www.triangles-roses.org. La persécution des homosexuels sous le régime nazi.

   
Analyse d'audience
Les Français inaptes au redressement national
de Jean Le Bitoux

Philippe Pétain, chef de l'Etat français.« C'est l'amiral Darlan en personne, second personnage de l'État, assumant, en plus de ses charges de chef du gouvernement, le cumul pour un temps des Affaires étrangères, de la Marine, de l'information et du secrétariat d'Etat à l'intérieur [...] qui demande aux préfets, dès mars 1941, une  mise en fiches "des Français inaptes au  redressement national", en particulier des membres des partis et associations interdits, des fonctionnaires et agents des collectivités publiques, des cadres et des notables. » (Rita Thaimann, op. cit., p. 259.)

Puis l'amiral François Darlan fut renversé par le retour de Laval. De fait, son titre officiel de « dauphin » du maréchal Pétain se trouva être mis sérieusement en péril. Cela ne l'empêcha pas de rédiger à l'intention du gouvernement, le 14 avril 1942, la note suivante : « Mon attention a été attirée sur une importante affaire d'homosexualité où se trouvaient compromis des marins et des civils […]. Les seules mesures de répression actuellement en mon pouvoir sont les sanctions disciplinaires contre les marins. La législation actuelle ne permet d'effectuer aucune poursuite contre les civils [...]. L'impunité dont ils sont assurés encourage leurs agissements. Aussi je demande au garde des Sceaux s'il ne serait pas opportun d'envisager une procédure et un texte de loi permettant de poursuivre de la même façon les civils. »

Sanctionnant les actes homosexuels au-dessous de vingt et un ans alors que la majorité hétérosexuelle était à treize ans, il s'agissait d'une première depuis 1792, depuis le code Napoléon qui cessa de poursuivre pénalement les "sodomites", un siècle et demi plus tôt. Trois semaines plus tard, le 8 mai 1942, un projet de loi dans ce sens se retrouve sur le bureau du chef de l'Etat. Et trois mois plus tard une loi, la n° 744 du 6 août 1942 et publiée le 27 courant au Journal officiel, se retrouve signée  par Pétain, maréchal de France, chef de l'Etat français, par Pierre Laval, garde des Sceaux et ministre d'État à la Justice, par Joseph Barthélemy, ministre d'État à la Justice, et par Abel Bonnard, ministre secrétaire d'État.

Darlan fut abattu, pour des motifs très controversés et non encore élucidés, par un jeune homme de vingt ans dans le palais d'été d'Alger, dans la nuit de Noël de décembre 1942. (Voir à ce propos l'ouvrage d'Alexis Wassilieff, Un pavillon sans tache, Grasset, 1986, ainsi que Le Figaro du 24 décembre 1986.)

Selon l'écrivain Michel Tournier  :  "Cette loi a été votée par Vichy sous l'influence des Allemands en même temps que les lois antisémites. Pour les nazis, juifs et homosexuels, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. A la Libération, la droite française n'aurait pas mieux demandé que de conserver cette double loi. Mais la présence de l'armée américaine rendait impossible le maintien des lois antisémites. Il leur fallut y renoncer. […] » (Michel Tournier, Gai Pied, n° 23, février 1981.)

Cette juridiction survécut au toilettage du code pénal des scories collaborationnistes et antisémites par le gouvernement du général de Gaulle à la Libération. Cette disposition devint l'alinéa 3 de l'article 331 et était punie de six mois à trois ans d'emprisonnement. Elle fut même aggravée sous sa présidence, en 1962, peines de prison et amendes doublées par rapport à un délit hétérosexuel égal. L'homosexualité prit l'appellation de « fléau social » avec la tuberculose et l'alcoolisme.

Il faudra attendre, sous la pression des médias et des associations, pour que François Mitterrand déclare : "L'homosexualité doit cesser d'être un délit." Impulsée par Darlan en 1942 via le maréchal Pétain, elle ne devait être abolie que le 4 août 1982 par le Parlement et le Sénat, sous l'impulsion de Robert Badinter, garde des Sceaux, sous le premier septennat de François Mitterrand, qui déclara à la tribune du Sénat : « La France doit cesser d'ignorer tout ce qu'elle doit aux homosexuels. »

Extrait des notes de Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, de Pierre Seel et Jean Le Bitoux, éditions Calmann-Lévy,1994.

Illustration : portrait de Philippe Pétain, chef de l'Etat français.

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