DRM: entrave à la culture numérique

Dans le monde réel, il existe un certain nombre de pratiques qu'il ne nous viendrait jamais à l'idée de remettre en question. Depuis un paquet d'années, sans que ça pose de problème à qui que ce soit, il est possible de s'installer confortablement, de chausser ses lunettes de vue, et d'entamer le dernier polar que l'on vient d'acquérir. On peut sauter des pages, aller directement à la fin, le prêter, et même le lire avec des lunettes de soleil si c'est plus agréable. Cette activité innocente, personnelle et libre ne l'est pas autant dans le monde numérique. À cause des DRM (Digital Rights Management, également appelées «mesures techniques de protection»), regroupant des dispositifs logiciels et matériels, les usages légitimes peuvent être réduits, limités et contrôlés. Sur de nombreux DVD, impossible d'accéder au film sans être obligé de regarder les publicités. Sur certaines liseuses électroniques, le droit de lecture peut être tout simplement retiré. Amazon avait ainsi supprimé des centaines de livres achetés légalement sur son site et lisibles via sa liseuse Kindle, dont La Ferme des animaux et 1984 (Big Brother is really watching you!) de Georges Orwell. Idem pour la musique achetée en ligne où le lecteur peut-être imposé, et pour les services de vidéo à la demande où la plateforme matérielle et logicielle n'offre aucune alternative de lecture.
Les promoteurs des DRM ne sont pas naïfs, il savent que ces mesures sont toutes potentiellement contournables. Ils ont donc obtenu des législateurs que leur contournement soit interdit, y compris pour des usages légitimes. Les législateurs, également conscients que la protection juridique des DRM pourrait être à double tranchant (formation de monopole, danger sur la sécurité des systèmes du fait du côté intrusif de DRM…), ont prévu en 2006 la création d'une autorité pour tenter de réguler les DRM et veiller aux intérêts de chacun.
La célèbre Hadopi est aujourd'hui en charge de cette régulation qui, selon l'avis de beaucoup, est vouée à l'échec. On en revient toujours au même, pourquoi dépenser du temps et de l’argent à mettre en place des moyens de contrôle et de surveillance plutôt que d'envisager une nouvelle façon d'aborder la culture numérique?

Jack Kernel
Paru dans Charlie n°1043 du 12 juin 2012


Exception culturelle, acte II, scène 1

Il est bien fini, le temps des beaux discours et des vagues promesses, celui du flou sur certains sujets épineux histoire de ne pas s'aliéner de potentiels votants. Et quand je dis flou, je veux dire gros brouillard épais, comme tout ce qui a été dit sur l'Hadopi pendant la campagne. Abroger la loi et supprimer la Haute Autorité en charge de la mise en œuvre de la riposte graduée contre les adeptes du téléchargement illégal? Les remplacer? Puisque François Hollande avait promis une «grande concertation pour l’acte II de l’exception culturelle», que nous indiquent les premières décisions qui ont été prises?

On pourrait se réjouir de la nomination d'Aurélie Filipetti, au ministère de la Culture, elle connaît son sujet et s'est exprimée dans le passé contre la loi Hadopi. Pourtant, son  premier choix fut d'écarter de son équipe de la Rue de Valois Juan Branco, son ancien directeur de cabinet et anti-Hadopi notoire. Et la ministre de nommer des conseillers pro-Hadopi dans son cabinet. Mais bon, tout le monde sait qu'un ministre ne choisit pas forcément ses conseillers…
Là où on commence à s'inquiéter, c'est quand Pierre Lescure est nommé pour piloter la mission de concertation de l'acte II. Après Denis Olivennes, alors patron de la FNAC, qui avait mené en 2007 une mission ayant conduit à Hadopi, est-ce légitime que la nouvelle concertation soit menée par l'ancien PDG de Canal+, un groupe devenu la première source de financement du cinéma en France?

Car qui dit Canal+ dit chronologie des médias. Celle-ci planifie les fenêtres de diffusion successives des œuvres après leur diffusion sur grand écran (DVD, vidéo à la demande-VOD, télévisions gratuites). Aujourd'hui, il faut attendre quatre mois minimum à compter de la date de sortie d'un film au cinéma pour pouvoir l'acheter ou le louer en DVD, dix mois pour le voir sur Canal+… et trois ans pour accéder à ce même film dans le cadre d'un abonnement VOD. Canal+ a tout intérêt à maintenir cette chronologie qui lui permet de garder une certaine «exclusivité». Mais que vaut-elle réellement, cette chronologie, quand on sait qu'un film est accessible en téléchargement illégal bien avant sa sortie en DVD? On peut, comme Nicolas Seydoux, président de Gaumont, se voiler la face et affirmer qu'«aucun film français n'a été téléchargé entre le 15 mai et le 15 décembre 2011». On peut aussi décider que le principe même d'une chronologie des médias est devenu obsolète et qu'un œuvre devrait être disponible sur tous les supports au même moment. Mais, sans être aussi radical, on peut simplement commencer par se poser les vraies questions des relations entre les créateurs et le public. Ces dernières années, politiques et lobbyistes ont été très créatifs pour trouver de nouveaux moyens de surveiller et de punir l'échange illicite mais ça ne règle rien, jamais. Puissent-ils mettre enfin leur créativité au service de toutes les pistes possibles permettant une juste rémunération des créateurs et le respect des usages légitimes du public.

Jack Kernel
Paru dans Charlie du 30 mai 2012


Législatives - Le vote de confiance

Double exclusivité pour les élections législatives de juin 2012: pour la première fois, les citoyens français résidant à l'étranger ont l'occasion d'élire onze députés qui vont les représenter. Pour la première fois également, les quelque 700000 expatriés ayant fourni leur adresse mail ont la possibilité de voter par internet (les autres modalités de vote sont maintenues). Le premier tour du scrutin en ligne s'est déroulé du 23 au 29 mai. Bouclage oblige, ni les résultats ni tous les dysfonctionnements du système ne sont encore connus, mais, quand on sait qu'il existe en France un moratoire sur le vote électronique depuis 2008, on est en droit de se poser quelques questions sur la pertinence de ce scrutin.

Ce n'est quand même pas pour faire joli que des urnes transparentes ont été imposées dans les bureaux de vote en 1991! L'idée était d'éviter les fraudes et d'offrir au citoyen la possibilité de contrôler le scrutin, de la mise en place de l'urne jusqu'au dépouillement. Et, hormis quelques tentatives fantasques de tricherie, le système fonctionne plutôt bien. Mais on fait comment pour garantir la transparence et la confidentialité d'un vote électronique, par ordinateur de vote ou par internet? On accorde toute sa confiance au prestataire (espagnol) et à l'informaticien «spécialisé dans la sécurité» chargé de «vérifier le secret du vote et la sincérité du scrutin» (JO)? Et les inévitables bugs, dysfonctionnements et incompatibilités logicielles, on les gère comment?

Depuis quelques années, informaticiens, chercheurs et responsables politiques de différents pays alertent sur les dangers du vote électronique. Les Pays-Bas l'ont même interdit quand les failles techniques du système ont été dûment prouvées devant témoins et caméras. Rappelons également ce qu'écrivait avec style le Conseil constitutionnel après la présidentielle 2007: «L'intrusion des machines à voter […] rend opaque ce qui était visible. Elle met fin à une communion citoyenne. Elle prive le corps électoral de la surveillance collective des opérations dans lesquelles s'incarne le suffrage universel.»

Ce n'est pas le vote électronique en lui-même qu'il faut rejeter, on peut tout à fait l'utiliser dans des scrutins sans enjeu ou à moindre enjeu, mais il n'y a aucun intérêt à vouloir l'instaurer pour une élection au suffrage universel car on ne pourra jamais concilier confidentialité, contrôle citoyen, transparence et informatique.
Jack Kernel
Paru dans Charlie du 30 mai 2012


Docteur Steve et Mister Jobs


Bon, Steve Jobs est mort, paix à son âme si on y croit. L'homme, gravement malade depuis de nombreuses années, a eu le temps de préparer le monde à l'idée de sa disparition. Ces derniers jours, tout a été dit, écrit, entendu sur le personnage flamboyant, l'innovateur unique, le capitaliste acharné, le manager paranoïaque... Que dire de plus? Peut-être espérer que toutes les louanges entendues dernièrement sur «ses dons innombrables à l'humanité» (!!) ne feront pas oublier le combat de ceux qui se battent tous les jours pour vivre une informatique libre, sans brevet ni verrou.

Comme beaucoup de monde, je me sens tiraillé par le personnage et ce qu'il représente. Difficile de nier que ses créations aient eu une influence notable sur la «démocratisation» de l'informatique.
Combien d'utilisateurs réfractaires, dans les années 80, à tout ce qui touchait à l'informatique naissant se sont laissé apprivoiser par le Mac, sa facilité d'utilisation, son environnement stable et sécurisant. Certes, utiliser un Mac, c'est adopter une logique particulière et un sens du design, mais c'est aussi se soumettre à un des formats les plus fermés du monde informatique, accepter de ne plus avoir d'autres environnements compatibles et tolérer un comportement commercial à la limite du sectaire.

En 2005, lors d'une intervention devenue célèbre à l'université de Stanford, Steve Jobs encourageait l'élite étudiante et la jeunesse dorée qu'il avait sous les yeux, lui qui n'a jamais été diplômé de quoi que ce soit, à ne pas se laisser dominer par les diktats, à écouter leur cœur et leur intuition, et à toujours rester «insatiables et fous». Hungry and foolish... Comme les jeunes Chinois enchaînés pour une poignée de riz dans les usines chargées de fabriquer les produits Apple?

Comment un homme capable de soulever l'enthousiasme des foules et de prôner la liberté de pensée a pu s'enfermer lui-même dans un système totalement hermétique et fermer les yeux sur toutes les déviances de son empire? Comment celui qui se définissait comme un leader technologique a pu choisir de développer son activité en négligeant le bouleversement que représente le logiciel libre pour l'évolution de l'humanité? On ne peut s'empêcher d'imaginer, un pincement au cœur, ce qu'aurait donné l'action de cet homme au sein d'une communauté adepte de l'égalité, de la liberté de créer, de partager et de diffuser. Peut-être que là, oui, l'humanité aurait vraiment bénéficié de ses dons...

Jack Kernel
Paru dans Charlie Hebdo du 12 octobre 2011


Le Sénat sur la toile

La transparence démocratique, ça vous parle? Savoir ce que fichent nos députés et sénateurs à longueur de mandature, et pas seulement en période électorale, ce serait intéressant, non? Intéressant, mais (curieusement) pas si facile. Pourtant, le site de l'Assemblée nationale met à disposition des tas de données publiques: textes de loi, amendements, interventions en commission ou en hémicycle, questions et rapports parlementaires... Mais avoir toute cette littérature en accès libre, ça ne la rend pas forcément intelligible.
Fin 2009, un collectif de (jeunes) citoyens, qui avaient essayé de suivre les débats parlementaires et en avaient conçu une certaine frustration, ont décidé d'utiliser toutes les possibilités des technologies de l'information pour améliorer «la diffusion et le partage de l'information politique». Ils lancent alors le site NosDeputes.fr qui agrègent des informations publiées par l'Assemblée ou le Journal officiel et les rend accessibles à tous. On peut aussi consulter le champ lexical d'un projet de loi, les questions soumises par un député ou son taux de présence en commission –   comme l'ont appris à leurs dépens messieurs Soisson, Depierre et Montebourg, épinglés pour leur absentéisme parlementaire.
Mais il ne s'agit pas seulement de surveiller ou de pointer du doigt les insuffisances de nos représentants, ce site a également été créé pour faciliter la médiation avec les citoyens, favoriser la compréhension de la prise de décision politique et commenter les projets de loi en cours ou les amendements. Et comme toutes ces données publiques sont dans un format réutilisable, on peut leur appliquer d'autres traitements automatiques, les présenter ou les exploiter différemment.
L'an dernier, à partir des rapports parlementaires de la législature actuelle, le collectif a utilisé la puissance du travail collaboratif pour identifier et mieux connaître les lobbyistes qui interviennent à l'Assemblée. Un millier de rapports ont été passés en revue grâce à l'aide de 3000 internautes. Lors de la publication de l'étude, en mars 2011, plus de 16000 personnes avaient été recensées, très loin devant les 120 «représentants d'intérêt» inscrits au registre officiel de l'Assemblée nationale. Y a encore du boulot pour la transparence!
Dans la même lignée, le site NosSenateurs.fr vient d'ouvrir. Selon la première analyse «les sénateurs sont plus bavards en hémicycle, plus présents en commission et votent plus d'amendements de l'opposition que leurs collègues députés». Histoire à suivre…

Jack Kernel

Article paru dans Charlie Hebdo n°1006


Du cœur à l'ouvrage

La disparition de Michael S. Hart, le 6 septembre dernier, n'a pas fait la une des journaux. Et c'est bien regrettable, c'eût été un bel hommage rendu à l'homme qui a inventé l'e-book en 1971.

Il y a quarante ans, les ordinateurs étaient gros comme des garages et seuls quelques privilégiés y avaient accès. À l'université, Michael S. Hart a la possibilité d'utiliser un super-calculateur, mais ne sait pas trop quoi en faire. Dans un élan spontané de partage, il décide de retranscrire des ouvrages tombés dans le domaine public et de les rendre accessibles aux autres via le réseau de l'époque. Bien avant tout le monde, Hart comprend que «pour le grand public, la vraie valeur des ordinateurs ne réside pas dans leur puissance de calcul mais dans leur capacité à stocker et faire circuler de l'information et des connaissances». De ses doigts agiles, le voilà recopiant des milliers de pages de Homère, Shakespeare, Mark Twain…

Bientôt rejoint par une flopée de bénévoles qui numérisent, transcrivent et relisent les ouvrages, aussitôt disponibles pour tous, sans restriction d'accès.  Hart officialise son projet sous le nom évocateur de Gutenberg, car si ce dernier a révolutionné son temps en divisant par 400 le prix d'un livre, la révolution numérique restait à accomplir. Trois principes à cette mission: «encourager la création et distribution de livres électroniques; aider à briser les barreaux de l'ignorance et l'analphabétisme; donner autant de livres à autant de personnes que possible.»

En 2011, le projet Gutenberg propose en accès libre un catalogue de 36000 livres dans différentes langues. À l'heure où liseuses électroniques et autres tablettes sont farcies de verrous et de DRM, cette volonté de diffusion et de conservation de textes rappelle les vagabonds de Fahrenheit 451 apprenant les livres par cœur pour les sauver de l'oubli. Car il est temps que le citoyen de réapproprie le domaine public, menacé de contrôle par les ténors de l'informatique.

Ami lecteur, un peu de temps libre pour Gutenberg?

http://www.gutenberg.org/


Jack Kernel
Article paru dans Charlie Hebdo du 14/09/11


Du cœur à l'ouvrage

La disparition de Michael S. Hart, le 6 septembre dernier, n'a pas fait la une des journaux. Et c'est bien regrettable, c'eût été un bel hommage rendu à l'homme qui a inventé l'e-book en 1971.
Il y a quarante ans, les ordinateurs étaient gros comme des garages et seuls quelques privilégiés y avaient accès. À l'université, Michael S. Hart a la possibilité d'utiliser un super-calculateur, mais ne sait pas trop quoi en faire. Dans un élan spontané de partage, il décide de retranscrire des ouvrages tombés dans le domaine public et de les rendre accessibles aux autres via le réseau de l'époque. Bien avant tout le monde, Hart comprend que «pour le grand public, la vraie valeur des ordinateurs ne réside pas dans leur puissance de calcul mais dans leur capacité à stocker et faire circuler de l'information et des connaissances». De ses doigts agiles, le voilà recopiant des milliers de pages de Homère, Shakespeare, Mark Twain…
Bientôt rejoint par une flopée de bénévoles qui numérisent, transcrivent et relisent les ouvrages, aussitôt disponibles pour tous, sans restriction d'accès.  Hart officialise son projet sous le nom évocateur de Gutenberg, car si ce dernier a révolutionné son temps en divisant par 400 le prix d'un livre, la révolution numérique restait à accomplir. Trois principes à cette mission: «encourager la création et distribution de livres électroniques; aider à briser les barreaux de l'ignorance et l'analphabétisme; donner autant de livres à autant de personnes que possible.»
En 2011, le projet Gutenberg propose en accès libre un catalogue de 36   000 livres dans différentes langues. À l'heure où liseuses électroniques et autres tablettes sont farcies de verrous et de DRM, cette volonté de diffusion et de conservation de textes rappelle les vagabonds de Fahrenheit 451 apprenant les livres par cœur pour les sauver de l'oubli. Car il est temps que le citoyen de réapproprie le domaine public, menacé de contrôle par les ténors de l'informatique.
Ami lecteur, un peu de temps libre pour Gutenberg?
http://www.gutenberg.org
Jack Kernel

Article publié dans Charlie Hebdo du 14/09/11


Hadopi
Le mois dernier, Frank La Rue, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression, a publié un rapport sur les politiques relatives à internet. Ses conclusions sont sans appel: les États, tous les États, devraient abroger les lois permettant de suspendre l'accès à internet en cas de violation des droits d'auteur. Il est indispensable et fondamental de protéger la liberté d'expression.
Que voilà un gros caillou dans le jardin de la Hadopi! La haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protections des droits sur internet, tellement fière de sa riposte graduée (sur le modèle de la doctrine McNamara pendant la guerre froide, on appréciera la comparaison), prône en effet la coupure de la connexion internet du méchant internaute récidiviste. Ce rapport demandant l'abrogation pure et simple de la loi Hadopi fait un peu tache en plein lancement de la nouvelle campagne publicitaire de la haute autorité et la mise en place du logo PUR (!) pour la Promotion des Usages Responsables. Il est assez jouissif d'ailleurs de consulter la masse immédiate de pastiches et détournements de ces deux campagnes. La Hadopi a un mérite, elle aiguise le sens critique des internautes.
Plutôt que le recours à la répression, le courage politique serait de remettre à plat le système régissant les relations entre les créateurs et le public. Le droit d'auteur est inadapté au monde numérique: avant qu'il ne soit définitivement rejeté, il est urgent d'étudier sérieusement toutes les pistes possibles permettant une juste rémunération des créateurs et le respect des usages légitimes du public.
Jack Kernel

Article publié dans Charlie Hebdo n°993 du 13/07/11


Racketiciels
En quelques années, le taux d’équipement des ménages en informatique a explosé. Des ordinateurs, vous en trouvez partout, de toutes les tailles, de toutes les puissances et même de toutes les couleurs. Et pourtant, encore aujourd’hui, il est quasi impossible d’acheter un ordinateur sans des logiciels préinstallés, c’est-à-dire sans un Windows (système d’exploitation) et sans un Pack Office (suite logicielle) du tout-puissant Microsoft.
On ne vous demande pas votre avis, c’est comme ça. Or, sur le prix global d’un ordinateur, 10 à 30% de la somme correspondent aux logiciels installés. Évidemment, cette ventilation des prix entre la partie matériel (hardware) et la partie logiciel (software), vous ne la voyez jamais. Vous n’êtes pas non plus informés des conditions d’usage de certains logiciels qui peuvent n’être que des versions de test. Dans un monde idéal, vous pourriez donc acheter votre machine jusqu’à 30% moins cher et installer ensuite le système d’exploitation de votre choix, un système libre comme Ubuntu, et une suite logicielle libre, comme LibreOffice.
Eh bien, non, ce choix n’est pas encore possible. Cette situation profite avant tout à Microsoft, qui maintient ainsi sa situation de quasi-monopole sur le marché des systèmes d’exploitation. Pourtant, des solutions techniques existent, permettant par exemple que l’acquisition d’un logiciel soit optionnelle. Des associations de consommateurs (UFC-Que Choisir) et du logiciel libre (Aful, April) demandent depuis des années la fin de cette pratique illégale et déloyale, et notamment un affichage réglementé des prix du matériel et des logiciels, une information précise sur les conditions d’usage des licences et une offre diversifiée de logiciels.
Plusieurs décisions de juridictions de proximité ont sanctionné cette pratique de vente liée ordinateurs/logiciels. Mais, pour autant, les pouvoirs publics ne semblent pas vouloir confirmer cette tendance. L’UFC-Que Choisir vient donc demander au gouvernement une action législative pour garantir au consommateur le droit de choisir.
Pour être plus efficace, il faudrait pouvoir mener des actions de groupe qui permettraient aux consommateurs de faire valoir leurs intérêts collectivement. Malheureusement, promise en 2007 par Nicolas Sarkozy, l’action de groupe ne fait pas partie du projet de loi visant à «renforcer les droits, la protection et l’information du consommateur», que le gouvernement défendra début juillet à l’Assemblée nationale.
Jack Kernel
Article publié dans Charlie Hebdo n°991 du 15/06/11
• Pour en savoir plus: http://racketiciel.info


e-G8

Les 24 et 25 mai dernier, à la veille du G8, Nicolas Sarkozy avait convié les «chefs» d'internet (selon l'étrange formule du président) à un forum de concertation sur internet et le numérique, appelé «e-G8». L'organisation du raout a été confiée à l'agence Publicis et la liste des sponsors (Vivendi, Microsoft, Google, Orange, Alcatel-Lucent...) laissait présager du pire.
Et on n'a pas été déçus! À quelques exceptions près, la tribune a été réservée à toutes les têtes de gondoles de l'économie numérique, et ce dans le plus grand mépris de la diversité des positions sur internet. Les acteurs de la société civile n'étaient d'ailleurs ni invités ni bienvenus. On n'est pas là pour débattre (manifestement, la plupart des questions du «public» avaient été validées par l'Elysée et Publicis), on est là pour réguler. On n'est pas là pour favoriser l'accès à l'internet ni la liberté d'expression mais pour faire du profit.
Nicolas Sarkozy a une fois de plus démontré qu'il ne comprend rien à Internet. Non, les grandes entreprises et les gouvernements ne sont pas les seuls à décider de l'avenir du Net. Non, Internet ce n'est pas seulement une source de revenus ni une zone de non-droit. Entre les deux, il y a ceux qui font le Net au quotidien, qui lui permettent de fonctionner, qui jour après jour renforcent et maintiennent son architecture en logiciel libre et développent ses applications. Internet n'est pas un espace à civiliser, pour reprendre une autre antienne présidentielle, il s'auto-régule très bien. Et s'il faut des lois, qu'elles soient justes et pas obsolètes avant même d'être applicables (comme l'Hadopi).
Alors plutôt que de s'énerver en lisant le bilan officiel de ces deux jours, on préfère regarder et écouter la conférence de presse sauvage organisée par la Quadrature du Net et cinq autres intervenants (Lawrence Lessig, spécialiste mondial du droit d'auteur, Jeff Jarvis, journaliste et blogueur américain, Jean-François Julliard, président de Reporters Sans Frontières...) pour défendre un «internet ouvert et libre» : http://vimeo.com/24218524
Jack Kernel

10/06/11


Ubuntu est ton ami

Les membres des communautés du logiciel libre sont des êtres étranges, ils aiment tellement les animaux qu'ils les utilisent souvent comme logo de leurs logiciels ou pour en nommer les différentes versions. C'est ainsi que, fin avril, la toute dernière version d'Ubuntu a été baptisée Natty Narwhal, «Narval astucieux».
Ubuntu est un système d'exploitation libre qui connaît un beau succès depuis quelques années. Ce système séduit de plus en plus d'utilisateurs, même débutants, car l'installation est simple, l'interface intuitive et les forums d'aide très actifs. D'ailleurs, depuis 2007, nos chers députés et leurs assistants utilisent Ubuntu sur leurs ordinateurs à l'Assemblée. Ce qui prouve, au passage, qu'on peut à la fois utiliser du logiciel libre et voter des lois à la con sur le numérique. Mais là n'est pas le sujet.
En ces temps de crise, le logiciel libre est fondamentalement intéressant, tant par ses qualités sociales de partage que par la disponibilité de milliers de logiciels à moindre coût. Pour autant, pas facile de sauter le pas quand on n'y connaît rien. Heureusement, les «fêtes d'installation» existent: ou comment réunir utilisateurs expérimentés et novices pour que les premiers aident les seconds à installer un système libre – comme Ubuntu – sur leurs machines. Fin mai, dans toute la France, se déroulent plusieurs fêtes d'installation, ou «Ubuntu Party». Pour ne pas louper le créneau, consultez le calendrier des rencontres sur http://ubuntu-party.org et/ou sur http://www.agendadulibre.org
Mais au fait, Jack, pourquoi je ne trouve pas d'ordinateurs avec Ubuntu dans le rayon informatique de mon hyper? En voilà une question qu'elle est bonne! Ce sera l'objet d'une prochaine chronique.
Jack Kernel

26/05/11


Les jours heureux d’Internet?
Le 27 avril, Nicolas Sarkozy a mis en place le Conseil national du numérique. Malheureusement, rien à voir avec le Conseil national de la Résistance et son programme «Les Jours heureux». Le Conseil national du numérique est un organisme que l’on va consulter avant l’élaboration de tout nouveau projet de loi portant sur Internet et le numérique. Le président aurait, paraît-il, retenu la leçon d’Hadopi et du tollé suscité par cette loi. Cette instance serait donc un forum de concertation regroupant tous les acteurs qui souhaitent contribuer aux réflexions sur les évolutions juridiques du numérique. Il est composé de 18 membres, tous nommés par Sarkozy, tous entrepreneurs, dirigeants d’entreprise du Web, des télécommunications ou membres de lobbies d’entreprises. Le public et les associations sont exclus pour, dit l’Élysée, «éviter que cela tourne à la foire d’empoigne». Le président de l’UFC-Que Choisir l’a d’ailleurs rebaptisé «Conseil des nababs du numérique». On est loin d’un «pacte social» pour Internet et le numérique.

Hadopi
On connaît la loi Hadopi, inspirée par l’ancien patron de la FNAC, votée à la sauvette par quelques députés godillots en 2009 et qui instaure la si délicieusement nommée «riposte graduée» contre les internautes soupçonnés de partage, pardon, de téléchargement illégal. Rappel à l’ordre, puis envoi d’une lettre d’avertissement et enfin, en cas de récidive, coupure de la connexion Internet. L’Hadopi est une absurdité doublée d’une saloperie. Le savoir se répand d’abord par la copie, et le téléchargement n’empêche pas la vente de CD, de DVD, ni l’achat de places de concert (de plus en plus chères, d’ailleurs…). Rencontrant une opposition sérieuse à l’Hadopi, et conscient que la propagande ne marche jamais aussi bien que lorsqu’elle touche les plus faibles, le gouvernement se tourne vers une cible idéale: les enfants. Sera donc ajouté au brevet informatique et Internet (B2I), qui valide les compétences numériques acquises par les élèves, un volet sur «l’importance de l’apprentissage d’un usage responsable de l’Internet». En parallèle, un portail dédié à l’Internet « civilisé », que Sarkozy appelle de ses vœux, sera mis en place. L’Internet civilisé, c’est respecter le racket des majors de la production. Espérons que les professeurs sensibiliseront plutôt les élèves aux vertus des licences libres (appliquées aux logiciels, aux contenus culturels…). Ces licences sont la seule vraie réponse aux enjeux du partage de la connaissance et sont naturellement amenées à s’unir au monde éducatif.   
Jack Kernel

11/05/2011


Connaissez-vous les conférences TED (Technology, Entertainment, Design)? Depuis 1984, des célébrités, des inconnus, des scientifiques, des artistes, des fous de technologie… ont 18 minutes (maxi) pour communiquer sur un sujet, partager des "idées qui valent la peine d'être diffusées", et changer des attitudes, des comportements, des vies et, pourquoi pas, le monde. Exemple : une démo d'exosquelette, un voyage jusqu'à Saturne, de nouvelles méthodes pour combattre la corruption...). Les vidéos sont classées sous plusieurs thèmes (technologie, culture, arts… Ingénieux, courageux, inspirant, drôle, bluffant, informatif…) ou sont répertoriées chronologiquement. La réussite de ces conférences tient au format. Certains conférenciers font passer leur message en trois minutes, d'autres ont besoin d'un peu plus de temps. On ne perd jamais le sien. Puisque les idées n'appartiennent à personne et qu'elles méritent d'être partagées, TED met en accès libre l'intégralité des conférences sur son site web (www.ted.com ). Actuellement, plus de 900 exposés sont accessibles, et si toutes ces vidéos sont sous-titrées en anglais, elles le sont également dans de nombreuses autres langues (plus de 800 ont été traduites en français). Sur le modèle du logiciel libre, où chacun peut participer bénévolement à l'amélioration d'un programme, vous êtes libre de traduire la conférence qui vous intéresse dans votre propre langue si cela n'a pas déjà été fait. Attention, activité hautement addictive! Quand on a goûté aux conférences TED, difficile de s'en passer.

TEDx Bordeaux le 28 mai 2011: http://www.tedxbordeaux.com
TEDx Paris (2010, 2011): http://www.tedxparis.com

Jack Kernel et Oncle Bernard.
21/04/2011

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