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Maurice Jeanjean
Sékou Touré: un totalitarisme africain

Editions L'Harmatan. Paris. 2005. 232 pages


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Deuxième partie
Chapitre VII
Le Complot Permanent

« L'arme que Sékou Touré a maniée avec le plus d'efficacité aura été le complot. Tous ceux qui avaient le savoir, la fortune, la naissance, n'étaient que des condamnés en sursis. Tous étaient fichés et « programmés » pour un « complot » à venir qui tombait chaque fois à point nommé pour distraire le peuple de sa misère et de ses souffrances ».
Alpha-Abdoulaye Diallo 1

Dans un discours prononcé devant la 3ème Conférence de l'OUA tenue à Accra du 21 au 25 octobre 1965, Sékou Touré déclare :

« Il n'y a pas eu ni un, ni deux, ni trois complots en Guinée. Avant et après le 28 septembre 1958, la Guinée fait face à un complot permanent qui durera autant que la volonté de progrès, de démocratie, de liberté et d'indépendance de notre peuple. »

La dénonciation de complots réels mais le plus souvent inventés va permettre à Sékou Touré de maintenir le peuple de Guinée dans une situation d'insécurité, de peur, de dénonciation, créant entre les citoyens un état permanent de méfiance qui lui permettra de se maintenir au pouvoir en dépit de tous ses échecs pendant 27 ans. Mais même si certains complots ont connu des débuts de réalisation comme le premier complot d'avril 1960, ou se sont matérialisés comme le débarquement des Portugais et des exilés guinéens le 22 novembre 1970, Sékou Touré a dans tous les cas procédé à l'amalgame, profitant de ces situations troubles pour éliminer ses opposants puis ses partisans perçus comme des concurrents potentiels.

1. Le premier complot dit « des agents du colonialisme français et des intellectuels tarés »

ll est dénoncé le 20 avril 1960 par Sékou Touré. Il aurait été préparé en Conseil des ministres français et devait avoir le Sénégal comme tête de pont. Selon les dires de Georges Chaffard 2 confirmés par Mamadou Dia, alors premier ministre du Sénégal, le SDECE 3 aurait préparé une opération destinée à déclencher un soulèvement dans le Fouta-Djalon où vivaient de nombreux ex-militaires de l'Armée française opposés à Sékou Touré. Il était prévu des incursions périphériques aux frontières du Sénégal et de la Côte-d'Ivoire pour appuyer cette action. Ce soulèvement tourna court. Or dans le même temps, et sans qu'il y ait eu un quelconque lien entre les deux actions, des opposants guinéens à Sékou Touré projetaient de lancer un parti d'opposition, le Parti Progressiste Guinéen (PPG). Le maître d'oeuvre en était Ibrahima Diallo, brillant juriste, inspecteur général du Travail, qui était entré en rivalité avec Sékou Touré dans les années 1956-1957 alors qu'il demandait en tant que Président des Etudiants Guinéens en France à Sékou Touré alors député au Parlement Français de justifier ses actions. Il avait eu l'audace de s'écrier à la tribune officielle lors de la célébration du l'anniversaire de l'Indépendance le 1er octobre 1959 : « Vive la République de Guinée avec, à sa tête, des hommes compétents et intègres. »
Est également impliqué El Hadj Fodé Lamine Kaba, iman de la mosquée de Coronthie, qui s'opposait à la politique oppressive de Sékou Touré notamment dans le domaine religieux. Ce n'est que plus tard, dans les années 1970, que Sékou Touré devint un fervent de l'Islam. Mais il fallait trouver une preuve de la participation française à ce complot. Un citoyen français, M. Rossignol, qui gérait avec son épouse une pharmacie à Conakry, servit d'alibi. Il avait le grand tort de posséder un petit bateau de plaisance et un poste émetteur-récepteur. Il fut arrêté, emprisonné et libéré le 2 avril 1962 sans avoir été jugé. Chez les comploteurs guinéens il y eut sept condamnés à mort dont certains périrent sous la torture.
Selon Sékou Touré, ses adversaires intérieurs et extérieurs étaient en permanence sur la brèche pour l'éliminer 4. Il dénonce dans ses oeuvres complètes entre les complots majeurs, différentes opérations attentant à sa personne. Ainsi en décembre 1960 son hélicoptère aurait été saboté lors d'une visite en Sierra Leone. En septembre 1961 il a été informé d'un projet d'assassinat qui devait être exécuté à l'occasion de la Conférence des pays non alignés qui se tenait à Belgrade. Il a finalement renoncé à y assister

2. Le deuxième complot

Parmi les complots marquants, il faut signaler le deuxième complot dit « des enseignants et des intellectuels marxistes tarés », de novembre 1961. Il importait en effet, pour asseoir la réalité de ces complots, d'en cibler les catégories responsables, montrant qu'au-delà des personnes visées il y avait une nébuleuse de citoyens anti-Sékou Touré qu'il convenait d'éliminer. Dans cette affaire Sékou Touré fait d'une pierre deux coups. D'une part il fait arrêter les responsables du Syndicat des enseignants : Keita Koumandian, grande figure du syndicalisme d'Afrique noire, Ray Autra, fidèle militant du PDG et Djibril Tamsir Niane, brillant historien 5. Leur crime : demander au gouvernement une revalorisation promise du statut et du salaire des enseignants, ainsi que le maintien pendant quelques années des professeurs français. Leur principal tort fut de refuser de fondre leur syndicat dans l'officielle Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée, (CNTG). Lors d'une conférence de la CNTG le 16 novembre 1961, chargé de débattre de cette revendication, le secrétaire général du Syndicat des enseignants Keita, Koumandian reçut un accueil triomphal alors que l'intervention de Sékou Touré était tombée à plat. C'était plus qu'il ne pouvait supporter. Dès le 18 novembre le Bureau directeur du syndicat a été déchu et ses membres arrêtés. Ils sont jugés le 23 novembre par la Haute cour de Justic,e qui avait été créée le 20 avril 1959 pour juger les crimes contre la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. Dans toute l'histoire des complots c'est le seul qui donna lieu à un procès, même s'il s'agit d'un simulacre, les accusés ne disposant d'aucun soutien. Ils se défendirent avec tant d'habileté et de conviction que désormais Sékou Touré s'abstiendra de traduire en justice les futurs « comploteurs ». Koumandian Keita et Ray Autra furent condamnés à 10 ans de prison et Djibril Tamsir Niane à 3 ans. Dans un livre intitulé Guinée 61, l'Ecole et la Dictature, Koumandian Keita décrit en détail les tortures qu' il a subies du fait des sbires de Sékou Touré, notamment du ministre de la Défense et de la Sécurité Fodéba Keita et de son secrétaire d'Etat Magassouba Moriba, qui tomberont eux-mêmes plus tard sous le coup de leurs propres manigances. Les conséquences de ces évènements furent tragiques. Le 24 novembre les enseignants, élèves et étudiants des différents établissements scolaires de Conakry organisent une marche pour demander la mise en liberté des enseignants condamnés. Le gouvernement envoie les troupes de choc de la JRDA, la police et l'armée qui usant de leurs armes laissent une trentaine de tués et des dizaines de blessés. Il s'ensuivit le départ de nombreux enseignants coopérants vers les pays africains et la France.
Sékou Touré va saisir ces circonstances pour se défaire d'un courant marxiste apparenté au Parti Africain pour l'Indépendance (PAI) dont le secrétaire général était le Sénégalais Majhmout Diop. Bien que la section guinéenne ait été dissoute, ses membres continuaient à se réunir et préconisaient un alignement de la Guinée sur le Bloc soviétique. A Sékou Touré qui refusait de choisir entre socialisme et capitalisme, préconisant une approche pragmatique « on n'a pas de voie à choisir, agissons, on verra après », ce groupe s'appuyant sur la section du PDG de Mamou disait: « Non, on ne peut pas attendre. Dans la vie il n'y a que deux voies : ou tu es socialiste, ou tu es capitaliste. Il n'y a pas de voie intermédiaire ». Plusieurs d'entre eux, Baldé Mountaga, Baldé Hasimiou, Bah Ibrahima Kaba, avaient fait des séjours à Moscou. Ils avaient à coup sûr l'oreille de Daniel Solod, entreprenant ambassadeur de l'URSS en Guinée que, dans un entretien 6 avec François Mitterrand Sékou Touré qualifie « d'excellent spécialiste de la subversion ». Daniel Solod est prié de quitter la Guinée. Voulant à tout prix sauvegarder ses relations avec la Guinée qu'elle classe dans le camp progressiste, l'URSS envoie à Conakry un habile négociateur Anastase Mikoyan qui doit se soumettre à un exercice laborieux d'autocritique, déclarant que l'URSS « n'a aucune intention de se mêler des affaires intérieures de la Guinée, ni d'imposer son idéologie. Le choix de telle ou telle idéologie regarde la souveraineté de chaque peuple. » Le neutralisme positif de Sékou Touré se voit solennellement admis par l'URSS. L'ambassadeur amené dans ses bagages par Mikovan, Dimitri Degtiar, devra attendre plusieurs jours son agrément.
Sékou Touré, qui vient de réprimer un faux complot avec la plus grande brutalité, arrive à enjôler François Mitterrand qui lui donne dans l'Express un blanc-seing :

« Si on peut contester le caractère expéditif de ses décisions, on n'y relève ni arbitraire, ni cruauté. Il dédaigne la minutie de la procédure, ce qui aboutit à des jugements non contradictoires et donc discutables comme dans l'affaire Rossignol. Mais il croit profondément à l'équité de la justice populaire.»

Nous trouvons ici toute l'ambiguité de Sékou Touré, qui arrive à justifier ses comportements les plus extrêmes même auprès d'un homme, François Mitterrand, qui peut difficilement être qualifié de naïf.
Pour appuyer sa thèse du complot permanent Sékou Touré doit faire preuve d'imagination. Début 1962 il renonce à se rendre au Tanganyika pour les fêtes de l'Indépendance après avoir été informé qu'un attentat devait viser l'avion prévu pour le transporter.

3. Le 3ème complot

Un nouveau complot va être mis à nu, le 3ème complot dit « des commerçants », le 9 novembre 1965. Sékou dénonce dans ses oeuvres complètes 7 un complot tramé le 2 octobre 1965 par Houphouët-Boigny lors d'un séjour à Paris à l'occasion du mariage de son fils, avec la complicité de deux ministres français, MM Jacquinot et Triboulet, et de l'éternel bouc émissaire Jacques Foccart.
C'est dans ce contexte que va être dénoncé le complot des « commerçants » animé par Mamadou Touré dit « Petit Touré » à cause de sa petite taille. Riche commerçant, il vivait en Côte d'Ivoire où il faisait preuve d'un activisme nationaliste pro-Sékou Touré, dont il soutenait le régime en tant que descendant authentique de l'Almamy Samori Touré. Houphouët-Boigny l'incita à rejoindre son pays où il fut accueilli très officiellement. Il constituait une recrue de choix après la fuite à l'étranger des élites guinéennes. Il fut nommé immédiatement à la tête du Comptoir Guinéen du Commerce Intérieur, qui coiffait l'entreprise d'Etat Sonatex, qui avait le monopole de l'importation et de la distribution de tous les produits textiles. A ce titre il était devenu très populaire auprès des femmes guinéennes, qui étaient la « chasse gardée » de Sékou Touré. Se croyant intouchable du fait de ses origines et de sa popularité, il décide de créer avec Bengali Camara et Tounkara Jean Faragué un parti, le Parti de l'Unité nationale de la Guinée (PUNG) comme l'autorisait la Constitution guinéenne. Sékou Touré n'avait-il pas déclaré que « si un parti veut se dresser devant Sily (l'éléphant) c'est-à-dire le PDG, et si nous avons la conviction intime que ce parti ne bénéficie d'aucun subside de l'extérieur, non seulement nous accepterions de croiser le fer avec ce parti, mais nous pourrions même lui prêter 100 millions de FG pour lui permettre de nous combattre. »
A ce stade, les témoins que j'ai interrogés donnent différentes versions des évènements. Selon l'un, les statuts du nouveau parti furent déposés au Ministère de la Défense et de la Sécurité dont le titulaire était Fodéba Ke´ta. Ce dernier, jugeant cette création conforme à la Constitution accepte de les enregistrer, alors que Sékou Touré est en déplacement à l'étranger. Dès son retour à Conakry il organise un meeting pour dénoncer un nouveau complot et annonce l'arrestation de Petit Touré, Bengali Camara, Tounkara Jean Faragué 8. Petit Touré périra sous la torture avec quelques “complices”. Des centaines de Guinéens furent éliminés à cette occasion. Fodéba Keïta paiera de son poste de Ministre de la Défense et de la Sécurité ce faux-pas. Il sera rétrogradé au poste de Secrétaire d'état à l'Economie Rurale.
Selon un autre témoin, Fodéba Keïta aurait été approché par Bengali Camara et Tounkara Jean Faragué pour rejoindre le nouveau parti et devenir Président de la République. Mais considérant que Fodéba Keïta appartenait à une famille de griot et que son père avait été le griot de son grand'père l'Almamy Samory Petit Touré s'est opposé à cette désignation, revendiquant ce poste du fait de son ascendance. Ce désaccord entre les comploteurs et un manque évident de préparation firent échouer ce complot. S'appuyant sur la loi ces opposants semblaient ignorer que la Constitution ne valait que par l'interprétation que lui donnait Sékou Touré. Ces évènements se sont entrecroisés avec d'autres qui vont détériorer les relations franco-guméennes pour une longue période. Alors que Sékou Touré accuse la France d'être impliquée dans le complot de « Petit Touré », le ministre des Affaires Etrangères de Guinée convoque à son bureau le 17 novembre 1965 tous les membres du Corps Diplomatique pour les informer sur le complot. L'ambassadeur de France Philippe Koenig, sur instruction de son gouvernement, refuse de s'y rendre. Sur appel téléphonique du ministre gumiéen, en présence de tous ses collègues ambassadeurs, il réitère son refus. « Dans ce cas vous n'êtes plus ambassadeur en Guinée et il ne vous reste qu'à regagner Paris. » A titre de rétorsion la France expulse l'ambassadeur guinéen Nanamoudou Diakité. Les relations franco-guinéennes entrent dans une phase de tension et resteront rompues jusqu'en 1975. C'est l'ambassade d'Italie qui va représenter les intérêts français .
Sékou Touré s'en prend violemment à tous les chefs d'état des pays amis de la France, notamment la Côte-d'Ivoire et le Sénégal. Houphouët-Boigny, son protecteur du temps du RDA, devient l'homme à abattre. Des incidents de frontière dont l'origine est difficile à établir viennent alourdir ce climat d'hostilité. C'est l'occasion pour les Guinéens immigrés en Côte-d'Ivoire de se rassembler et de créer, en avril 1966, le Front de Libération Nationale de Guinée dont nous aurons l'occasion de reparler.

4. Le 4ème complot

Nous en arrivons à un complot majeur, le 4ème complot dit « des officiers félons et des politiciens véreux ». Pour l'éclairer il faut revenir sur deux évènements capitaux survenus dans deux Etats voisins, idéologiquement proches de la Guinée. En février 1966 Kwame Nkrumah est renversé par les « militaires ». Sékou Touré l'accueille en Guinée et le nomme coprésident de la République de Guinée, ce qui restera purement formel. Le 19 novembre 1968 c'est au tour de Modibo Keïta, président du Mali d'être démis par les militaires. Sékou Touré en conçoit une méfiance extrême vis-à-vis de son armée qu'il met sous la surveillance du Parti en créant des comités du PDG dans les casernes le 19 novembre 1968. S'adressant aux militants de Conakry II 9 il annonce: « Même dans l'Armée, dans un avenir non lointain, les fonctions de direction seront acquises par vote de confiance émis par les militaires ». Il s'ensuit une certaine agitation dans l'armée guinéenne. A plusieurs reprises, à la radio la Voix de la Révolution, Sékou Touré fustige l'année malienne et sa propre armée. Il va prendre les devants et dénoncer en mars 1969 une tentative de coup d'état bénéficiant de la complicité de la France et de pays voisins de la Guinée.
Le prétexte va en être trouvé dans des évènements d'une grande banalité qui se déroulent à Labé en février 1969. Au cours d'une réunion amicale entre militaires et membres du PDG un officier parachutiste dit à Emile Cissé: « Cher ami, si tu ne fais pas attention, en dépit de la confiance dont tu jouis auprès de Sékou Touré, il va te cravater » 10. C'était plus qu'il n'en fallait à Emile Cissé, l'âme damnée de Sékou Touré, pour informer Conakry qu'un complot était en préparation. Sékou Touré mandata Magassouba Moriba, ministre délégué à Labé, pour apporter la lumière sur ce complot. Il conclut à l'absence de preuves. Sékou Touré envoya alors à Labé le général Lansana Diané, ministre de la Défense Nationale, accompagné du commissaire Mamadou Boiro. Le général innocenta les présumés coupables mais décida de disperser les officiers parachutistes dans différentes garnisons. Trois d'entre eux, accompagnés par le commissaire Boiro, prirent l'avion à destination de Conakry avec une escale à Kankan au cours de laquelle les trois militaires crurent comprendre qu'on allait les traduire devant le Comité révolutionnaire. Au cours du trajet, les trois militaires enjoignirent au pilote de mettre le cap sur Bamako après avoir jeté par-dessus bord le commissaire Boiro 11.
L'avion, à court d'essence, dut se poser près de Siguiri dans le nord de la Guinée. Les militaires furent maîtrisés par les militants et transférés par la Sécurité à Conakry où ils furent mis à la disposition du Comité révolutionnaire. Cet organisme, qui venait d'être créé pour la circonstance, était composé des fidèles de Sékou Touré et notamment de son demi-frère Ismaël Touré, de ses cousins Diané Lansana et Touré Siaka.
Après avoir été soumis à la torture au Camp Boiro, les trois officiers parachutistes dénoncèrent les coupables qu'on leur avait désignés. Il s'agissait du colonel Kaman Diaby et du groupe d'anciens militaires de l'armée française qui s'étaient mis comme lui à la disposition de la Guinée indépendante. Et puis furent mis en cause Fodéba Keïta, le « cerveau du complot », Ba Mamadou « l'éminence grise », Karim Fofana « l'idéologue », Baïdi Gueye « le financier » et Barry Diawadou « le complice ».
Ce 4ème complot marque un tournant et va servir de modèle à ceux qui vont suivre. En effet la répression des trois premiers complots relevait de l'improvisation. Le camp des gardes républicains à Camayenne ne fut opérationnel qu'en 1962. En outre la machine à torturer, à fabriquer des aveux, à dénoncer, n'avait pas atteint sa pleine efficacité. C'est ainsi que Petit Touré et ses comparses ont été tués quelques jours seulement après leur arrestation sans avoir fait d'aveux publics. Le 4 ème complot fut l'occasion de mettre en place la procédure d'avilissement physique et moral, de dénonciation réciproque, d'aveux extorqués, qui serviront par la suite à éliminer les couches sociales qui portaient ombrage à Sékou Touré. Ce mécanisme est très semblable à celui utilisé par Staline lors des fameux procès de Moscou. Le rapport sur le complot militaire de février 1969 publié sous ce titre dans Horoya-Hebdo (17-23 mai 1969) illustre parfaitement cette méthode. Ce rapport tisse à partir de faits et d'évènements ordinaires tout un réseau de présomptions et d'accusations dont la logique implacable conduit à l'organisation d'un complot visant à l'élimination du Chef de l'Etat. Mais à trop vouloir prouver on finit par se contredire et par laisser percer la légèreté des accusations.
Prenons le cas du principal accusé Kaman Diaby. Il était, en dehors des membres de la famille, l'un des hommes les plus proches de Sékou Touré. Ils étaient tous deux originaires de Faranah. Au cours d'une réunion dans cette ville, le père de Kaman Diaby avait mis la main de son fils dans celle de Sékou Touré, lui disant:
« Voilà ton jeune frère, je te le confie ». Il y a eu, à la mode mandingue, un échange de noix de kola. Il a été le premier officier aide de camp de Sékou Touré et le resta plusieurs années. Il avait été récemment nommé secrétaire d'Etat à la milice. Mais il fallait à Sékou Touré un exemple éclatant pour faire tomber quelques uns de ces ministres qui lui portaient ombrage. Kaman Diaby fut désigné. Il appartenait aussi à ce groupe d'amis qui avait créé la ferme coopérative du Km 66 à Maneyah. On y retrouvait la famille Ba de Dinguiraye, Ba Mamadou, Ba Thierno et le Docteur Maréga, mari d'une de leur soeur, des amis comme Karim Fofana. Leur tort était de former un groupe d'amis solidaires alors que Sékou Touré bannissait l'amitié dans ses relations, qu'il voyait, hors le cercle de sa famille, comme des rapports de force.
Son extrême méfiance ne pouvait tolérer un groupe qui échappe à son contrôle. En outre, cette ferme agropastorale était gérée efficacement et donnait toutes sortes de produits alors que l'économie guinéenne et notamment son agriculture partaient à la dérive.
On avance à l'encontre de Kaman Diaby des preuves dérisoires : un modèle de costume militaire envoyé de France en vue d'achats éventuels, un stylo avec l'effigie du Général de Gaulle, une lettre du 31 octobre 1958 d'un officier français approuvant qu'il ait accepté de servir en Guinée et lui demandant de faire le maximum pour que la Guinée reste dans la Communauté. Or c'est au même moment que Sékou Touré adressait au Général de Gaulle des missives pressantes demandant que la Guinée puisse adhérer à la nouvelle Communauté. Parmi les bizarreries avancées comme preuves on parle d'une lettre adressée de Dakar à « Nabi Youla à Paris » par une personnalité jamais nommée, lettre dont on ignore la teneur qui aurait été interceptée et renvoyée en Guinée. Pour faire plus vrai, ce même rapport laisse entendre qu'il y aurait eu des désaccords entre les militaires comploteurs et Kaman Diaby qui voulait, après le coup d'Etat, renvoyer les militaires dans les casernes. On pouvait en déduire que les vrais responsables du complot étaient des hommes politiques, ce qui mettait en cause Keita Fodéba, Barry Diawadou et Karim Fofana. A chacun on attribue un rôle et un poste dans le futur gouvernement.
Voir qualifier Karim Fofana — qui fut mon condisciple au Lycée de Montpellier — d'idéologue prête à sourire tant ce brillant ingénieur, ce bon vivant, vivait dans et pour le concret des choses. Mais son principal « crime » est d'avoir suscité la jalousie d'Ismaël Touré, le demi-frère qu'il traitait de petit ingénieur sortant d'une vague école de météorologie, alors que lui-même avait fait l'Ecole des Mines de Nancy. Il avait eu aussi le tort de faire de brillantes démonstrations techniques et économiques devant des invités de marque, comme en 1964 à l'occasion d'une réunion de l'OERS en présence du président Senghor et de Che Guévara. Sékou Touré n'acceptait pas qu'on lui vole la vedette.
Fodéba Keita, le cerveau, détenait à son domicile un récepteur de haute précision. Comment le reprocher à un ministre qui fut celui de la Défense et de la Sécurité ?
Quant à Barry Diawadou, on retourne contre lui sa foi islamique qu'il aurait mis au service de sa propagande personnelle. On lui reproche la détention d'un numéro de Fraternité Matin, journal ivoirien comportant un discours d'Houphouët-Boigny. Pour comprendre son arrestation, il faut se reporter aux années d'avant l'indépendance où il était à la tête du BAG, parti en concurrence avec le PDG de Sékou Touré. Opposés pour un siège au parlement français à l'occasion d'élection partielle en juin 1954, Barry Diawadou fut élu. Sékou Touré dénonça un trucage des élections. Il faut se souvenir que Sékou Touré a la rancune tenace. Mais comme il l'a dit, le complot est permanent. C'est Tounkara Jean Faragué, arrêté lors du 3eme complot, qui dénonce Fodéba Keita. Il aura finalement la vie sauve. On va voir, lors des complots d'après 1970, qu'ils s'emboîtent les uns aux autres, s'appuyant sur les dénonciations des participants des précédents complots qui ont eu la vie sauve contre leurs aveux.
Dans le processus de mise à jour des complots minutieusement élaboré, il y a les grandes cérémonies publiques orchestrées par les discours de Sékou Touré. Il prononce devant les militants de Conakry II un discours où il prend violemment à partie, le Général de Gaulle, accusé de vouloir imposer son pouvoir sur le sol de Guinée 12. Puis vient, le 21 mars, la marche « spontanée » des militants de Conakry I et II qui les conduit au Palais du Peuple où le « timonier bien-aimé », après avoir fait l'éloge 13 du martyr de la Révolution Mamadou Boiro, présenté comme un « symbole de dévouement exemplaire à la Patrie », dévoile et dénonce en termes violents les vrais auteurs du complot. Dès lors c'est le Comité Révolutionnaire qui est en charge de l'arrestation et du jugement des coupables. Pour appuyer la véracité de ces dires, on répartit les comploteurs en cinq catégories :

Pour clore cette série, un attentat contre la personne de Sékou Touré a lieu le 24 juin 1969 alors qu'il parcourt dans sa voiture décapotable, avec le président de Zambie Kenneth Kaunda en visite officielle, la route entre l'Aéroport et le Palais du Peuple. Un jeune guinéen, Tidiane Keita se précipite sur Sékou Touré et l'entraîne hors de sa voiture. Il semble qu'il s'agisse du geste individuel d'un déséquilibré. En effet, il ne possédait aucune arme et il fut tué sur-le-champ par les gardes du corps mettant un terme à l'élucidation de cette action. Ayant séjourné en Côte d'Ivoire, il fut assimilé au « complot Kaman Diaby ».
A l'issue de cette décennie sanglante, on peut faire un bilan provisoire de l'action de Sékou Touré à l'encontre des élites de Guinée et plus généralement de tout son peuple.
Si le premier complot fut un coup de semonce permettant d'éliminer des ennemis personnels de Sékou Touré ou des personnalités religieuses, le deuxième fut l'occasion d'abattre des syndicalistes indépendants et des intellectuels marxisants, laissant le champ libre au parti unique, le PDG et à toutes ses antennes : syndicats, femmes, jeunes.
Le troisième complot permit l'élimination ou la mise au pas des commerçants déclarés responsables de la faillite économique du régime, étant « en puissance des ennemis du régime ». Il a permis ainsi à Sékou Touré de faire taire les opposants à l'intérieur de son parti.
Le quatrième complot élargit encore le champ des personnes éliminées. Tout d'abord, l'armée fut décimée au niveau le plus élevé, mais aussi à tous les échelons, rendue ainsi totalement inefficace. Sékou Touré élimina son “âme damnée, Fodéba Keïta” qui avait perpétré sans état d'âme tous les crimes qu'il lui avait commandés, se montrant capable de toutes les trahisons. Ce complot fut un galop d'essai pour éliminer les élites peuhls, en commençant par Barry Diawadou, pour décimer la famille Ba de Dinguiraye, et se débarrasser de cadres compétents comme Karim Fofana, qui ne pouvaient que porter un jugement critique sur le fonctionnement du régime de Sékou Touré.

Le 5ème complot, dit « de la 5ème colonne »

Il fut dévoilé à l'occasion du débarquement à Conakry de militaires portugais et d'opposants guinéens le 22 novembre 1970. Si le débarquement est une réalité, il ressort des livres que j'ai consultés et des témoignages des Guinéens présents lors de ces journées que j'ai recueillis, que les mobiles de ce complot, le déroulement de l'invasion de Conakry qui aura duré moins de 24 heures, et les raisons de l'échec de cette opération ont reçu des interprétations très diverses.
Selon des sources convergentes 19 Sékou Touré était informé d'un projet de débarquement de militaires portugais visant à libérer des prisonniers du PAIGC 20 Met notamment le parent d'un haut dignitaire. Il aurait été approché par Amilcar Cabral, leader du PAIGC réfugié à Conakry, auquel les Portugais avaient proposé le versement d'une importante somme d'argent contre la libération de ce prisonnier. Sékou Touré refusa cette transaction après même qu'il eût appris que les portugais préparaient une expédition armée pour récupérer ce prisonnier. Il répondit à Amilcar Cabral. « Qu'ils viennent. Ils échoueront 21 ».
Selon le témoignage de Cheikh Chérif, le docteur Charles Diané, membre de l'opposition guinéenne qui était en poste à Monrovia, avait été alerté par un américain : « Attention, docteur, vous préparez quelque chose contre Sékou Touré. Arrêtez, il est déjà au courant ».
En dépit de toutes ces alertes, Sékou Touré ne prit aucune disposition pour mettre son armée en état de mobilisation. Après l'avoir démembrée en 1969, il l'avait envoyée à l'intérieur du pays cultiver les champs. En outre on transférera à Conakry, quelques jours avant le débarquement, les prisonniers portugais blancs emprisonnés à Mamou, transfert nécessitant l'aval de Sékou Touré. Durant les quelques heures que dura l'invasion, Sékou Touré fit preuve d'une totale passivité comme s'il avait attendu cette attaque. On verra ci-dessous les conséquences qu'il va en tirer.
Le 22 novembre à 2 h. du matin, aux premiers coups de feu, le Général Noumandian Keîta chef d'étatmajor de l'armée guinéenne, accompagné de plusieurs officiers, se présente au Palais présidentiel. Sékou Touré croyant que l'on vient l'arrêter lève les bras et leur dit: « Tuez-moi mais ne me livrez pas au peuple. Ne me faites pas honte » 22. Les officiers répondent : « Non, Président, nous venons chercher les clefs des magasins de munitions ». L'armée guinéenne était en effet désarmée, tant Sékou Touré craignait un soulèvement militaire.
Sékou Touré, humilié Par cet acte, en fera disparaître tous les témoins dans les purges qui vont suivre. Abdoulaye Diallo raconte de quelle manière il a pris sur lui de transférer Sékou Touré en lieu sûr. Il se réfugiera chez la mère du Directeur Général des Services de Sécurité, Madame Guichard.
Il est un autre élément troublant : c'est l'illumination permanente du Palais Présidentiel alors que le reste de la ville est plongé dans la plus totale obscurité. Sékou absent aux commandes, l'armée aux champs, ce sont les militaires du PAIGC qui ont repoussé les envahisseurs. Cheikh Chérif parle d' « un cafouillage monstre ».
Du côté des envahisseurs, la coordination n'est pas meilleure. Les groupes d'opposants guinéens chargés d'occuper la radio et de se saisir de Sékou Touré n'arrivent pas à atteindre leurs objectifs. Finalement le bilan de cette opération se limitera à la libération des prisonniers du Camp Boiro qui, à l'exception d'un seul, le capitaine Abou Soumah, réintégrèrent leur cellule, à la destruction de la villa du président Sékou Touré, Bellevue, dont il était absent, à celle d'Amilcar Cabral également absent, et à la libération des prisonniers portugais blancs. Leur mission accomplie, les militaires portugais se retirèrent très vite, laissant en otage de nombreux opposants guinéens. Cet échec montre bien qu'en dépit des déclarations ultérieures, ces opposants de l'extérieur n'étaient pas en liaison avec des complices de l'intérieur.
Je tiens d'un opposant à Sékou Touré qui a réussi à fuir la Guinée en juillet 1967 alors qu'il se savait menacé 23, que cette expédition avait été préparée dans les plus mauvaises conditions, les objectifs des participants étant différents. Du côté des Portugais, il s'agissait de libérer des prisonniers faits par le PAIGC, et notamment le parent proche d'un haut responsable, et d'assassiner Amilcar Cabral. Pour les opposants guinéens, le but était le renversement de Sékou Touré et la mise en place d'un régime démocratique.
Le responsable politique de cette opération était David Soumah, syndicaliste chrétien qui s'opposait à Sékou Touré dans les années 1955-1959, et le responsable militaire le commandant en retraite de l'armée française Thierno Diallo. Un gouvernement interethnique avait été constitué. Des désaccords sur sa composition survinrent ultérieurement, faisant écarter David Soumah de l'expédition. De ce fait, le opposants guinéens se virent retirer le soutien plus ou moins promis de plusieurs gouvernements.
Deux jours après ces évènements, recevant au Palais une délégation de l'Allemagne de l'Est, Sékou Touré avait retrouvé tout son sang-froid 24. Il avait entretemps adressé deux appels à la Nation, appelé à la solidarité tous les pays africains, bien qu'ayant refusé la venue à Conakry d'une délégation ivoirienne proposée par Houphouët-Boigny, et alerté les Nations Unies. Il réussit à faire condamner le Portugal par l'ONU et à entraîner la solidarité sans faille de tous les états africains. Moment privilégié que Sékou Touré aurait pu saisir pour relancer la Guinée vers des voies plus démocratiques. Mais il avait d'autres projets. Retrouvant sa superbe, Sékou Touré apparaissait en couverture d'Horoya 25 en tenue militaire et comme ayant personnellement dirigé les combats de libération de la capitale. S'étant trouvé en plusieurs circonstances en situation humiliante et ayant senti son régime vaciller, la réaction de Sékou Touré ne pouvait être que sanglante. Il va déclencher dans l'année qui suit la plus meurtrière répression de son règne, et cela en deux vagues.
Sékou Touré nomme une commission avec à sa tête Alassane Diop qui a occupé plusieurs postes ministériels, en vue de définir si les envahisseurs ont bénéficié d'appuis à l'intérieur de la Guinée. Alassane Diop remet ses conclusions en disant : « Il n'y a pas de complices à l'intérieur ». Sékou Touré le remercie et le félicite pour la qualité de son travail, et lui accorde 15 jours de repos en Bulgarie, lui disant : « Tu es très fatigué, je te donne une bourse de santé, vas te reposer en Bulgarie ». Sékou Touré était souverain même quand il s'agissait de s'occuper de la vie privée de ses ministres ou collaborateurs. En son absence une nouvelle commission est nommée dont Ismaël Touré obtiendra la présidence. Ismaël Touré apportera des conclusions totalement opposées à celles de la précédente commission, déclarant que les envahisseurs avaient reçu l'aide d'éléments intérieurs et accusant Alassane Diop lui-même d'être un complice. Or d'après un témoin de ces journées 26, alors qu'Alassane Diop avait dans la nuit du débarquement organisé les miliciens en les plaçant dans les différents postes-clés de Conakry, personne n'avait vu durant ces heures Ismaël Touré participer au combat.
Sékou Touré a le champ libre pour continuer à éliminer les cadres compétents qui lui font ombrage. Il lance à travers tout le territoire des consultations populaires en vue de débusquer les traîtres complices des agresseurs et de juger les mercenaires faits prisonniers et ceux qui les avaient aidés. Le verdict est unanime : la mort pour tous. Le 18 janvier 1971, devant l'Assemblée nationale qui s'érige en tribunal révolutionnaire suprême, s'ouvre le procès. Il se déroule hors de la présence des accusés, sans avocat, sur la base de bandes magnétiques qui enregistrent leurs aveux. Nous examinerons plus loin de quelle manière ces aveux sont arrachés aux accusés. A un journaliste ami 27 qui avance qu'un procès public était non seulement souhaitable mais contribuerait d'avantage encore à faire éclater la vérité sur le complot international dont la Guinée est victime, il est répondu qu'il était matériellement impossible aux autorités de transporter les accusés de la prison au Palais du Peuple où se tenait le procès sans qu'ils soient pris à partie par la foule. Cet argument sera utilisé à maintes reprises par Sékou Touré pour justifier toutes les exécutions sommaires qui ont jalonné son régime. Le tribunal révolutionnaire prononce 91 condamnations à mort (33 par contumace) dont celle de Baldet Ousmane, secrétaire d'Etat aux Finances, Barry Ibrahima dit Barry III, secrétaire général du Gouvernement, Moriba Magassouba ministre délégué au Foutah, et Keita Kara, commissaire de police. Accusés de complicité avec les agresseurs ils sont pendus à Conakry sous le « pont Fidel Castro Ruz, route infinie de l'histoire » dans la sinistre nuit du 24 au 25 janvier 1971. Dans la même nuit, huit personnes de haut rang sont fusillées à Conakry dont Madame Camara Loffo, ancien ministre des affaires sociales, Camara Sékou, ancien ministre, ambassadeur et gouverneur, et Camara Balla, ancien secrétaire général du gouvernement. En outre, dans chacune des 29 régions de Guinée, on pendra au moins deux personnes sur la place publique avec obligation à la population d'assister à ces pendaisons. Ces condamnations à la peine capitale n'ont été précédées d'un quelconque jugement. Elles sont l'oeuvre du comité révolutionnaire composé de Sékou Touré, de son frère Ismaël et de ses cousins ou alliés Siaka Touré, le général Lansana Diané, Mamadi Keïta, Moussa Diakité.
Cette purge ne s'est pas faite au hasard, même si Sékou Touré attend plusieurs années avant de se venger. Barry Ibrahima, dit Barry III, leader du Mouvement Socialiste Africain, est un vieil adversaire de Sékou Touré, qui eut le tort de se rallier au PDG au moment de l'indépendance en sabordant son propre parti. Le chemin ainsi tracé n'était pas assez libre, il fallait encore éliminer celui qui l'avait ouvert. Madame Camara Loffo est cette militante de longue date qui, avec Camara Bengaly et Tounkara Jean Faragué, s'est opposée à la toute-puissance de Sékou Touré lors du séminaire de Foulaya en novembre 1962, et du 6ème Congrès du PDG de fin décembre 1962. Quant à Camara Balla, ancien fonctionnaire français venu se mettre à la disposition de la Guinée, et à Baldet Ousmane il leur est reproché leur compétence, leur franc-parler et leur honnêteté. Reste le cas de Moriba Magassouba, qui fut secrétaire d'Etat à l'Intérieur sous l'autorité de Keïta Fodéba, puis ministre de lEducation Nationale. Alors qu'il occupait ce dernier poste il publia dans les numéros d'Horoya des 23 et 24 août 1967 plusieurs articles très critiques sur la gestion du pays pour répondre à l'appel lancé par Sékou Touré en vue de la préparation du 8e Congrès du Parti : « Il faut que les bouches s'ouvrent ». Magassouba Moriba commençait ainsi ses articles : « J'ouvre la bouche. Ce qui en sortira sera amer et désagréable. Ce sera un tollé général, une véritable levée de boucliers ! Vais-je m'attirer des inimitiés pour cela ? Oui, mais peu me chaut! » mais la publication de ces articles fut rapidement suspendue et les Horoyas déjà publiés retirés de la circulation. Le BPN et le gouvernement l'obligèrent à faire amende honorable. Il fut une des victimes du « complot de la 5ème colonne » et périt pendu. Là encore Sékou Touré imite Mao Tsé Toung et sa politique des 100 fleurs. Un régime totalitaire ne peut admettre aucune critique étant donné qu'il va dans le sens de l'histoire et qu'il a donc toujours raison.
Sékou Touré va alors passer, à la mi-1971, à un stade supérieur qui permettra d'étendre la sphère des coupables en confiant le soin de les découvrir aux différents échelons du Parti, et en dernier ressort au Peuple. On entre alors dans une phase de dénonciations sans fin orientées par le Comité révolutionnaire, qui permit à Sékou Touré d'éliminer d'autres cadres, mais aussi des milliers de citoyens ordinaires : ménagères, gargotières, paysans, plantons. C'est dans cette période que fut adopté le terme de « 5ème colonne » 28. Il fut suggéré par un dentiste coopérant tchèque, le docteur Kozel en poste à Kankan, à Emile Cissé, un des pires tortionnaires du régime qui le fit adopter par Sékou Touré. Derrière ce terme se cache en fait une machine infernale basée sur la dénonciation et les aveux obtenus sous la torture. Il faut se reporter au film de Costa-Gavras, l'Aveu, tiré du récit de Lise et Arthur London, qui dissèque le régime policier tchécoslovaque pour en connaître tous les raffinements. Après avoir créé des sous-comités révolutionnaires dans chaque secteur, Sékou Touré lance l'opération « Tout le peuple est gendarme ». Lors d'un meeting du BPN le 14 juin 1971 29, Sékou Touré s'assimilant au Peuple lui fait crier haut et fort « Continuez, recherchez, fouillez partout où besoin sera. Ne laissez aucun complice. Nous vous faisons entière confiance. Allez jusqu'au bout, allez en Profondeur, atteignez la racine de la 5ème colonne, c'est la radicalisation de la Révolution, c'est notre victoire ». Et il ajoute: « Contre-révolutionnaires guinéens de tout acabit, tremblez, tremblez encore ». Comme Hannah Arendt en décrit si bien le mécanisme 30 : « Les états totalitaires s'efforcent sans cesse de démontrer que l'homme est superflu. C'est à cette fin qu'ils pratiquent la sélection arbitraire des divers groupes à envoyer dans les camps, qu'ils procèdent régulièrement à des purges et à des liquidations massives ».
« Conséquence de la simple et ingénieuse technique de la “culpabilité par association”, dès qu'un homme est accusé ses anciens amis se transforment immédiatement en ses ennemis les plus acharnés afin de sauver leur propre existence ».
Toutes les organisations du Parti se mobilisent. Réunis le 2 octobre 1971 l'Assemblée régionale de Conakry, l'Etat-major interarmes, le Comité national des femmes, le Comité national de la JRDA, et le Comité national des travailleurs s'érigent en tribunaux souverains 31, et après avoir classé les éléments de la 5ème colonne en 6 catégories, dont 3 concernent des membres ayant participé activement au complot, et 3 des complices passifs, condamnent à la peine de mort par pendaison les membres du gouvernement, hauts fonctionnaires et membres du Parti ayant participé activement au complot, et à la peine capitale ceux considérés comme complices passifs, ainsi que les nationaux guinéens non investis de responsabilités officielles, qu'ils aient été actifs ou passifs, et les étrangers ayant participé activement au complot. En revanche, les étrangers complices passifs sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Ces assemblées ne manquent pas de célébrer Sékou Touré, celle des femmes atteignant le plus haut degré de flagornerie. Elle « rend un hommage mérité à la Direction du Parti et à son guide incontesté et incontestable, héros de la lutte anti-impérialiste, ambassadeur incorruptible de la Vérité révolutionnaire, Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Années Populaires et Révolutionnaires, notre bien-aimé Ahmed Sékou Touré ».
Pour couper court à toute mansuétude, Sékou Touré renonce à son droit de grâce. Il refuse également toute mission de l'ONU visant à faire la lumière sur l'agression portugaise. En dehors de quelques pays sympathisants, des protestations contre ces exécutions s'élèvent dans le monde entier.
Il y eut plusieurs vagues de massacres :

Tous ces fidèles du régime étaient encore en poste quelques semaines avant leur arrestation. Ils avaient été nommés en décembre 1970 par une décision du Bureau Politique National dans différents organismes « chargés de la direction des opérations dans le cadre de la défense de la Révolution ». Et les voilà soudain coupables parce que dénoncés. Sur les 26 membres de ce gouvernement qui prêtèrent allégeance à la Révolution, 10 furent physiquement éliminés après être restés en poste moins de 6 mois.
Tous les milieux socioprofessionnels, toutes les classes, toutes les ethnies, toutes les familles sont touchés par ces arrestations. A la Compagnie Fria, l'administrateur délégué, qui était le mari d'une peulh fille de l'Almamy de Mamou, se voit interdire l'entrée en Guinée. A un haut dirigeant de la Compagnie, M. Béavogui déclare en présence de Sékou Touré que sa plus grande joie serait d'arrêter lui-même M. Decoster, qui est accusé de trahison vis-à-vis de la Guinée sur la base des aveux d'Emile Kantara, directeur administratif de la Compagnie Fria. Plusieurs autres cadres dont certains d'origine sénégalaise comme M. Blaise N'Diaye, secrétaire général de la Compagnie, et une française Mademoiselle Lepage technicienne de laboratoire, sont arrêtés. Elle passera 14 mois en prison avant d'être libérée grâce à l'intervention de François Mitterrand, sans avoir été jugée.
Une rivalité s'instaure entre les tortionnaires. C'est à celui qui découvrira le plus de coupables, qui obtiendra les aveux les plus détaillés. Beaucoup d'entre eux périront d'avoir voulu rendre trop de services, ou a contrario de s'être montrés réticents devant les exactions, les tortures que l'on attend d'eux. C'est ainsi qu'Emile Cissé, à l'origine de tant de tortures et de morts tombera, victime de Siaka Touré, neveu de Sékou Touré, et mourra en mars 1972 de la diète noire.

Un témoignage officiel est apporté par le Livre Blanc en 3 tomes, publié par le gouvernement guinéen. Le tome I intitulé « L'agression portugaise contre la République de Guinée » fait état des appels à la Nation, à l'ONU et à l'ensemble des nations du monde, et des messages de solidarité émanant de ces nations ainsi que des comités nationaux des Femmes, des Travailleurs, de la JRDA et de l'armée de Guinée. Ce tome publie également le Rapport de la Mission d'enquête de l'ONU en Guinée, ainsi que quelques dépositions des complices de l'agression. Mais l'élément central est le Rapport de la Commission d'enquête du Comité Révolutionnaire. Ce document met en scène un citoyen allemand, Hermann Seibold, dont le véritable nom serait Bruno Freitag qui est présenté comme l'âme damnée de ce complot. Responsable d'un centre d'apprentissage à Kankan, il se serait livré à des activités clandestines anti-guinéennes depuis 1965 en tant que membre de l'oeuvre catholique dite « des villages de la Jeunesse » dirigée par le Pasteur Arnold Dannemann, animateur des services secrets ouest-allemands. Autour de ce personnage, on tisse tout un réseau de complicités avec des Européens de différentes nationalités et des Libanais. Est dénoncée une conspiration fomentée par le groupe Foccart, le réseau Seibold, le gouvernement fasciste portugais et les forces d'appui de l'OTAN. La complicité de l'Allemagne fédérale est prouvée par la mort du Comte von Tiesenhausen, tué accidentellement par les militaires portugais lors du débarquement, et par le suicide à Lisbonne de l'ambassadeur d'Allemagne auprès du gouvernement portugais. Hermann Seibold, condamné aux travaux forcés à perpétuité par le Tribunal Révolutionnaire Suprême en janvier 1971, est déclaré suicidé.
Sont également publiés les témoignages de plusieurs anciens ministres. Nous y reviendrons plus loin. Ce même tome donne le rapport de présentation de la loi érigeant l'Assemblée Nationale en Tribunal Révolutionnaire Suprême, ceci en contradiction avec la Constitution de la République de Guinée qui prévoyait « que les infractions politiques et les attentats à la sûreté de l'Etat relevaient de la compétence du Tribunal Révolutionnaire (?) ou de la Haute Cour de Justice.
L'Assemblée Nationale est chargée de faire la synthèse des différentes délibérations du Peuple ».
Le Tribunal Révolutionnaire Suprême siégeant du 18 au 23 janvier 1971 prononce les condamnations suivantes:

Sont enfin libérées sans condamnation 90 personnes, qui n'obtinrent jamais d'explication quant aux raisons de leur arrestation.
Les tomes 2 et 3 du Livre Blanc sont intitulés « L'impérialisme et sa 5ème colonne en Guinée » et sont essentiellement consacrés aux dépositions des agents de la 5ème colonne. Nous y reviendrons plus loin.

Le bilan de ces massacres n'a jamais été clairement établi. Alpha Abdoulaye Diallo 32, une des victimes en même temps que l'un des meilleurs observateurs de cette période (1970-1971), dresse une liste des ministres, ambassadeurs, gouverneurs, cadres supérieurs, hommes d'affaires, qui donne 255 personnes arrêtées et 125 tuées et estime à 5.000 le nombre des personnes arrêtées. Lors de sa comparution, Ismaël Touré lui dit qu'il était le 2.569ème prisonnier de la seconde vague 33. La plupart des prisonniers seront fusillés ou assassinés. Les libérés garderont de graves séquelles.
L'Association pour le Promotion et la Défense des Droits de l'Homme en Guinée a dressé le 28 septembre 1976 une liste des détenus politiques 34 en lien avec le complot dit « de la 5ème colonne », arrêtés entre novembre 1970 et septembre 1971, qui aboutit à 338 personnes arrêtées et 113 tuées. Cette liste est loin d'être exhaustive. Elle ne tient pas compte du petit peuple qui dans chaque village a été victime de cette répression, et des nombreux disparus encore recherchés par leur famille. Camara Kaba 41 avance le nombre de 12 000 cadres arrêtés 35, et Line Gagnon, dans le cadre du programme MBA de l'Université de Laval au Canada, parle de 10 000 à 30 000 disparus.

Il convient maintenant de détailler la mise en scène qui présidait à l'arrestation, à l'emprisonnement, aux aveux et aux condamnations des peysonnes arrêtées. L'arrestation était soigneusement préparée. Elle avait lieu le plus souvent en pleine nuit. Mais Alpha-Abdoulaye Diallo précise de quelles manières elles étaient personnalisées. Bien qu'il ne soit pas aisé à un esprit occidental qui se veut rationnel (?) de comprendre les pratiques des envoûtements du monde noir (?), il me paraît difficile de les passer sous silence tant les témoins africains que j'ai interrogés que les auteurs des témoignages sur les camps de Sékou Touré se référent à ces pratiques . « On commence par “travailler” l'intéressé sur le plan occulte et on procède aux sacrifices conseillés par les voyants et qui ont pour but de “paralyser” ceux qui en font l'objet, de “tuer” leur volonté de sorte qu'ils ne réagissent pas à ce qui leur arrive » . En réalité, parmi toutes les personnes arrêtées aucune ne s'est rebellée, comme si le fait de se savoir innocent endormait toute vigilance. Dans le même esprit, lorsqu'il s'agissait de ferrer un « gros poisson », on nommait un parent proche à un poste important et on procédait à une série de mesures visant à isoler le coupable désigné. Alpha-Abdoulaye Diallo en donne plusieurs exemples : Emile Condé, Alassane Diop, Bangoura Kasssory, Almamy Bah, chef supérieur des Peuhls et citoyen sierra-léonais, Bangoura Karim 38.

Nous empruntons ici largement à Alpha Abdoulaye Diallo pour décrire les conditions d'emprisonnement au Camp Boiro, le plus terrible des camps installés par Sékou Touré sur le territoire de la Guinée. Mais son témoignage rejoint précisément ceux du capitaine Abou Soumah 39, de Monseigneur Raymond
Tchidimbo, de Kindo Touré, de Camara Kaba 41et de Jean-Paul Alata. La personne arrêtée est emprisonnée dans une cellule de 0,90 m sur 2,20 m. avec deux trous d'aération de 5 cm sur 20 cm, ne comportant ni couverture, ni lit, ni pot hygiénique. Elle baigne dans l'humidité, souffre du froid et du bruit lancinant de la pluie sur les tôles ondulées durant la saison des pluies. Quand arrive la saison sèche, ces tôles sont chauffées à blanc, diffusant dans la cellule une chaleur accablante. Le prisonnier est menotté si son cas est considéré comme grave, et automatiquement soumis à la diète d'accueil qui consiste en une privation totale de nourriture et d'eau pendant 5 à 10 jours. On le laisse croupir dans ses déjections. Ses appels restent vains. Il est devenu un numéro. Il s'agit d'avilir le prisonnier, de le dépouiller de toute dignité, et de le préparer ainsi aux aveux.
L'interrogatoire a lieu en deux phases : la phase politique devant le comité révolutionnaire, et la phase militaire à la cabine technique, qui n'est autre que la salle des tortures. C'est un parent ou proche de Sékou Touré qui préside le comité : Ismaël Touré, Mamadi Keïta, le général Diane Lansana, Moussa Diakité, entouré de policiers et du commandant inamovible du Camp Boiro, Siaka Touré. Le scénario se déroule alors, immuable. Le président de la commission prononce un réquisitoire soulignant la participation active du prisonnier dans le complot « qui avait pour but d'assassiner la Révolution et son Guide Suprême ». Tout cela est étayé par quelques faits réels dont on tire des conséquences sans aucun lien de causalité, et par des motivations d'intérêt ou d'ambition que l'on attribue à l'accusé.
Alpha-Abdoulaye Diallo, dit Porto, aurait trahi par suite de sa mutation du ministère des Affaires étrangères à celui de la Jeunesse. Et ce long monologue complètement déconnecté de la réalité se terriiine ainsi : « Je sais que Porto a rendu d'importants services à la Révolution … C'est pourquoi nous avons beaucoup hésité à l'arrêter, et c'est la mort dans l'âme que le Responsable Suprême de la Révolution, devant la concordance et le nombre de dénonciations, a finalement accepté qu'on l'arrête … Je demanderai à Porto d'être responsable et courageux, de nous aider, d'aider son ami le Responsable Suprême qui l'a toujours aimé comme son fils, à sauver et à renforcer la Révolution. Je ne doute pas qu'il nous aidera … Mais si jamais il persistait dans son attitude de contre-révolutionnaire, je dois le prévenir très honnêtement que si nous agissons de façon à convaincre en douceur les traîtres, nous disposons aussi d'une section semi-militaire qui travaille avec d'autres méthodes plus convaincantes à la cabine technique» 40. Tout est dit : nous voilà en plein délire. Après avoir demandé l'opinion des autres membres de la commission, qui acquiescent servilement, le président tend à l'accusé une fiche destinée
à recueillir les aveux que l'on va 1ui dicter. Le prisonnier est privé de parole et doit dans les dix minutes boucler ses aveux. Pour les personnages importants on fait appel à un « voyant ». Dans le cas de Porto, c'est Gbéléma Fodé, le grand marabout de Kankan, qui est chargé de le conseiller pour lui éviter de trop souffrir. Devant le refus de Porto de se plier à ce simulacre, Ismaël Touré fait appel aux tortionnaires qui l'entraînent à la cabine technique 41. Elle est sous le contrôle de gardes et de gendarmes originaires de Faranah, la ville du président, ou de la région forestière. Une nouvelle tentative est faite auprès de l'accusé pour obtenir ses aveux. Mais devant l'absurdité des accusations, Porto a décidé de résister. Il va passer à la torture de la corde, de l'électricité, et refusera de signer des aveux par lesquels il devrait reconnaître être membre fondateur en Guinée du réseau foccardien 42, membre très influent du réseau SS nazi et de la CIA, et en contact avec les services d'espionnage de la Grande-Bretagne. Porto refuse de signer ce qu'il appelle « un tissu d'imbécilités », et décide d'adresser au président de la commission une lettre dans laquelle il s'explique sur toutes les accusations dont il est l'objet … Porto pense qu'il va pouvoir se défendre devant la commission, mais il est conduit à la cabine technique pour une 2ème séance de torture. Devant son nouveau refus de signer il est contraint d'assister aux tortures de plusieurs accusés de sa connaissance et menacé d'être soumis aux tortures du 2ème degré infligées dans une cabine spéciale où l'on accède par une porte ornée d'une tête de mort, et où la magnéto à manivelle est remplacée par un groupe électrogène. Ramené pour une 3ème séance à la cabine technique, il se trouve entre les mains d'un vieux garde plus humain qui lui conseille : « Non, ce n'est pas cette vérité (la vôtre) qu'il faut leur dire. C'est la Vérité du ministre qu'il faut … Sans cela ils vont t'esquinter pour rien. C'est toi qui perdras avec ta famille ».
Lorsqu'il comparaît encore une fois devant le comité révolutionnaire, Ismaël Touré fait appeller Jean-Paul Alata, un prisonnier qui a été contraint de collaborer et qui est chargé de le convaincre d'avouer. Porto se bat pied à pied, argumente en bon juriste qu'il est, continue à faire face aux tortures physiques et morales en dépit de son état de faiblesse et des douleurs qui marquent tout son corps. Finalement Porto flanche. Alors, comble de l'hypocrisie, Ismaël Touré le met en relation téléphonique avec Sékou Touré qui lui demande de ses nouvelles et lui dit: « Ne t'en fais pas, mon cher, je te sortirai de ce mauvais pas ».
Comme l'écrit Camara Kaba 41 « L'hypersensibilité à l'injustice est à son paroxysme quand Sékou entasse dans ses prisons de paisibles paysans, des enfants de 12 à 14 ans, de pauvres femmes illettrées, des anonymes dont la plupart ne l'ont jamais vu, dont la plupart ne connaissaient même pas Conakry, la capitale de leur pays » 43. Et plus loin il ajoute : « Les camps de la mort de Sékou Touré sont pires que ceux d'Hitler ou les prisons de Sibérie ; chez Hitler et Staline le détenu a la possibilité de se mouvoir, de respirer le grand air … A Boiro il n'est pas question que le détenu mette les pieds dehors. » J'ajoute que la torture de la diète pendant 3 à 10 jours, pouvant aller jusqu'à la diète noire qui se prolonge jusqu'à la mort, est devenue une spécialité de la Guinée de Sékou Touré. Ce dernier ne déclare-t-il pas d'ailleurs, dans un entretien accordé à André Lewin qui fut ambassadeur de France en Guinée 44. « Mais mes prisons sont pires que les autres. Mon pays est pauvre, j'ai déjà du mal à nourrir la population, vous pensez bien que ce n'est pas aux ennemis du peuple que je vais réserver des conditions de vie meilleures. Les prisons guinéennes sont donc les pires lieux que l'on puisse trouver dans ce pays, et encore pires que toutes les prisons dans le monde ».
Sékou Touré applique à la lettre les méthodes du totalitarisme pour arriver au même but. Hannah Arendt écrit : « Le triomphe des SS exige que la victime torturée se laisse conduire à la corde sans protester, renonce, s'abandonne dans le sens où elle cesse de s'affirmer. Et ce n'est pas pour rien … Les SS savent que le système qui réussit à détruire la victime avant qu'elle monte sur l'échafaud est le meilleur, incomparablement, pour maintenir tout un peuple en esclavage. » 45
Les aveux des personnes arrêtées constituent la seule base de leur culpabilité. Là encore une mécanique infernale va être mise en place. Il est demandé, ou plutôt enjoint, à chaque citoyen de dénoncer les acteurs du Complot et leurs complices. Par circulaire no. 37 du 23 septembre 1971 le Responsable Suprême de la Révolution « invite chaque domaine ministériel, chaque Secrétariat d'Etat à tenir des assemblées dans les divers services et entreprises afin d'étudier les criminels méfaits des agents de la 5ème colonne impérialiste » 46. Des milliers de guinéens vont profiter de ce blanc-seing pour dénoncer leurs concitoyens afin d'écarter un concurrent en affaires ou en amour, régler de vieilles querelles, se venger pour un passe-droit refusé, ou tout simplement pour se mettre à l'abri de la répression en prenant les devants. Des milliers de Guinéens furent arrêtés, torturés et contraints à avouer. Ces aveux diffusés à la Radio laissaient peser sur tous une lourde menace. Ils sont ensuite publiés dans Horoya entre le 29 juillet et le 17 novembre 1971, illustrés de la photo du condamné qui apparaît amaigri, l'air hébété, les yeux vagues, dépouillé de sa dignité d'homme 47. Ces aveux tissent une histoire irréelle à partir de faits réels auxquels on attribue un sens détourné Mais parfois les membres du Comité révolutionnaire préposés à cette tâche en font trop. Ainsi les aveux d'Emile Cissé remplissent 7 pages du numéro d'Horoya du 10 octobre 1971. Selon ses aveux, ses premiers contacts avec l'opposition datent de 1956 au moment de ses rencontres avec les gouverneurs Torré et Ramadier. On peut s'étonner que le régime de Sékou Touré ait nourri en son sein pendant 15 ans un personnage qui a non seulement été proche du pouvoir mais a pu mener une activité militante en pointe et une vie personnelle de satrape tolérée par le Parti. En 1970 et 1971 il se révéla le pire des tortionnaires, régnant en maître sur le Camp de Kindia, ville dont il était gouverneur. Si sa culpabilité est effective, cela suppose de la part du Parti un manque de vigilance hautement condamnable mettant en cause les plus hautes instances. Mais un régime totalitaire n'a que faire d'une telle logique. En outre la plupart des cadres interrogés avouent avoir reçu des sommes importantes après avoir adhéré à la CIA, au réseau Foccart, au réseau SS nazi, à l'Intelligence Service, comme si l'adhésion à tous ces services secrets était compatible.
Ces témoignages partent des éléments réels et connus de la vie de chacun des condamnés, qui sont infléchis de telle manière qu'ils constituent des activités inavouables et condamnables. Il en ressort un magma d'incohérences et d'absurdités que quelques exemples viendront illustrer. Prenons le cas d'Edouard Karam, simple boulanger à Labé, qui avoue sa participation à plusieurs complots : Kaman Diaby, Tidiane, les Portugais, qu'il associe l'un à l'autre précisant que sont impliqués l'Allemagne, le Portugal, la France, l'Amérique, l'Angleterre, le Sénégal et la Côte-d'Ivoire. Peut-on imaginer q'une personne de ce rang se trouve au cœur d'un tel complot ? Il y a aussi le cas de Robert Ploquin, citoyen français exerçant la profession de serrurier. Il aurait été chargé de réactiver les investissements miniers dans le minerai de fer, la bauxite et dans l'énergie électrique. A l'appui des connections existant entre le grand capital et le réseau français, son interlocuteur lui parle des intérêts personnels que Monsieur Pompidou, alors président de la République française, aurait en Guinée.
De même Almamy Fofana, mécanicien et caporal, est en mesure de donner la liste des membres de l'organisation avec le rôle détaillé de chacun, alors que Makassouba, en le recrutant, lui avait dit que personne dans le groupe ne devait connaître la mission dévolue à un autre.
Les aveux de Keita Kara et de Badara Aly décrivent avec force détails le débarquement d'armes et leur transport dans un convoi à travers Conakry jusqu'à différents points de la capitale. Quand on connaît le quadrillage de la ville par la police et la milice, on ne peut qu'être étonné par ce déploiement.
L'une des dépositions les plus détaillées est celle de Karim Bangoura, qui fut ambassadeur de Guinée aux Etats-Unis à compter du 1er janvier 1963, puis Secrétaire d'Etat aux Mines à partir du 16 mai 1969. Il s'agit là de postes-clefs. Grâce à son action diplomatique, la Guinée continua à recevoir tout le temps de son ambassade l'aide américaine, notamment alimentaire. De même son intervention dans l'investissement dans la mine de bauxite de Boké des sociétés américaine et canadienne fut déterminante. Mais voilà justement ce qui lui est reproché, de même qu'avoir voulu développer les relations économiques et culturelles avec les Etats-Unis, ce qui est bien entendu le rôle de tout ambassadeur. C'est aussi l'occasion de reprendre les différentes phases du complot impérialiste contre la Guinée en établissant des liens de causalité entre les 5 complots dénoncés depuis l'indépendance.
Particulièrement éclairants sont les interviews réalisés sur France-Culture par Anne Blancard dans une émission de décembre 1984 intitulée « L'aveu sous les tropiques ». Fodé Cissé, ancien Directeur général de la Radio Nationale et à ce titre serviteur fervent du régime témoigne :

« Que s'est-il passé ?… On trafiquait à tous les niveaux … On ne trouvait rien. Tout passait les frontières … Cette situation créait des mécontents … On déclenchait des complots. On avait peur des hauts-fonctionnaires, des syndicalistes, des ministres, et pour rendre le tout crédible on arrêtait des petits ou des grands commerçants, des fonctionnaires, des paysans. Cela faisait plus vrai.»

Quant à Fatou Condé, figure de proue du féminisme en Guinée, membre du Comité national des femmes du PDG, elle déclare :

« Franchement, je ne m'attendais pas à une arrestation avec ce régime, j'avais sacrifié mes journées et ma vie entière aux activités féminines … J'ai subi plusieurs interrogatoires … On voulait me faire avouer ce que je ne savais pas … Je n'ai jamais appartenu à un réseau quelconque … Mais ils m'ont tellement torturée, tellement acculée. Ils m'ont donné un papier que j'ai signé sans l'avoir lu parce que j'étais fatiguée. »

Le 3ème témoignage est de Jean-Paul Alata, ami et ancien proche collaborateur du président guinéen. Je renvoie à son livre Prison d'Afrique.
A l'autre extrémité nous trouvons Madame Barry Néné Gallé, ex-gargotière, éliminée de son poste de présidente du comité féminin de son quartier pour incompatibilité avec son métier. Et l'on découvre que c'est le peuple de Guinée à tous les niveaux qui complote et qui sabote. Mais écoutons Mr Cheikh Chérif 48 qui était alors ambassadeur à Moscou en charge de l'URSS et des pays satellites : « J'étais très engagé, mais aussi beaucoup d'autres Guinéens étaient engagés, des Guinéens avec qui j'ai travaillé … Je les ai vus renoncer à tous les privilèges, ne prenant aucunes vacances, ne demandant jamais un centime, vivant juste du nécessaire et pas plus, comme je le faisais d'ailleurs. Et quand j'ai vu en 1971 ces gens dans Horoya avec leur photo de détenus, s'accusant de tous les crimes de la terre — n'oubliez pas que j'étais ambassadeur à Moscou et que j'avais suivi les révélations sur les fameux procès de Moscou — je me suis dit: « on refait l'histoire en Guinée, et nous allons dans le mur, c'est une grave erreur. Ces gens-là n'ont jamais comploté, jamais je ne croirai que ces gens aient pu comploter ». Et il ajoute : « On a fait un amalgame entre ceux qui étaient des militants engagés et ceux qui étaient plus ou moins affairistes. Ce qui est extraordinaire, c'est que les affairistes se sont mieux tirés d'affaire que les vrais militants, quand je vois par exemple un homme comme Ismaël Touré juger Tibou Tounkara. »
La mise en forme de ces centaines d'aveux demande un travail considérable. Sékou Touré, interrogé le 8 septembre 1971 par un responsable de la Compagnie Fria sur le sort de Mademoiselle Lepage, agent de la Compagnie emprisonnée, indique qu'il va donner des ordres pour que l'instruction soit menée rapidement, mais qu'il faut excuser le tribunal révolutionnaire, épuisé de travail, qui ne peut pas toujours respecter la cadence rapide d'interrogatoires sollicités par les familles ou les amis. Sékou Touré là encore retourne la situation à son profit, comme s'il n'était pas le maître d'oeuvre de ce complot et de sa répression.
Devant l'ampleur des massacres et constatant que le processus de dénonciation qu'il a enclenché échappe à son contrôle 49 et commence à tourner à la mascarade, Sékou Touré décide début 1972 d'y mettre un terme. Cette décision n'implique nullement, comme nous allons le voir, qu'il renonce aux complots comme système de gouvernement.

Le 6 ème complot dit « complot peuhl »

Avant d'en arriver au 6ème complot, soigneusement élaboré par Sékou Touré, qui éclata à la mi-1976, il convient de retenir plusieurs complots qui ont tourné court.
Il y eut d'abord le 20 janvier 1973 l'assassinat, devant sa maison à Conakry, où il était réfugié, d'Amilcar Cabral, secrétaire général du PAIGC. La lumière n'a jamais été faite sur les circonstances de cet assassinat 50. Sékou Touré organisa à sa mémoire des funérailles grandioses et accusa les colonialistes portugais.
En mars 1973 il dénonce à la Radio « les fils et femmes des agents de la 5ème colonne arrêtés lors de l'agression du 22 novembre, qui veulent venger leur père et mari et qui, bien que l'assemblée guinéenne ait voté une loi pour les décharger du fardeau de la honte, continuent de porter le nom de leur mari ou de leur père. Ils seront traités désormais comme des agents de la 5ème colonne » 51. Sékou Touré applique à la lettre le but du système totalitaire qui est de « détruire les droits civils de la population toute entière, de telle sorte qu'elle finisse par être mise hors-la-loi dans son propre pays. » 52
Sékou Touré dénonce un complot dans lequel seraient impliqués le Portugal, la Belgique, la France, la Grande-Bretagne, l'Affique du Sud et la Rhodésie, décidé lors d'une réunion de l'OTAN. L'entraînement des mercenaires chargés de l'opération se ferait en Angola, au Mozambique et en Afrique du Sud. En outre deux ministres en exercice sont soupçonnés de complicité. Cette affaire paraît d'autant plus extravagante et relevant de la pure imagination de Sékou Touré qu'aucune suite n'a été donnée et qu'aucun ministre n'a été inquiété.
Le 9 septembre 1973 Horoya publie les aveux d'Alain Kantara qui déclare avoir été chargé par une organisation d'opposants guinéens inconnue jusqu'alors dénommée CID (Criminal Investigation Department) d'assassiner le président Sékou Touré avec une caméra Grundig ainsi décrite : « C'est un appareil photographique combiné intérieurement à un revolver silencieux portant sur une distance de 20 mètres et muni d'un appareil à jumelles » 53. Il énumère ensuite tous les groupes d'opposants prêts à envahir la Gumiée à partir du Sénégal, de la Côte-d'Ivoire, de navires affrétés par les Portugais. Tout ceci semble relever plus du roman policier que du complot politique.
Horoya du 8 novembre 1973 rend compte d'une réunion tenue à Abidjan entre les membres du Front de Libération de Guinée et des officiels ivoiriens en vue d'élaborer une stratégie devant conduire à un changement de régime en Guinée. Sékou Touré hurle à la Radio ou dans les meetings : « Peuples ivoirien et sénégalais, écrasez les traîtres et les fantoches Houphouët et Senghor ». Et perdant tout contrôle il éructe le 11 février 1973 à la Radio : « Les contre-révolutionnaires ne seront pas seulement pendus, nous les égorgerons ». Sa furie est sans borne. Mais trop, c'est trop, et peu nombreux sont ceux qui en Guinée ou à l'extérieur attachent une crédibilité à ces informations.
Houphouët-Boigny, en vieux médecin, porte le diagnostic suivant sur Sékou Touré : « Folie de la persécution et mégalomanie galopante » 54, qui correspond à l'avis d'une commission de psychiatres soviétiques exprimé dans un rapport confidentiel. Nous reviendrons plus loin, dans le chapitre consacré à la politique étrangère, sur les relations conflictuelles de Sékou Touré avec Senghor et Houphouët-Boigny.
Mais Sékou Touré s'attelle à une autre tâche. S'il a profité des complots précédents pour éliminer de nombreux Peuhls, il n'en a pas terminé avec eux. Dans l'opposition à Sékou Touré la plupart des leaders étaient Peuhls. En outre, Sékou Touré avait un concurrent qui échappait, pensait-il, à son contrôle, et qui présentait les caractéristiques qu'il avait toujours combattues. Il était Peuhl, avait fait de brillantes études, avait occupé avec succès des postes éminents, d'abord représentant de la Guinée à l'ONU ou ambassadeur à Washington de 1958 à 1964 puis secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), de 1964 à 1972. Bref Diallo Telli représentait tout ce que Sékou Touré détestait. Il usa de tous les moyens, intervention de la famille, pression des amis, maraboutage visant à annihiler la volonté, afin de le faire revenir en Guinée. Eliminé de la course à un 3ème mandat à l'OUA, Diallo Telli se trouvait dans une situation inconfortable. S'il rejoignait la cohorte des 2 millions de Guinéens de l'extérieur, il ne pouvait que devenir le leader des opposants à Sékou Touré, compte tenu de son charisme, alors que pendant 14 ans, de 1958 à 1972, il avait été l'exécuteur fidèle de sa politique. Son honnêteté lui interdisait ce choix. Contraint et forcé il décida de rentrer en Guinée en dépit des mises en garde de nombreux chefs d'état afticains et de hauts fonctionnaires de l'ONU qui étaient ses amis.
Il rentre en Guinée en août 1972, et à l'occasion d'un des nombreux remaniements ministériels est nommé le 21 août ministre de la Justice, le 16ème depuis l'indépendance. C'est dire le peu d'importance accordée par l'Etat guinéen à ce poste quand on sait par ailleurs que le pouvoir et donc la justice sont sous le contrôle du Parti.
A ce poste, du 21 août 1972 au 18 juillet 1976, Diallo Telli exécutera fidèlement les directives du Parti. Il sera le maître d'œuvre de la loi de juin 1973, qui enlève toute indépendance aux tribunaux en créant des juridictions populaires au niveau des villages et des quartiers, des arrondissements et des régions. Diallo Telli avait pourtant connaissance des exactions commises par le PDG lors des complots « Keita Fodéba-Kaman Diaby » de 1969, au cours duquel il avait été mis en cause, et de celui de la 5ème colonne de 1970-1971. Faut-il penser, comme son conseiller technique Henri Fays, que Diallo Telli « était naïf, très nerveux, souvent super-excité, très imprudent dans ses propos, ses faits et ses gestes, plein de candeur et désordonné dans son travail » . Ceux qui l'ont approché durant cette période considèrent qu'il n'était plus le même que celui qu'ils avaient connu dans le passé. Il restait à Sékou Touré à trouver un prétexte pour déclencher une nouvelle vague d'arrestations.
Le prétexte fut des plus ténus. Un jeune Peuhl de 12 à 14 ans, Mamadou Lamarana Diallo, tomba d'un manguier au moment du passage du cortège du Président qui allait visiter l'Institut Polytechnique de Conakry. On trouva sur lui, par la plus grande chance une « arme automatique » 55.
il est accusé de tentative d'assassinat sur la personne du Président. Il s'ensuivit une série d'arrestations parmi les gardes du corps et les miliciens, tous se trouvant être d'origine peuhle. Le Conseil National de la Révolution s'appuyant sur les dépositions des « conjurés du 13 mai » constitue le 16 juillet une commission d'enquête qui décide de faire procéder, dans la nuit du 18 au 19 juillet, aux arrestations de ministres et cadres à majorité peuhle: Alîoune Dramé, ministre du Plan, le Docteur Alpha Oumar Barry, ministre des Echanges, le lieutenant Alassane Diallo, Camara Sékou dit Philo, ancien ambassadeur, Souleymane Sy Savané, inspecteur d'Etat à la Présidence et enfin Hadja Bobo Diallo, jeune sœur de Saifoulaye Diallo, un fidèle parmi les fidèles. D'une manière courante, Sékou Touré recourait à l'arrestation d'un proche parent de ses fidèles, leur montrant ainsi que nul n'était à l'abri. Il ne reculait devant aucune bassesse. Il dîne le soir du 18 juillet au Palais présidentiel avec Diallo Telli et tient avec lui le dialogue suivant 56 :
— Mon cher Telli, j'ai au moins une qualité qu'il faut bien me reconnaître, c'est de ne jamais me laisser surprendre …
— Mais qui veut te surprendre, président ?
— Au revoir, Telli.
Trois heures plus tard, Diallo Telli était incarcéré au Camp Boiro, accusé d'être l'instigateur du complot peuhl.
Diallo Telli est soumis au régime maintenant très au point du Camp Boiro : diète pendant 3 à 8 jours pour obtenir des aveux préétablis ; en cas de résistance, passage à la cabine de torture jusqu'à ce que le prisonnier cède Diallo Telli finit par accepter le 31 juillet de rédiiger, puis d'enregistrer ses « aveux ». Ils sont diffusés le 9 août au Palais du Peuple devant les militants du PDG. Comme le dit Cheikh Chérif 57 : « C'est quelque chose qui n'est pas clair. On devrait au moins voir les détenus parler ». Diallo Telli est contraint de signer des « aveux » très détaillés afin de donner corps à sa trahison. En dépit de l'expérience des scribes du comité révolutionnaire qui rédigent ces aveux, le texte est plein d'incohérences. Il convient de se reporter au livre « La mort de Diallo Telli » d'Amadou Diallo qui fut son compagnon de prison contraint sous la torture d'avouer sa participation au complot dont Diallo Telli était le chef. Il donne de la vie carcérale une image dantesque. Sékou Touré, qui ne se trouve pas satisfait des aveux de Diallo Telli tente de le faire plier en lui adressant deux lettres 58 respectivement le 23 décembre 1976 et le 12 janvier 1977 lui demandant de « coopérer étroitement avec la Révolution ». A cette fin Sékou Touré use de mensonges, de promesses hypocrites, de menaces voilées, allant jusqu'à écrire : « Nous ne comprenons pas que tu sois résigné à cette mort que tu es en train de préparer toi-même ».
Diallo Telli répond le 24 décembre 1976 et le 13 janvier 1977 à ces deux missives, faisant preuve d'une hauteur de vues, d'une lucidité et d'une dignité rares, reconnaissant qu'il « avait trahi la Guinée et l'Afrique au service du PDG. »
Un mois après cette dermière lettre, Sékou Touré franchit un pas décisif en condamnant Diallo Telli et ses 4 compagnons à la plus terrible des morts par la « diète noire », c'est-à-dire une privation de nourriture et de liquide jusqu'à ce que mort s'ensuive. La description de la fin de ces condamnés qu'en donne Amadou Diallo est hallucinante 59.
Sékou Touré se déchaîne contre les Peuhls, leur déniant leur origine en les traitant de Diallonké qui furent les premiers habitants du Fouta-Djalon asservis par les Peuhls en provenance du Macina. Sékou Touré fait appel à ces Peuhls dominés qui ont adopté le patronyme de leurs maîtres, pour qu'ils renient leurs origines. Certains de ces Peuhls reprirent leur ancien patronyme. De nombreux autres reprirent à leur compte les accusations de Sékou Touré à l'encontre de l'ethnie peule, dénonçant le caractère barbare et exploiteur de la chefferie traditionnelle, les compromissions avec les autorités coloniales, la démission des intellectuels dont beaucoup choisirent l'exil.
En 1976 Sékou Touré déclare: « Nous les anéantirons (les Peuhls) immédiatement, non par guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale ». Entre juin et août 1976, 500 Peuhls sont arrêtés. Convoqué en tribunal révolutionnaire, le Conseil national de la Révolution décide à l'avance que tous les prisonniers convaincus de participation dans « la conspiration peule » seraient condamnés à mort. Quand on connaît la légèreté ou même l'inexistence de preuves de ce complot peuhl, c'est par avance condamner tous les prisonniers à la mort.
Tout en dénonçant les oppositions ethniques et tout en proclamant l'unité de la nation guinéenne, Sékou Touré a privilégié son ethnie malinké. Des recherches portant sur l'appartenance ethnique de 6 000 cadres qui ont exercé une activité sur la période 1958-1984 montre une très nette prédominance des Malinkés, une bonne représentation des Soussous, et une sous-représentation des Forestiers mais surtout des Peuhls, alors que la répartition des ethnies en 1995 montrait une quasi-égalité entre Malinkés et Peuhls.
En réalité, en 1976, le pouvoir est concentré entre les mains d'une poignée de fidèles dont la plupart appartiennent à la famille du président.

7. Les complots après 1977

L'année 1977 marque un tournant dans le régime de Sékou Touré avec la révolte des femmes qui l'avaient soutenu jusqu'à ce jour en dépit des mille difficultés qu'elles connaissaient dans leur vie quotidienne. Tout faisait défaut. Et le peu disponible en nourriture, habillement, était distribué par les comités du Parti. Les marchés étaient étroitement contrôlés par une police économique toute-puissante.
La « révolte des femmes » prit naissance en juin 1977 à N'Zérékoré, ville de la Guinée forestière proche de la frontière ivoirienne. Ce mouvement se poursuivit à Conakry à la suite d'une altercation banale le samedi 26 août sur le marché principal, entre un milicien et une vendeuse, qui dégénéra en une bagarre générale sur le marché entre les vendeuses et les membres de la police économique. De nombreuses femmes, alertées, vinrent grossir le mouvement et marchèrent sur le Palais présidentiel. Sékou Touré, pris de peur, lâcha du lest, criant haut et fort « A bas la police économique. Tuez tout agent qui osera s'attaquer à vous ». Les femmes, apparemment satisfaites, poursuivirent leur action en pillant les commissariats et postes de police. En vue de reprendre la situation en main, Sékou Touré convoqua le 27 août une conférence au palais du Peuple où se rassemblèrent des milliers de femmes. Mais contrairement au cérémonial habituel elles refusèrent d'entonner les slogans du Parti et de souhaiter « longue vie » au président Sékou Touré. Elles improvisèrent des chants disant en substance 60 : « Sékou Touré, ce n'est pas ce dont nous étions convenus. Sékou Touré, il n'y a rien en ville que des mensonges. Dans nos marmites ne bout que de l'eau … » Mais le président ne saisit pas ces paroles et n'en perçoit pas la portée. Il commence à asséner : « C'est la 5ème colonne qui … » Mais la magie du verbe ne joue plus. Les femmes envahissent la scène, obligeant Sékou Touré à fuir sous les huées. Certains avancent même qu'il fut lapidé. Pendant deux à trois jours le pouvoir est dans la rue, mais le chef d'état-major, le général Toya Condé, un inconditionnel de Sékou Touré, refusera de s'en emparer bien qu'il y ait été incité par des officiers de grade inférieur. En revanche, sur instruction du Président, des coups de feu seront tirés sur la foule, faisant selon certains témoins une cinquantaine de victimes. Des échauffourées semblables ont lieu dans différentes villes de l'intérieur: Forécariah, Coyah, Dubreka, Kindia, Fria. Selon un scénario maintenant bien connu, Sékou Touré déclare 61 : « Ces actes relèvent d'une infraction criminelle des agents de la 5ème colonne camouflés derrière le paravent des femmes et des jeunes ». Et il appelle les femmes de Guinée à « radicaliser d'avantage leur position dans la révolution ». Des commissions d'enquête sont crées dans l'urgence. Une vague d'arrestations touche les gendarmes, les miliciens et les militaires guinéens accusés d'avoir fomenté ces troubles ou d'en être les complices, mais également des femmes et des jeunes, victimes des opposants guinéens. On répand l'idée qu'un nouveau complot vient d'échouer, que l'on qualifie de « queue de la 5ème colonne ». Le Camp Boiro se remplit à nouveau de femmes, de jeunes dont certains âgés de moins de 10 ans, de gens du peuple mais aussi de responsables politiques et économiques. La cabine technique fut remise en service, la panoplie des tortures s'enrichissant de la lacération et de l'extinction de feu avec les mains et les pieds.
Enfin les travaux de la commission s'interrompront sans qu'aucune raison n'en soit donnée. L'explication la plus vraisemblable est que Sékou Touré, voyant la situation lui échapper, ait décidé de mettre un terme aux dérives de son demi-frère Ismaël Touré, qui projetait de s'en prendre à la propre femme du Président. Ceci ne met pas un terme aux complots et attentats contre le régime.
Le 28 septembre 1977, date anniversaire de l'Indépendance, une cinquantaine d'opposants guinéens parviennent à pénétrer dans l'ambassade de Guinée à Paris et rouent de coups le consul qui devra être hospitalisé. Le président Sékou Touré demande dès le lendemain à la France l'extradition de cette cinquantaine de ressortissants. Il n'y fut pas donné suite.
Le président Sékou Touré, qui vient de renouer avec la France, qui se prépare à recevoir en Guinée le président Giscard d'Estaing fin 1978 et espère réaliser enfin la visite officielle en France qu'il attend depuis 1958, infléchit sa politique vers plus de libéralisme, notamment dans le domaine économique. Cependant les difficultés demeurent. Après l'ébranlement du régime par la marche des femmes, les opposants relèvent la tête et les mécontentements se manifestent.
En août 1979, Bah Mahmoud, professeur en France et éditeur d'un journal d'opposition, est arrêté dans la région de Boké avec 9 autres Peuhls et transféré au Camp Boiro 62. Se prévalant de l'amnistie décrétée par Sékou Touré en 1977 pour tous les opposants au régime vivant à l'étranger, il s'était cru autorisé à visiter sa famille en Guinée. Bah Mahmoud eut la vie sauve grâce à l'intervention de Maître Jouffa, avocat à Paris et membre de la Ligue des Droits de l'Homme. En outre, il était le témoin de la bonne conduite de la Guinée. En revanche, les autres prisonniers périrent de la diète noire.
En mars 1980, les élèves de Kindia houspillent le ministre de l'Education Nationale. Une trentaine d'élèves sont arrêtés et un millier déplacés dans d'autre ville l'intérieur. Le 14 mai 1980, une grenade éclate au Palais
du Peuple lors d une représentation artistique, en présence de Sékou Touré et du Corps diplomatique. Il y eut un mort et une cinquantaine de blessés. C'est l'occasion offerte de conduire au Camp Boiro 46 offîciers, sous-officiers et simples miliciens dont le régime voulait se débarrasser.
Certains d'entre eux ne se trouvaient même pas au Palais du Peuple. Le lanceur de grenade ne fut jamais arrêté. Le 21 février 1981, des charges de plastique explosent à l'aéroport de Conakry quelques minutes après l'envol de l'avion emprunté par Sékou Touré. L'attentat est revendiqué par le Front Patriotique de Guinée, dont on entend parler pour la première fois, et qui serait animé par
des opposants de l'intérieur. Il s'ensuit près de 100 arrestations Parmi la garde présidentielle en service à l'aéroport et le personnel technique de l'Aviation civile.
Le 8 mai 1982, Sékou Touré échappe à un nouvel attentat dans l'enceinte du Palais présidentiel. Un jeune homme tue deux gardes et crie : « Je viens venger Kabassan » . Il s'agit de Kabassan Keïta, ex-ministre des Travaux Publics
qui avait été arrêté en avril 1982 sous l'inculpation de malversations.
Mais Sékou Touré ne se contentait pas d'exercer la répression sur le territoire de Guinée. A plusieurs reprises il a tenté de faire kidnaper des opposants sur le territoire français.
L'opération la plus spectaculaire concerne l'historien guinéen en exil, feu Ibrahima Baba Kaké, auteur d'une des meilleures biographies de Sékou Touré intitulée « Sékou Touré, le héros et le tyran ». Nous nous référons au préambule de ce livre. En septembre 1966 son jeune frère Alioune est poignardé par erreur rue Daubenton à Paris par Momo Jo 63, l'homme de main de Sékou Touré, qui avait été dépêché spécialement à Paris pour assassiner Ibrahima. Alioune ne dut d'avoir la vie sauve qu'à une intervention rapide de Police-Secours et de l'équipe chirurgicale de l'hôpital Cochin. Après le débarquement des Portugais en novembre 1970, I. Baba Kaké fut condamné à mort par contumace. En septembre 1982, lors de son premier voyage officiel en France, Sékou Touré tenta de le faire enlever en plein Paris, place de la Madeleine, par un commando constitué de diplomates de l'Ambassade de Guinée en France, à savoir le consul Inapogui Daoro, le premier secrétaire Bah Amadou Tidjane et le comptable Diallo Chérif.
L'opération échoua grâce à l'intervention de deux policiers français déguisés, chargés de veiller à la sécurité de cet opposant guinéen. Cet acharnement à perdre un homme, l'organisation sur le sol français de commando de la mort, montrent bien que rien n'arrête Sékou Touré.

La Guinée de Sékou Touré et les Droits de l'Homme

Intervention des organismes de défense des Droits de l'Homme

La répression brutale de ces différents « complots » soulève une immense indignation à travers le monde libre. Les organismes internationaux en charge de la défense des Droits de l'Homme commencent à réagir en 1977. La Ligue internationale des Droits de l'Homme transmet le 8 juin 1977 au secrétaire général des Nations Unies, M. Kurt Waldheim, un dossier rempli de preuves documentaires de violations flagrantes des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Ce dossier est signé de quatre anciens ambassadeurs des Etats-Unis en Guinée, MM. James Loeb, William Atwood, Mc Ilvaine et John Morrow. La lettre affirme que « quiconque soupçonné d'être opposant au gouvernement est arbitrairement détenu, et apporte des preuves démontrant la pratique de la torture, de l'exécution sommaire, de l'assassinat politique, de réduction à la famine des prisonniers politiques, de la contrainte à l'exil de plus de 2 millions de Guinéens » et demande l'ouverture d'une enquête internationale. Le représentant de la Guinée à l'ONU rejette ces accusations. Au même moment Radio Conakry et Sékou Touré se déchaînent contre le Parti Socialiste Français qui est accusé d'avoir calomnié la Guinée lors d'un congrès de ce parti tenu à Nantes.
La situation en Guinée n'échappe pas à Amnesty International. Conformément à sa doctrine, elle prend en charge dans les années 60 des syndicalistes et d'autres prisonniers politiques. Toutefois, au début des années 1970, elle réduit son action en faveur des cas individuels de crainte que les autorités guinéennes n'exercent des représailles contre les prisonniers dont le sort est dévoilé. Dès lors Amnesty International entreprend une campagne générale pour la libération de tous les prisonniers politiques en Guinée. A cette fin elle publie en 1978 une brochure qui décrit tout le système concentrationnaire mis en place par Sékou Touré et son régime, et tente de dresser un état des personnes tuées, disparues ou emprisonnées. A la suite de nombreuses démarches effectuées en 1978, Amnesty obtient du gouvernement guinéen l'autorisation d'envoyer une mission en Guinée, ce qui sera réalisé en 1978, avec visite du Camp Boiro. Camara Kaba 41 décrit dans son livre-témoignage « Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu » les conditions de cette visite. Les représentants d'Amnesty furent abusés par l'ambiance régnant au Camp Boiro : « Il y a à Boiro les gardes et leurs familles, des milliers de femmes et d'enfants libres. Il y a une école, une infirmerie, il y a même l'orchestre de la Garde Républicaine qui répète toute la journée. C'est dans cette ambiance de liberté, de paix, du bon vivre, qu'on tue ». Les membres d'Amnesty passèrent à 10 mètres de la cabine technique et à 100 mètres du Bloc, l'enfer de Boiro, sans les voir.
Amnesty International obtient l'envoi d'une mission en Guinée du 16 au 23 décembre 198 1, qui se conclue par un rapport intitulé « Emprisonnements, disparitions et assassinats politiques en République populaire et révolutionnaire de Guinée ». La mission a plusieurs réunions et déjeuners avec le président Sékou Touré, le premier ministre Lansana Beavogui et le ministre de la Justice Sikhé Camara, et peut visiter le Camp Boiro guidé par Siaka Touré, commandant du camp et directeur de l'Administration pénitentiaire. En dépit de cet accueil chaleureux, Amnesty n'obtient pas d'informations précises sur les prisonniers d'opinion. Le malentendu reste entier après qu'Amnesty ait déclaré ne s'intéresser qu'aux prisonniers politiques qui n'avaient commis aucune violence. Or le gouvernement guinéen attribue à tous ces prisonniers, bien que sans preuve, de tels actes de violence.

Sékou Touré face aux Droits de l'Homme

Lorsqu'on interroge Sékou Touré sur les violations des Droits de l'Homme en Guinée il perd tout son sang-froid et nie globalement tous les faits reprochés à son régime. Interrogé sur cette question par un journaliste d'Antenne 2 dans son palais de Conakry en août 1982 avant son voyage officiel en France de septembre, il répond : « Nous avons toujours respecté les Droits de l'Homme. Et je crois que la démocratie guinéenne est en avance sur la plupart des démocraties en Europe ».
— « Y a-t-il des prisonniers politiques en Guinée ? »
— Sékou Touré: « Ce ne sont pas des prisonniers politiques. Ils ont été arrêtés à la suite d'une agression. »
Plus tard, interviewé à Paris par différents journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision au sujet du respect des Droits de l'Homme en Guinée, il répond à Ivan Levaï d'Europe 1, le 20 septembre 1982 : « Le système démocratique guinéen est le plus avancé dans le domaine des Droits de l'Homme. Nous sommes en avance sur l'Europe par la place qui est faite à la femme dans la société. Nous sommes en avance et c'est pourquoi, sans complexe, nous disons partout : Nous n'avons rien à apprendre dans le domaine de la liberté, de la dignité que nous avons toujours respectées ».
Au journaliste d'Antenne 2 qui l'interviewe au sujet de 8 Français disparus, époux de femmes françaises et qui, à ce titre, bénéficiaient de la double nationalité, Sékou Touré renvoie au massacre de la Commune rapporté dans Historia sous le titre « Les Français contre les Français », après avoir indiqué qu'ils avaient été exécutés. De même il accepte « pour faire le démenti aux menteurs, que non seulement la Croix Rouge mais tout autre organisme indépendant vienne visiter la Guinée ». Cette autorisation ne fat jamais accordée.
Nous sommes en plein déni. Les lois ne sont pas respectées. Le code pénal guinéen « prévoit en effet de longues peines d'emprisonnement pour les fonctionnaires de l'Etat qui opèrent des arrestations arbitraires et ont recours à l'usage de la violence contre les personnes ». Le problème fondamental est que les mots n'ont pas le même sens. Comme l'écrit Hannah Arendt : « Le chef totalitaire justifie toutes ses mesures par l'argument même qu'elles sont nécessaires à la liberté. Il n'est pas contre la liberté, pas même pour une limitation de celle-ci. Le seul ennui est que son concept de liberté diffère radicalement de celui du monde non totalitaire » 64.

Notes
1. Déclaration faite au Journal de Genève le 21 juin 1985. Est également 1'auteur d'un livre témoignage « La vérité du ministre ; 10 ans dans les geôles de Sékou Touré » sur le complot dit « de la 5ème colonne » et ses conséquences.
2. Georges Chaffard. Les carnets secrets de la décolonisation
3. SDECE. Service de Documentation sur l'Espionnage et le Contre
Espionnage.
4. Tome XV des oeuvres complètes
5. Djibril Tamsir Niane, historien, est l'auteur notamment de Soundiata ou l'épopée Mandingue.
6. Rapporté dans L'Express du 25 juin 1962.
7. Tome XV des oeuvres complètes.
8. Voir les démêlés de ces deux anciens ministres avec Sékou Touré lors des 6ème et 7ème congrès du PDG.
9. Horoya-Hebdo 15 - 21 mars 1969
10. Cité par Camara Kaba dans « Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu ».
11. Ce commissaire donnera son nom au camp militaire de Conakry où furent emprisonnés, torturés et tués des milliers de guinéens.
12. Horoya-Hebdo, 15-21 mars 1969
13. Horoya-Hebdo, 29 mars-4 avril 1969
14. page 6 du présent livre
15. Horoya-Hebdo, 17-23 mai 1969
16. H. Arendt. Préface au totalitarisme.
17. H. Arendt. Le totalitarisme au pouvoir
18. L'Unique survivant du complot Kaman-Fodéba.
19. Dans la Guinée de Sékou Touré Cela a bien eu lieu, de Camara Kaba et Jeune Afrique Plus, de juin 1984.
20. Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée Bissau et des îles du Cap Vert.
21. Cité par Camara Kaba 41.
22. Cité par Alpha-Abdoulaye Diallo.
23. Interview de Julien Condé des 7 décembre 2001 et 11 janvier 2002.
24. Cité par Cheikh Chérif alors ambassadeur de Guinée en URSS et dans tous les pays de l'Est.
25. Horoya-Hebdo, 28 novembre et 4 décembre 1970.
26. Cheikh Chérif, interview du 20 février 2003
27. Robert Lambotte, L'Humanité, 28 janvier 1971.
28. Ce terme, né en 1936 lors de l'attaque de Madrid par 4 colonnes franquistes, désigne une 5ème colonne qui la soutient de l'intérieur. Il connut une grande fortune au moment de la guerre froide.
29. Horoya Hebdo des 19-25 juin 1971.
30. Le Totalitarisme page 808
31. Horoya, 5 octobre 1971.
32. La Vérité du Ministre.
33. La Vérité du Ministre, Avant-propos.
34. Dossier No. 1. Les détenus politiques 1970-1971
35. Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu.
36. Je n'ai jamais à ce jour rencontré un africain mettant en doute ces pratiques (!!).
37. La Vérité du Ministre.
38. Ibid.
39. Témoignage paru dans les numéros 14 à 17 de la Guinée Libre, organe d'opposants guinéens.
40. La vérité du ministre
41. ibid.
42. Du nom de Jacques Foccart, responsable des affaires africaines au cabinet du Général de Gaulle, qui fut la « bête noire » de Sékou Touré, avant leur réconciliation. Sékou Touré alla jusqu'à lui demander sa collaboration avec le régime guinéen, en qualité de consultant ! [webGuinée]
43. Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu.
44. Jeune Afrique Plus, juin 1984
45. Totalitarisme, p. 806.
46. Horoya, 21 décembre 1971
47. Cf. Annexe 4 ci-jointe donnant la liste des personnes dont les aveux ont été publiés dans Horoya.
48. Interview réalisée par l'auteur le 20 février 2003
49. Selon le témoignage de Porto, Marcel Mato ministre de l'Intérieur et de la Sécurité jusqu'au 3 août 1971, dénonce sous la torture 122 personnes, après avoir reçu 3 lettres de Sékou Touré, et Sagno Mamadi, ex-ministre de la Défense, 144 personnes, dont tous les membres du BPN et du gouvernement.
50. Jeune Afrique du 16 novembre 1986 explore différentes pistes sans conclure 51. Bulletin d'Afrique, 4 et 5 mars 1973.
52. H. Arendt. Le Totalitarisme.
53. Horoya, 9 septembre 1973.
54. Article de P. Rocheron dans le Point du 1er octobre 1973.
55. André Lewin, Diallo Telli, le tragique destin d'un grand africain.
56. Entretien du 7 décembre 2001 de Julien Condé et de l'auteur.
57. La Vérité du Ministre.
58. Interview précitée du 20 février 2003
59. A. Lewin. Diallo Telli. Le tragique destin d'un grand africain.
60. Amadou Diallo. La mort de Diallo Telli.
61. La vérité du ministre.
62. Bulletins d'Afrique, 14-17 et 20 septembre 1977.
63. Rapport d'Amnesty International après une Mission en République de Guinée en décembre 1981.
64. Momo Jo fut un acteur important des affrontements ethniques suscités contre les Peuhls par Sékou Touré, cf page 36 du présent ouvrage.
65. H. Arendt Les origines du totalitarisme.

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