Actes : La "découverte" des langues et des écritures d'Amérique

 

L'Arte de la lengua mexicana de Aldama y Guevara (1754)

Michel LAUNEY

Université de Paris VII / CELIA, France

Un hasard heureux m'a fait découvrir en 1971 l'Arte de la Lengua Mexicana de Joseph Augustin de Aldama y Guevara (1754) dans une librairie de Mexico aujourd'hui disparue. L'enchantement que sa lecture m'a procuré -et que j'ai pu communiquer à quelques collègues- s'est depuis plus de vingt ans doublé d'un étonnement permanent : pourquoi est-elle si peu connue ? En effet, elle ne fait pas partie de la série de rééditions entreprises par Peñafiel dans les années 1890, non plus que de celles (en fac simile) de l'UNAM des années 1980-1990[1]. Cette quasi confidentialité la laisse à l'écart de la majorité des bibliographies. Ainsi Siméon (1885) cite Olmos, Rincón, Carochi, Paredes, Sandoval, Vetancurt, mais pas Aldama ; de même Swadesh et Sancho (1966), qui citent Carochi, Davila Garibi, Garibay, Sandoval, Siméon ; ou encore Bierhorst (1985) qui cite Carochi, Olmos, Paredes, Siméon, Garibay. Pour sa part, Andrews (1975), qui cite Carochi, Galdo Guzmán, Molina, Olmos et Rincón, estime que "other Nahuatl grammars are of dubious value to a beginning student of the language, especially those written after the seventeenth century". Elle est en revanche citée dans le Tepuztlahcuilolli d'Ascensión de León Portilla (1988), et dans la Bibliografía sobre la castellanización d'Irma Contreras García (1985) qui indique que l'auteur eut une chaire de langue nahuatl à l'Université de Mexico et estime que sa grammaire est un abrégé de travaux antérieurs, bien qu'elle lui reconnaisse des qualités particulières ("sobresalió no sólo en el orden lingüístico sino también en el científico"). Il y a sans doute dans la présentation qui suit de cette grammaire quelque chose comme une réparation apportée à cet étrange oubli de la postérité.

Dans son Introduction, l'auteur affirme avec une modestie peut-être feinte qu'il ne s'agit que d'une grammaire abrégée (Compendio), et qu'il doit tout à ses prédécesseurs (il cite Molina, Rincón, Carochi, Galdo Guzmán et Vetancurt). De fait, il semble bien avoir tiré profit de la double tradition grammaticale : la franciscaine, inaugurée par Olmos (1547) -auquel il ne semble pas avoir eu accès- et dans laquelle se place Molina ; et la jésuite, initiée par Rincón (1595), et dont Carochi (1645) est le représentant le plus éminent. A ce dernier auteur, il emprunte une excellente orthographe phonologique, où l'occlusion glottale dite saltillo est représentée par un accent (circonflexe en fin de mot, grave ailleurs) sur la voyelle précédente, et qui marque la longueur vocalique (seule différence : pour ce trait, Carochi utilise un macron alors qu'Aldama se sert d'un accent aigu, ce qui présente l'inconvénient d'en empêcher l'usage pour la notation du vocatif oxyton).

Cet "abrégé" fait tout de même quelque 160 pages de graphie serrée, et avec de nombreuses abréviations (q. systématiquement pour que, 0 pour con, dho pour dicho, et fréquemment des accents marquent des syllabes disparues : imperàvo pour imperativo, exô pour exemplo, prerîto pour pretérito, 0sônte pour consonante, persà pour persona, tràunte pour transeunte, reflevô pour reflexivo, pronê pour pronombre, etc.). A titre de comparaison, Rincón en compte 92 (dont 20 de lexique) et Carochi 133.

Les pages ne sont pas numérotées, et il n'y a pas de plan apparent en chapitres, mais simplement une numérotation suivie en paragraphes (de 1 à 514, avec 21 pages de "supplément" qui consiste en notes complémentaires sur certains de ces paragraphes), regroupés sous environ 80 intertitres qui annoncent des points particuliers de grammaire. Par exemple : "La première déclinaison", § 26-28 ; "Formation du prétérit parfait", § 155-174, avec 7 règles en intertitre ; "Les noms verbaux en -liztli", § 430-434, etc. On ne trouve pas le principe d'organisation des grands thèmes aux points de détail que se sont efforcés de suivre les autres auteurs  : par exemple, la grammaire de Carochi est divisée en cinq "livres" ("Noms, pronoms et prépositions", "Verbes et conjugaisons", "Dérivation des noms et des verbes", "Composition des noms et des verbes", "Adverbes et conjonctions"), eux-mêmes divisés en "chapitres" (44 en tout), puis en paragraphes (113 en tout). De cet apparent laxisme dans le plan ressort une impression de suivi, d'un enseignement de type oral, style cours plutôt que traité, et cette impression est accentuée par le recours très fréquent à un dialogue imaginaire avec un étudiant qui poserait des questions. Ce caractère délibérément pédagogique et vivant fait tout le charme de l'ouvrage, et permet de prendre connaissance avec le sourire d'un contenu qui est dense, avec une analyse serrée et une remarquable maîtrise de l'appareil métalinguistique. Voyons ses principales qualités.

Précautions méthodologiques et parti-pris pédagogique.

Tout au long de l'ouvrage, Aldama y Guevara cherche à éviter les malentendus avec le lecteur, en multipliant les distinguos. Ainsi (§24), le terme d'"animé" (objetos animados)[2] doit s'entendre du tout, et non de l'une de ses parties : tlàtlacoáni "pécheur" est animé, mais non yóllòtli "coeur". Ou encore (§463) ninoteuhyótia "je me couvre de poussière" s'entend d'une action volontaire, "como suelen hacerlo los muchachos", mais si c'est involontaire (praeter intentum), il faut dire niteuhyoa (en termes morphologiques : on a respectivement affaire à la forme réfléchie d'un dénominatif en /-tia/ transitif signifiant "pourvoir qqn. de N", et à un dénominatif intransitif en /-wa/ signifiant "être ou devenir plein de N".

Un souci majeur de l'auteur semble être de mettre en garde le lecteur contre l'utilisation sans précautions de ses nouvelles connaissances. En particulier, l'apprentissage des morphèmes et des règles de dérivation risque de conduire à ce qu'en termes contemporains on appellerait de la surgénération morphologique. Or toutes les dérivations théoriquement possibles ne sont pas attestées, et parfois le sens s'en est spécialisé, avertit Aldama, adoptant ainsi une position que dans les débats récents on pourrait qualifier de lexicaliste. Par exemple (§414) :

Lo que he dicho de estos nombres, sirve para que quando los oyeres à los Indios, û leyeres en los Autores, puedas venir en conocimiento de su significacion: pero no sirve para que à tu arbitrio los formes, y apliques al objeto en quando te paresca que se verifica la explicacion que di (ainsi : tlatecóni est bien le nom d'instrument régulièrement construit sur tequi "couper", et signifie donc "instrument avec lequel on coupe", mais ne s'applique pas à n'importe quel objet tranchant).

Ou encore (supplément §298, où l'on traite des verbes "fréquentatifs", formés par redoublement de la première syllabe) :

Hay muchissimos, cuya significacion es sustancialmente distinta de la de su raiz: vg. de notza (llamar) sale nónotza (aconsejar), y de estos no trato: porque el saber que significan ellos distinto de su raiz, solo se puede adquirir con el vocabulario, junto con el trato de los Indios, sin que sea possible reducir esto ni aùn à medias reglas ô medias explicaciones... y aunque sobre lo que he dicho te contemplo con algunas dudas, son reflexas que ningun Author previene, ni es util detenerse en esso, sino que su declaracion pertenece al tiempo y uso.

Faute de ces précautions, l'apprenti de la langue s'expose à de petites mésaventures, comme Aldama lui-même, qui ayant lu "chez un bon auteur" nicxóchitémoa cuícatl "je cherche des chants comme des fleurs (c.-à-d. une forme où le radical nominal xóchi- "fleur" est incorporé au verbe témoa "chercher", avec une relation sémantique comparative), a voulu tester la productivité du procédé. Il raconte donc comment il s'est exercé à fabriquer d'autres formes sur le même modèle, comme niccepayauhchíhua tlaxcalli "je fais (-chíhua) des galettes (blanches) comme neige (-cepayauh-), pour les soumettre à un indigène "bon mexicain". Ce dernier commence par les rejeter ; puis ayant reconnu par les explications de l'auteur que le modèle était respecté, il finit par concéder : "Es verdad señor, eso quiere decir, pero está dificil[3]". Moralité (suppl. §492) : "Sirva pues lo que el Author dice, para que entiendas semejantes locuciones, si las oyeres, ô leyeres ; y sirva el caso del Indio, para que no te metas en usarlas".

L'attitude de doute et la nécessité d'un contrôle par un native speaker est une règle de conduite pour Aldama, qui n'hésite pas le cas échéant à confesser ses ignorances. Ainsi (suppl. §278), pourquoi "vendre qqch. à qqn." se dit-il namaquiltia, formation de "compulsivo" (causatif) de namaca "vendre", alors que pour le sens on attendrait l'applicatif *namaquilia ? et comment dit-on alors "faire vendre" ? "Respondo que no usan formale compulsivo, y si lo usan, no sé qual es". De même, il faut prendre avec précautions les affirmations de certains auteurs selon lesquels "être (de localisation)" a un causatif (irrégulier) yetztia "faire être", car "no ponen ejemplos en que se use de el, ni yo lo he oído ; quizá con el dirán vg. asi: tleica nicán tinechyetztia ? para qué me haces estar aquí ?"

Abondance de données et pertinence de l'analyse.

Quiconque a lu attentivement la grammaire de Carochi a gagné ainsi un accès direct aux textes, et garde une admiration rétrospective pour la puissance métalinguistique de cet auteur en ce qui concerne l'analyse et la mise en ordre des données (c'est en tout cas mon expérience personnelle, et je ne pense pas être le seul). Mais cent ans plus tard Aldama y Guevara vient nous rappeler opportunément qu'en grammaire comme dans d'autres domaines tout n'est pas dit définitivement. A travers une accumulation de précisions, de données nouvelles et de corrections d'analyse sur ce qui pourrait sembler des points de détails (tous vérifiables dans le corpus littéraire), le lecteur en vient à se demander si l'ordre carochien n'est pas un peu trop parfait, et si la complexité de la langue ne mérite pas d'être reposée dans toute son ampleur.

Par exemple (§513) : "Hier j'étais chez toi" se dit bien Yálhua ónicatca (= passé) ómpa mochán, mais pour dire "Hier j'étais ici", on ne dit pas *Yálhua nicán ónicatca, mais Yálhua nicán nicâ, avec le présent, "porque se verifica de presente que estoy donde estuve" (ce qui, incidemment, est congruent avec le fait que ayamo "pas encore" s'emploie systématiquement avec le présent - "je n'ai pas encore mangé" se dit littéralement "je ne mange pas encore" - et doit être intégré à une théorie des repères énonciatifs, où l'on trouverait aussi par exemple une comparaison des emplois du passé composé en français et en anglais). Ou encore (suppl. §266), Aldama : montre que la forme itztiltia que Carochi donne comme l'un des causatifs de itta "voir" n'est pas liée à ce verbe, exprimant sa perplexité sur la glose de Carochi ("llevar encarado") et suggérant qu'il faut plutôt la rapprocher de yáuh "aller" (ce qui semble morphologiquement exact, compte tenu de certaines irrégularités et figements).

Aldama est le seul de toute l'histoire de la grammaire coloniale à avoir remarqué certains phénomènes (positifs ou négatifs). Par exemple : les verbes auxiliaires de forme /-t(i)-Vaux./ signifiant "avoir telle ou telle attitude ou position par rapport à" ne sont pas seulement suffixés à des radicaux verbaux à la base de parfait-aoriste (pour signifier p. ex. "faire qqch. assis / debout / tout le temps / précipitamment, etc.", mais aussi aux noms possessifs signifiant "être pourvu de N", "avoir un N" (ce qui, incidemment, est un indice de parenté entre ces noms et le parfait-aoriste, v. Launey 1977). De même il note (§297) que les constructions "révérentielles" (= honorifiques) ne peuvent se construire que sur la forme active, jamais au passif, bien que "certain auteur" affirme avoir entendu de telles formes : dans ce cas, "donde tu fueres lo usaren, puedes usarlo". A ce propos, Aldama reconnaît ici et dans d'autres endroits la diversité dialectale, ce qui est une autre manière de tenir compte de la complexité de la langue[4] : c'est l'époque où apparaissent des grammaires de dialectes périphériques, avec J. Guerra (1692) ou Cortes y Zedeño (1765).

Qualités argumentatives et métalinguistiques.

Elles vont de pair avec le talent pédagogique. Les données et les règles qu'on peut en tirer ne sont pas des vérités révélées, mais peuvent être confirmées par des manipulations linguistiques et par la rigueur du raisonnement. Ainsi (§302), il faut éviter de confondre la particule assertive ca et le verbe de localisation (avec occlusion glottale) : la preuve en est que p. ex. ca tláhuánqui "il est ivre" (où ca est bien la particule, et non une copule) a pour pluriel ca tláhuánquê "ils sont ivres" (s'il s'agissait de la copule, on aurait au pluriel catê). Ou bien encore (§496 : autre aspect des restrictions compositionnelles du passif) : "certain auteur" affirme (contrairement à Aldama) que les auxiliaires modaux de type vouloir, croire ou feindre peuvent se composer avec le passif, parce qu'il a entendu une fois nimacózeléhuia in tequitl "je désire  (-eléhuia) recevoir (-mac-o-, passif de maca "donner") la charge". Mais, dit Aldama, "si dicho exemplo probara algo, solo probara que el verbo eléhuia podia también componerse con voz passiva, pero no por esso se havia de extender la facultad para otro qualquiera verbo..."

C'est surtout dans sa dimension métalinguistique que la rigueur de l'argumentation s'avère le plus efficace. Si Carochi manie avec virtuosité les jeux sur les places d'argument - élément essentiel de la morphosyntaxe du nahuatl, Aldama y Guevara pratique avec une grande habileté la grammaire contrastive, en laissant au lecteur mesurer la différence entre traduction et métalangue. Ainsi (§227) la forme impersonnelle huiloa "on va" de yáuh "aller" se traduit bien  habituellement par todos van, mais huiloa n'est pas équivalent au pronom espagnol todos, ni compatible avec le nahuatl mochintin "tous". De même (§456) le nom possessif tlanê construit sur tlantli "dent" peut constituer à lui seul une phrase, parce qu'il contient à la fois l'équivalent de l'espagnol tiene et dientes (Aldama est le premier à ma connaissance à renoncer à traduire ces noms par "possesseur de", "dueño de", et à les reconnaître pour ce qu'ils sont : les correspondants nahuatl du verbe avoir). Ou encore (§261) : en dépit des apparences et des traductions par "interdire" (et au réfléchi : "s'abstenir de"), cáhualtia est bien un causatif (de cáhua "laisser") ; "pero si bien lo contemplas, no es asi como parece : porque el prohibir se dirixe a que otro omita ô deje lo que le privan, y el abstenecerse no es otra cosa que privarse a si mesmo û hacerse omitir o dejar el objeto de que se abstiene o priva".

Le grand pédagogue qu'est Aldama sait donc susciter les capacités métalinguistiques de ses lecteurs par les gloses et les discussions sur la traduction. Par exemple, le nahuatl construit le passif du bitransitif avec le sujet issu de l'objet-2 et non de l'objet-1, il faut donc gloser (§210) nimaco in pitzotl comme yo soy dado el cerdo "porque la traduccion es muy material, y agena del modo de hablar español, pero no obstante la puse, para que no estrañes...". Ou encore (§499) : le lecteur pourrait croire que l'emploi de temi "être plein" avec un auxiliaire comme "se trouver" constitue un pléonasme ? Il est alors renvoyé à une mise en garde antérieure sur l'usage de la redondance en nahuatl, et averti qu'il ne faut pas accorder trop d'importance à la traduction littérale, "y que si en esso te paras, te pararás cada rato". C'est pour la même raison qu'Aldama ne traduit pas l'auxiliaire dépréciatif -poloa, mais que le lecteur ne s'y trompe pas et ne croie pas que son emploi n'a pas de sens, car "no significa cosa alguna que tenga determinado equivalente en español, y por eso he traducido los ejemplos como si estuvieran sin tal particula, pero dicha particula la usan para indice del abatimiento o desprecio".

A titre de comparaison, voyons comment Carochi et Aldama y Guevara glosent les verbes dénominatifs en -tia signifiant "pourvoir de N". Le premier dit :

apropiarse, y adjudicarse la tal cosa, o que nos sirva en lugar della, como nicnocaltia in mocal, apropiome tu casa o me sirve de casa la tuya.

Le second me semble faire un effort d'abstraction et de généralisation supplémentaire (§469) :

reducir al paciente a lo que significa el nombre radical, o tomarlo en lugar de lo que significa el nombre ; pero adjudicándoselo o aplicándoselo a si mesmo el agente: nicnocniuhtia in Pedro, me hago amigo a Pedro, hago que me sea amigo, me lo tomo por tal.

A ce niveau d'analyse, on peut se permettre de dédaigner les vaines querelles de terminologie. Aldama est un scientifique, non un cuistre. Il appelle preposiciones (§364) l'équivalent des prépositions latines ou espagnoles, mais certains préfèrent parler de posposiciones parce qu'elles se mettent après le nom ? Que le lecteur les appelle comme il voudra... "esas disputas no te sirven para aprender el mexicano". Ou encore (§506-510) : on dit qu'il n'y a pas de comparatifs et de superlatifs en nahuatl, parce qu'il n'y a pas une morphologie de l'adjectif correspondant à celle du latin, mais cela signifie-t-il qu'on n'y exprime ni la supériorité ni le haut degré ? Non, bien sûr, et Aldama examine sous le titre "comparatifs et superlatifs" les tournures qui expriment ces notions, "pero es pura cuestión de nombre", conclut-il, en profitant de l'occasion pour inviter le lecteur à ne pas s'étonner de l'usage de la négation dans l'une des tournures comparatives du nahuatl, puisqu'on peut dire aussi en espagnol mejor es esto, que no esso.

Dans le choix d'extraits proposé ci-dessus, il y a une part de subjectivité. D'autres lecteurs pourraient certainement citer d'autres passages, tant l'ouvrage fourmille de notations pertinentes ou spirituelles. Cette grammaire complète ainsi harmonieusement le grand travail linguistique des franciscains et des jésuites sur la langue nahuatl. Comme il apparaît tout au long du présent volume, la linguistique missionnaire n'a rien d'une entreprise stérile et latinocentrique de religieux obtus. Cette vision complaisamment entretenue par des universitaires du XXe siècle, souvent incapables de produire eux-mêmes des descriptions et des analyses de cette qualité, ne résiste pas à l'examen. Et au-delà du regret de voir Aldama y Guevara tombé dans l'oubli, il en est un beaucoup plus profond : celui que la grammatisation (selon le terme d'Auroux 1992) des langues indigènes d'Amérique, pratiquement contemporaine de celle des langues d'Europe (puisqu'elle commence en 1547 avec Olmos), n'ait pas fécondé la réflexion sur le langage de ce côté-ci de l'Atlantique : en eût-il été autrement, il y a fort à parier que la linguistique contemporaine serait différente, et probablement en mieux.

 

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[1] Il semble pourtant que cette omisssion doive être prochainement réparée.

[2] Dans les citations originales, je maintiens l'orthographe de l'auteur, mais j'évite les contractions telles que celles citées plus haut.

[3] Il semble bien qu'ainsi Aldama y Guevara, qui tout comme Carochi fait usage de formes inexistantes à des fins pédagogiques ("ne dites pas... mais dites....") pousse sa finesse d'analyse jusqu'à découvrir les formes douteuses : en termes contemporains, il passe de l'astérisque au point d'interrogation.

[4] Il est vrai qu'une fois au moins Carochi cite une forme dialectale des terres chaudes (ithua "voir", pour itta).