Edito: règlement de comptes en Turquie

Christophe Lamfalussy Publié le - Mis à jour le

Edito Un édito de Christophe Lamfalussy. 

Les lourdes condamnations prononcées lundi au procès Ergenekon ouvrent une nouvelle période d’instabilité en Turquie. Des dizaines de militaires de haut rang, policiers, journalistes, anciens recteurs d’université ont été condamnés pour avoir fomenté un coup d’État visant à renverser le parti islamiste au pouvoir, l’AKP de Recep Tayyip Erdogan.

C’est un procès fleuve qui s’est terminé au tribunal de Silivri, un procès fourre-tout qui souligne la cassure entre une droite traditionaliste et religieuse au pouvoir et le camp laïc, qui a toutes les raisons de craindre que les acquis de la révolution kémaliste passent aux oubliettes de l’Histoire. Les charges sont lourdes mais les preuves manquent. Il est vrai qu’un "État profond" existe en Turquie depuis des décennies, réglant par la force, voire par des assassinats ciblés, tout ce qui pourrait entraver intérêts privés et héritage kémaliste. Les hommes de l’ombre ont été actifs dans les années 90. Ils ont tué des opposants et bénéficié de l’impunité.

En même temps, la justice turque remaniée par l’AKP n’a apporté que peu d’éléments prouvant qu’il y a bien eu conspiration et semble avoir inclus dans le même panier ceux qui étaient critiques du gouvernement. En ce sens, ce procès était politique. Il souligne la victoire qu’ont remportée le parti AKP et son tonitruant leader. En un peu plus de dix ans, Erdogan a mis au pas la deuxième armée de l’Otan et placé ses hommes de confiance. C’est une victoire fragile - car le ressentiment est grand et l’opinion publique s’est braquée contre le pouvoir sans partage de l’AKP depuis les événements de Taksim.

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