Billets classés sous « Anticosti »

Le débat demeure entier : peut-on exploiter le pétrole du Québec tout en luttant contre les changements climatiques? Est-ce que ces deux réalités sont incompatibles? Oui, non, ça dépend où on se place.

Chose certaine, il est important d’en débattre. C’est ce qu’on a fait mardi midi à la Maison du développement durable à Montréal avec Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, Steven Guilbault, directeur principal d’Équiterre, et Pierre-Olivier Pineau, professeur titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Bien sûr, Yves-Thomas Dorval appuyait l’exploitation potentielle du pétrole au Québec et, bien sûr, Steven Guilbault s’y opposait. On a repris l’échange à RDI économie mardi soir.

Mais, au-delà des points de vue de base, il y a des zones de convergence dans le débat et il est important de les établir :

  1. Il faut de nouveaux revenus au Québec pour dénouer l’impasse qui s’amplifie et sortir du « déficit structurel » tel qu’avancé par le ministre des Finances Carlos Leitao.
  2. Si le Québec a atteint les objectifs fixés à Kyoto, il faut continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est une réalité incontournable.
  3. Environnement et économie vont de pairs : peu de décisions qui s’inscrivent dans le cadre d’un développement durable peuvent se prendre aujourd’hui sans considérer les deux réalités : l’impact écologique, l’impact socioéconomique.

Une fois qu’on a dit ça, est-ce qu’on peut prétendre lutter efficacement contre les changements climatiques en décidant d’exploiter le pétrole d’Anticosti, et possiblement celui de la Gaspésie et du golfe Saint-Laurent?

Steven Guilbeault nous dit qu’il faut s’éloigner du pétrole. Il rappelle un rapport de l’Agence internationale de l’énergie publié récemment qui nous indiquait que pour éviter un réchauffement climatique supérieur à 2 degrés Celsius d’ici 2100, il ne faut pas exploiter deux tiers des réserves de pétrole sur la planète.

La concentration de CO2 était de 280 parties par million avant la révolution industrielle. Nous sommes aujourd’hui à 400 parties par million. Selon les études, à 450 parties par million, nous avons une chance sur 2 de dépasser les 2 degrés Celsius. À 550 parties par million, nous sommes à 3 chances sur 4. La Banque mondiale affirme qu’au rythme actuel, avec les efforts en place, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 4 degrés Celsius en 2100.

Yves-Thomas Dorval affirme, pour sa part, qu’il a le même objectif que le directeur d’Équiterre : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour y arriver, il faut investir dans les énergies renouvelables, et pour investir massivement dans l’économie verte, il nous faut des moyens. Il est d’avis que l’argent généré par les ressources pourrait aider aux investissements dans le développement durable. Il affirme aussi que le modèle social du Québec, pour vivre et survivre, doit obtenir de nouveaux revenus. Il est possible d’exploiter nos ressources, pour lui, de façon responsable.

Quant à Pierre-Olivier Pineau, il s’est placé à mi-chemin entre Yves-Thomas Dorval et Steven Guilbeault. Le problème pour lui n’est pas dans la production, mais dans la consommation. Nous dépensons, au Québec, 1 milliard de dollars par mois en nouvelles voitures. Et les VUS sont de plus en plus populaires.

La solution, c’est dans la réduction de la consommation. Il faut réduire notre consommation pour ralentir la demande en pétrole. L’exemple à suivre, sur la planète, est le Danemark, affirme Pierre-Olivier Pineau. Le Danemark exploite ses ressources et réduit, par la même occasion, ses émissions de gaz à effet de serre. Les Danois réduisent également leur consommation.

J’ai posé la question à Steven Guilbeault : à partir de quel moment l’exploitation du pétrole est-elle acceptable? Soupir, et rire dans la salle. Honnêtement, dans le cadre de fortes balises environnementales, ce serait possible. Mais répondre à cette question, c’est s’éloigner du problème fondamental, nous a-t-il dit : il faut réduire notre consommation et notre production de pétrole, c’est vital.

La demande en pétrole augmente toujours, cela dit. Nous sommes à environ 92 millions de barils par jour sur la planète en ce moment.

Voilà.

Le retour du gaz de schiste?

Vendredi 23 mai 2014 à 11 h 59 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En annonçant qu’il voulait « amorcer une véritable et rigoureuse évaluation environnementale stratégique de l’ensemble de la filière des hydrocarbures », le premier ministre du Québec semble préparer le retour dans le débat public de l’enjeu de l’exploitation des gaz de schiste. Dans son discours inaugural, Philippe Couillard a dit vouloir « favoriser l’utilisation du gaz naturel en lieu et place du diesel et du mazout ».

Alors que le Parti québécois avait adopté un moratoire sur le gaz de schiste et semblait vouloir laisser la question en plan, pour quelque temps à tout le moins, le premier ministre Couillard voit les choses autrement. Mais il sait qu’il devra y aller lentement, par étapes, pour éviter de brusquer la population comme l’ont fait les gazières en 2010. Ça avait alors poussé le gouvernement Charest à stopper la machine.

La stratégie de Pauline Marois s’est concentrée sur le pétrole de l’île d’Anticosti. Philippe Couillard, lui, évite soigneusement de se prononcer sur ce projet, bien qu’il ait déclaré en février dernier qu’il était « favorable à l’exploitation des hydrocarbures de façon responsable ». À mon collègue Patrice Roy, mercredi, il a dit ceci : « On va vous revenir là-dessus prochainement. Je veux aborder la question globalement et non pas de façon ponctuelle […] On va présenter une approche cohérente et large des hydrocarbures. »

Comprenez bien : tout est sur la table.

Le gaz de schiste demeure attirant pour les gouvernements qui misent sur les ressources pour stimuler leur économie. Jeudi, un rapport de l’Institut géologique de Grande-Bretagne portant sur les gaz de schiste a été rendu public à Londres. Constat : il y a du gaz et du pétrole de schiste dans les entrailles du pays, et ces hydrocarbures pourraient éventuellement remplacer les réserves de la mer du Nord qui s’épuisent. Le ministre britannique de l’Énergie, Michael Fallon, a déclaré que « la Grande-Bretagne a besoin de plus d’énergie produite sur son sol. La mise en valeur des schistes apportera de l’emploi, des occasions d’affaires. »

Le discours du ministre britannique est clair et assumé. Le premier ministre Couillard dira-t-il la même chose dans quelques années?

Il y a quelques années, s’ajoutait au débat sur la sécurité et l’impact environnemental, la pertinence économique d’exploiter le gaz de schiste au Québec. Le prix du gaz naturel avait chuté et plusieurs affirmaient qu’on allait perdre beaucoup de temps et d’énergie à pousser sur une production qui provoquait autant d’opposition dans la population et qui allait rapporter peu à la société. Depuis, les prix remontent. De 2 $ le million de BTU à l’été 2012, le prix a atteint les 6 $ cette année avant de redescendre à 4,50 $.

Êtes-vous prêts à reprendre le débat?