Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

La résolution sur la liberté de la presse en Italie qui dénonçait la main mise de Berlusconi sur les médias, n’est pas passée…

25 octobre 2009

Il y a des non événements qui sont plus importants que des événements. C’est quoi un non événement ? A peu près l’équivalent du célèbre «Il ne s’est rien passé à Hiroshima». En fait c’est un événement qui n’a pas reçu l’aval politique pour devenir une vérité. Le document que des diplomates britanniques avaient sorti sur Jérusalem Est et sa colonisation en 2005, document qui n’avait pas reçu l’aval du Conseil est un non papier. J’ai travaillé autrefois en tant qu’expert à une enquête sur les causes d’un crash aérien et après beaucoup de remous, l’analyse du taux d’alcoolémie retrouvé dans le sang du copilote a été classifiée comme non événement. C’est ainsi que je me suis familiarisée avec cette évidence surréaliste, l’existence de non événements, de non papiers, qui gravitent dans l’espace, à peu près comme des trous noirs. Ils n’ont pas d’existence officielle même s’ils peuvent expliquer l’origine de bien des drames.

Et bien, il y a eu un non événement, c’est-à-dire le vote d’une non résolution à la session de la semaine dernière à Strasbourg. Les députés l’ont renvoyée du trou noir dont, semble-t-il, elle n’aurait jamais dû sortir. Je veux parler de la résolution sur la liberté de la presse en Italie qui dénonçait la main mise de Berlusconi sur les médias, ces puissants «appareils idéologiques d’Etat» selon l’expression de Gramsci. La résolution n’est pas passée, elle n’existe pas et Berlusconi a reçu des mains des députés, et de Mauro en tête (député italien de droite qu’on dit proche du Vatican), l’absolution de tous ses abus de pouvoirs passés, présents et à venir. Comme non événement, on fait difficilement mieux.

Mais ce qui est plus intéressant, c’est la dynamique du vote. Un peu de technique pour comprendre. Lorsqu’une résolution est proposée au vote, chaque Groupe politique prépare la sienne. Puis, si c’est possible, les Groupes tentent, à partir de nombreux compromis, d’élaborer ensemble une résolution conjointe qui a toutes les chances alors de rencontrer les suffrages. Dans le cas présent, le Parti Populaire Européen, c’est-à-dire la droite européenne qui soutient largement Berlusconi, avait une résolution de départ si éloignée des autres Groupes qu’il était impossible de faire alliance avec lui. La résolution commune était donc celle des socialistes et démocrates (S-D), des Verts, du parti libéral (ALDE), de la Gauche unie (GUE). Soit tous les progressistes. Cette résolution conjointe a été perdue à 3 voix près. Vient alors, puisque la résolution conjointe avait échoué, le vote successif de chaque résolution des Groupes. La droite PPE ne parvient pas à faire passer la sienne. Les socialistes et démocrates non plus. Les Verts non plus. Dans un dernier sursaut, tous les démocrates se mobilisent sur la résolution des libéraux (ALDE) pour tenter de gagner au moins celle-là. L’atmosphère est électrique. Le score : égalité absolue. Pas une seule voix de différence entre la coalition de tous les partis progressistes et celle de la droite alliée ici à l’extrême droite et aux partis euro-sceptiques. Car c’est bien dans ces partis peu recommandables que la droite n’a pas hésité à aller chercher un soutien. Bloc contre bloc. Au moins les jeux sont clairs. Mais l’égalité ne signifie pas bien sûr, la majorité, et donc même la résolution ALDE a fini sa course. Dans les hurlements de joie de la droite italienne. Les démocrates chrétiens belges ont voté contre la résolution, en suivant, le doigt sur la couture du pantalon, la ligne du PPE; parmi eux, seule Anne Delvaux s’est abstenue.

Un goût amer dans la bouche certes, mais des leçons à retenir. Et quelques frissons. Un amendement contre l’avortement «forcé» présenté dans le budget par la très conservatrice députée slovaque Anna Zraboska a fait un score inquiétant : il ne lui manquait que 20 voix pour avoir une majorité simple. Ce qui sur plus de 700 élus présents n’est rien. Dans la précédente législature sur de tels sujets, les progressistes avaient très largement les deux tiers. Nous sommes donc dans les cordes et il va falloir travailler dur pour reconquérir, notamment chez les démocrates chrétiens les plus ouverts, des majorités qui vont sans doute toujours être à géométrie variable, au cas par cas. Pas impossible, mais difficile.

Allons, une bonne nouvelle tout de même. Denise, mon amie militante qui est de toutes les batailles depuis près de cinquante ans, va bien ! Elle est partie avec les Amis de la Nature en Allemagne, a visité des vignobles, s’est complètement ressourcée avec son groupe et m’a envoyé un long message ce matin.

Si Denise va bien, la droite n’a qu’à bien se tenir !

Avec elle, No pasaran !

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