Histoire de rond et de cougnou
Auteur Florence Fadier-Rotsaert
Thème Ateliers de jour - Plâtre et pierre
Référence Emergences n°20, 1997, page 18
 
Dans notre pays, une des traditions des fêtes de fin d’année est le gâteau de Noël, appelé entre autres cougnou, décoré d’un ou plusieurs motifs peints sur des ronds en plâtre. Actuellement et selon les régions, il est « déposé » soit par le petit Jésus, soit par l’ange Gabriel, soit par le père Noël ou est donné par les parrains et marraines.

Mais d’où vient cette étrange coutume ? Il semble que la fabrication du gâteau de Noël remonte au Moyen Age. Sa forme était généralement oblongue soit - la plus ancienne - à l’aspect anguleux du losange, soit - celle devenue universelle - à l’aspect ovale muni à chaque bout de deux renflements souvent arrondis mais parfois cornus. L’importance de l’enfant Jésus dans le folklore de la Noël a dû contribuer à répandre, sinon à suggérer, ce gâteau dont la forme rappelle celle de l’être humain.
L’origine du cougnou n’est peut-être pas à chercher uniquement dans la vie religieuse mais aussi dans les pratiques domaniales de jadis. Parmi les redevances en nature dont les tenanciers avaient à s’acquitter envers leur Seigneur, on trouve parfois des pains et même des cougnous. Plus tard, ils ne furent plus qu’une gratification offerte à l’occasion de la Noël à l’un ou l’autre officier, au curé, au maître d’école, au bon client mais surtout aux enfants.
En Wallonie et particulièrement dans le Hainaut, on use selon les régions de trois types de dénominations : cougnole, cougnou ou coquille. D’autres termes sont employés mais très localement.
Quant à la décoration, elle aurait pris naissance dans le pays flamand. Presque partout en Wallonie, on le décore : avec des fleurs, à l’aide d’incisions dans la pâte ou de simples morceaux de sucre, parfois disposés en croix, ou avec des rubans. Mais dans le Hainaut, on usa longtemps d’une tradition très générale : les motifs circulaires en terre cuite. Ils portaient des représentations en relief rehaussées de peintures d’inspirations diverses. A l’heure actuelle, le plâtre a remplacé la terre cuite.
Pour la petite histoire, à Neufvilles, on appelait parfois le gâteau de Noël, marmot (auparavant, un nom parmi d’autres donné au rond).

Ainsi, au Centre Reine Fabiola, le cougnou fait aussi partie des traditions. A la section Plâtre et pierre de l’Atelier du Centre, douze personnes s’affairent tout au long de l’année à la fabrication de ronds, ce qui équivaut à quatre tonnes et demi en moyenne par an. Deux des personnes coulent le plâtre dans des moules en silicone de plusieurs grandeurs. Après deux ou trois jours de séchage suivant l’humidité de l’air, les dix autres les décorent. Les neuf motifs utilisés sont peints à la couleur à l’eau, hygiène alimentaire oblige. Les clients sont principalement un grossiste et quelques particuliers pour qui, de temps à autre, sont fabriqués des ronds qui orneront des gâteaux préparés à l’occasion d’une autre fête ; le motif sera donc différent.
Au Centre, le client est bien évidemment la Boulangerie. Trois semaines avant la Noël, les huit personnes y travaillant préparent la pâte à cougnou. Elles en font de différentes grandeurs : des petits pour une personne, des cougnous de 250 g, 375 g, 500 g et de 1 kg. Elles leur donnent la forme voulue à la main et, pendant la deuxième levée de la pâte, y insèrent le rond. Une fois la pâte prête, il ne reste plus que la cuisson avant la dégustation et tout cela pour le plaisir des connaisseurs.
Et si le coeur vous en dit, voici de quoi faire un petit cadeau à vos amis, votre famille...

Bon appétit

Recette traditionnelle de la cougnole,
cougnou ou coquille

Ingrédients : pour 1 kg de farine, 8 oeufs, 77 g de levure, 50 g de sucre, 4 à 6 dl de lait, 200 à 400 g de beurre, 15 g de sel et, si vous le désirez, des raisins de corinthe.

Dans la moitié du lait tiédi, ajouter le sucre et la levure. Laisser reposer jusqu’à ce que la levure gonfle.
Dans une terrine, mettre la farine, les oeufs, le beurre fondu, le sel, la levure préparée et le reste du lait tiède.
Bien travailler la pâte à la cuillère en bois jusqu’à ce qu’elle se décolle du fond de la terrine. La couvrir et la mettre à reposer dans un endroit tiède, pour la laisser lever.
Saupoudrer de farine une planche de travail, y étaler la pâte et former le cougnou.
Graisser une plaque allant au four, y poser le cougnou et le laisser encore reposer pendant 30 minutes.
Enduire le cougnou d’un oeuf battu en omelette et laisser cuire à four modéré (230 - 240 °) préchauffé pendant quelques minutes.
Le temps de cuisson est d’une demi-heure environ.
Conseil pour vérifier si le cougnou est à point : y enfoncer une aiguille à tricoter. Si la pâte n’adhère pas, le cougnou est cuit.