DIVAN

 

 

 

 

REFERENCES

 

 

• Amateurs de dictionnaires et d'encyclopédies, attention:!

ces ouvrages donnent des explications et des dates contradictoires! Ce qui atteste de la richesse sémantique du mot…

Les dinosaures sur le divan, psychanalyse de Jurassik Park, de Pascal Hachet, éditions Aubier

Anthologie de la poésie

La Turquie dans le monde : l'Empire ottoman, la République turque, de Norbert Von Bischoff, éditions Payot

La cure psychanalytique, sur le divan, de Jean Bergeret , éditions Tchou

Poésie classique turque, dite du Divan, de Nîmet Arzik, éditions Ayyildiz Matbaasi

 

SUR LE NET

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Bonne Chance !...

QUOI ?

Le mot divan désigne aujourd'hui un " long siège sans dossier ni bras ", pour s'asseoir ou pour s'allonger, mais il a connu bien des sens différents depuis douze siècles.

QUI ?

Tout le monde peut installer un divan chez soi, mais les psychanalystes en font un usage particulier.

QUAND ?

Le mot arabe " diwan " apparaît au VIIIe siècle. Il devient diouan en turc au XIVe siècle. Le divan est popularisé en France au XIXe siècle, alors qu'il meuble les salons arabes et turcs depuis longtemps.

OÙ ?

On trouve des divans dans les salons, les antichambres, les boudoirs, les cafés et dans les cabinets de psychanalystes.



Divan, un monde de sens

On peut faire bien des choses avec un divan, suivant la manière dont on en use. Assis dessus, on gouverne le monde, comme l'ont fait les sultans ottomans. Couché, on explore son monde intérieur, chez le psychanalyste. Vautré sur un divan dans un café, on refait le monde en discutant avec des amis. Mais le divan, c'est aussi le monde poétique des écrivains turcs et arabes classiques.

Le mot divan désigne maintenant en français un objet précis : suivant la sèche définition du dictionnaire, il s'agit d'un " long siège sans bras ni dossier, généralement garni de coussins, placé contre un mur et pouvant servir de lit ". Mais le terme divan a connu bien d'autres sens depuis douze siècles.

À l'origine, après l'avènement de l'islam au VIIe siècle, le " diwan-al-djound " (bureau de l'armée) désigne la pièce et le registre où sont enregistrées les tribus qui participent aux conquêtes arabes. L'empire s'étendant, on crée un diwan-al-kharadj (bureau foncier) pour gérer les nouvelles richesses, ainsi que d'autres diwan qui vont constituer toute une administration : chancellerie, trésor, postes et le service des douanes, un autre dérivé du mot.

Comme tous les pays musulmans, l'Empire Ottoman reprend cette administration structurée en diwan, qui devient " diouan " en turc. Le sens du mot s'élargit encore : diouan désigne alors le conseil du Sultan. Voltaire écrivit ainsi : " Le Sultan, indigné, fit assembler un divan extraordinaire et y parla lui-même ". L'Empire Ottoman était la première puissance militaire en Europe et au Moyen-Orient au XVIe siècle, si bien que le divan était un peu le centre du monde méditerranéen.

Par analogie, le sens de diouan s'étend à la salle du conseil. Dans les intérieurs des maisons, suivant l'exemple impérial, on aménage des diouan, des salles de réception entourées de banquettes garnies de coussins.

C'est au XIXe siècle que l'Europe occidentale découvre le diouan qui devient divan en français, grâce à la mode orientaliste qui fait fureur. Divan désigne aussi bien le meuble, dont les armées napoléoniennes de retour d'Egypte ont ramené de belles pièces, que les cafés à l'orientale. En voici une description savoureuse donnée par Charles-Paul de Kock : " Le divan est l'estaminet des lions, des dandys, des gants-jaunes de Paris, c'est un café où l'on ne fume que le cigare et la cigarette ; la pipe n'y est point tolérée. Les divans, placés tout autour de la salle, permettent aux habitués de s'étendre à la turque ". Il y a encore à Paris aujourd'hui une salle de spectacle réputée qui s'appelle le Divan du monde.

De nos jours, divan ne désigne plus que le meuble, souvent associé à la psychanalyse. Car depuis Freud, les patients s'allongent sur un divan pour parler. De là est née l'expression " sur le divan ", qu'on retrouve fréquemment dans la presse ou dans les titres de livres. Par exemple, " Les entreprises sur le divan ", " Les hommes politiques sur le divan ", etc., ce qui signifie qu'on va tout vous dire sur le sujet. Tout et parfois n'importe quoi, les excès de la psychanalyse sauvage conduisant à des livres tels que " Les dinosaures sur le divan, psychanalyse de Jurassic Park ".

Mais voici le meilleur pour la fin : le sens le plus noble du mot divan, qui désigne une école poétique. Les poètes classiques de la cour ottomane du XIVe au XVIIIe siècle furent appelés les poètes du Divan, car ils étaient reconnus et appréciés par la cour. Il s'agit" d'une littérature fastueuse, à la langue et l'esthétique élaborées suivant des règles précises ". Dans son " Anthologie de la poésie classique turque ", Nîmet Arzik distingue le poète Fuzuli, qui vécut à l'époque de Soliman le Magnifique, dont voici un extrait du poème " Ô Cyprès " :

" Ô cyprès ondulant, pour toi tous mes soupirs,
Ô bourgeon radieux, pour toi tous mes sanglots.
Ô frange parfumée, source de ma folie,
Toison entremêlée, source de ma misère. "
(…)

 David ESNAULT

INSPIRATION

Goethe, le célèbre poète-écrivain allemand, s'inspira des classiques ottomans pour écrire son vaste recueil de poésie
" Le divan
occidental-oriental "
.

Pour vous donner envie de le lire, voici ce qu'en dit Heinrich Heine:

" Cette prose est aussi transparente que la mer verte quand, par une belle après-midi d'été, claire et sans vent, le regard descend jusque dans les profondeurs marines, où les cités englouties avec leurs magnificences périmées deviennent visibles ;

- mais parfois aussi cette prose est aussi magique, aussi pleine de pressentiments que le ciel quand le crépuscule du soir l'a recouvert, et les grandes pensées de Goethe s'y détachent alors, pures et dorées comme les étoiles. "