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Démocratie ?

La « démocratie » fait parti des trois grandes armes de légitimation de l’occident pour justifier sa prééminence sur les autres régions du monde. « Démocratie », « Développement » et « Droits de l’homme » forment les « 3D » rabâchés par l’occident pour affirmer sa supériorité politique, économique et morale.

Nos « démocraties » sont censées ainsi représenter ce qui se fait de mieux en termes de politique et d’organisation des sociétés. Il est satisfaisant et confortable de penser que notre système politique actuel est l’aboutissement de multiples combats méritoires de nos prédécesseurs, et que nous avons hérité ainsi d’un modèle, qui, à défaut d’être parfait, représente ce qu’il y a de mieux en la matière, toute époque confondue. La fameuse formule de Churchill « La démocratie est le moins pire des systèmes » est là pour le rappeler à ceux qui auraient l’aplomb d’en discuter les biens fondés. Elle permet de clore le débat, car critiquer nos «démocraties » est supposé faire courir le risque de tomber dans le « totalitarisme » !

Mais n’est-on pas déjà, de fait, dans un totalitarisme économique soutenant les pires dictatures politiques de la planète ? Savons-nous réellement ce que signifie le mot démocratie ? Ne confondons-nous pas trop vite «la démocratie » avec « nos gouvernements représentatifs » ?
Si nos gouvernements représentatifs présentent encore des traits démocratiques, ils ont également de nombreux traits non démocratiques confortant un modèle totalitaire à l’échelle de la planète.

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« Démocratie » a pour racines étymologiques Demos , le peuple et Kratos, le pouvoir. La « démocratie » signifie donc « exercice du pouvoir par le peuple ».

Le modèle athénien a représenté la 1ère démocratie connue, et a duré environ deux siècles, entre 500 et 300 ans avant J.-C.
Bien qu’imparfaite (seuls les hommes grecs majeurs étaient citoyens à l’exclusion donc des femmes, des esclaves et des étrangers, représentants pourtant une large majorité de la population !), la démocratie athénienne répondait bien à la définition originelle. Une de ses caractéristiques principales était la possibilité réelle pour les citoyens de participer à la vie publique à travers l’Ekklesia (l’assemblée des citoyens en charge des décisions et des lois). Un de principes appliqués était le respect de l’Iségoria, c'est-à-dire l’impératif d’égalité de parole. La doxa, l’opinion courante, traduisait le fait que toutes les opinions comptent et se valent. Cornelius Castoriadis, philosophe, précisait que «… toutes les opinions se valent si elles sont éduquées ». Sur ce plan, les athéniens avaient bien fait les choses puisque la présence aux Ekklésia était payée (pour compenser la perte de temps engendrée dans les réunions d’assemblée).

La politique n’était donc pas une affaire de spécialistes. L’exécution était confiée aux magistrats (l’équivalent de nos gouvernements actuels), et ceux-ci étaient tirés au sort parmi des volontaires pour une durée déterminée; ils étaient contrôlés par les citoyens, et révocables à tout moment. Les athéniens n’étaient pas favorables aux élections, et en organisaient occasionnellement pour nommer des « experts » sur des dossiers techniques (ouvrages…), sachant que ces experts restaient toujours sous le contrôle des citoyens.

Voilà qui répond bien à la définition que donnait Aristote des citoyens « Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné ».

Le philosophe Takis Fotopoulos fait observer que, cette démocratie athénienne au sens d’exercice du pouvoir par tous les citoyens, « les pères fondateurs de la constitution américaine n’en voulaient pas (fin du 18ème siècle) et ont donc inventé la démocratie représentative. Leur objectif réel était de dissoudre le pouvoir populaire, afin de garantir que le système démocratique, qui prétendait répartir le pouvoir à égalité, serait bien compatible avec la dynamique de l’économie de marché, qui provoquait déjà une concentration du pouvoir entre les mains d’une élite. […] Si la démocratie représentative a été inventée, ce n’est pas parce que la population était trop nombreuse. Le raisonnement des pères fondateurs n’était pas : « La représentation est nécessaire parce que la république à un vaste territoire » mais « Il est souhaitable d’avoir une république territorialement étendue pour que la représentation soit inévitable ». La notion de représentation […] a donc été imaginée pour servir de filtre : elle était exactement l’inverse de l’Isegoria, l’impératif d’égalité de parole de la démocratie. […] Ainsi comprise, la démocratie cessait d’être l’exercice du pouvoir politique : on en faisait au contraire l’abandon de ce pouvoir, qui se trouvait transférée, via les élections, à une élite politique. »

Cette mise en perspective de l’origine de nos « démocraties représentatives » versus la démocratie athénienne, relativise beaucoup l’importance du « droit de vote » comme preuve de l’implication politique de tous les citoyens et de la bonne santé de nos démocraties ! Comme le dit justement Cornelius Castoriadis « La population ne participe pas à la vie politique : ce n’est pas participer que de voter une fois tous les cinq ou sept ans pour une personne que l’on ne connaît pas, sur des problèmes que l’on ne connaît pas et que le système fait tout pour vous empêcher de connaître. »
Pour Takis Fotopoulos « Les élections sont devenues des concours de beauté entre dirigeants « charismatiques » soutenues par les appareils des partis. »

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Très bonne brochure pédagogique (téléchargeable sur le Web) http://www.les-renseignements-genereux.org
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Excellent rappel sur les différents mode de gouvernement, de la démocratie athénienne à nos jours
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