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Philippe Lucas "Un vrai passionné"

Entraîneur de Mathieu en 18 ans au centre de formation de Bordeaux entre 2001 et 2003

L’un de ses formateurs à Bordeaux garde un souvenir ému et tenace du passage de Mathieu. Il revient sur ce parcours sans manier la langue de bois.

Philippe Lucas, quels souvenirs conservez-vous de Mathieu Valbuena ?

J’en garde l’image d’un vrai mordu, d’un passionné de football comme on n’en fait plus beaucoup. Il vivait foot vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs disent

qu’ils veulent être professionnels sans faire les efforts nécessaires. Mathieu, lui, ne ratait jamais un match à la télévision. Lors de ses vacances, il s’est rendu à Barcelone pour voir le Camp Nou. Il loupait très peu d’entraînements, où il était toujours à fond. Il venait avec la banane et faisait tout ce qu’on lui demandait. Il fallait très rarement le reprendre. Pour un entraîneur, travailler avec un tel joueur est facile.

Quels étaient ses points forts ?

Mathieu est très à l’écoute. A l’époque, il associait cela à un talent technique au-delà de la moyenne. Lorsque certains ont besoin de trois contrôles, un seul lui suffit. Sa technique l’amène à enchaîner vite. Son centre de gravité très bas lui permet de casser les reins de ses adversaires. Il compense son manque de gabarit par une vitesse gestuelle.

Dans ces conditions, pourquoi Bordeaux ne l’a-t-il pas conservé ?

Il n’a pas été exclu à cause de sa petite taille, comme on peut l’entendre ici ou là. Certains doutaient de son éclosion future. Le jeu de Mathieu devait muter du jeu d’adolescent à celui de joueur de haut niveau. Il devait aller plus vite et éviter les duels. En 18 ans, dès qu’il gardait trop le ballon et qu’un duel se présentait, il n’existait plus. Jean-Louis Garcia, l’entraîneur de la CFA, l’a testé à deux reprises. A chaque fois, Mathieu s’est trouvé en difficulté, car il manquait de simplicité. Il tombait sur des hommes, ce qui ne pardonnait pas. Il a mis du temps à assimiler cela, mais aujourd’hui, il est capable de donner et d’être en mouvement.

« Il est prêt à jouer partout »

Vous souvenez-vous du moment, où vous annoncez à Mathieu que l’aventure s’arrête ?

Oui, je m’en souviens encore. A ses côtés, sa mère était en pleurs. Mathieu, lui, a tenu, mais il était très affecté. Les possibilités de le garder existaient. Mais il n’aurait joué que de manière épisodique. Nous lui avons plutôt conseillé de jouer régulièrement à un niveau moins élevé. C’est dur à entendre, mais il nous a écoutés. Et puis, il devait également adapter son profil atypique.

Regrettez-vous de ne pas avoir assez cru en lui ?

Bordeaux n’a pas de regret à avoir. A l’époque, Mathieu portait trop le ballon. Avec le temps, il a compris qu’il devait jouer plus vite. Il explose à 23 ans, alors qu’un jeune issu d’un centre de formation doit être apte à 19-20 ans.

Que vous inspire sa réussite avec l’Olympique de Marseille ?

Je savais qu’il possédait les capacités pour réussir. Mais y parvenir dans un club comme Marseille, j’avoue qu’il m’a surpris. Il s’en sort admirablement bien. Vous savez, que Mathieu joue un match sur la plage ou au stade Vélodrome devant 60 000 personnes, pour lui, c’est la même chose.

D’après vous, à quel poste est-il le plus efficace ?

Au vu de ses capacités à se déplacer et à se retourner, c’est derrière un ou deux attaquants. Il est également capable de jouer dans un couloir. A l’époque, Elie Baup dirigeait Bordeaux et jouait en 4-4-2 avec des milieux excentrés. Mathieu s’était retrouvé à l’un de ces postes. Cela lui a fait du bien, lui a permis de se développer physiquement. Mathieu est un mec intelligent prêt à jouer n’importe où.

Comment voyez-vous la suite de sa carrière ?

(Sourire) Aujourd’hui, j’évite de faire des pronostics ! J’espère sincèrement qu’il ira le plus loin possible. Je lui souhaite de rester et de durer à ce niveau-là. S’il fait une bonne carrière en Ligue 1, ce sera très bien. Le reste sera du bonus. Quant à une éventuelle sélection, n’allons pas plus vite que la musique. De toute façon, ce qui lui arrive n’en revient qu’à lui-même. Il a été patient, a bossé et su saisir sa chance. Personne ne peut s’accaparer sa réussite.

 

Jean-Pierre Léglise "Il s’est donné les moyens de réussir"

Entraîneur de Mathieu à Langon-Castets lors de la saison 2003-04

Jean-Pierre Léglise a récupéré Mathieu, après son échec chez les Girondins de Bordeaux. Au sein du modeste club de Langon-Castets, il n’a jamais lâché, afin de s’offrir une deuxième chance.


Jean-Pierre Léglise, Mathieu a joué une saison en CFA2, sous vos ordres à Langon-Castets. Que retenez-vous de votre collaboration ?

Mathieu est un garçon pétri de qualités. Après avoir été refoulé des Girondins de Bordeaux, il était venu chez nous pour se relancer. C’était sa première saison chez les seniors, on s’interrogeait sur son comportement à ce niveau. Il ne s’est jamais échappé, y compris à l’extérieur. C’est quelque chose qu’il a gardé. Il demandait toujours le ballon, était tout le temps disponible. Quel que soit le gabarit de son adversaire, il cherchait toujours à le franchir. Je suis admiratif de son parcours, de son mental. En fait, il joue à l’OM comme à Langon-Castets !

Avez-vous récupéré un garçon affecté de ne pas avoir percé chez les Girondins ?

Pas plus que ça. Il était jeune, insouciant. Même s’il ne l’avouait pas au début, il voulait toujours être footballeur professionnel. Il s’est donné les moyens de réussir. A Bordeaux, il s’entraînait tous les jours, alors que chez nous, seules trois séances hebdomadaires étaient programmées. Dès qu’il avait l’occasion de taper le ballon, il le faisait. Il a également suivi des séances particulières de musculation.

Avez-vous tout de suite décelé son talent ?

Jean-Louis Garcia (ndlr : alors formateur à Bordeaux) m’avait dit de le prendre les yeux fermés. De temps en temps, Mathieu en faisait trop. Mais on voyait qu’il avait le niveau pour aller au-dessus. Son jeu énerve l’adversaire. En CFA2, plus d’un ont essayé de l’attraper ! Mais Mathieu est malin. Je me souviens d’un match à Carcassonne, réputé pour son public hostile. Il avait accompli un sacré numéro technique et s’était fait applaudir.

« Il n’est pas loin de la sélection »

Mais vous n’avez pu le conserver qu’une saison…

Le staff de Libourne Saint-Seurin est venu le voir jouer au moins huit fois. Là-bas aussi, il a rapidement été acclamé par le public. Personnellement, je n’ai jamais travaillé avec un garçon aussi doué techniquement. Mathieu, c’est du haut niveau ! Il a su tirer le côté positif de sa taille. Sur les contre-pieds, il n’a pas grand-chose à envier aux autres joueurs.

Vous étonne-t-il ?

Oui. Il approche le très haut niveau. Je suis surpris par la manière dont il s’est affirmé à Marseille. Dès ses premiers matches, il ne s’est pas caché. Il m’a également surpris au niveau du travail défensif lorsqu’il est aligné sur le côté droit, alors que ce n’est pas ce qu’il préfère. Je ne le croyais pas capable d’avoir un tel volume de jeu sur quatre-vingt dix minutes.

D’après vous, Mathieu peut-il viser encore plus haut ?

Il n’est pas loin de l’équipe de France. De toute façon, il ne doit pas se fixer beaucoup de limites. En côtoyant des joueurs comme Nasri ou Cissé, il doit s’apercevoir qu’il n’est plus très loin d’eux. Avec lui, rien n’est impossible. Il a le mental pour y parvenir. Plus c’est chaud, plus ça lui plaît.

 

Didier Tholot "Je le vois dans un gros club européen"

Entraîneur de Mathieu à Libourne Saint-Seurin lors de la saison 2005-06

C’est sous les ordres de Didier Tholot, à Libourne Saint-Seurin, que Mathieu s’est révélé et a relancé sa carrière. Pour son ancien mentor, Mathieu peut aller encore beaucoup plus haut.


Didier Tholot, pouvez-vous nous parler du Mathieu Valbuena que vous avez dirigé à Libourne Saint-Seurin pendant une saison ?

Mathieu est une personne entière qui ne fait pas les choses à moitié. Lorsqu’il s’investit, il le fait à fond. Quand j’ai pris en main l’équipe de Libourne, il ne jouait pas. Je l’avais vu entrer en jeu à une reprise. Après quelques entraînements, j’ai tout de suite compris : Mathieu serait l’artisan de notre réussite. Je devais donc bâtir de l’équipe autour de lui.

D’après vous, quelles sont ses principales qualités ?

Il est explosif, très technique et possède le sens du but. Il a une grande faculté pour éliminer ses adversaires dans un petit périmètre. Physiquement, il bénéficie d’une très bonne VMA (vitesse maximale aérobie) qui lui permet d’enchaîner les efforts.

Que doit-il encore améliorer pour viser plus haut ?

Ses défauts, il les corrige petit à petit. A Libourne, il ne lâchait pas assez le ballon. Il voulait tout faire. S’il avait pu récupérer le ballon en position de six, dribbler tout le monde pour marquer, il l’aurait fait ! Il n’était pas non plus assez performant dans la dernière passe. Il devait aussi apprendre à gérer ses efforts pour être plus efficace.

« L’équipe de France ? J’y crois »

Son explosion à l’Olympique de Marseille vous surprend-elle ?

Au moment où plusieurs clubs le sollicitaient, nous avions beaucoup discuté tous les deux. Je lui ai d’emblée conseillé d’aller à l’OM. Il a le jeu pour faire exploser le stade Vélodrome. Jouer à l’OM, c’est également une question de mental. Mathieu l’a. Il ne me surprend pas.

Jusqu’où peut-il aller ?

Mathieu peut aller encore plus haut. Il peut réaliser une très grosse carrière en France ou à l’étranger. Je le vois bien dans un grand club européen.

Et l’équipe de France ? Peut-il y prétendre ?

J’y crois aussi, mais sans doute pas dans l’immédiat. Vous savez, Mathieu a un jeu spécifique, vu qu’il évolue derrière l’attaquant de pointe. Et à ce poste, il y a beaucoup de monde en équipe de France.

 

Gerets "Mathieu est devenu un grand joueur"

Entraîneur de Mathieu à Marseille depuis septembre 2007

Dès son arrivé à Marseille, Eric Gerets est tombé sous le charme de Mathieu. Pour le technicien belge, Mathieu a considérablement évolué, au point de devenir indispensable.


Eric Gerets, vous avez remarqué Mathieu lors de votre arrivée à l’Olympique de Marseille. Quel genre de garçon avez-vous découvert ?

Chaque joueur doit montrer dans le courant de la saison qu’il mérite d’avoir sa place. Pour cela, il faut d’abord avoir les pieds sur terre et une bonne mentalité. Le « Petit » (surnom donné par Gerets à Mathieu) a les deux. Et il a beaucoup de talent.

Dans quel registre apporte-t-il le plus à l’équipe ?

J’ai constaté qu’il était très mobile. Je me suis dit que si je l’installais dans l’axe, il aurait plus de champ. Mathieu a besoin de pouvoir tourner dos au but, car il possède les qualités pour se retourner très vite, d’un côté comme de l’autre. Il peut jouer meneur de jeu, mais ce n’est pas un vrai meneur. Il se débrouille sur le côté droit. Mais il est plus fort, plus adroit dans l’axe. Si tu veux l’utiliser à 100 %, il faut le mettre dans un poste central. Il joue pour recevoir.

Quels domaines doit-il encore se perfectionner ?


Il court parfois où il ne devrait pas, mais ce qu’il réalise depuis mon arrivée est énorme. Il doit néanmoins rester plus calme dans certaines situations. Il s’est déjà amélioré.

« Il mérite le respect »

Quelle place occupe-t-il désormais à l’OM ?

Mathieu est devenu un joueur très important pour l’équipe. Maintenant, je dispose de trois joueurs qui peuvent évoluer dans l’axe de l’attaque. Pour moi, il se trouve au même niveau que Djibril Cissé et Mamadou Niang. Il n’est pas très grand, mais c’est devenu un grand joueur. Ce joueur mérite le respect.

Mathieu mérite-t-il d’être sélectionné en équipe de France dans un futur plus ou moins proche ?

Il faut faire attention. Je ne veux pas intervenir dans les sélections. S’il est pris, tant mieux, mais c’est pas à moi de dire s’il doit être sélectionné ou pas. Je dois faire attention à ne pas dire trop bien de Mathieu, sinon les gens vont finir par croire que c’est mon fils (sourires.).