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Europe & Culture

Pour une Université de l’Europe à Strasbourg

Faire de Strasbourg la capitale intellectuelle de l’Europe.

mardi 27 juin 2006 - Pauline Gessant

Dans le contexte du débat actuel autour de la localisation du Parlement européen et de son départ envisageable de Strasbourg, il est intéressant de se replonger dans la proposition faite par Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent, dans une tribune publiée dans le Monde du 19 janvier 2006, intitulée « Pour une Université de l’Europe ».

Repenser notre identité européenne

Bronislaw Geremek (historien, député européen et ancien Ministre des affaires étrangères polonais) et Jean-Didier Vincent (biologiste et membre de l’Institut) préconisent la création d’une Université de l’Europe dans les locaux du Parlement Européen à Strasbourg.

Ces deux spécialistes estiment que la crise politique que traverse actuellement l’Union européenne est « l’expression d’une crise d’identité qui d’une manière ou d’une autre secoue tous les peuples européens. L’Europe ne pourra se réaliser comme une communauté de destin entre peuples d’origines et de cultures différentes sans assumer ce qui a fait son histoire et sans transmettre les valeurs qui ont été communes à ces peuples ».

Il est donc temps, selon eux, de fonder une Université de l’Europe, structure qui présente l’avantage de ne pas être l’enjeu immédiat des luttes politiques, ni d’être soumise au jeu économique de la rentabilité immédiate... L’Europe a besoin de nouveaux défricheurs et les universitaires, savants et autres chercheurs pourraient être ces porteurs de demain pour Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent.

Une vocation universelle avec une visée européenne

Cette Université de l’Europe serait pluridisciplinaire avec une vocation universelle mais elle aurait « une visée européenne propre en proposant notamment une formation à l’histoire de l’Europe et de l’esprit européen ».

Il ne s’agirait pas d’un institut d’études européennes comme il en existe déjà mais « une université dans le sens le plus noble du terme, dans la tradition de ce que fut l’Universitas, du Moyen Age à Humboldt, un lieu où s’unirait harmonieusement enseignement de haute qualité et recherche d’excellence » .

Les deux membres de la Fondation pour l’innovation politique proposent de doter ces universités de quatre départements : sciences fondamentales, sciences de la vie, sciences de l’homme et sciences juridiques. Les cours y seraient délivrés en anglais et en français (rendant ainsi à la langue française son importance comme moyen de communication), peut-être aussi l’allemand, et les étudiants auraient la possibilité d’y apprendre les autres langues européennes.

Un réseau européen d’universités

A côté de cette université de l’Europe, ils préconisent également la mise en place d’un réseau européen d’universités , constitués d’universités déjà existantes, réseau qui se verrait attribuer une étiquette européenne.

Cette étiquette impliquerait indépendance vis-à-vis du support national, autonomie de gestion et de définition des programmes, validation des savoirs reconnue au niveau européen donc international.

Un système de bourses de mérite serait également mis en place pour permettre aux étudiants des universités nationales d’entrer dans ce réseau européen d’excellence, ravivant ainsi au niveau européen un véritable ascenseur social.

Un financement partenarial

Le financement serait assuré, pour le fonctionnement de base, par le budget de l’Union européenne, lui donnant ainsi l’occasion de mettre en pratique les objectifs de Lisbonne en matière de recherche.

S’y ajouteraient les produits de rentes et de donation et un financement national, au prorata de nombre d’universités nationales engagées dans ce réseau viendrait compléter le dispositif financier. Et Bronislaw Geremek de préciser dans un interview donné pour www.touteleurope.fr , « si on lui attribuait les 200 millions d’euros qui servent aujourd’hui à financer les déplacements du Parlement européen, l’université européenne aurait un beau capital de départ ».

Pourquoi soutenir cette initiative ?

  • Forger une conscience et une identité communes
  • Donner à la mobilité étudiante un nouveau moyen de réalisation grâce à la mise en place de ce réseau universitaire européen
  • Donner corps à l’idée de mobilité des chercheurs au sein de l’espace européen de la recherche
  • Donner un sens aux investissements consacrés à la ville de Strasbourg, qui ne servent que quatre jours par mois
  • Rétablir le lien entre « Université « et « Europe ». En effet l’université qui est une invention européenne n’est plus associée à l’image de l’Europe dans le monde et ce sont aujourd’hui les universités américaines qui attirent une majorité d’étudiants.

La proposition de Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent a le mérite de dépasser le débat autour du double siège du Parlement Européen et de proposer un nouveau souffle au système d’enseignement et de recherche en Europe. Remémorons nous également la célèbre phrase qui n’a peut-être jamais été prononcée par Jean Monnet : « Si je devais recommencer l’Europe, je commencerais par la culture ».

Et s’il faut se positionner d’un point de vue strictement franco-français, reconnaissons que la France aurait tout à gagner de l’installation d’une université européenne dans les bâtiments de Strasbourg, permettant ainsi la réalisation d’un projet ambitieux : faire de Strasbourg la capitale intellectuelle de l’Europe.

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- Sources :

Retrouvez la tribune de Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent sur www.fondapol.org.

- Illustration :

Photographie du palais universitaire de Strasbourg, place de l’Université (Sources : encyclopédie en ligne wikipédia).


Forum

  • Pour une Université de l’Europe à Strasbourg
    mercredi 4 octobre 2006

    Comme le dit l’un des intervenants, il ne faut pas oublier le problème linguistique. Ce n’est pas avec l’anglais et en singeant les américains que l’Europe se construira l’unité qui lui manque.

    Il faut au contraire encourager la diversité linguistique. Il faudrait un système qui encourage l’apprentissage et la pratique d’autres langues européennes que l’anglais, notamment dans les écoles, et pourquoi pas aussi de l’espéranto qui est aussi en l’oublions pas une langue européenne.

  • La vraie priorité c’est d’intensifier l’Europe de la recherche et des échanges
    vendredi 7 juillet 2006, par Frédéric Benhaim

    L’idée d’une grande école/université de l’Europe à Strasbourg est ancienne, aussi ancienne que le rêve de certains eurodéputés de ne plus résider qu’à Bruxelles. Elle n’est pas pour autant justifiée.

    D’abord, il existe déjà deux instituts universitaires européens à Bruges et Florence. Malheureusement, ils n’ont pas rempli leurs promesses (manque de financement, de moyens...) alors qu’au départ la philosophie était semblable à celle qui prévaut dans cette initiative.

    Le risque serait de donner de l’argent (pas assez) à une université européenne à Strasbourg, de se contenter de favoriser une/des réseaux d’élite qui dans la construction européenne s’en sortent largement par leurs propres moyens...et d’oublier la grande masse des étudiants et chercheurs pour qui l’Europe demeure un souhait, voire un simple rêve.

    Ce qu’il faut, c’est intensifier les réseaux de recherche en Europe, intensifier les échanges européens en faisant basculer de l’argent vers les programmes SOCRATES et ERASMUS par exemple (donc hors des programmes agricoles ou structurels), créer une instance européenne capable de financer des projets de recherche en réseau au moins en partie sur la base d’appels d’offre (ce qui permet d’orienter politiquement la recherche, là où au niveau communautaire la décision d’orientation reste technocratique car prise par des fonctionnaires « experts scientifiques »)...

    Plutôt qu’une approche VERTICALE (et finalement très française !) de la politique européenne de l’enseignement supérieur, il convient d’adopter une approche HORIZONTALE. L’Europe doit se faire de façon horizontale un jour ou l’autre ou elle ne se fera pas.

    Je vous recommande à ce titre la lecture d’un article de Sylvain Kahn paru sur ces questions dans Libération il y a de cela quelques mois, intitulé « Un plan Marshall pour l’université ». Dans cet article, Kahn réagit à la proposition d’université européenne à Strasbourg.

  • Pour une Université de l’Europe à Strasbourg
    dimanche 2 juillet 2006, par Fabien

    C’est dialleurs bizarre qu’auncun candidat potentiel à la Présidentielle ne reprenne ce genre de proposition qui marquerait pourtant un fort engagement vis-à-vis de l’Europe... Même si cela ne serait pas suffisant, surtout du point de vue de la construction politique de l’Europe.

    En même temps, parlez de l’Europe dans les états-majors en ce moment, et il freinent des 4 fers. A nous de leur montrer que les Français s’y intéressent toujours !

  • Pour une Université de l’Europe à Strasbourg
    mercredi 28 juin 2006, par Robert Leleu

    Bravo pour cette poposition qui dépasse la bagarre de clochers entre états. J’aurais souhaité que ses auteurs dépassassent également le conflit des langues en proposant certains enseignements en espéranto (droit, sciences et histoire sont de bons exemples.

    J’argumente ma proposition en deux points : L’espéranto est un outil performant. Le multilinguisme n’est pas une solution « de masse »

    1/ L’espéranto est un outil performant. Je suis ingénieur civil des Mines, à la retraite, et ai utilisé anglais et espagnol en situation professeionnelle. Je me débrouille en allemand...et en latin. J’ai appris l’espéranto à 71 ans sur internet, et au bout de 30 heures de cours ma capacité de lecture et d’écriture surpassait celle de l’allemand, égalant presque celle de l’anglais (avec sur celui-ci l’avantage de ne jamais tomber sur un texte incompréhensible même avec un dictionnaire. J’ai lu quelques ouvrages en espéranto, et sais que les titres I et 2 du projet de Constitution Européenne ont été traduits en espéranto. J’ai donc sur l’espéranto une opinion positive dûment fondée.

    2/Le multilinguisme n’est pas une solution de masse. J’ai dix petits-enfants ; je vois clairement que si 2 ou 3 d’entre eux arrivent à apprendre une ou deux langues étrangères (sauf à s’expatrier), ce sera bien le bout du monde. Alors que si ils avaient appris l’espéranto avant le secondaire, ils en connaîtraient toujours la grammaire (j’ai conservé des bribes de celle de l’allemand étudié en 7ième), et le réactiveraient rapidement au besoin. L’un de ces petits-enfants, ayant suivi 12 heures de cours internet (ikurso), peut lire tout texte en espéranto, en se servant d’un dictionnaire. Or l’intercommunication active intra-européenne « de masse » suppose (au moins) un langage commun. L’espéranto est disponible, emparons nous en, en commençant par les élites en Université, surtout européenne...et, c’est un voeu plus difficile à réaliser, en primaire dans toute l’Europe. Là aussi, ayant été responsable syndical, et membre fondateur de l’association *ULISSE" pour l’utilisation et l’intégration des sciences sociales en entreprise, puis président de la commission européenne du Conseil Economique et Social d’Ile de France, je pense pouvroi émettre une opinion dûment pesée.

  • Pour une Université de l’Europe à Strasbourg
    mercredi 28 juin 2006, par Aleks

    Bonjour,
    Effectivement, comme le disait Jean Monnet, il aurait fallu commencer par la culture, le résultat du référendum serait peut-être bien différent ... Dans la culture, il y a les langues.

    L’université de l’Europe :
    L’idée est bonne, s’il s’agit de former une élite européenne coupée des citoyens, de la base, des peuples, car elle devrait maîtriser 2 des langues nationales de l’UE parmi 21. Donc idée intéressante si l’ambition est de creuser la fracture sociale européenne clin d'oeuil

    Si l’ambition est au contraire de renforcer l’identité et la cohésion européennes, il conviendrait d’étudier la possibilité d’enseigner ou bien dans toutes les langues officielles (voire les autres), ou celle d’utiliser une langue commune neutre politiquement, qui n’avantage personne, et donc tout le monde. Et qui ainsi constituerait, plus encore que la monnaie euro, un véritable ferment de l’identité européenne. Par ex. l’espéranto sourire

    Aleks KADAR
    membre du mouvement européen Europe Démocratie Espéranto


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