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  • ''Amsterdam'', la chanson que Brel n'aimait pas

    « DANS le port d'Amsterdam... » On la connaît bien, cette voix qui enfle en roulant les « r », sur les accords lents de l'accordéon qui met quelques dizaines de secondes à se mettre au pas de valse du chant. Jacques Brel bute un peu sur le nom d'Amsterdam au début du deuxième quatrain du premier couplet, le piano entre au deuxième couplet, au milieu duquel l'accordéon prend des accents de dancing dans un mouvement irrésistible qui, rejoint par les sonneries de cuivres de l'orchestre, mène à l'explosion finale - Brel clamant « Dans le port d'Amsterdam, dans le port d'Amsterdam ».
    Cela dure 3 min 20, y compris quinze secondes d'applaudissements au début et à la fin de l'enregistrement. Que l'on ait acheté les 33 tours de Brel l'un après l'autre à mesure de leur parution, ou que l'on possède son intégrale en CD, ou que l'on veuille aller plus loin que la seule compilation que l'on possède, on cherche souvent un autre Amsterdam, un Amsterdam en studio. Il n'y en a pas. Brel n'a enregistré une de ses chansons les plus célèbres qu'une seule fois, un soir d'octobre 1964 à l'Olympia. Pourquoi ? Notamment parce qu'il n'aimait guère Amsterdam.
    Des années plus tard, son fidèle arrangeur François Rauber nous expliquait tout ce que cette chanson pouvait avoir de défauts aux yeux de Brel. Notamment, il n'était pas tout à fait convaincu par la tautologie des premiers vers du premier couplet (« Dans le port d'Amsterdam/ Y a des marins qui chantent/Les rêves qui les hantent/ Au large d'Amsterdam ») ou l'outrance de la fin du dernier couplet (« Et ils pissent comme je pleure/Sur les femmes infidèles »). Et la forme de la chanson, en quatre couplets sans refrain, lui semblait un peu primaire.
    De plus, Amsterdam était marqué par une sorte de péché originel, qui est d'avoir été une chanson sans la moindre importance. Brel a décidé que, pour sa rentrée à l'Olympia, elle sera la chanson d'ouverture du concert. Chacun sait dans le métier que c'est une chanson sacrifiée : l'ingénieur du son et les musiciens en profitent pour affiner leurs réglages et surtout le public regarde le chanteur plus qu'il ne l'écoute. « Comme ça, on n'en parlera plus, de celle-là », a dit Brel.

    Deux cents concerts par an
    Contrairement aux autres artistes de l'époque qui réservent leurs chansons neuves à leur rentrée parisienne, Brel lance les siennes n'importe quand et n'importe où, dès qu'elles sont prêtes. Comme il donne volontiers deux cents concerts par an, sans jamais prendre plus de quelques semaines de vacances, c'est en tournée qu'il écrit ses chansons. Des cahiers d'écolier pour les textes, qu'il écrit dans sa loge ou dans sa chambre d'hôtel, les répétitions pour mettre au point la musique. Tous les jours de concert, il y a la « balance », qui permet de régler la sono, ce qui demande quelques minutes. Ensuite, Brel reste sur scène, avec son pianiste Gérard Jouannest et parfois son accordéoniste Jean Corti, qui se souvient : « Il disait : »Joue-moi un peu une vieille marche, joue-moi un tango à la con». Et il chantait ce qu'il avait sur ses brouillons, parfois juste quelques lignes. Quand on trouvait une petite ligne mélodique, il disait : »Voilà, on va développer ça». On recommençait, il essayait un couplet, on cherchait encore. On travaillait tout le temps à ses chansons. Il en commençait une, il la laissait tomber, il la reprenait. Et un jour, il disait : »Allez les gars, celle-là, on la fait ce soir». »
    Et Amsterdam est fini peu avant sa rentrée parisienne. Là, son quatuor de scène sera rejoint par l'orchestre permanent de l'Olympia et François Rauber doit arranger pour l'occasion toutes les nouvelles chansons. Il fait la moue devant Amsterdam. En tournée, Corti et Jouannest ont réglé cette classique montée d'un accordéon d'abord un peu raide jusqu'à un mouvement de folle valse, que Rauber va accentuer en faisant intervenir l'orchestre.
    Rituellement, la veille de chaque première à l'Olympia, sa vedette va donner un concert de rodage à Versailles, dans le théâtre dont Bruno Coquatrix, le maître du boulevard des Capucines, est aussi le directeur. Le tour de chant de Brel dure à peine une heure : quatorze ou quinze chansons sans rappels et, après chaque chanson, il veut qu'on commence l'introduction de la chanson suivante pendant les applaudissements. À Versailles, Amsterdam semble plaire au public. Brel décide alors de la placer en troisième position. Et, le 16 octobre 1964, triomphe à l'Olympia. Public debout, ovation interminable qui oblige Jean Corti à jouer, rejouer et rejouer encore l'introduction de la chanson suivante, Les Vieux. Le lendemain, tout le monde ne parle que de cette chanson incroyable qu'ont entendue les deux mille spectateurs de l'Olympia, mais surtout des millions d'auditeurs d'Europe 1, qui retransmettait en direct la soirée. Amsterdam va devenir un passage obligé des concerts de Jacques Brel, attendue et acclamée par le public. Pourtant, ni pour la scène, ni pour le studio, le chanteur et son arrangeur François Rauber ne vont trouver de meilleure solution que celle de l'Olympia. Ainsi, Amsterdam ne rentrera jamais en studio et Brel continuera à penser que ce n'est pas, tant s'en faut, une de ses meilleures chansons. Sur son dernier disque, il chantera même avec quelque dégoût l'idée de « Cracher sa dernière dent/En chantant Amsterdam ». Mais il fit un jour une faveur unique à Amsterdam, dont se souvient Jean Corti : « Il ne faisait jamais de rappel et jamais de bis non plus, sauf une fois, pendant la tournée en Russie, en 1965 : je ne sais pas ce qu'il lui a pris, il a bissé Amsterdam. » 

    Les tubes de l'été : 
    Les deux vies de La Javanaise (1)
    ''Les Roses blanches'', un bouquet de larmes (2)
    ''Back in the USSR'', la première séparation des Beatles (3)
    ''Quelqu'un m'a dit '' : le contre-modèle Carla Bruni (4) 
    ''Le Bal des Laze'' trahi par sa face B (5)
    ''Dream a Little Dream of Me'', trois quarts de siècle en tête (6)
    Le record de France de ''Plaisir d'amour '' (7)
    Prochain article : « Instant Karma », comme son nom l'indique





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