans un quartier ou un village a reçu l’instruction de contrôler les scellés sur tous les postes. Le 13 juin 2004, les autorités nord-coréennes ont désigné les postes de radio comme de « nouveaux ennemis du régime ». Selon toute vraisemblance, il n’existe aucune publication clandestine en Corée du Nord. On sait seulement que Kim Jong-il avait ordonné, en 1999, d’augmenter la surveillance des machines à écrire et des photocopieurs de peur qu’ils ne soient utilisés contre le régime. Mais, en novembre 2004, on aurait trouvé dans des régions frontalières de la Chine, des tracts dénonçant la dictature et l’idéologie du djoutché. Le début d’une contestation interne ?

Certains officiels nord-coréens affichent clairement leur hostilité à la presse internationale acceptée au compte-gouttes dans le pays. En septembre, le ministre des Affaires étrangères, Paek Nam-sun, interrogé par son homologue britannique sur la nature d’une explosion repérée par les Etats-Unis et la Corée du Sud, avait répondu sèchement : « Les journalistes sont tous des menteurs. »

Bilan 2004

-  1 journaliste incarcéré



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Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la liberté de la presse dans le monde. Reporters sans frontières compte neuf sections nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Espagne, France, Italie, Suède et Suisse), des représentations à Abidjan, Bangkok, Londres, Moscou, New York, Tokyo et Washington, et plus de 120 correspondants dans le monde.

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