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Rencontre Reclaim the Fields ! (Libérons les Terres !) à Dijon : Interview de B. de Caracole de Suc

publié le 6 octobre 2010

A l’occasion d’une rencontre du réseau francophone Reclaim the Fields à Dijon les 23 et 24 octobre (rencontre publique avec le réseau autour des luttes paysannes le 23 octobre à 18h aux Tanneries), voici une interview tirée de Blabla numéro 11, où B. de la ferme Collective "Caracole de Suc", revient entre autre, sur l’histoire de ce réseau.

Dossier Terres et jacqueries : Caracoles du Suc Interview de B. : D’une ferme collective autogérée en Ardèche a des mouvements pour les terres et la paysannerie

Une ferme collective en Ardèche

Blabla : Dans le dernier numéro de blabla, on a commencé à ouvrir des réflexions sur l’autonomie alimentaire, l’accès à la terre, sur la paysannerie, ce qu’il en reste. Toi, tu viens d’un collectif de vie et de production agricole en Ardèche. Est-ce que tu peux nous présenter votre projet, nous parler des choix que vous avez fait, comment ça fonctionne, et en quoi ça se différencie d’une installation classique ?

Le collectif en question, c’est « Caracoles de Suc », on fait de l’agriculture, ça nous occupe pas mal, mais on a d’autres raisons d’être aussi. On fait une agriculture qui est poussée à l’extrême dans sa diversification, dans le sens où l’on consomme en partie ce qu’on produit. On va jusqu’à faire notre propre vinaigre par exemple, mais on produit principalement des légumes et des fruits, des châtaignes, des céréales pour faire du pain et de la farine, du fourrage pour alimenter notre troupeau de chèvres... Donc il y a une espèce de production complète qui renvoie un peu à l’idée qu’on pourrait avoir de ce que pouvaient être les fermes avant l’industrialisation de l’agriculture. C’est-à-dire des lieux de productions alimentaires consommées directement par les gens qui les produisent et écoulées dans les villages environnants. La grande différence, c’est que le paysan c’est « nous ». Si on regarde ce qui se fait en Ardèche ou ailleurs, dans les pays du Sud, en Europe de l’Est, il y a beaucoup de petits paysans qui produisent à cette échelle, et qui ont des pratiques agricoles diversifiées, d’élevage, de cultures, faire leurs bois, et aussi la paperasse administrative. Dans la paysannerie plus classique, souvent organisée selon le mode de la famille patriarcale, les paysans font tout cela tout seul. Nous, on se partage ces tâches : c’est pas la même personne qui fait les paperasses ou la compta, c’est pas la même personne qui s’occupe de la production, de la transformation, de la gestion, de la commercialisation...

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Et du coup, on ne fait pas non plus que de l’agriculture, on a pensé qu’on pouvait utiliser la production agricole comme moyen de subsister sur ce lieu, mais ce n’est pas vraiment une fin en soi, on est d’abord là pour vivre ensemble, pour être en rupture avec un certain nombre de mécanismes qui nous aliènent dans la société. C’est le fait d’être à la campagne, entouré-e-s d’une friche agricole, ça nous a poussé à essayer de remettre tout ça en valeur, d’avoir un troupeau pour défricher le terrain, remettre en culture. On en est venu à cultiver parce que c’est ce que le lieu nous propose de faire.
Par exemple, on est à 30 minutes de la première boulangerie, donc on allait pas acheter du pain tous les jours. Le fait qu’il y ait un four à pain dans le hameau, ça a fait que quelqu’un s’est mis à apprendre à faire le pain. Au début c’était un peu chaotique, mais avec le temps c’est quelque chose qu’on maîtrise bien. C’est un peu comme ça qu’on en est venu à cultiver des céréales, par envie de produire notre propre farine et par nécessité de donner un peu de cohérence à ce que l’on fait. On est donc dans un processus d’installation lent et complexe parce qu’on exploite des zones difficiles, qui ont été les premières à être abandonnées par la paysannerie : les pentes, les petites terrasses.... Mais à côté de ça, on retape des maisons, on prend le temps de militer. On aimerait bien avoir un peu plus de temps pour faire d’autres choses aussi... peindre, faire des câlins, de la sérigraphie.
A la base, on était un peu tou-te-s chômeurs-ses-heureux-ses, avec un certain refus des formes de travail salarié qu’on nous réserve d’habitude dans la vraie vie. On s’est dit qu’on pouvait essayer de continuer à vivre en mettant ensemble nos RMI, mais que vu les pressions actuelles, ça allait pas durer forcément toute la vie... en conséquence, il fallait qu’on se prépare un après-RMI, ce qu’on a commencé à faire.

Blabla : Du coup, ce que vous vendez, est-ce que ça passe officiellement par salaire individuel que vous remettez dans un pot commun ou par la structure associative ? Il n’y a personne qui est salarié ?

C’est assez clair pour tout le monde qu’il y a un refus du salariat, dans le sens où on n’est pas venu ici pour perpétuer la misère de la société avec laquelle on tente de rompre, on est venu là pour essayer de sortir des logiques qui te tiennent habituellement. Le refus du salariat, c’est un des points forts, une des articulations entre nous jusqu’à présent. Après dans notre cas, il y a aussi une raison économique. Ce qu’on perd en salaire, on le gagne aussi en charges qu’on n’a pas à payer.

Comme plein de gens, on bidouille un peu pour exister, face aux bureaucraties, on dit pas toujours ce qu’on fait, qu’on vit ensemble, qu’on est pas salarié, et pis ça passe. On a aussi une espèce de volonté d’assumer et de pouvoir parler de nos choix autofinancés et collectivisés : quand tu regardes l’organisation actuelle de l’agriculture, comment les grands céréaliers sont financés par la Politique Agricole Commune, on n’a vraiment pas de scrupules. Si on bidouille un peu avec des RMI, de la vente directe, par rapport à des subventions agricoles ça ne représente pas grand chose.

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Blabla : Comment ça intervient le fait d’obtenir le statut agricole dans ce contexte ?

On a fait des démarches pour faire reconnaître notre association comme exploitation agricole pour pouvoir vendre nos produits sur les marchés, les foires, à titre collectif...

Mais on sentait aussi le besoin d’exister en tant que tel dans le monde agricole, par rapport à nos voisin-e-s, paysan-ne-s ou pas, et c’est vrai que le statut agricole ça a changé le regard des gens autour. Avoir le statut, ça facilite aussi le fait de s’impliquer dans le monde paysan, de parler de nos choix particuliers, cela nous octroie une certaine légitimité pour faire des propositions. C’est par exemple en partant de notre situation spécifique qu’on s’implique un peu dans la Confédération Paysanne, la Via Campesina et dans le processus Reclaim the Fields.

Blabla : comment ça se présente le fait de vendre une partie de ce que vous produisez tout en ayant une partie non négligeable qui est pour votre usage direct ou celui de vos ami-e-s ?

C’est toujours hyper satisfaisant de consommer ce que tu produis. Au-delà même de la qualité gustative et nutritive, c’est l’idée que ça échappe à la logique comptable, à la TVA, ça sort du contrôle marchand habituel, et c’est tellement important de se dire que c’est possible. C’est un peu comme une production « invisible », qui n’a d’existence que pour nous et celles et ceux qui sont à notre table.

Pour l’instant, on vend une partie de l’alimentation qu’on produit, notamment parce que tout ce qui est matériel agricole, ça coûte vraiment cher, même d’occas’. Du coup, pour assumer les charges de production, la condition était qu’on continue à vendre.
Tous les légumes en frais, c’est nous qui les consommons, par contre on fait des conserves qu’on vend. Le fromage de chèvre, c’est que pour nous, ne serait-ce que pour des histoires de normes des ateliers. Et ça change tout, quand le véto vient, il nous dit « ha oui, vous ne vendez pas ! » donc il nous donne des médocs beaucoup moins fort, parce qu’on n’est pas astreint à la norme pour la vente. Les normes, c’est surtout chiant pour les viandes et fromages. Niveau semences t’es censé-e t’en tenir aux variétés du catalogue officiel surtout quand tu fais de la vente. Mais en pratique, il y a un flou là-dessus : à part Kokopelli, personne s’est encore fait emmerder. Nous, on utilise que des variétés anciennes, potagères. On choisit des variétés adaptées au terrain, à l’environnement, que l’on peut reproduire nous mêmes et échanger avec des ami-e-s. Il paraît que les rendements sont considérés comme faibles, mais on fait pas cela pour le rendement, on veut pas produire pour produire : le goût de ce qu’on mange c’est important aussi, non ?

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Label Bio ?

Blabla : Au sujet du label bio, on a des potes qui critiquent pas mal le label, en mettant en avant le piège que ça représente. D’autres ami-e-s y tiennent quand même, même s’ils comprennent la critique : au moins les produits certifiés bio on est sûr que c’est pas un pseudo label, comme l’ « agriculture raisonnée » ou l’ « agriculture respectueuse de l’environnement », qui reste finalement de l’agriculture productiviste. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

Nous on n’est pas certifié, mais ça ne remet pas en cause nos pratiques culturales qui sont bios, et même souvent au-delà du cahier des charges.
Je pense que vos ami-e-s se posent la question du point de vue du consommateur. Pour nous, il y a plusieurs choses qui nous déplaisent dans la certification AB, entre autres que ça ne répond pas à la question de l’échelle de production. Clairement, l’agro-industrie voit le bio de façon positive et investit dedans, s’implique dans les structures des agriculteurs bios. Du coup, les gens ne peuvent pas voir du tout la différence entre un petit paysan qui fait du bio, qui travaille bien, et une espèce de gros productiviste qui respecte le cahier des charges, mais qui exploite ses ouvrier-e-s, fait du pétrobio à gogo, pour exporter à l’autre bout de l’Europe...

Le problème, c’est l’agriculture industrielle, et dans le cadre capitaliste actuel, elle peut très bien s’adapter au bio, il n’y a aucun obstacle. Il y a des grosses dérives complètement hallucinantes de productions certifiées : par exemple des traitements bio par hélicoptère ; ou encore un seul tenant d’oliveraies bio en Espagne sur des centaines d’hectares. C’est pas ça, le bio, c’est pas juste de la monoculture qui respecte un cahier des charges. Tiens, le pain bio des biocoop de Corse, par exemple, il prend l’avion tous les jours. Merci pour la planète ! En tant que producteur-trice, ce qui est important si on doit se différencier, c’est pas entre bios et non bios, mais entre petit-e-s et gros producteurs-trices. On préfère être avec les petit-e-s, même si leurs pratiques ne sont pas toujours les meilleures, se projeter avec des personnes qui ne veulent pas nuire mais qui se disent parfois que c’est plus simple d’aller acheter un sac d’orge à la coopérative pas loin que de faire venir de l’orge bio certifiée et qui a été produite en Allemagne de l’Est. En termes de toxicité ou de malveillance, ces pratiques n’ont rien à voir avec les conséquences et les méfaits de l’agriculture intensive et industrielle. Et pour le coup, là, il y a des enjeux de pollution et de santé pour tou-te-s : c’est clair qu’on va avoir une génération de gens qui vont choper des cancers. Mais bon, ça il ne faut pas le dire trop fort...
On ne combat pas seulement le modèle industriel à cause des nuisances écologiques, mais aussi les formes d’organisation sociale et les logiques économiques qui vont avec.

Pour raconter une histoire à ce sujet, il y a une lutte super importante en ce moment contre l’implantation dans le port de Sète d’une entreprise israélienne, Agrexco, qui exporte des produits qui proviennent des colonies des Territoires Occupés palestiniens. Je passe sur tous les problèmes en termes de colonisation de la terre et d’exploitation de la main d’œuvre palestinienne, mais la production des fournisseurs d’Agrexco, c’est 80% de bio, du pétrobio high-tech sous plastique bien sûr. Quand tu trouves à la biocoop du basilic d’Israël, ben il vient de ce circuit là.
Et donc, ils veulent faire une plateforme logistique à Sète, soit-disant pour redynamiser l’économie du port. Du coup il y a plein d’argent public (la région Languedoc Roussillon) qui passe dans ce projet et qui, en fait, va tuer plein de paysans dans le sud de la France, alors même qu’avec la crise viticole, des terres redeviennent disponibles pour produire les tomates, aubergines et poivrons qui vont, si on ne fait rien, débarquer des colonies. Beurk !

Cet exemple parmi tant d’autres permet de dire que le bio ça peut être n’importe quoi aussi. Alors on préfère ne pas avoir ce genre de logo sur nos produits, mais plutôt que les gens viennent voir ce qu’on fait chez nous, que ça passe par des liens de confiance et de réflexion. C’est la meilleure certification et pas un truc chapeauté depuis le haut dans des logiques qui nous échappent.

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Structure syndicale agricole

Blabla : Tu disais que le statut agricole ça vous avait permis d’avoir accès aux structures agricoles, tu parlais du syndicat qu’est la Confédération Paysanne (Conf’) et de réseaux comme Via Campesina, et puis Reclaim the Fields. Est-ce que tu peux parler un peu de ce que toi tu as voulu apporter là-dedans, comment tu t’y es retrouvé impliqué et quelles sont les dynamiques que t’essaies de faire vivre dans ces structures, en particulier à partir de votre expérience qui est assez singulière ? Même au sein de la Conf’, j’imagine que c’est pas du tout la majorité des gens qui vivent et qui produisent comme vous ?

Je pense qu’on a des pratiques qui rejoignent souvent un certain nombre de Conf’, en tout cas du sud de la France. Dans le nord, c’est un peu plus compliqué de s’y retrouver car les structures des fermes ne sont pas les mêmes, et du coup les termes du discours changent.

Si tu veux t’organiser dans un syndicat, en agriculture, t’as pas trop le choix, on va pas aller à la FNSEA ou à la Coordination Rurale... On aurait pu être tenté-e-s par la CNT paysanne, mais le problème, c’est qu’illes doivent être 5 en France.
C’est aussi parce qu’on est en Ardèche, et qu’ici, les gens de la Conf’ c’est tous des petits paysans avec lesquels on partage un peu des parcours finalement assez proches. Quelques-un-e-s sont d’ancien-ne-s communautaristes des seventies. Donc c’était avec des Confs’ qu’on faisait des trucs : se retrouver lors de soirées thématiques, se filer des tuyaux et des recettes, se prêter du matériel. C’est notre paysage paysan local, la Conf’. Donc après avoir eu le statut agricole, on s’est dit que c’était normal qu’on continue de faire des trucs avec elleux.
Et puis il y a des trucs intéressants qui n’apparaissent pas forcément quand on voit la Conf’ depuis l’extérieur tel que tout le travail syndical mené auprès des institutions para-agricoles, les chambres d’agricultures, les commissions ceci, les réunions cela… on se dit que la Conf’ devrait plutôt être dans la rue, mais qu’en même temps il faut bien des gens pour se coltiner les problèmes générés par les rouages de la pseudo mafia FNSEA qui, sinon, contrôle quasiment tout, du ministère de l’agriculture aux commissions retraités de la Mutuelle Sociale Agricole. Alors on se pense un peu en décalage, c’est sûr, mais bon il y a des modes d’actions intéressants aussi, des luttes locales, réagir rapidement pour soutenir des potes harcelés par des services administratifs, s’inviter collectivement à la réunion régionale des délégués SAFER (voir encadré), donc c’était plutôt logique tout ça...

La Conf’ a aussi un penchant internationaliste, ce qui nous branche bien aussi. Quand j’y ai débarqué, on m’a parlé d’un processus en cours au sein de la Via Campesina pour que la jeunesse paysanne et rurale des différents continents se structure, qu’elle s’organise. Certains gens de la Conf’ notamment portaient ça parce qu’ils ont constaté qu’en termes de militant-e-s illes étaient un peu tou-te-s des « vieux schnocks ». Il y a un moment où illes allaient nécessairement arrêter et qu’il ne fallait pas que le mouvement politique s’arrête avec. Je ne connais pas tellement d’autres mouvements où on se pose de cette manière la question du renouvellement de toute une génération qui a milité et mené des luttes syndicales. Mais, il y a quand même des jeunes qui auraient envie de prendre la relève s’illes en avaient les moyens.

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C’est par ce biais que je me suis impliqué auprès de la Via Campesina. La Via Campesina, c’est un mouvement mondial de structures syndicales de petits paysans, pécheurs et peuples indigènes. Ils insistent beaucoup sur le côté « mouvement » parce que ce n’est pas une pyramide de syndicats, mais un mouvement de structures qui se regroupent pour défendre la terre, la condition des petites paysanneries, avancer ensemble sur des luttes très concrètes et faire des propositions en termes de projet de société en dehors du modèle du capitalisme. C’est un réseau avec une forte diversité, mais avec un certain nombre d’organisations qui mènent des luttes offensives, conflictuelles.... Peut-être moins en Europe, c’est sûr - et encore - mais il y a des choses hyper intéressantes : le mouvement des sans terres du Brésil, des syndicats coréens, philippins, qui sont vachement « rentre dedans » en manif. C’est chouette de se frotter à ces dynamiques par ce biais.

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Dans ce contexte, lors du contre-sommet du G8 à Rostock (en 2007), il y a eu un point de départ formel autour de la question des jeunes et de l’avenir de la paysannerie. Et il y a une petite équipe qui s’est motivée pour organiser une rencontre l’année d’après, à Malmö, en septembre 2008. Il y avait plein de gens chouettes qui se questionnent comme nous, à Suc, à différents niveaux, sur le collectif, sur l’agriculture bio non certifiée, sur les problèmes d’accès à la terre... Par exemple, il y a des gens de Longo Maï qui sont venus parler de leur réseau de coopératives paysannes autogérées, des gens d’une ferme collective en Allemagne, qui distribuent leur production de légumes gratuitement. La magie de la rencontre et le degré de connivence entre les gens ont fait qu’il y a une sauce qui a pris. A partir de là il y a eu plusieurs autres réunions. C’était au début plus dans le giron de la Via Campesina, mais c’était aussi ouvert à des jeunes qui n’étaient pas syndiqué-e-s. Parce que de toute façon, nombreux-ses sont celleux que cela ne branche pas forcément tout de suite de se mettre dans un syndicat, parce qu’illes sont critiques de la forme que ça peu prendre : illes voient les structures syndicales forcément comme des gros appareils sclérosés. Ce qui est un peu dommage de mon point de vue : pour moi, le syndicat reste avant tout un moyen collectif d’autodéfense. En tout cas, c’est une réalité qu’on a essayé de regarder en face. On s’est dit que s’il devait se passer un truc au sein de l’actuelle jeunesse, il fallait que ce soit plus un truc dans le sens du « mouvement », plus une dynamique qui soit réappropriable à la base, et qu’il fallait donc s’ouvrir un peu. Bref, on a fait cette analyse, d’être une génération qui avait envie de trouver sa place, de privilégier aussi certains types de méthodologie d’écoute, d’anéantissement des rôles hommes/femmes, que tout le monde puisse parler, de s’organiser hors des schémas de représentation classique, avec ce qu’on avait acquis dans des luttes et dans des expériences autogestionnaires ; tout cela souvent avant de se poser la question de notre condition de paysan ou futur paysan. Après je parle de « génération », c’est sûrement trop généralisant, mais disons au moins que les gens qui se sont rencontrés dans ce cadre et qui voulaient bouger partaient quand même de ces bases là, des mêmes constats et envies.

Au delà de ça, on a senti une agitation, une ébullition, une prise de conscience qu’il y a plein de gens qui sont sur des petits projets, qui cherchent à toucher à la terre, palper ça, et qui pourraient peut être glisser petit à petit vers l’agriculture. C’est ce qui nous a motivé à ouvrir notre groupe vers l’extérieur, vers des gens qui ne sont pas forcément encore paysans, installés, encartés et syndiqués : qu’eux-aussi puissent participer à la lutte.

Reclaim the Fields

Blabla : Donc là tu parles de Reclaim the Fields (RtF) quand tu parles de ce groupe qui s’est constitué ?

Eh oui. C’est un peu parti de la Via Campesina, mais, en tant que jeunes on s’est dit que ce qu’on voulait c’était une autonomie de réflexion et de décision. On s’est appelé Reclaim the Fields un peu naïvement, parce qu’on s’est dit on est un groupe, c’est un peu comme pour les groupes de rock au lycée : « c’est quoi notre nom ? »… On a choisi ce nom-là d’après un mouvement parti d’Angleterre dans les années 90 qui a eu un écho assez fort, et auquel on pouvait se référer : Reclaim the Streets s’est basé notamment sur des séries d’occupations sauvages, festives et ludiques de l’espace urbain pour aller contre le règne de la bagnole, mais aussi contre les logiques sécuritaires et capitalistes. C’était un espace de convergences ouvert à différentes tendances : écolos radicales, anarchistes, blackblocs, artistiques, féministes, sabotages, actions directes non-violentes, … et puis ils ont fait des blocages et actions en soutien aux dockers de Liverpool, aux travailleurs-ses du métro londonien, et noué des alliances, tout cela lors d’actions assez spectaculaires, comme l’envahissement de la City londonienne et la destruction partielle de diverses banques dans une ambiance de fête, avec toujours cette réflexion sur l’espace, ce qu’on en fait.
Du coup, Reclaim The Fields, ça se veut un peu ce point de convergences, où l’on revendique la terre pour autre chose que l’agriculture industrielle, comme la rue pour autre chose que la bagnole et la consommation. Dans l’idée, ça renvoyait bien à un côté un peu « mouvement » et à l’idée de formes d’action plus directe. Je ne sais pas si c’est à cause de ce nom, mais ça branche pas mal de gens, ça parle quoi !

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Pour notre petit groupe de base, au départ, l’objectif à moyen terme était d’organiser un campement à l’automne. Après, on savait pas trop ce que ça pouvait devenir mais on s’est dit qu’on organisait ce campement pour pouvoir être plus nombreux, parce que ça n’avait pas de sens d’être 15 et de se dire qu’on était « les jeunes de la Via Campesina en Europe ». Donc on a organisé ça, en prenant contact avec des gens qui pouvaient animer des discussions autour de la problématique des terres, et en fait, avec Internet, ça a rapidement fait le tour de l’Europe.

Lors de ce campement à Cravirola (en octobre 2009), il y a eu plus de 400 personnes ! On voyait que les gens venaient avec des pratiques, des espèces d’automatismes, pour donner un coup de main, préparer la bouffe, vider les chiottes secs... sans qu’on ait besoin de tout leur dire. Et puis, ce qui était chouette à vivre, c’était le côté européen, parce que finalement on a pas tant l’habitude que ça d’avoir des espaces de convergences où ça parle plein de langues dans tous les sens et brasse plein de cultures différentes. On avait un peu peur que ce soit noyé parmi les français, mais au final il y a plein de gens qui sont venus d’ailleurs aussi : d’Espagne, de Pologne, de Suède, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie, de Hongrie, du Canada, etc. Il y a eu un truc vachement fort entre ces gens, de se comprendre, de se retrouver, alors que si ça avait été un truc franco-français, on serait peut-être retombé dans des vieilles rengaines de catégorisation des gens selon qu’ils militent dans tel ou tel type de truc, tu vois le genre...
Parmi les gens qui sont venus, y avait des gens qui avaient envie d’être paysans de façon un peu classique, avec en tête l’idée de monter une AMAP bio, des gens qui ont des projets de fermes collectives, des gens qui voulaient développer les occupations de terres et tout, d’autres plutôt curieux, des gens issus de la composante jardin collectif urbain pas forcément squatté... Il y avait toujours quelqu’un pour rappeler que c’est important ce qui se passe aussi dans les villes, les pratiques autour des micro productions agricoles. Et nous aussi on avait envie de dire, « OK, y a la « grande » agriculture, mais y a d’autres formes de productions possibles et souhaitables ». Clairement, moi ce que je me dis au vu de notre parcours comme pour plein d’ami-e-s, c’est qu’on commence en bidouillant, en faisant un truc qui est surtout l’inverse de produire pour vendre, et petit a petit peut-être ça nous plaît et on vient à l’agricole. Et ça c’est important, parce que si tu regardes l’agriculture en Europe actuellement, et par exemple en France, il y a environ 400 000 agriculteurs-trices, dont la moitié qui ont plus de 55 ans, ça veut dire que s’il ne se passe rien dans 5 ans, il restera plus que 200 000 agriculteurs-trices. Et il va bien falloir les trouver les remplaçant-e-s !

Blabla : Du coup, il y a comme un moment un peu charnière dans les quelques années à venir, où ça peut encore se creuser grave avec les modes de productions qui vont avec. Mais en même temps, ça peut aussi signifier des possibilités d’accès au foncier qui se débloquent pour des projets alternatifs à l’agriculture industrielle, si toutefois il y avait un mouvement, un rapport de force suffisant, et des paysans en devenir…

En même temps, la contradiction c’est qu’il y a des gens qui cherchent des terres, qui ne trouvent pas de ferme alors qu’il y a des paysans qui sont en train d’arrêter. Nous, on se dit que dans cette bataille qui se joue sur l’orientation de l’agriculture, la génération à venir n’est pas forcément dans les campagnes, puisqu’il reste si peu d’agriculteurs-trices qu’il n’y a plus le potentiel en fil-le-s d’agriculteurs-trices, pour succéder... donc les gens qui pourront s’installer sont aussi dans les villes. Et ce qu’on se dit, c’est que des espaces comme des jardins collectifs par exemple, où il y a toute une dynamique qui se développe, ça peut être un endroit où les gens vont être touchés, avoir des envies et pourquoi pas glisser vers des projets agricoles. Et ça, c’est quand même important pour la suite.

Si tu pars de l’agriculture telle qu’elle est, on sait tous et toutes qu’on n’en veut plus, qu’on veut en changer, mais qu’est-ce qu’on veut d’autre ? Comment changer le modèle agricole et le tourner vers une petite agriculture locale, directe ? Il y a plein d’expériences déjà existantes : AMAPs, Coopératives de distributions dans les villes, magasins de producteurs. Mais cela reste encore des modèles, c’est des modèles qui marchent mais c’est pas encore un mouvement qui est en mesure de se transformer en une alternative crédible globale. Si on veut que l’agriculture industrielle disparaisse, même en imaginant une faillite généralisée des structures capitalisées, car ça pourrait arriver hein, mais bon à part ça, si on veut une autre agriculture, il va falloir trouver des paysans. C’est pas 200 000 si l’on veut changer d’agriculture, mais il en faut 1 millions dans 10 ans et 3 millions dans 15. C’est un peu ambitieux et on ne va sans doute pas y arriver, mais au moins si on se positionne là-dessus sans ambiguïté, cela peut nous permettre d’avancer. Et pour que ça se fasse, il va falloir passer par des luttes.

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Blabla : une des lignes fortes de Reclaim the Fields, j’ai l’impression, c’est que des aspirants paysans il y en a, pas autant qu’il faudrait évidemment, mais que surtout ils en chient grave pour trouver des terrains. Du coup, j’ai l’impression que l’enjeu, c’est de débloquer l’accès aux terres pour les gens qui voudraient s’installer, non ?

En fait le problème c’est la structure de l’agriculture en ce moment. L’installation des paysans est complètement encadrée, dans des démarches, des parcours de validation d’acquis... Par ce biais-là, si tu vas jusqu’au bout, tu arrives à trouver des fermes, mais la condition, c’est de produire jusqu’à un certain niveau de production de façon à ne plus rien coûter en principe à la société. Cela force les gens à s’endetter. Concrètement, personne ne peut s’installer pour produire sans s’endetter, surtout si tu es un néo rural et que tu dois acheter des terres, du matériel, prendre 2 ans pour démarrer et puis que tout ça tourne. T’es obligé d’accepter l’espèce de parcours endettement plus aide de l’Etat. L’Etat t’aide à t’endetter au Crédit Agricole, pour garantir une structure de production qui vise à dégager un revenu suffisant (SMIC) aux agriculteurs. Ce cadre permet de dire tu fais du maraîchage sur 2 hectares, tu produis et t’en vis, mais si tu en fais 5000m² t’en vis pas et ça n’intéresse pas les administrations. Pourtant plein de gens qui ont envie de s’installer en ce moment sont sur ce schéma, en tous cas dans les formations type BPREA* ou autres formations pour adultes. Depuis 5 ans, 80% ont ce type de profils, avec l’ambition de petites installations, faire du local, peut être s’installer sans les aides, être plus petit que les petits.

Blabla : Et elleux souvent se retrouvent assez vite découragés ?

Ben ouais, si tu veux acheter une ferme, du fait de l’agrandissement des fermes depuis les années 70, les exploitations c’est souvent des trucs énormes. D’autant plus que la PAC a privilégié les structures « polyculture-élevage », autrement dit des exploitations agricoles assez classiques. L’agriculture qui est restée petite en France, elle est encore beaucoup sur ce schéma : c’est des petites fermes, mais illes ont quand même besoin de beaucoup d’hectares, parce que pour nourrir un petit troupeau il faut beaucoup de surface pour faire un peu de céréales pour les bêtes et pour pouvoir en vivre correctement. C’est vrai que les gens qui veulent s’installer en ce moment, c’est plus du petit maraîchage, ou de petits élevages. Par exemple, il y a pas mal de gens qui s’installent en volailles fermières, qui n’ont pas besoin de 50 hectares, et en fait dans la réalité, on ne trouve que ça ; et dans la logique actuelle plus on va avancer, plus les fermes seront grandes. Donc il y a un blocage, les gens cherchent des petites surfaces, mais ce qui est disponible, c’est des fermes qui font beaucoup d’hectares, et c’est vachement difficile de les diviser, parce qu’il n’existe pas de structure où des gens se disent « tiens, on les reprends ensemble et on essaie de mettre en place des stratégies communes pour faciliter l’installation ».

Blabla : C’est ce que des ami-e-s tentent de faire du côté d’Auxonne, mettre en place "des îlots bio", c’est à dire un ensemble de terres qui sont conservées pour que petit à petit différentes petites exploitations puissent s’installer ensemble. Parce que c’est super dur pour des gens de se regrouper ou d’attendre s’il n’y a pas de terres disponibles.

Ben j’ai l’impression que ça commence à arriver. C’est peut-être encore assez épisodique, en tout cas il y a des histoires comme ça, de gens qui ne vont pas forcément vivre de façon communautaire, mais qui s’installent en groupe sur une ferme, qui veulent désintensifier, rompre avec la dépendance vis-à-vis des fournisseurs. Ça casse le truc du paysan qui produit des céréales pour la coop ou qui vend son lait à Danone. Du coup quand ils reprennent la ferme à 4-5, ils diversifient, il y en a un qui va faire des céréales, du pain, des légumes, de l’apiculture... C’est des schémas qu’on commence à voir et qui sont chouettes, parce que pour moi c’est quand même des structures collectives : même si chacun-e gère un peu son business, illes sont ensemble quand même.
Par exemple, vers chez nous, il y a cet agriculteur qui faisait des céréales en bio, mais qui savait plus trop où il allait, pourquoi il faisait ça et il était un peu isolé sur sa ferme. Et par le biais de la Conf’, il a rencontré trois jeunes et ils ont créé une structure de production collective, une SCEA. Du coup, il continue de faire des céréales, mais il y a aussi un producteur de fromage de brebis, un maraîcher, et quelqu’un qui va faire des plantes médicinales. Ce qui est intéressant, c’est que ça a permis à ces jeunes de s’installer, tout en redonnant grave la patate à ce type. Selon moi, c’est le seul moyen de s’arranger avec le système : les fermes ont grossi et donc la perspective c’est de les racheter et de s’installer à plusieurs... L’autre perspective, plus offensive, c’est de réfléchir autour des réformes agraires, de la révolution agraire. Il va falloir qu’il y ait des luttes, s’organiser, se regrouper, se battre pour arriver à repartager la terre, il n’y a pas le choix, de toutes façons.

Blabla : pour Reclaim the Fields, c’était la première rencontre. Les objectifs, les constats ont l’air assez clairs. Mais concrètement, comment les luttes se mettent en place, quels types d’actions il y a à mener, à partir de ces objectifs-là ? Il y a cet aspect de regrouper les gens, c’est clair, mais au-delà ?

Je pense que Reclaim the Fields, c’est une sorte de levain, c’est un petit truc qui va apporter de l’énergie à des projets qui vont exister par eux mêmes ensuite. On n’a pas de vision centralisée de comment faire la lutte, quoi faire, comment penser : s’il se passe des trucs ça doit partir des gens. Ce qu’on voudrait, c’est que Reclaim the Fields ça permette de donner la pêche aux gens en leur faisant se rendre compte qu’il y a plein de trucs qui se passent, surtout que dans les campagnes on peut vite être un peu isolé. Par exemple, après le campement de Cravirola, il y a un groupe de jeunes qui s’est décidé, comme ça, à occuper un village abandonné en Aragon. Et récemment, c’est là-bas qu’ont été organisées les premières rencontres européennes des squats ruraux !
Pendant la première rencontre, il y a quand même eu plusieurs idées et projets qui vont dans le sens de se dire qu’il va falloir réinstaller la paysannerie, et du coup on s’est demandé comment on pourrait s’y prendre. Notre idée, c’est qu’il y a des gens qui ne savent pas encore qu’ils vont être paysans dans 5 ou 10 ans, et du coup, dans cette perspective de restaurer des paysanneries petites et nombreuses, on peut se dire que c’est un peu des sans terres qui s’ignorent. C’est important d’imaginer ce que pourrait être un mouvement de sans-terre en Europe, qu’au moment où on en ait vraiment besoin, les choses aient été un minimum réfléchies, structurées, qu’il y ait un mouvement en gestation.

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Une autre idée, dans Reclaim the fields, c’est d’essayer de monter un réseau de fermes où les gens pourraient apprendre, s’initier, sans passer forcément par la case formation agricole. Parce qu’on constate que les formations, même pour le bio, sont toutes dispensées dans un esprit de productivisme, et qu’en plus, finalement, on n’y apprend pas grand chose de pratique. Et nous on croit que c’est en pratiquant, en faisant du fromage, un peu de jardinage, etc., que ça peut créer des vocations chez les gens.
Il faudrait aussi que ça se passe chez des gens prêts à transmettre un peu la mémoire des luttes paysannes, fournir des outils autour de comment s’organiser, pas que techniquement, mais aussi politiquement.

Il ya encore des gens qui veulent bosser sur les fermes collectives et les coopératives paysannes, d’autres encore qui veulent se pencher un peu plus sur la question des semences, la possibilité de créer un réseau de production et d’échanges interne au mouvement et cætera.

Certain-e-s, aussi, se bougent autour de jardins collectifs en ville, à Bruxelles, à Berlin, et essayent de dire qu’en ville on peut aussi se prendre en main, trouver des friches, des terrains, ouvrir des jardins. Malgré tout, pour moi, tous les gens qui ont des jardins c’est pas non plus des paysans, mais c’est vrai que quelque part si ça se concrétise dans la durée, les villes pourraient peut-être se restructurer pour que les gens s’organisent pour produire des légumes, des fruits en périphérie. Ça commence d’ailleurs un peu à se faire…

Reclaim the Fields, tu vois, ça brasse un peu tout ça...

Récemment, on a eu une assemblée où il est ressorti qu’il fallait s’organiser en groupes locaux. C’était un peu compliqué à imaginer parce que nous, à la base, on était un groupe européen et qu’on voulait bien s’ouvrir a plein de trucs mais la question c’était « comment on passe de l’Europe au local ? ». Au final, ça passe par une espèce de coordination de groupes locaux, on a appelé ça une « constellation ». Mais pour garder une dimension européenne, on s’organise aussi en commissions, qui travaillent sur ces dossiers : « fermes collectives », « semences », « occupation de terres », … et deux fois par an, ont lieu les assemblées, des espaces de rencontres et de décisions collectives entre groupes locaux et commissions.

Blabla : Tu as eu des retours plutôt positifs sur ces initiatives là de la part des gens de la Conf’ ?

Il y a des gens de la Conf’ qui sont venus au campement et ils étaient hyper enthousiastes, j’ai été agréablement surpris. Ils ont d’ailleurs fait un communiqué de soutien lorsqu’on a occupé la SAFER.

Blabla : Et est-ce qu’ils ne sont pas un peu gênés par le fait qu’il y a plein de gens qui ne sont pas vraiment paysans ou pas encore paysans et qui semblent se structurer en marge du syndicat ?

Je pense qu’il y a des gens critiques ou qui ne comprennent pas, même des jeunes. Mais aussi d’autres se disent qu’ils vont bientôt partir à la retraite et qu’ils sont contents si des trucs continuent, même si c’est organisé autrement. Après, c’est sûr que nous on a envie de mettre ensemble des gens syndiqués, d’autres pas, d’autres qui sont pas paysans, que les gens se rencontrent un peu dans leur différence et qu’on voit ce qu’il en ressort.
C’est un peu comme ce que font les copains à Genève, ils font partie du syndicat paysan suisse Uniterre, et en même temps ils sont en contact avec le mouvement squats... C’est un truc qu’on dit souvent à la Conf’, ou à la Via Campesina, c’est que vu que ça concerne tout le monde de bouffer, les luttes paysannes, c’est pas que le lot des paysans, surtout qu’au stade où on en est, on va pas y arriver tou-te-s seul-e-s, d’autant que vu le temps passé à la production, les paysans sont encore plus limités que d’autres pour mener des luttes. Donc il y a vraiment cette recherche d’alliances dans une optique anti-capitaliste.

C’est pour ça, je pense, que ça nous a plu ce qui se passe à Dijon, parce que sans qu’on ait eu besoin de se coordonner, finalement, vous vous êtes emparé-e-s localement et en fonction du paysage militant dijonnais de ces questions qu’on brasse. Et le fait que ça regroupe plein de gens de sensibilités différentes mais qui essaient d’aller ensemble de l’avant. Ce que j’espère c’est qu’à Dijon on est en train de créer des précédents et que ça va donner plein d’idées à d’autres…

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