"Rondo", un passé qui ne passe pas

Le nouveau film d'Olivier van Malderghem évoque le deuil, l'absence, la raison de vivre et de mourir qui entourent la mémoire de la Shoah.

Rondo, en salles le 28 mars.

Le rondo est une forme musicale dont le thème principal alterne avec des thèmes opposés. Rondo est un film qui choisit la forme du flash-back, avec des retours périodiques dans le passé proche de ses personnages. Un film qui se construit autour de la mémoire, une mémoire douloureuse et obsédante, celle de la Shoah.
C’est à l’été 1942 que les déportations massives de Juifs commencent à Bruxelles, alors que la Belgique est sous occupation allemande. A l’occasion d’un contrôle d’identité, le jeune Simon (Julien Frison) voit son père se faire arrêter, puis disparaître à bord d’un train parti pour l’est de l’Europe. Le réseau de Résistance Comète lui offre la chance de s’envoler pour l’Angleterre où il va retrouver son grand-père maternel Abraham (Jean-Pierre Marielle), un vieil érudit attaché aux valeurs et traditions religieuses qui a répudié sa propre fille, la mère de Simon, trop laïque à ses yeux. Même depuis la campagne anglaise où Simon se trouve réfugié parmi d’autres enfants, sous l’autorité bienveillante de Suzanne (Aurore Clément) ou depuis le bureau de chercheur à l’université de Cambridge d’Abraham, la guerre et les tensions qu’elle suscite ne sont jamais très loin. 

Et puis la guerre s’achève. Simon reviendra à Bruxelles où il retrouvera sa mère et ses sœurs, mais pas son père. Entre temps, il aura grandi et mûri auprès d’un grand-père à la fois distant et aimant, incarné avec force et sobriété par Jean-Pierre Marielle. Un grand-père bouleversé au plus profond de son être lorsque, comme dans un rêve étrange, un colporteur lui montre un jour des photographies prises dans les camps de concentration.
J’ai voulu parler du deuil, de l’absence explique le réalisateur Olivier van Malderghem. Absence et présence de l’Eternel, qui est la raison de vivre et sera la raison de mourir du grand-père. Car Rondo, poursuit-il, est une tentative d’exprimer une colère face à la déferlante de haine qu’est la Shoah. Et, face à l’absence évidente de Dieu, dont se persuade soudain Abraham, dans un mouvement de reniement de ses croyances les plus intimes, il y a chez Simon une volonté permanente de se réconcilier avec le vieil homme et avec le monde de l’Après-guerre, porteur d’un avenir, dit-on, prometteur. Mais, on le sait aujourd’hui, il y a des passés qui ne passent pas. C’est ce qu’exprime Rondo.

 

Rondo, un film d’Olivier van Malderghem.

Sortie en salles le 28 mars 2012.

Par Bruno Calvès