France-Allemagne : du duel au duo

En marge de la polémique qui entoure l'exposition De l'Allemagne présentée au Louvre, une autre exposition, à Strasbourg, revient sur les rapports passionnels qu'entretiennent France et Allemagne depuis le XIXe siècle.

En cette année qui célèbre le cinquantenaire du traité de l’Elysée (22 janvier 1963) signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, l’exposition proposée par le musée Tomi Ungerer à Strasbourg apparaît particulièrement heureuse. En effet, avant de former le "duo" que nous connaissons, quelquefois dissonant mais toutefois réel, la France et l’Allemagne se sont bien longtemps affrontées en "duels", le terme étant évidemment très faible au regard du nombre des victimes.
La caricature, le dessin satirique ont fait leurs choux gras de cette longue histoire heurtée. Côté français, La BaïonnetteLa CaricatureLe Charivari, Charlie-Hebdo et  Hara-Kiri sont les principaux titres ; côté allemand, Kladderadatasch, Pardon, Simplicissimus et Titanic.
L’exposition présente 120 pièces, dessins originaux, revues, livres, affiches, tant français qu’allemands, signés des grands noms du dessin satirique, dont Plantu, Cabu, Effel, Daumier, Siné et bien sûr Tomi Ungerer. Antonelli, Bosc, Cabu, Daumier, Effel, Flora, Gulbransson, Hanitzsch, Hansi, Heartfield, Hoppmann, Plantu, Willem, Zislin...
Cinq sections se succèdent. La première court de 1870 à 1945 et porte sur la construction des imaginaires, forcément conflictuels. Les dessins sont, alternativement, belliqueux et revanchards et montrent "l’autre" comme un affreux. Lucien Métivet oppose ainsi, à la une de La Baïonnette du 18 avril 1918, une jeune et belle Marianne au demi-sourire amical et une terrifiante Germania coiffée du casque à pointe, le regard féroce, la moue hostile. Après 1945 vient le temps de la réconciliation : un dessin très connu de Paul Flora en 1962 transforme les deux tours de la cathédrale de Reims en silhouettes du général de Gaulle et du chancelier Adenauer se serrant la main. Tout un symbole : la "cathédrale martyre", en effet, avait été bombardée dès le 4 septembre 1914 et à plusieurs reprises au cours du mois (ce fut l’objet du premier article d’Albert Londres) : le plomb de la toiture avait fondu dans l’incendie, glissant par les gargouilles et détruisant le palais du Tau en contrebas.
La troisième partie décrit "L’arsenal des caricaturistes", c’est-à-dire le répertoire dans lequel les dessinateurs ont largement puisé leurs images, coq gaulois opposé à l’aigle allemand, Marianne à Germania pour reprendre les plus usités. Lieu de l’exposition oblige, la section suivante se place depuis l’Alsace pour donner "une certaine vision du duo". Hansi, Zislin, Tomi Ungerer ont fréquemment évoqué le thème avec, pour ce dernier, la conviction que l’Alsace, éternelle victime des conflits, peut aussi devenir une actrice majeure dans la réconciliation. Enfin, l’actualité récente montre bien que "le couple franco-allemand" entretient des rapports bilatéraux que peu d’autres pays connaissent et les dessinateurs actuels continuent de creuser ce thème, y compris, parfois, à la télévision. Notamment, bien sûr, sur la chaîne ARTE.

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"Du duel au duo. Images satiriques du couple franco-allemand de 1870 à nos jours", jusqu'au 17 juillet au Musée Tomi Ungerer - Centre international de l'illustration, 2 avenue de la Marseillaise, 67000 Strasbourg
Rens. : www.musees.strasbourg.eu