Passé et présent, dans un mouchoir de poche

« Paños : Prison break », du 11 mars au 19 avril, galerie Christian  Berst, 3-5 passage des Gravilliers 75003 Paris.

La galerie Christian Berst expose jusqu’au 19 avril une étonnante collection de mouchoirs en tissu enluminés au stylo à bille par les chicanos, les émigrés d’origine mexicaine des prisons de Los Angeles. Depuis les années 1940, ces paños (mouchoirs en espagnol) envoyés à leurs proches par les détenus, sont peu à peu devenus leur principal moyen de communiquer avec l’extérieur.
Sur ces fascinants carrés de tissus, héros de la Révolution et dieux précolombiens se mêlent aux pin-up et aux belles voitures de la culture des gangs. On retrouve des temps forts de l’histoire mexicaine, tel cet aigle broyant le serpent sur son cactus, encadré de deux dates aussi triomphantes qu’emblématiques : 1810, l’indépendance du pays, et 1866, la victoire contre les Français de Napoléon III. Un joli symbole, au moment où le pays tente de préserver son identité face à l’influence grandissante des États-Unis.
Très belle synthèse du passé et du présent, cette étonnante subculture des prisons reflète la volonté d’affirmation identitaire de ces chicanos, enfants d’un Mexique que le proverbe dit bien malchanceux d’être « si loin de Dieu et si près des États-Unis ».

Par Déborah Besnard-Javaudin