Les arts visuels pour dénoncer la violence de guerre

Jusqu'au 15 novembre, le Centre Pompidou expose l’œuvre méconnue en France d’un couple de cinéastes italiens, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi.

Pour dénoncer la violence de la guerre et la domination du fort sur le faible, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi utilisent leur « caméra analytique ». A ce titre, l’installation dans l’exposition du « Triptyque du 20e siècle » est sans doute une de leurs œuvres emblématiques. Un programme de cinquante minutes déploie successivement sur un à cinq écrans des images d’archives de la Grande guerre, du colonialisme, de la guerre froide et d’un Orient multiconfessionnel. Des liens se tissent entre les images et les maux du siècle, toujours dans le même but de dénonciation.

Venus au cinéma dès leur rencontre en 1975, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi travaillent ensemble depuis près de 40 ans dans leur atelier milanais. Ils trouvent la matière première de leurs films à travers leurs voyages, soit en filmant eux-mêmes, soit en collectant les images d’archives. « Nous voyageons en cataloguant, nous cataloguons en voyageant à travers le cinéma que nous allons re-filmer » confient-ils. Mais le travail des deux artistes porte essentiellement sur l’image, ramenée à sa plus petite mesure, le photogramme. Les deux cinéastes recadrent, détaillent, colorisent ou ralentissent le matériau, réinventant ainsi le photogramme d’origine. Ayant rassemblé un « catalogue » d’une centaine d’essences et inventé des appareils capables de les répandre, Gianikian et Ricci Lucchi ont aussi projeté de nombreux « films parfumés », réalisés entre 1975 et 1979.

Un de leurs films met en scène de manière hypnotique des milliers de poupées et de jouets. Récoltées de la fin de la Première Guerre mondiale aux années 1950, elles constituent une sorte de catalogue qu’il faudrait voir comme le produit de l’histoire et le reflet d’une enfance violée par la guerre. Essentiellement esthétique, leur approche reste quand même hermétique, notamment car peu d’explications sont fournies sur l’interprétation des installations présentées.

Le Centre Pompidou propose une rétrospective intégrale des 50 films des deux artistes, dont un court métrage inédit, commandé pour l’occasion. Cette approche est complétée par l’exposition, à ce jour inédite en France, de 10 installations composées de films, vidéos, aquarelles et photographies.

Par Elvane Sahin