Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Dès mon retour du Soudan, je suis passée ce week-end voir Stéphane Hessel à Paris

24 janvier 2011

Blog du 23 janvier 2011. Dès mon retour du Soudan, je suis passée ce week-end voir Stéphane Hessel à Paris. Je savais qu’il avait été interdit de parole et traité d’antisémite pour avoir appelé au boycott des produits des colonies. Mais qui est Stéphane ? Un vieux Monsieur de 93 ans, juif né à Berlin, émigré en France avec sa famille, résistant de la première heure en 40. Il rejoint l’appel du 18 juin de De Gaulle, s’exile à Londres, entre dans la Résistance où il est précieux vu sa connaissance parfaite de la langue allemande. Mais débarqué en France, il est capturé, torturé par la Gestapo, déporté à Buchenwald. Après la guerre, il fait partie de la petite commission présidée par Eléonore Roosevelt chargée de la rédaction de la déclaration universelle des Droits de l’Homme. Puis il devient ambassadeur de France à l’ONU. C’est cet homme-là qui à 93 ans, défend la cause palestinienne, prétend qu’on ne pourra pas éviter de négocier avec le Hamas, écrit un brûlot politique vendu aujourd’hui à plus d’un million d’exemplaires, ami et condisciple de Sartre à l’Ecole Normale Supérieure…et ? Et est interdit de parole dans cette France qui se déclare patrie des droits de l’homme. J’aime beaucoup Stéphane. Je l’ai rencontré il y a quelques années au Mémorial de Caen, et nous participions tous les deux à une émission radio sur la Palestine. Dès qu’il m’a ouvert la porte de son appartement hier après-midi, avec un petit sourire- Excusez-moi, Véronique, je suis un peu débraillé ! -, j’ai eu un « coup de jeune » tant ce vieux monsieur est clair, droit et direct dans ses propos. Sa femme Christiane était là elle aussi, toujours à ses côtés, et nous avons discuté du Soudan, de la Tunisie, de cette Afrique qui bouge…et puis aussi de la Palestine. Je l’ai invité à venir au Parlement européen. Il a dit oui. Très bientôt. Sans doute en février. Il n’y sera pas censuré.

Je viens de rentrer de Paris. La manifestation pour un gouvernement bientôt, de toute urgence, continue à défiler dans les rues de Bruxelles. Je regarde à la TV les artistes se mobiliser. Nous restons une terre de liberté. A ne pas laisser mourir. Je sors de mon sac le livre de Stéphane Hessel : une petite plaquette de 30 pages aux Editions Indigènes. Son titre ne pouvait pas mieux tomber « Indignez-vous ! ». Trois euros pour une leçon de vie.

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