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Alain Afflelou, Daniel Hechter et Patrick Proisy: trois hommes d'affaires qui n'ont pas réussi à gagner la confiance du public alsacien.
Alain Afflelou, Daniel Hechter et Patrick Proisy: trois hommes d'affaires qui n'ont pas réussi à gagner la confiance du public alsacien.
Histoires de gros sous et de pièces rapportées
Plusieurs investisseurs extérieurs ont tenté l’aventure avec le Racing. Daniel Hechter, Patrick Proisy, ou plus récemment Alain Afflelou : aucun n’a su s’imposer face à des partenaires locaux
toujours très influents.


On peut avoir trois paires de lunettes et ne rien voir venir. C'est ce qui est arrivé à Alain Afflelou, le 30 novembre, alors que les propriétaires du Racing se réunissaient en assemblée générale. Objet de ce tour de table : choisir le nouveau président. Tout le monde voyait déjà l'opticien à la tête du club. La veille de l'AG, Egon Gindorf, alors président du Racing, déclarait dans les colonnes de L'Alsace : « Avec Alain Affelou, tout est clair. (...) J’espère, dans l’intérêt du club, que les gens seront raisonnables, car cette vente a pour objet de faire franchir un cap au Racing, et pas d’enrichir les actionnaires. » C’est exactement l’inverse qui s’est passé. Que s'est-il passé d’ailleurs ? Et comment Philippe Ginestet, un investisseur immobilier strasbourgeois, actionnaire du club depuis 2003, a-t-il raflé la mise?
Dans sa proposition de rachat, Philippe Ginestet a su flatter le portefeuille des actionnaires. Contrairement à Alain Afflelou, l’investisseur immobilier propose de rembourser aux autres actionnaires – Egon Gindorf, Marc Keller, Thierry Wendling, Pierre Schmidt et Patrick Adler – l’argent qu’ils ont investi dans le club lors d'un précédent rachat en 2003. Il oublie aussi les dettes qu’ils ont contracté auprès de lui. Au total, c’est un cadeau de six millions d’euros que Philippe Ginestet leur accorde. Il a aussi un moyen de pression supplémentaire. Ironie du sort, c’est Afflelou qui le lui porte sur un plateau en annonçant vouloir racheter les parts du club pour un euro symbolique. Ginestet dénonce une dévaluation du capital du Racing et menace ses partenaires de poursuites judiciaires.
Afflelou se retrouve Grosjean comme devant et n’apprécie guère la trahison des Alsaciens. « Nous sommes déçus que les autres actionnaires n’aient pas crevé l’abcès plus tôt », dénonce Eric Lesieur, secrétaire général du groupe Afflelou. « Ils auraient pu anticiper l’offre locale de Ginestet. S’il n’y avait pas eu l’offre d’Afflelou, Ginestet aurait attendu que le club s’enlise et pourrisse pour qu’il perde de sa valeur, avant de le racheter. Comme on dit dans la finance, nous avons servi de lièvre et nous n’aimons pas trop ça. »
En choisissant cette solution locale, le Racing va-t-il creuser un peu plus le fossé entre ses ambitions et les moyens pour les réaliser ? A force de rejeter ces greffes d'actionnaires « parisiens », pourra-t-il un jour rivaliser avec les grands clubs français qui ont fait appel à des investisseurs aux reins solides, Pathé à Lyon ou Canal + au Paris-Saint-Germain ? Marc Keller, le manager général du Racing, l’avoue lui-même : « Idéalement, c’est bien s’il y a un panachage entre les locaux et les partenaires d’envergure nationale ou internationale. »
Cette valse hésitation entre investisseurs locaux et/ou d'envergure nationale ne date pas d'hier. Elle trouve même ses racines à la fin des années 1980, période où ballon rond commence à rimer avec business. Les droits télé font leur apparition avec l’arrivée de la chaîne privée Canal+. « C’était les débuts en France du foot-spectacle », explique Paul Stehlin, actuel président du Racing omnisport, l’association à laquelle était rattaché le club pro à cette époque.
La surenchère des moyens financiers va de pair avec l'émergence de personnalités charismatiques à l’image de Claude Bez à Bordeaux et Bernard Tapie à Marseille.
A Strasbourg, un homme a bien perçu ces mutations : André Bord, président du Racing de 1980 à 1985 et à la tête de l’omnisport jusqu’en 1997. A côté de ses fonctions au club, l'ancien ministre gaulliste mène une carrière politique au sein du RPR local. Les saisons sans saveur qui suivent le titre de 1979 l'exposent de plus en plus aux coups de ses ennemis politiques. « Tous mes amis parisiens me disaient que c’était un suicide politique de rester président général du club avec d’aussi mauvais résultats », se souvient André Bord. En novembre 1985, il jette l'éponge et cède la présidence à un homme de confiance, Jean Willaume, qui ne parvient pas à éviter la descente en deuxième division. C'est alors qu'il a l'idée de faire appel à un ami rencontré lors de vacances passées à Saint-Tropez : Daniel Hechter, le couturier parisien, prend la tête de la section professionnelle en juin 1986.

Erreurs de casting

Le membre fondateur du Paris Saint-Germain en 1970 a pour mission de faire du Racing un grand club français. Dès son arrivée en Alsace, Hechter joue la carte médiatique. « Il fréquentait tous les bistrots à la mode pour se montrer avec sa femme », rappelle Gérard Schmaltz, vice-président du Racing entre 1980 et 1984. Une stratégie qui suscite d’emblée la méfiance dans l’entourage du club. « Hechter n’était là que pour se faire mousser, il ne s’intéressait pas au Racing », estime Emile Stahl, ancien vice-président et personnalité très influente du club.
Sur le terrain, les échecs sportifs se succèdent. Le club ne remonte en première division qu’au bout de deux saisons, et replonge immédiatement. A cela s’ajoute l’affaire Pita. Le joueur brésilien, annoncé comme la vedette qui allait faire briller le Racing, déçoit énormément. Et, comble du ridicule, il débarque sur les bords du Krimmeri avec une fracture de fatigue non diagnostiquée au moment de son transfert.
Côté finances, les comptes restent dans le rouge. Le statut associatif du club à l’époque implique des rallonges régulières de la part de la Ville pour éponger le déficit croissant. « Les représentants du club allaient voir Marcel Rudloff (maire de 1983 à 1989) pour dire, “il nous faut tant’’. Et ils l’obtenaient. Tout cela manquait de transparence », s’indigne l’ex-conseiller municipal d’opposition, Roland Ries.
En arrivant au pouvoir en 1989, les socialistes commandent un audit des finances du club. Le constat est sans appel : le Racing est au bord de la faillite avec un déficit de 90 millions de francs. La version de Daniel Hechter diffère : « Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’à mon arrivée, il y avait un déficit aussi important, et j’ai résorbé un trou de vingt millions de francs. »
En 1990, la parenthèse Hechter se referme mais l’homme reste amer. « Mon éviction a été un problème politique. Trautmann et Herrmann voulaient clairement mettre dehors un Français de l’intérieur, lâche le couturier. Herrmann diffusait des rumeurs dans les winstubs. C’était de la calomnie pure. » En quatre années à la tête du club, l’homme d’affaires n’a en tout cas pas su gagner le cœur des Alsaciens. Une histoire qui n’allait pas tarder à se répéter.

Un club bradé

«Proisy à Paris, le Racing aux Alsaciens.» Ce soir de février 1997, les supporters du Racing expriment un sens particulier de l’accueil. Cette banderole, déployée lors du premier match de Patrick Proisy comme président du Racing, annonce la couleur. La vente du club à MacCormack, une multinationale de marketing sportif, mécontente la plupart des Strasbourgeois.
Appliquant une loi de 1996, qui prévoit la suppression des subventions publiques allouées aux clubs professionnels (lire ci-contre), la municipalité socialiste a choisi MacCormack pour son envergure financière. L’entreprise s’engage à investir plus de 150 millions de francs sur cinq ans dans le club, à le moderniser et à recruter des stars. Echaudés par l’expérience Hechter, les Alsaciens font la moue. Catherine Trautmann est même accusée d’avoir « bradé le club aux Américains ». Les 49% du Racing que détenait la ville ont été cédés à MacCormack pour la somme de cinq millions de francs.
Patrick Proisy se souvient du climat de suspicion qui entoure alors la vente du Racing. « Nous étions un groupe américain, donc les gens étaient méfiants. Tout est dans la manière dont on présente les choses aux Alsaciens. Quand on leur dit : « Le Racing est vendu aux Américains », je m’y oppose. Par contre, leur dire qu’un groupe d’actionnaires américain arrive, c’est différent. L’actionnaire est quelqu’un qui vient aider le club à se développer. Si les commentaires avaient été ceux-là, j’aurais sans doute été bien mieux accueilli. »
En tout cas, le choix du repreneur ne passe pas. Le refus de confier le Racing à Roland Weller, président de 1994 à 1997 et PDG de l’Alsacienne de restauration, n’est pas compris. Weller est apprécié par les supporters, il jouit d’un bon bilan financier et sportif. Sous sa direction, l’équipe finit à plusieurs reprises dans le haut du tableau de première division et enrichit son palmarès : finale de coupe de France en 1995, victoire en coupe de la Ligue en 1997. Le centre de formation révèle plusieurs jeunes talents qui vont ensuite réussir de belles carrières (Dacourt, Ismaël...).

Problèmes d’ego

Seulement, pour la municipalité socialiste, Weller n’a pas la surface financière suffisante. Idem pour son challenger local, Pierre Rapin, qui défend la proposition de rachat du groupe Saatchi & Saatchi. Déçus, les deux hommes vont garder un profond ressentiment à l’encontre de la mairie et de MacCormack. « Il y a des gens qui n’ont pas accepté la vente du club, regrette Patrick Proisy. J’ai dû faire face à des problèmes d’ego, il y a eu des batailles dans l’ombre. Il y a des gens qui avaient des ambitions personnelles et qui espéraient l’échec de MacCormack pour reprendre le club. »
Une suite d’erreurs et de maladresses vont finir de plomber le peu de crédit que MacCormack possède encore auprès des Alsaciens. Patrick Proisy n’est jamais à Strasbourg. Et il s’entoure mal, au grand dam des socialistes qui doivent assumer le choix MacCormack. « En Alsace, les marques identitaires sont fortes. D’emblée, Proisy a été mal accepté. Mais il n’a pas arrangé son cas en étant massivement absent. Il y a eu de mauvais choix dans les collaborateurs. Il m’est arrivé d’aller le voir pour lui dire qu’il était à côté de la plaque », explique Robert Herrmann, ancien adjoint au sport de Catherine Trautmann. L’intéressé reconnaît ses erreurs. « Il aurait fallu que je trouve quelqu’un qui dirige le club en mon absence, un président délégué. Malheureusement ça a mal fonctionné avec Bernard Gardon puis Claude Le Roy. »
En 1999, Le Roy, alors recruteur du Racing, est la cible d’insultes antisémites. Il s’en prend au public strasbourgeois dans son ensemble qu’il qualifie de « raciste ». Les relations entre les supporters et la direction du club atteignent alors un point de non-retour.
D’autant que sportivement, le club stagne et les promesses de MacCormack ne sont plus qu’un souvenir. En 2001, c’est la relégation. Malgré d’importantes sommes d’argent, les mauvais recrutements de Gardon et de Le Roy s’enchaînent : l’Autrichien Haas et les deux Argentins Garay et Belloso – on parle de 80 millions de francs pour les trois – déçoivent. Sans parler du gardien star de la coupe du Monde 1998, Chilavert, recruté en surpoids, avec 10 kg de trop.
L’actuel entraîneur du Racing, Jacky Duguépéroux, dresse le bilan de l’ère MacCormack. « Comme beaucoup, je pensais que c’était bien de vendre le club à un étranger pour en finir avec le microcosme strasbourgeois. J’y ai mis beaucoup d’espoir, mais malheureusement je me suis trompé. » Hechter, Proisy, Afflelou : le Racing a perdu trois fois le pari de l'ouverture sur l'extérieur.
Antoine Bonin
Marie-Laure Ziss
Matthieu Le Gall
Guillemette Echalier
Pierre Oertel
Antoine Bonin
   
   
La Ville sort du terrain
Ce mois d’avril 2003, les supporters du Racing se réjouissent après l’annonce du départ de Patrick Proisy
Ce mois d’avril 2003, les supporters du Racing se réjouissent après l’annonce du départ de Patrick Proisy
En 1997, l’année de la privatisation du Racing, la ville cède ses parts (49%) à MacComarck (pour cinq millions de francs). Le club devient alors une société anonyme à objet sportif (SAOS), une évolution vers le désengagement des collectivités des clubs professionnels dictée par la législation. Une loi du 24 janvier 1996 prévoit en effet la suppression des subventions publiques allouées aux clubs sportifs de haut niveau à l’horizon 2000. Elle fait suite au décret Pasqua de 1993 qui limitait déjà l’intervention publique dans le financement des clubs professionnels. Au cours des années 1990, la Ville de Strasbourg va peu à peu se retirer du financement du club.
Jusqu’en 1991, le Racing est une association loi 1901. A ce titre, il reçoit de l’argent d’organismes publics. Dans les annés 1980, la municipalité Rudloff n’hésite pas à voter des subventions importantes au Racing. Et à se porter caution pour les emprunts contractés par le club. L’argent public représente plus de la moitié du budget du club à cette époque.
En 1989, quand l’équipe Trautmann arrive au pouvoir, la Ville verse 30 millions de francs au Racing, sans compter les prêts. En 1991, 27 millions. Cette même année, la municipalité socialiste décide de faire passer le Racing du statut associatif à celui de société anonyme d’économie mixte sportive locale (SAEMSL). La Ville détient 49% des parts à côté de partenaires privés, comme Eurodirect-Marketing (21,12%) présidé par Pierre Rapin ou Emile Stahl (8,6%).
En 1997, avant la vente, la Ville verse encore 20 millions de francs au club, auxquels s’ajoutent 3 millions de la CUS. « Nous considérions que les deniers publics ne devaient plus servir à financer une entreprise de sport-spectacle », justifie l’adjoint aux sports Robert Herrmann. Après 1997 et la privatisation, la Ville reste un partenaire : elle met à disposition le stade et finance des opérations pour les jeunes. En 2002, elle franchit un pas de plus dans le désengagement : la CUS loue désormais le complexe de la Meinau pour 400 000 euros par an au club, devenu une société anonyme de sport professionnel (SASP). Le Racing espère renégocier le contrat de location qui arrive à terme le 30 juin 2006. Pour l’entretien, les agents municipaux ont été remplacés par des employés de sociétés privées.
La mairie continue d’acheter des panneaux et des billets pour des clubs amateurs. Ce qui représente une aide indirecte de près de 900 000 euros d’après le club. A côté de la Ville, le conseil général finance depuis 1991 les mercredis du foot à destination des jeunes. Il y consacre 215 000 euros. La Région, par le biais d’achats de prestations (billets, stages au centre de formation), a versé 150 000 euros au club pour la saison 2005-2006.


 
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   Lundi 15 Juin, 2009   
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