Bienvenue à l'hôtel particulier !

Jusqu'au 19 février 2012 – Paris.

 Qui n’a rêvé, passant devant certains hôtels particuliers, de pousser la lourde porte hermétiquement close pour découvrir, cachés derrière, les échos des fastes d’antan…



Avec la Belgique, la France est le seul pays au monde à abriter des « hôtels particuliers », parfois signalés par des plaques reconstituant leur histoire : à la différence des immeubles qui les entourent, ces maisons de maître au cœur de la ville sont situées en retrait de la rue, non mitoyennes, souvent précédées d’une cour pavée à laquelle on accède par une porte cochère – c’est-à-dire accessible à une voiture à cheval conduite par un cocher – et bordée de « communs », notamment les écuries et les cuisines. Il arrive que l’un des murs latéraux ne porte pas de constructions mais de simples fenêtres peintes, ce que l’on appelle un mur renard. De l’autre côté, le bâtiment donne sur un jardin, de taille et de conception très variables, souvent agrémenté d’un bassin ou d’une fontaine.

Ni palais, ni maison bourgeoise, construit en une fois, l’hôtel particulier est destiné à loger une seule famille (qui, souvent, lui donne son nom) et son personnel. La première partie de l’exposition présente un « hôtel particulier témoin », en quelque sorte, élégamment décoré et meublé, dans lequel on circule comme chez soi, ou presque, grâce à la mise en scène de l'architecte Philippe Pumain.

La deuxième partie est résolument historique. Si le XVIIIe siècle apparaît, en effet, comme le siècle d’or de l’hôtel particulier (une déclaration royale de 1765 favorisant ainsi le quartier des Champs-Elysées, pour « continuer l’aspect favorable des maisons et des jardins qu’offre à tous le faubourg Saint-Honoré »), sa genèse remonte au Moyen Age.

Dès le XIVe siècle, les nobles se font bâtir des maisons dont le double but est de les loger le plus confortablement possible et de manifester hautement la richesse et la valeur de leur famille. En initiant les réformes qui vont faire de la France un Etat centralisé, François Ier donne à la capitale, où il se fixe, une importance qui n’échappe pas aux nobles et aux riches : les hôtels particuliers commencent alors à fleurir, une tendance qui s’épanouit jusqu’à la fin du XIXe siècle et ne s’éteint qu’entre les deux guerres mondiales. Plusieurs maquettes sont présentées, dont celles de l’hôtel de Cluny (actuel musée du Moyen Age) et du célèbre hôtel Lambert. Dans ce dernier, construit par Le Vau sur l’île Saint-Louis, Lebrun peint une galerie d’Hercule qui préfigure celle de Versailles et, au fil des siècles, il passe d’Emilie du Châtelet à Michèle Morgan, de Guy de Rothschild à l’émir du Qatar qui provoque une polémique en prévoyant d’y créer des ascenseurs, un garage et un système de climatisation peut-être inappropriés pour un monument classé…

Autre témoignage, le « Palais rose », construit au tournant des XIXe et XXe siècles pour Boniface de Castellane et financé par son épouse Anna Gould, qui reprenait bien des éléments du Trianon et dont l’escalier d’honneur s’inspirait de celui des Ambassadeurs à Versailles. Théâtre de fêtes somptueuses accueillant 2 000 invités, l’hôtel sombra peu à peu, faute de moyens pour l’entretenir et fut finalement démoli au bélier en 1969, les ouvriers découvrant encore au milieu des décombres des livrées et vêtements d’une splendeur disparue.

Paris a compté jusqu’à 2 000 hôtels particuliers dont près de 500 demeurent, une exceptionnelle densité pour une capitale moderne. Beaucoup de ces résidences sont aujourd’hui occupées par des officiels ou des administrations (au premier rang desquels l’Elysée, le Palais Bourbon ou Matignon ou encore l’hôtel de Soubise pour les Archives), des ambassades (l’hôtel de Breteuil pour l’Irlande, celui de Lamballe pour la Turquie), des musées (l’hôtel Salé pour Picasso, l’hôtel André devenu le musée Jacquemart-André) et centres culturels (suédois, italien) ou des hôtels. Certaines, rares il est vrai, abritent toujours d’heureux privilégiés.

La dernière partie de l’exposition, plus thématique, envisage l’hôtel parisien comme un objet architectural enchâssé dans la ville, dans un rapport dialectique d’embellissement et de destruction. Une présentation d’intérieurs, de façades, de jardins permet de se faire une idée de la variété et de l’inventivité des constructeurs, souvent très encadrés par les propriétaires des lieux, soucieux de manifester leur personnalité et leur rang à travers l’hôtel qui porte leur nom. C’est parfois là que se développèrent des artisanats de luxe (comme celui des boiseries) ou les arts décoratifs et que furent découverts de jeunes talents, tel Degas chez son mécène Ephrussi.

Des bornes multimédias apportent une touche ludique à une exposition scientifiquement irréprochable qui permet cependant de rêver…

 

Par Huguette Meunier.
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Pour en savoir plus :

"L’hôtel particulier, une ambition parisienne". Jusqu’au 19 février à la Cité de l'architecture & du patrimoine, Galerie haute des expositions temporaires, 1 place du Trocadéro, 75016 Paris.

NB. L’application « Hôtels particuliers parisiens », à télécharger sur www.citechaillot.fr, permet la visite virtuelle de 300 hôtels particuliers, dont certains n’existent plus. Le ticket d’entrée à l’exposition donne un tarif préférentiel pour l’entrée dans quelques hôtels particuliers parisiens normalement ouverts au public (Cluny, Rodin, Sully, Carnavalet…).