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Nicolas Constans

[1] C. J. Edwards et al., Proc. R. Soc. B, 274, 1377, 2007.

Néolithique

L'aurochs européen est resté sauvage

L'analyse de l'ADN de squelettes d'aurochs européens montre qu'ils ne sont pas les ancêtres de nos bovins actuels. Ceux-ci viennent en fait du Proche-Orient, où ils ont été domestiqués il y a 10 500 ans.

Depuis une dizaine d'années, les archéologues savent que les premiers boeufs ont été obtenus par la domestication d'aurochs dans une région située entre la Turquie et la Syrie. Les troupeaux seraient arrivés ensuite en Europe entre 7 000 et 5 000 av. J.-C. Toutefois, il existait à cette époque une vaste population d'aurochs sur une large part du continent. Pourquoi ceux-ci n'auraient-ils pas été également domestiqués par endroits ? Pour répondre, une équipe internationale a collecté et analysé l'ADN des restes osseux de 59 aurochs trouvés en Europe occidentale [1] .

Au Proche-Orient, les paléozoologues suivent la domestication des aurochs par la réduction de la taille des os des bovins au cours du temps, et par la diminution des différences entre mâles et femelles. « Mais en Europe, explique Anne Tresset, du CNRS et du Muséum national d'histoire naturelle, qui a participé au travail, on ne peut pas distinguer les femelles aurochs des taureaux domestiques mâles, car ils sont à peu près de la même taille. » D'où le recours à l'ADN.

L'analyse montre que tous les aurochs européens, d'une part, et tous les aurochs proche-orientaux, analysés auparavant, d'autre part, se rattachent à deux lignées génétiques différentes. Chez les bovins domestiques actuels, on ne retrouve que la lignée proche-orientale. Ils ont donc été domestiqués d'abord au Proche-Orient, puis introduits en Europe, probablement de la même manière que les chèvres et les moutons, la culture des céréales et la fabrication des céramiques : ils ont suivi la migration bien connue de populations proche-orientales vers l'Europe, au Néolithique, via la vallée du Danube et les côtes nord de la Méditerranée.

Si l'aurochs n'a pas été domestiqué en Europe, du moins pas à grande échelle, c'est sans doute parce que les éleveurs avaient déjà avec eux des troupeaux dociles, domestiqués depuis plusieurs millénaires. Ensuite, comme l'ont montré plusieurs études sur leur régime alimentaire, les aurochs ont été peu à peu refoulés dans les profondeurs des forêts par les bovins domestiques qui paissaient en lisière et dans les prairies. Chasse et déforestation ont abouti à leur extinction, en Pologne au XVIIe siècle.

Malgré tout, on ne peut exclure une certaine part de mélange entre les aurochs européens et les bovins venus du Proche-Orient. L'ADN analysé provient en effet des mitochondries, des organites de la cellule, et n'est transmis que par les femelles. Si des aurochs mâles ont fécondé des vaches domestiques, on ne peut pas le détecter de cette façon.

Il faudrait pour cela analyser les chromosomes Y, portés seulement par les taureaux, ce qui est techniquement plus difficile. Un article publié sur le sujet en 2005 concluait à un mélange massif à l'échelle du continent, mais ce résultat, selon Anne Tresset, est très controversé.

Nicolas Constans

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