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John B. Root trempe sa plume dans le cul…

Paru dans Technikart n° 31
… et rédige un vibrant plaidoyer pour le porno de qualité.

John B. Root a commencé sa carrière à la télé en filmant des calamars pour « Thalassa », la respectable émission maritime de Georges Pernoud. Puis sa vie a basculé toute entière dans le sexe. Il s’est mis à faire des films de cul avec une résolution peu commune, parfois même à perte. Les abonnées de Canal, comme les commerciaux de chez Kleenex, le savent : c’est à lui que l’on doit « Cybérix », premier porno interactif diffusé sur la chaîne cryptée, ou encore « Exhibitions 1999 », film qui n’a que mollement excité notre très dorcelien rédacteur en chef.
Comment peut-on raisonnablement trouver un film porno mauvais ? Réponse : parce qu’on y voit autre chose que ce qu’on vient y chercher. Entre les deux tendances lourdes du X (la châtelaine se faisant saillir par le palefrenier ou ma voisine se faisant démonter par le livreur de pizza), les productions de JBR ont un je-ne-sais-quoi d’atypique. Entre les scènes de baise, se glissent souvent une tranche de concept, un début d’intrigue, un poil de mise en scène, de ces trucs qui appartiennent à un autre cinéma.
John B. Root, finalement, est un réalisateur qui ambitionne de révolutionner le porno en gardant la recette de base. A son goût, trop rares sont les réalisateurs qui, comme lui, osent se lancer dans l’aventure artistique. Lui même, semble-t-il, n’y arrive pas vraiment. Et ça le fait déprimer. Il choisit alors, habile thérapie, de rédiger un livre de la main gauche. « Porno Blues », tout juste sorti des presses, se présente comme une autobiographie doublée d’un vibrant plaidoyer pour le porno de qualité.
Si l’on évoque ici ce bouquin, ce n’est pas pour en rire, ni pour aller dans le sens des services des ventes de « Technikart ». On en parle, simplement parce qu’il n’y a rien de plus mal connu que le milieu du porno. Mis à part le formidable « Hot Talk » de Brigitte Lahaie, diffusé sur XXL, la chaîne porno du Satellite, aucune émission de télé ne s’est encore honnêtement intéressée à ce continent (pardon pour le « Journal du hard » !).
De ce désintérêt, qu’on pourrait plus justement qualifier de censure, John B. Root souffre dans sa chair. Il a le terrible sentiment qu’on le prend pour un gros dégueulasse, qu’on l’assimile à ces réalisateurs inconscients qui font tourner les acteurs sans préservatifs. En 173 pages bien rédigées, il nous explique qu’il n’est pas une bête : la preuve, avant de bosser à « Thalassa », il écrivait des livres pour enfants.
Aujourd’hui, ce qui le désespère profondément, c’est l’indigence de la production pornographique. Afin de faire sortir le X de son ghetto, de dire enfin au monde toute la force subversive du sexe, John B. Root finit par se travestir en Rohmer : « Dans un plan sur une actrice qui se fait sodomiser, écrit-il, mon attention se porte sur les visages, les mouvements, la lumière, l’intensité du jeu des partenaires. » Le problème est que la nôtre se porte fondamentalement sur autre chose, à peine plus gros qu’une pièce de 5 FF.
Question : le X peut-il devenir discursif sans se mettre à bander mou ? Réponse la semaine prochaine dans « les Dossiers de l’écran ».
« Porno Blues » (La Musardine). 173 pages. 90 FF.