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Simone Veil, une icône à l'Académie

>|18 mars 2010, 7h00|

L'ancienne ministre fait aujourd'hui son entrée à l'Académie française, où elle deviendra la sixième femme « immortelle » de l'histoire.

« Le musée Grévin, l'Académie… J'espère que tout cela ne nous mènera pas au Panthéon… » a soupiré un soir le caustique Antoine Veil. Il faudra pourtant qu'il s'y fasse : Simone Veil, 82 ans, son épouse, qui sera reçue cet après-midi à l'Académie française, fait désormais partie des Immortels. Mais ce n'est pas l'ancienne ministre de la Santé qui sera reçue quai Conti par un autre Immortel, Jean d'Ormesson, pour occuper le fauteuil de l'ancien Premier ministre Pierre Messmer. Ni la première présidente du Parlement européen. Ni l'ancienne membre du Conseil constitutionnel. Ni l'infatigable avocate des femmes. Non : c'est une icône nationale qui entre à l'Académie.

Les Français aiment Simone Veil. Ils l'adoptent instantanément, en 1974, lorsque Valéry Giscard d'Estaing l'appelle au gouvernement. Jacques Chirac, son Premier ministre, lui a soufflé le nom de cette magistrate de 47 ans dont les superbes yeux verts irradient mais peuvent aussi vous fusiller du regard. Pour l'opinion, elle est à jamais celle qui a fait voter la loi légalisant l'avortement en France, au terme d'un débat voulu par Giscard contre son propre électorat et par Chirac contre ses convictions intimes. C'est elle seule qui est créditée de cette loi votée grâce aux voix de la gauche, dans une ambiance survoltée où la haine prit souvent le pas sur la raison et où les insultes volèrent bas. Simone Veil a souvent raconté qu'un soir, elle vit l'inscription « Veil = Hitler » devant sa porte, infligeant à celle qui fut Simone Jacob, adolescente juive déportée en 1944 à Auschwitz, de nouvelles blessures. Ses parents et son frère ne sont pas revenus des camps de concentration.

Longtemps, elle est la femme politique la plus populaire
Giscard demande en 1979 à Simone Veil de conduire la liste de l'UDF (face au RPR de Jacques Chirac) aux premières élections européennes. Elle l'emporte haut la main et, dans la foulée, Giscard l'impose comme présidente d'un Europarlement qui n'a alors que des pouvoirs très symboliques. Simone Veil s'empare du symbole, plaide pour l'Europe et y gagne une popularité qui ne se démentira jamais. Longtemps, elle sera dans les sondages la femme politique la plus populaire du pays. En 1984, elle fait un carton aux européennes en emmenant une liste RPR-UDF qui réalise un score à faire pâlir la droite d'aujourd'hui : près de 43 % ! Mais en 1989, seule avec les centristes face à une liste Giscard d'Estaing, elle échoue avec un modeste 8,4 %. Elle ne pardonnera jamais cet échec à François Bayrou, son directeur de campagne, qu'elle « flinguera » quelques années plus tard d'un définitif : « C'est le pire de tous. » Ni vraiment de droite ni de gauche, Simone Veil fut au début des années 1980 la première à mettre en garde la droite contre les dangers d'une alliance avec le Front national.

Exigeante, autoritaire, parfois dure avec ses collaborateurs, elle sera balladurienne en 1995 et soutiendra en 2007 Nicolas Sarkozy, sans que jamais ne soit ternie son amitié pour Jacques Chirac, qui lui a remis mardi son épée d'académicienne. En entrant en habit vert sous la Coupole, cet après-midi, Simone Veil pensera à sa mère. Elle a fait graver sur son épée le chiffre à jamais tatoué sur son bras : 78 651, son matricule de déportée. « J'ai le sentiment que le jour où je mourrai, a-t-elle confié, c'est à la Shoah que je penserai. » Si Sarkozy s'est décommandé hier, Chirac et Giscard (lui aussi académicien) seront bien là, eux, pour célébrer l'icône.

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1/0PARIS (VI e ), MARDI. Simone Veil a reçu son épée d'académicienne des mains de Jacques Chirac, qui l'avait recommandée à Valéry Giscard d'Estaing en 1974 pour la nommer au gouvernement.
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