L’histoire oubliée du camp d’internement

Écrit par Le Républicain de l'Essonne le . Publié dans Montlhéry

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Histoire locale : C’est un pan de notre histoire, locale et nationale, qui reste méconnu. Durant la Seconde Guerre mondiale, du 27 novembre 1940 au 21 avril 1942, un camp d’internement des tsiganes et gens du voyage a été établi sur le site de l’autodrome de Linas-Montlhéry.

 Depuis 2010, le Collectif pour la commémoration de l’internement des tsiganes et gens du voyage au camp de Linas-Montlhéry s’évertue à raviver la mémoire de ces événements, tout en appelant à se servir de l’histoire pour ne pas répéter les erreurs du passé.

Tsiganes et nomades désignés apatrides

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce camp n’a pas été mis en place par le régime nazi. C’est Albert Lebrun, président sous la IIIe République dans les derniers temps de la France libre, qui décide d’assigner à résidence toutes les populations nomades de l’Hexagone, pensant que ceux-ci pouvaient transmettre des infos à l’ennemi.

Après le vote donnant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, en juillet 1940, le IIIe Reich va spécifier aux nouvelles autorités françaises l’internement immédiat des tsiganes se trouvant en zone occupée. Seulement, le terme “Zigeuner“, tsigane en allemand, va être traduit au sens large par l’administration française en “nomade“. De fait, chaque personne considérée comme telle, forains ou français sans domicile fixe, voyageant en roulotte, sera arrêtée et considérée comme apatride.

200 personnes dans des wagons à bestiaux

Le camp de Linas-Montlhéry, situé dans l’ancienne Seine-et-Oise, sera le seul camp d’internement pour nomades en région parisienne. Le 27 novembre 1940, 200 femmes, hommes, vieillards et enfants sont transférés, dans des wagons à bestiaux, du camp de Darnétal près de Rouen, où ils étaient consignés, jusqu’à la gare de Brétigny-sur-Orge.

Terrorisés et épuisés, tous sont conduits à pied jusqu’à la colline de l’autodrome (un trajet que commémore depuis 2010 le collectif, cette année dimanche 24 novembre, en effectuant une marche sur le même parcours).

S’ensuivront deux ans de misère, souvent dans le froid, et ce sans habits, ni couverture, avec extrêmement peu de nourriture et dans des conditions d’hygiène quasi inexistantes. A l’automne 1941, le régime nazi élabore un plan de regroupement des camps dans des structures plus grandes, celui de Linas-Montlhéry rejoindra le camp de Mulsane, dans la Sarthe.

« Reconsidérer notre regard »

Pour ne pas oublier cette triste partie de l’histoire, le Collectif pour la commémoration a regroupé des témoignages, dont celui de Raymond Gurême, dernier survivant du camp, et des photos d’époque dans un livret réalisé avec la journaliste Isabelle Lignier.

Depuis 2011, une stèle commémorative orne la place de la gare de Brétigny, en hommage aux disparus du camp. Plus de 60 ans après, les membres du collectif s’inquiètent du regard sur ces populations qui restent discriminées.

« Quand la République avait besoin de nos pères on ne regardait pas la couleur, s’emporte André Sauzer, membre du collectif dont le père, déporté, est mort pour la France. Ces gens-là sont des citoyens comme les autres, on ne fait pas de différence entre un Breton et un Alsacien. Si nous faisons ce devoir de mémoire, ce n’est pas seulement pour le passé. Il faut reconsidérer notre regard sur ces populations aujourd’hui. »

Pour le Collectif, l’Etat se serait fait honneur en étant représenté à la marche commémorative. Pourtant, le week-end dernier, personne n’était présent pour représenter la République. 

 

Simon Gourru 

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