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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 14:21

La création de l'homme par Michel Ange

 

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 14:02

https://mcetv.fr/mon-mag-buzz/sport/coupe-du-monde-2018-jackpot-bleus-victoire-1106/

Les champions de la coupe du monde

La victoire des bleus, à la coupe du monde, ouvre, en France, un nouveau champ des possibles

 

Jusqu’ici, le pessimisme ambiant, en France, contrariait les efforts envisagés pour un monde plus créatif. La porte de l’avenir était en partie bloquée. Or, aujourd’hui, la victoire des bleus redonne confiance et rend possibles de nouveaux engagements et de nouvelles perspectives pour des raisons que nous allons essayer de mettre en évidence.


Le politique et l’économique doivent être fécondés par l’art pour produire de l’humain

Anne-Marie Massip a écrit un livre très intéressant, aux éditions Jacques André, intitulé « Les Beaux-Arts reflets de l’histoire européenne ». Elle prétend qu’il est impossible d’avoir une bonne compréhension de l’histoire sans mettre en relief sa dimension artistique. Autrement dit l’art est au cœur de l’histoire car une de ses fonctions essentielles consiste à féconder le politique et l’économique en faisant prévaloir l’humain et l’universel sur la toute-puissance. Il joue un rôle essentiel en replaçant nos activités dans l’évolution créatrice du monde, caractérisée, pour une part au moins, par l’émergence de la beauté.

 

La coupe du monde a franchi les portes de l’art dans l’équipe de France et au-delà

Au cours d’une conversation avec Mireille Debard, ancienne journaliste à Libération, nous avons échangé sur la part de l’art dans les sports de haut niveau et en particulier dans le football, tel qu’il est pratiqué par l’équipe de France. Sous l’impulsion de Didier Deschamps, la qualité des joueurs, le souci d’un travail collectif et le respect des individualités, finissent par donner un jeu qui transcende les règles de l’apprentissage en produisant de la beauté pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il en va de même pour les meilleures équipes, comme la Croatie, la Belgique ou le Brésil. Sans doute la victoire reste-t-elle un enjeu souhaitable mais elle a besoin de se déployer dans la beauté. En réalité, il n’y a pas qu’un seul gagnant. La véritable victoire appartient à ceux qui ont produit du beau jeu et ont suscité ainsi la reconnaissance des autres joueurs et le plaisir des spectateurs.


C’est pourquoi elle peut favoriser un nouveau départ pour le pays

En accédant à la victoire mais aussi en produisant du beau jeu, l’équipe de France ouvre au pays un nouvel espace pour la création. Ainsi il devient peut-être possible de sortir du pessimisme qui nous paralyse pour faciliter un nouveau départ non pas en se repliant sur soi comme le souhaitent ceux qui sont freinés par la peur, mais en se confrontant aux autres individus et aux autres nations, comme l’a fait, avec brio, l’équipe de France. Certes, le doute peut-il être salutaire car tout reste à faire. Mais, au lieu de nous paralyser, il devrait nous révéler l’effort qui s’impose à nous et, par là, nous stimuler pour repartir en avant.


Ainsi pourrait s’affirmer à nouveau la vocation de la France : introduire l’universel de l’homme à l’intérieur de ses frontières

Personnellement, je pense que les frontières ont leur utilité pour éviter les confusions et permettre le respect de chacun et le développement des cultures particulières. Or, ce qui va féconder le vivre ensemble à l’intérieur des frontières, c’est l’art lui-même ou la production de beauté. En produisant de la beauté, on produit de l’universel tout en suscitant l’individualisation de chacun. On crée l’humus commun qui va donner naissance au  citoyen. Ainsi chaque joueur de l’équipe de France, en dépit de son origine, est un Français à part entière, communiant avec ses coéquipiers dans une même culture de la beauté du jeu.

Etienne Duval, le 19 juillet 2018


 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 09:31

Les fileuses de Velasquez

https://www.youtube.com/watch?v=Vwt71-P9l5k

 

 

La vie est une histoire à inventer

 

Chacun a son histoire. Mais, avant de pouvoir la raconter, il doit l’inventer. La vie, en effet, est le contraire du destin, car la vie a pour mission d’inventer la vie.


Je suis responsable de mon histoire

A un moment donné, je suis à un croisement de mon existence. La voie de gauche est celle du passé qui conduit à la répétition de ce qui a toujours été. La voie de droite est celle d’un avenir à construire, elle est celle de la vocation de chacun. Alors que la première est soumise à un destin, celle-ci ouvre à ce qui n’est pas encore pensé ni réalisé, elle est le lieu d’un élan inépuisable, toujours insatisfait des réalisations effectuées. Elle est la voie du désir, au sens noble du terme. Le plus simple consiste à prendre la voie de gauche parce qu’elle est la plus assurée : j’ai pour moi l’expérience des anciens, la méthode qu’ils ont mise au point, le capital qu’ils ont accumulé. Sans doute, alors, la raison est-elle de mon côté. Mais la raison n’est pas aussi claire que je peux l’imaginer : la véritable raison en effet dépasse la raison. Et si je veux inventer mon histoire, tout au long de ma vie, il est plus opportun de choisir la voie de droite, la voie du désir au sens fort du terme, qui conduit, en même temps, à la réalisation de soi-même et de l’autre.


C’est à moi de l’écrire

Il est tout à fait possible et même souhaitable de critiquer la Bible, car elle est souvent présentée sous forme d’interprétations qui vont à l’encontre du sens caché. Il en est ainsi de l’épisode sur les Tables de la Loi. On pense souvent que Moïse a brisé les Tables de la Loi écrites par Dieu parce que les hommes s’étaient éloignés du créateur en construisant un veau d’or. En fait, l’écriture de Dieu sur les Tables de la Loi et la confection d’un taureau d’or (et non d’un veau) obéissaient à la même logique : présenter Dieu sous la forme de la toute-puissance au point d’évacuer la place de l’homme et de l’amener finalement à vouloir être lui-même tout-puissant. Il fallait donc briser les premières Tables de la Loi et permettre à l’homme Moïse d’écrire à la place de Dieu pour laisser la possibilité et la liberté de l’interprétation. Et, réduire en poudre la toute-puissance du créateur, représentée sous la forme d’un taureau, pour éviter que l’homme n’en vienne à rechercher et finalement à adorer sa propre toute-puissance. Le Dieu sous-jacent n’est pas un Potentat : il vient à la rencontre des hommes et s’abaisse au lieu de s’élever pour sauvegarder l’espace d’un dialogue créateur qui ouvre sur un avenir à inventer. En exigeant que Moïse écrive sur les Tables de la Loi, il veut aussi que chaque homme écrive sa propre histoire.


L’héritage est un leurre qui peut faire tourner en rond

C’est le sujet d’un film brésilien, intitulé « Avril brisé ». Les hommes veulent à tout prix conserver le morceau de terre que leur ont livré les parents. Pour eux, la Terre qui m’a été léguée est sacrée et l’honneur de la famille lui est attachée. Si, par hasard, un autre veut la travailler pour assurer sa subsistance, il trahit l’Ecriture du Testament qui me l’a confiée, et mérite la mort parce qu’il s’attaque au code de l’honneur qui régit les relations entre les hommes. C’est ainsi que la vengeance engendre la vengeance et qu’en entrant dans la logique de l’œil pour œil, l’homme finit par perdre ses deux yeux, au point de ne plus savoir discerner le sens de sa vie. Pour faire marcher le moulin qui doit broyer la canne à sucre, les êtres humains tournent en rond et deviennent comme les bêtes qu’ils persécutent de leur fouet pour les faire avancer.


Les anciens peuvent bloquer mon avenir si je ne les reconnais pas

Je peux profiter de l’héritage des Anciens à condition de les reconnaître en retrouvant leur nom ou en leur donnant un nouveau nom. Une telle exigence est traitée par le conte des « Trois fileuses ». Un prince rencontre une mère avec sa fille. La fille est si belle qu’elle attire immédiatement son attention. Pour conforter l’amour naissant, la mère assure qu’elle peut filer la laine comme aucune autre prétendante. Entré à la maison, le prince est pressé de vérifier le talent de la jeune fille : il lui donne une grosse quantité de laine à filer. En fait, la pauvre fille n’a jamais travaillé de sa vie. Epouvantée par l’heure qui avance, elle se met à prier. Par je ne sais quel hasard, trois vieilles femmes descendent par la cheminée avec leur rouet. Le rouet tourne comme le moulin des cannes à sucre, mais le travail à faire est, pour elles, un jeu d’enfant. Emerveillé par le résultat, le prince, avant de se marier, veut encore s’assurer que la belle est capable de filer le fil de la vie : il augmente les quantités de laine. A chaque fois, le prince est ravi. Mais les trois fileuses n’ont pas dit leur dernier mot : elles veulent être invitées au mariage de la princesse et c’est pourquoi elles lui laissent leur nom. En fait, la jeune personne est si insouciante qu’elle oublie les noms, alors que le mariage est annoncé pour la fin de la semaine prochaine. Pour elle, son honneur est en jeu, les noces ne peuvent être célébrées sans la présence des trois fileuses. A bout de ressources, elle sombre dans la mélancolie. Le prince tente à tout prix de la faire rire. Il reste impuissant à dérider celle qui devrait être sa future épouse. Toutefois, un jour, alors qu’il revient de la chasse, il est arrêté par un orage qui l’oblige à s’abriter dans une vieille cabane. Il y a là trois femmes qui ont des nez si longs qu’elles ne peuvent s’asseoir autour d’une table sans que leurs appendices ne s’entrechoquent. Tout à coup, il entend leur nom : « Columba, Columbara, Columboun ». Lorsqu’il rentre à la maison, le prince raconte son histoire. Aussitôt, la princesse éclate de rire ; elle peut inviter par leur nom les trois fileuses. Il fallait, à tout prix, avant de s’engager dans un mariage qui allait transformer sa vie, qu’elle reconnaisse celles qui, par leur savoir-faire, lui avaient permis de conforter la confiance du prince. Si elles étaient restées sans visage et sans nom, le mariage entre le passé et l’avenir ne pouvait se faire.


Je ne peux inventer ma vie tant que je n’ai pas reçu l’autorisation d’un autre


Dans le film, « Avril brisé », le plus jeune fils d’une des deux familles en conflit va jouer un rôle essentiel pour sortir du cycle infernal de la vengeance. Mais ses parents ont oublié de lui donner un prénom. On l’appelle le môme. Aussi existe-t-il sans vraiment exister. Or, un jour, il rencontre les deux personnages principaux d’un cirque local, qui va lui permettre de décoller de terre. La jeune femme le séduit, tellement elle respire la vie, au point d’être d’une grande beauté. A sa grande surprise, elle lui offre un livre alors qu’il n’a pas appris à lire. Qu’à cela ne tienne, il déchiffre le sens de la Vie à travers les images. Alors, l’homme, qui est le parrain de la jeune femme, lui demande comment il s’appelle. Confus, il avoue que personne n’a pensé à lui donner un nom si bien qu’il est impuissant à inventer sa vie. « Eh bien, lui répond le jeune homme, tu es désormais mon filleul et je te donne le nom de Pacou. » Pacou évoque François, cet homme merveilleux qui aimait la vie et les oiseaux. Le môme, en recevant son nom, vient d’obtenir l’autorisation de changer le monde.

 

Libérer l’amour en ne l’enfermant plus dans la seule sexualité

En déchiffrant son livre, Pacou a découvert que les hommes avaient besoin d’une sirène pour libérer l’amour trop prisonnier de la sexualité. Or, pour lui, la sirène, c’est la femme du cirque : en le décrochant de la terre, elle libère l’amour lui-même. C’est un thème récurrent dans la littérature, les hommes imaginent la figure d’une femme vierge, comme la sirène, pour les sortir de la culpabilité qu’engendre la sexualité et donner ainsi toute sa place à l’amour sans doute dans la sexualité, mais aussi au-delà de la sexualité elle-même. Dans leurs mythes, les Egyptiens ont inventé la grande Isis, fécondée par le sexe manquant d’Osiris. Et, dans le christianisme, c’est la Vierge Marie, qui est mise en avant, au point qu’elle devient la figure de l’Eglise : au Moyen-Age, nombre de cathédrales prennent ainsi le nom de Notre-Dame.


C’est quand je deviens apte à donner ma vie pour d’autres que l’amour finit par triompher de la mort

Avec Pacou, dans le film, nous entrons au cœur du mystère. Il est le plus jeune mais il va donner la leçon aux anciens, devenus aveugles parce qu’ils sont prisonniers de la mort en étant enfermés dans la vengeance. Le livre et l’amour de la sirène lui ont ouvert les yeux. Il faut sortir d’un monde gouverné par la mort. Aussi prend-il les habits de son frère plus grand, désigné comme la future victime. Aveuglé, le sacrificateur lui donne la mort avec son fusil, au moment où lui-même, par amour, redonne la vie à son frère. Il y a un jeu entre la vie et la mort et le mystère finit par se révéler : il y a quelque chose d’éternel dans l’amour véritable car il est capable de trouver sa voie à à travers la mort au point de la terrasser et d’ouvrir ainsi l’espace de l’éternité.

Etienne Duval


 

 

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 10:22

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Les pickpockets et la politique de Trump

 

Une expérience récente m’a alerté sur la politique de Trump. Il m’est apparu qu’il se comportait selon la même logique que les pickpockets eux-mêmes au point de réduire la réalité quotidienne, qu’elle soit publique ou privée, à une superbe farce.


La visite de deux pickpockets

Mercredi, 9 mai 2018, à 11h45, un agent du service des eaux frappe à ma porte. Comme le circuit d’eau a été coupé par une entreprise des travaux publics, il veut vérifier, pour la réparation, que mes tuyaux pourront supporter la pression qui va être envoyée. Il se penche sous mon évier et me demande d’actionner mon robinet entre ouverture et fermeture. Pendant ce temps-là, comme ma main gauche pend près de sa tête, il décroche la montre de mon poignet sans que je ne m’en aperçoive. Là-dessus arrive avec grand fracas un policier. Il me dit qu’un cambriolage a été effectué dans l’immeuble : il s’appelle Martin, fait partie du commissariat du 4è arrondissement de Lyon, et vient d’arrêter deux jeunes Maghrébins avec une forte somme d’argent. Or il sait que les voleurs sont passés par une fenêtre ouverte qui pourrait être la mienne. Celle de ma chambre est en effet ouverte. Il viendra dans l’après-midi pour prendre les empreintes. Pendant ce temps, et avec eux, je vérifie que rien ne m’a été volé, ce qui leur permet de voir les endroits où je mets mon argent et mes chéquiers. J’ai, bien sûr, changé depuis mes petites cachettes. Là-dessus, avec mes deux larrons, nous entrons dans la salle de séjour. Le policier va sur la terrasse et l’agent des eaux reste dans la pièce de séjour. Il a repéré mon portable sur une étagère de ma bibliothèque et finit par le subtiliser, à mon insu. Comme mon inconscient travaille, je lui dis innocemment : « Mais c’est vous le voleur ! » Mes deux compères s’en vont alors rapidement, le policier en s’assurant que je ne veux pas porter plainte et l’agent des eaux devant m’apporter une bouteille d’eau potable, pour boire avant la fin de la réparation projetée. C’est peu après, en discutant avec un voisin, que je m’aperçois que j’ai été victime de deux filous. Aussitôt je découvre que ma montre et mon portable ont disparu. Je porte plainte immédiatement, fais bloquer mon téléphone et achète un téléphone d’occasion nettement plus pratique que l’ancien. Je croyais être à l’écart de de ce genre de vols avec de tels prestidigitateurs. Comme quoi, chacun d’entre nous peut être une victime potentielle…


Le jeu du pickpocket décrypté

Les pickpockets n’agissent pas à l’improviste. Leur mise en scène est minutieusement préparée. Et, à partir de l’événement que je viens d’exposer, il est facile de décrypter le schéma de leur intervention.

  • Faire du vol un jeu où il faut gagner à tout prix,
  • Transformer ce qui peut être tragique pour la victime en une véritable comédie,
  • Inverser les valeurs pour que le mal puisse apparaître comme le bien,
  • Inverser les rôles : l’escroc se fait le protecteur des faibles et le voleur devient gendarme,
  • Susciter la peur pour faire de l’autre un partenaire,
  • Faire en sorte que la victime coopère à sa propre défaite,
  • Mettre le public de son côté en le rendant témoin de la farce qui vient d’être opérée.


Trump apparaît comme un pickpocket international qui nous roule dans la farine

Assez bizarrement Trump fonctionne selon la logique même du pickpocket. En voulant remettre les choses à l’endroit, il contribue à les mettre à l’envers. Ce n’est pas le bien commun qu’il recherche mais l’avantage des seuls Américains. Avec ses initiatives, il provoque le désordre à l’échelle du monde. Ainsi le déplacement de son ambassade à Jérusalem suscite l’embrasement de la Palestine. Mais, dans cette affaire, ce n’est que la première étape d’un jeu qui se joue en deux temps. Si, aujourd’hui, Israël semble avoir gagné, demain c’est l’Amérique qui doit en retirer le plus gros bénéfice. Par ailleurs, en dénonçant l’accord de Paris, Trump contribue à piller la planète. En se retirant du traité avec l’Iran, c’est non seulement l’appauvrissement de ce pays qu’il va provoquer, mais c’est aussi l’étouffement des entreprises européennes, russes ou chinoises, qui devront choisir entre leur présence à Téhéran et leur installation aux Etats-Unis. Que dire aussi des taxes prévues sur nos exportations ? Il faut se rendre à l’évidence, la politique ne peut pas suivre la logique de Trump sinon les dindons de la farce vont se multiplier.

Il est peut-être possible de déjouer sa pratique

Trump ne manque pas d’intelligence, mais il y a, chez lui, quelque chose de l’animal que nous sommes tous, et qui lui fait préférer l’instinct à la raison. Or, ayant fait beaucoup de randonnées, j’ai souvent eu à me défendre contre les chiens. En ces circonstances, j’ai remarqué que ces animaux jouent à nous faire peur en aboyant. Si nous ne faisons pas attention à leurs cris, ils se trouvent désarçonnés. Pour déjouer la pratique de Trump, la première chose est aussi de lui montrer que nous n’avons pas peur de lui. Ensuite, il convient de dévoiler son jeu de « pickpocket international ». Lorsque, innocemment, j’ai traité mon agent des eaux de voleur, il n’a pas mis longtemps à déserter le terrain avec le policier son complice. Enfin le plus efficace, par rapport à Trump, est peut-être de révéler le ridicule de son comportement. Lui qui est un gagneur ne craint rien plus que de paraître ridicule. J’en reviens aux chiens dans mes déplacements en randonnée. Pour m’en débarrasser j’avais une méthode, sans bâton ni pierre, qui a toujours été efficace. Elle consistait à leur tourner le dos et à les regarder entre mes deux jambes. Aussitôt ils s’enfuyaient comme pris d’une peur panique. Mon interprétation qu’on peut contester est la suivante : c’est leur propre image qu’ils découvraient ainsi, une image horrible, avec ma propre intention de me moquer d’eux. Les dominants n’aiment pas qu’on leur renvoie le côté complètement ridicule de leur comportement. Sans doute en va-t-il ainsi avec un homme comme Trump.

 

Le leurre du nucléaire (rajouté le 18 mai)

Comme tous les pickpockets, Trump a ses leurres et je pense que le nucléaire de l’Iran en est un. Il ne s’agit pas d’abord d’arrêter la production d’une éventuelle bombe atomique mais de marginaliser le pétrole iranien pour faire remonter les cours du brut et rentabiliser le pétrole et le gaz de schiste aux Etats-Unis. Le résultat recherché est déjà là à tel point que Total va abandonner son énorme investissement et contribuer à bloquer la production pétrolière de Téhéran. Et le prix mondial du pétrole remonte  à grande allure   au point que cela pourrait mettre en péril l’économie mondiale au profit des Etats-Unis.

Etienne Duval


 


 

 

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 14:36

 

L’esquisse d’un changement en profondeur pour un monde meilleur

 

Il ne suffit pas de prolonger les courbes d’évolution pour prévoir l’avenir. A certains moments les courbes changent de sens sans que nous l’ayons envisagé. Il se produit alors une mutation qui fait mentir les oiseaux de mauvais augure. Ainsi, aujourd’hui, beaucoup, s’alignant sur le passé, envisagent la disparition des emplois et les conséquences désastreuses qu’elle est susceptible de provoquer, alors que c’est probablement le contraire qui est en train de se passer.


Du goût de l’argent au souci de l’autre

Dans le dernier article du blog, j’ai évoqué ces professeurs qui préféraient sacrifier une partie de leur salaire pour donner un plus grand sens à leur propre vie en se rendant utiles à d’autres. Je suis aussi très sensible à ces gens qui entreprennent une très grande marche de l’Italie vers l’Angleterre pour soutenir les migrants, car à bien y réfléchir nous sommes tous des migrants. Hier encore, je discutais avec un jeune Africain, qui cherche un sujet de thèse en sociologie. Il s’interroge sur les grandes migrations qui partent de l’Afrique et ne peut se résoudre à envisager les raisons économiques comme seule motivation de ces déplacements. Prenant appui sur l’exemple de ces animaux qui font régulièrement de très longs voyages pour assurer la survie de l’espèce, il imagine qu’il existe aujourd’hui chez les Africains une pulsion inconsciente qui les pousse vers d’autres pour construire ensemble un nouveau monde, avec le passage progressif de la pulsion au désir de l’autre.  Les idées sont encore confuses mais elles peuvent être porteuses d’hypothèses fécondes qu’il faudra vérifier.


Les objets intelligents vont susciter la création de nombreux emplois

Il y a une quinzaine de jours, j’ai accompagné une filleule et son père pour acheter un ordinateur dans une grande surface. L’ordinateur est l’emblème le plus représentatif des objets intelligents qui sont aujourd’hui à notre disposition.  Lorsque j’ai entendu le raisonnement des vendeurs, je me suis dit qu’ils ne pouvaient être dans le vrai. Pour eux les ordinateurs sont programmés pour une durée de vie de 3 ans et il est inutile de les assurer pour une durée supérieure. Cela m’est apparu comme une aberration et je me suis dit que plus jamais je n’achèterai un ordinateur dans une telle grande surface. L’ordinateur est un objet intelligent qui a besoin d’être entouré de services pour être mis à la disposition du client. Les vendeurs raisonnaient comme on l’a toujours fait, pour rendre le produit aussi rentable que possible. Mais on en arrive à une situation où se creuse un profond décalage entre l’intelligence de l’objet et sa compréhension par l’utilisateur. Il faut un intermédiaire pour informer et former le client. Par ailleurs l’objet ne peut être soumis à un vieillissement prématuré : il est nécessaire de prévoir son entretien et sa réparation. Là-dessus, je décide d’acheter mon nouvel ordinateur dans une structure où se combinent la vente, l’aménagement du produit pour le client et sa réparation éventuelle. Le prix de l’ordinateur ne semble pas plus cher que dans une grande surface. En tout cas, il est inférieur à celui qui est indiqué sur internet. En réalité les produits intelligents coûtent de moins en moins cher : les logiciels qui leur permettent de fonctionner peuvent être multipliés à l’infini sans que leur prix de revient n’augmente. Aussi le prix de vente peut intégrer le service d’information et de formation et peut-être même celui de l’entretien et de la réparation. Lorsque je répète à mes vendeurs ce que m’expliquaient les agents de la grande surface sur la durée de vie programmée des ordinateurs, ceux-là me répondent par un sourire entendu ; pour eux il est bien évident que ces machines vont finir par s’arrêter si personne ne s’en occupe mais ils savent qu’ils sont là pour empêcher une telle issue.


La seconde naissance des objets intelligents

J’ai donc acheté mon nouvel ordinateur mais je constate qu’il n’est plus possible d’y introduire un compact-disc ou un DVD. Or j’ai besoin très rapidement d’un lecteur de CD. Impossible d’en trouver à proximité, y compris dans la boutique la plus spécialisée. Alors je m’adresse au gérant d’un petit bazar, car, à la Croix-Rousse, un quartier aux multiples réseaux, nous fonctionnons beaucoup par le « bouche à oreille ». Il me répond qu’il n’en a pas mais que j’en trouverai un à bon prix, dans un nouveau magasin un peu plus loin. A 150 mètres je trouve en effet le magasin indiqué, j’y entre et je découvre de nombreux ordinateurs, des téléphones, des caméras, des instruments de musique à très bon prix. Ils sont comme neufs, mais ce sont tous des objets d’occasion. Il y a là au moins trois vendeurs et l’un d’entre eux me présente sans difficulté le lecteur de CD que je recherche pour moins de 20 euros. Peu après je reviens avec mon vieil ordinateur : deux autres personnes du magasin l’inspectent, lui trouvent quelques défauts et finissent par l’acheter pour 100 euros si bien que je repars ravi d’une pareille aubaine. Ainsi un marché nouveau est en train d’apparaître pour offrir une seconde naissance aux objets intelligents. Je découvre finalement que deux magasins viennent de s‘ouvrir, en même temps,  à la Croix-Rousse, pour se lancer dans une telle aventure, qui semble prometteuse.


La caverne d’Ali baba et ses quarante vendeurs

A la Croix-Rousse, toujours, s’est ouvert, il y a quelques années, un magasin où l’on trouve de tout dans le domaine de la droguerie et de la quincaillerie. Il y a là les articles les plus courants mais aussi beaucoup d’autres de grande qualité. Or la stratégie fonctionne à l’inverse de celle des grandes surfaces : de nombreux vendeurs vous accueillent pour vous aider à trouver ce que vous cherchez, quitte à monter sur de longues échelles qui donnent le vertige, pour accéder aux produits les plus insolites. Il devient ainsi évident qu’un autre commerce est en train de s’inventer : la qualité s’accompagne alors d’un service renforcé avec ses nombreux vendeurs qualifiés.


Du goût du bien manger et l’enjeu d’une transformation de l’agriculture

Tout près de l’endroit où j’habite, deux marchés, un grand et un autre plus petit, fonctionnent six jours sur sept. Les habitants du lieu et d’autres plus éloignés y sont très attachés parce qu’ils peuvent trouver ici des légumes et des fruits de meilleure qualité que dans les grandes surfaces. Ce n’est plus le prix seul qui est déterminant pour l’acheteur : ce dernier a ses exigences qui poussent les agriculteurs, maraîchers ou arboriculteurs, à donner la préférence à la qualité sur le rendement à tout prix. Ainsi s’amorce à partir du client une révolution de l’agriculture, qui, en développant la qualité, peut aussi développer l’emploi avec une meilleure rémunération du travail effectué.


Une image de soi plus exigeante qui pourrait susciter une autre forme de militance syndicale et d’engagement politique

Le plus grand souci de l’autre tend à transformer l’image que chacun se fait de soi-même. Aussi devenons-nous plus exigeants pour les formes de militance de toute nature. Personnellement je me sens blessé dans mon humanité lorsque je vois certains responsables politiques et syndicaux trop bloqués sur le rapport de force pour aboutir à leurs fins. Je ne peux oublier que l’homme se fabrique dans le passage du rapport de force à la parole. Je conçois que la violence soit aussi une force de vie mais elle ne peut l’être que si elle passe du côté de la parole.

Etienne Duval

 

 


 

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 17:29

 

Le passage de l’arbre de la connaissance à l’arbre de vie

 

Les mythes peuvent être repris dans une perspective religieuse, mais il est aussi possible d’en saisir la portée anthropologique indépendamment du souci religieux. C’est, en tout cas, ce qui se passe pour le mythe de la chute proposé par la Bible. Ce mythe présente deux arbres : l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie. Le premier évoque la situation de l’homo sapiens qui est appelé à se développer grâce à la connaissance. Par contre le second renvoie à une situation nouvelle où c’est l’homme en tant que sujet qui l’emporte et non plus simplement le savoir. Le savoir est un moyen au service de la construction de l’homme  et alors l’arbre de la connaissance est intégré dans l’arbre de vie comme moyen et non comme fin. Très astucieusement la Bible attire l’attention sur le danger de croire que l’homme doit son salut à la connaissance, même si la connaissance reste une dimension essentielle du fonctionnement humain. Il y a un au-delà où l’homme doit intégrer la totalité de son être y compris le savoir et c’est la situation lorsqu’il accède à l’arbre de vie.


Ce n’est pas la connaissance qui sauve l’homme

Nous venons déjà de le souligner mais il me paraît important d’y insister à nouveau. Cela ne signifie pas qu’elle soit sans intérêt. Au contraire elle est un moyen important offert à l’homme pour accéder à ce qu’il est et à ce qu’est le monde présent dans son environnement. Mais elle n’est qu’un moyen. Il reste un au-delà et un chemin qui peut être encore long à parcourir. Car c’est la totalité de son être que l’homme doit reprendre pour l’assumer en tant que sujet. Or il y a bien d’autres dimensions que la connaissance : la création, la transformation du monde, l’amour… En fait nous arrivons aujourd’hui à un stade où nous ne pouvons plus nous contenter de la connaissance ou du savoir au risque d’entraîner la société dans une dangereuse dérive ; les possibilités de la connaissance sont considérablement augmentées par le numérique, les algorithmes et l’ouverture sur le code génétique si bien que des inégalités énormes vont s’installer entre les hommes selon leurs possibilités d’accès au savoir. Il devient nécessaire de penser l’homme selon une dimension beaucoup plus large que la connaissance pour permettre le développement de l’être soi. Les religieux insisteront alors sur l’ouverture au divin comme un parachèvement de l’humanisation de l’homme.

C’est en partie ce problème qui est évoqué par Yuval Noah Harari dans deux livres passionnants : « Sapiens, une brève histoire de l’humanité’ et « Homo deus ». Nous retiendrons de ses réflexions que l’homme accède à un nouveau stade très important dans son évolution.

Ce qui sauve l’homme, c’est de faire une place à l’autre

Assez paradoxalement l’homme est appelé à sortir de lui-même pour se retrouver dans sa totalité. Le mythe de Narcisse nous montre avec beaucoup d’a- propos comment l’enfermement sur soi est en fait une attitude suicidaire. Il devient nécessaire de faire un détour par l’autre pour accéder à soi-même. Autrement dit c’est dans le rapport à l’autre que l’homme devient réellement humain et qu’il accède à une forme d’absolu qui en fait un sujet à part entière. Et l’accomplissement d’une telle démarche se fera dans l’amour. Aussi le dépassement de l’homo sapiens est-il une invitation à une plus grande perfection de l’homme concret. C’est pourquoi l’attitude par rapport à l’étranger en général et par rapport au migrant en particulier devient aujourd’hui un enjeu fondamental pour chacun d’entre nous et pour l’humanité dans son ensemble.


L’importance désormais essentielle de la vocation

Comme nous avons pu le voir dans un blog précédent, la vocation ne s’adresse plus à une élite, elle est une seconde naissance qui concerne tous les hommes. Cela signifie que chacun est unique et qu’il a une place imprenable dans notre monde. Bien plus il ne peut accéder à cette place unique que s’il aide les autres à l’obtenir de leur côté. Désormais la relation est faite d’interactions et d’interrelations, qui supposent la construction de réseaux. Tout s’effectue alors dans la dynamique d’un jeu indéfini impulsé par ce qu’on appelle des espaces intermédiaires. En réalité la vocation est un appel à entrer dans le jeu au risque d’être marginalisé voire expulsé.


De nouveaux emplois qui émergent

Je vais raconter une expérience récente. Il y a moins d’une semaine, nous étions plusieurs à échanger sur la vocation. Une docteure en philosophie, qui, autrefois, donnait des cours à l’Université avoua à la surprise générale que sa vocation était d’être femme de ménage, au service de gens qui pouvaient avoir besoin de son aide. Une ancienne professeure de français renchérit dans le même sens. Aussi peu après je rencontre une auxiliaire de vie qui exerce depuis longtemps dans mon immeuble et je lui raconte cette histoire. Elle me dit : « Cela ne m’étonne pas, j’ai été moi-même professeure d’allemand ». Tout à coup ce que personne ne voyait vraiment apparaissait pour moi en pleine lumière : des emplois nouveaux étaient en train d’émerger et leur caractéristique commune était d’être au service des autres. C’est alors que m’est revenu à la mémoire un passage de l’Evangile : le Christ, que l’on peut considérer comme un maître en humanité, conseillait à ses disciples de ne pas chercher à commander aux autres mais de devenir les serviteurs de tous. Ayant travaillé comme sociologue dans un service du Ministère du Travail, je peux dire que nous savions, depuis longtemps, que les emplois de service à la personne allaient se multiplier. Et je suis étonné qu’aujourd’hui le gouvernement limite les crédits aux hôpitaux et aux centres médicaux au moment où il faudrait investir massivement dans ces secteurs.


Des ratages qu’il faut apprendre à réparer

Dans la nouvelle situation qui nous est offerte, il devient essentiel de naître une seconde fois en assumant sa vocation au service des autres, pour devenir soi-même. Or des symptômes graves manifestent que, pour certains, cette seconde naissance n’a pas eu lieu. Ils s’expriment par des malaises psychiques, par certaines formes de bipolarité qui semblent se multiplier. Très alertée la médecine en cherche la cause dans des dysfonctionnements personnels, oubliant la dimension sociale, qui pourrait en être à l’origine. Pendant ce temps, les familles concernées ne savent à quel dieu se vouer et souffrent en silence. Or il semble urgent de s’intéresser à l’impact que peut avoir le passage de l’arbre de la connaissance à l’arbre de vie sur le comportement et l’évolution des individus. Il pourrait alors devenir possible d’aider ceux qui ont pris du retard à faire un nouveau pas dans la vie pour entrer dans le nouveau jeu qui est proposé. Certains découvriront peut-être que le métier de femme de ménage, d’auxiliaire de vie ou d’infirmier, peut-être déconsidéré,  a plus de sens que le métier rêvé de polytechnicien…

Etienne Duval


 

 

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7 mars 2018 3 07 /03 /mars /2018 17:35

 

 

Le difficile accouchement de l’espérance

Les parents doivent accoucher deux fois : à la naissance et lorsque l’enfant prend son élan dans la vie et qu’il doit voler de ses propres ailes. Dans le second  cas, c’est l’accouchement de l’espérance qui est en cause. Or il se trouve que ce second accouchement n’est pas toujours facile. Pour illustrer mon propos je prendrai un cas concret en cherchant à en faire l’épure d’un cas plus général.


Raymond, Jacqueline et leur fils Bruno

Je connais Raymond et Jacqueline depuis plus de vingt ans. J’ai assisté à leur mariage avec la famille et quelques amis. Et puis Bruno est né, faisant la joie de ses parents. Il est beau, intelligent, sportif. Tout semble lui réussir et son avenir se dessine progressivement sous une forme brillante. Avec ses parents et ses maîtres, Bruno construit un château somptueux. Il est rieur et s’entoure d’amis. Dès sa naissance les fées semblent l’avoir placé sur une voie royale.


Les murs du beau château commencent à se fissurer à 18 ans

Or, à la fin de l’adolescence, au moment où Bruno doit commencer à prendre son envol, l’équipage commence à tanguer et à donner des signes inquiétants. Il va dans un sens puis dans un autre, s’élance à grande vitesse sur une portion de la route et puis se trouve brusquement bloqué. Les parents s’inquiètent, consultent, font confiance à un psychiatre puis à un autre et finissent par déchanter car les résultats promis se font attendre. Bruno s’affronte alors à la toute-puissance sous ses formes multiples : la sienne d’abord, la drogue, les médicaments, la psychiatrie, internet, les marchands de faux espoirs… Parfois il repart car il pense avoir trouvé la solution à ses problèmes mais l’enthousiasme passager cède au découragement.


L’épuisement des parents

A un moment donné, Bruno semble pourtant bien reparti. Les parents reprennent espoir. De son côté, Jacqueline s’apprête à organiser une grande fête pour le départ de son travail et convoque de nombreux amis. Déjà, je me réjouis de cette prochaine rencontre et cherche par quel cadeau je pourrai concrétiser une amitié        qui a subi l’épreuve du temps. Et puis une lettre arrive : tout est décommandé, la fête n’aura pas lieu. La rechute de Bruno finit par épuiser Jacqueline et Raymond qui subissent depuis plusieurs années les soubresauts d’un enfant qui n’arrive plus à grandir.


Espérer coûte que coûte pour redonner la vie à Bruno  

Je me dis que Bruno, quelle que soit sa santé psychique, a droit à sa seconde naissance. Les traitements, les médicaments  de toute nature, ne peuvent prendre la place de ses parents pour lui permettre d’accoucher de l’espérance. Si ses parents n’espèrent plus, comment pourrait-il sortir de ses peurs qui l’empêchent de vivre ? Je prends alors le risque d’être inhumain en adressant à la mère un laconique souhait de bonne soirée comme réponse à sa lettre où pointait une certaine désespérance. La réaction ne se fait pas attendre : je n’ai rien compris à la situation et au drame des parents. Quoi qu’il en soit, je dois à tout prix témoigner de l’espérance pour qu’ils témoignent à leur tour auprès de Bruno. C’est l’humanité de sa vie qui est en jeu. Personnellement je sais que l’espérance porte la vie et la profonde bienveillance de la vie, même si la guérison souhaitée ne vient pas comme on l’attend. Je me souviens encore du jour où je suis né une seconde fois. Un homme, à qui je demandais conseil au moment même où je doutais de mon avenir, m’a ouvert la porte de l’espérance : « Cherchez la vérité partout où elle se trouve ». Quelques années après, j’ai appris qu’il était psychanalyste. Depuis, un tel conseil m’a permis de traverser le temps. J’ai cherché la vérité dans le christianisme. Je l’ai cherchée chez les incroyants, chez Marx et la révolution chinoise, chez les jeunes des banlieues, au Moyen Orient. Jamais elle ne m’a déçu. Toujours elle m’a libéré et continue à me libérer aujourd’hui. Ce dont je suis sûr, c’est que Bruno a un avenir, le sien,  et qu’il faut l’aider à ouvrir la porte.


L’espérance, une petite fille de rien du tout

L’espérance, c’est rien, c’est l’insignifiance même. Et pourtant, elle porte la vie sur ses épaules. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Péguy, un grand auteur, mort à la guerre de quatorze.

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
Et je n'en reviens pas.
Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d'Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu'elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

L'Espérance voit ce qui n'est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n'est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l'éternité.

Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent par la main,
La petite espérance
S'avance.
Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l'air de se laisser traîner.
Comme une enfant qui n'aurait pas la force de marcher.
Et qu'on traînerait sur cette route malgré elle.
Et en réalité c'est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne.
Et qui fait marcher tout le monde.
Et qui le traîne.
Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912


Dépasser la peur qui ferme à clef la porte de l’espérance

La pire ennemie de l’espérance, c’est la peur. C’est en tout cas, ce qu’on raconte en Thaïlande.

Un jour, un homme qui avait beaucoup guerroyé s’en vint voir un ermite. Il lui ouvrit son âme. Jusqu’ici il avait perdu son temps mais il cherchait maintenant à se tourner du côté de la sagesse, vers des biens non périssables. L’ermite l’accueillit avec une grande bienveillance et, pendant trois jours,  lui apprit à méditer, à maîtriser son souffle et à conduire ses pensées.

Pendant un an, l’ancien guerrier continua ses exercices. Mais il n’arrivait pas à aimer la vie et à aimer les autres. En fait, comment pouvait-il y arriver puisqu’il ne s’aimait pas lui-même ? Le sage lui apprit alors à atteindre le fond paisible de son cœur pour affronter les tempêtes de ses sens.

Une nouvelle année passa. L’homme se raidissait devant l’absence de résultats. Et puis il finit par en avoir marre, regrettant de s’être égaré dans une telle expérience. Mais avant de reprendre sa vie d’autrefois, il voulut régler ses comptes à celui qui abusait de la naïveté de ses disciples. Sans avertir, il s’engouffra dans la hutte du maître et l’accusa de manière définitive : « Vous êtes un imposteur ! » Le maître ne prit pas ombrage d’une pareille ingratitude. Il s’en alla chercher son jeu d’échecs et annonça : « Nous allons faire une partie, mais celui qui perdra aura la tête tranchée. Êtes-vous d’accord ?  » L’homme perçut une forme de malice dans l’œil brillant de son interlocuteur. Alors, il accepta la proposition de l’ermite. La partie commença. Malheureusement notre joueur perdait ses positions les unes après les autres. Déjà il sentait le fil de l’épée glisser sur sa nuque. Alors il respira fortement, se gonfla de courage et reprit l’avantage. Au moment d’abattre sa reine sur le jeu, il interpella son compagnon : « Vous avez perdu ! » mais sa main qui portait la reine resta suspendue au-dessus de la tête du sage. Il ne pouvait pas lui couper la tête puisque son adversaire ne l’avait pas fait lorsqu’il avait l’avantage.

A ce moment précis, l’ermite renversa l’échiquier sur le gazon et s’expliqua : « Vous avez compris maintenant ! Avant d’ouvrir la porte du temps et de l’amour, il fallait vaincre vos peurs ».

Etienne Duval

 

 


 

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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 16:45

https://www.corsenetinfos.corsica/Theatre-a-l-Espace-Diamant-le-silence-de-Moliere-mise-en-scene-par-Marc-Paquien_a25177.html

Le silence de Molière

 

Il est temps de sauver le « aleph » ou la case vide

pour sauver l’homme lui-même

 

Yuval Noah Harari a écrit un livre passionnant : « Sapiens : une brève histoire de l’humanité ». Il nous montre comment l’homme s’est efforcé de conquérir le monde par son intelligence. Mais aujourd’hui l’humanité s’apprête à franchir une nouvelle étape que l’auteur appelle « Homo deus ».


Homo deus

Sous des mots voilés, la Genèse nous avait fait entrevoir le passage de l’animalité à l’humanité et l’épreuve que l’homme avait dû affronter : il avait perdu le sens des limites et avait cru pouvoir accéder à la divinité par ses propres moyens. Sans le vouloir au départ il devait maintenant se confronter à la toute-puissance. Or aujourd’hui, avec les pouvoirs que lui donnent la science et la technique, il croit être à même d’atteindre l’immortalité et  le bonheur. Il a pour satisfaire ses désirs deux moyens fabuleux : le numérique avec les algorithmes et la biotechnologie qui lui donne accès à certains secrets de la vie et de son développement. Grâce aux progrès de l’informatique, il est désormais capable d’envisager l’avenir en faisant interagir une multitude de facteurs, dans un temps très réduit : il construit alors des algorithmes qui sont des chemins pour résoudre rapidement les problèmes qui s’imposent à lui. En même temps, le déchiffrement du code génétique lui permet d’agir sur les organismes vivants et donc sur sa propre vie en utilisant la biologie, la biologie moléculaire, la microbiologie, la biochimie et la biophysique…

Il peut ainsi construire des robots qui font le travail à sa place, allonger sa vie avec l’illusion d’atteindre l’immortalité, et découvrir peut-être les pilules du bonheur. L’homme est de trop car le sujet ne peut plus se construire et trouver sa voie. De son côté, l’intelligence est toujours là. Elle est même décuplée par les artifices de la science. Mais désormais elle se sépare progressivement de la conscience. A la limite, l’humain se déshumanise en créant des monstres qui pourraient prendre le pouvoir à sa place, et court le risque de devenir lui-même monstrueux.

L’auteur du livre nous interpelle : nous n’avons que quelques dizaines d’années pour intervenir. Or Il me semble qu’une petite histoire construite comme un mythe ou comme un conte nous laisse entrevoir la solution.


La création du monde et les lettres de l’alphabet

On raconte que lorsque Dieu a voulu créer le monde il est venu demander de l’aide aux lettres de l’alphabet car, en fait, le langage précède la création du monde elle-même. Et c’est à partir des lettres de l’alphabet que se construit le langage. Il y avait donc 22 lettres et chacune avait son énergie doublée d’un sens précis, avec une possibilité d’évolution. Si nous regardons les lettres hébraïques et les lettres chinoises, nous ne sommes pas très loin de la réalité, car d’un côté comme de l’autre, elles sont chargées de la force du symbolique.

Chaque lettre vient donc se présenter devant Dieu, en commençant par la dernière, et fait valoir tous ses atouts. Finalement c’est le beth  qui présidera à toute la création car il exprime la bénédiction et la bénédiction elle-même se transmettra de génération en génération. Le aleph n’ose pas venir près de Dieu, à son tour, car tout est déjà réglé. Et puis sa lettre ne se prononce pas : elle est silence, moment d’interruption. Pourquoi s’en préoccuper puisqu’elle n’est rien ? Dieu pourtant n’est pas de cet avis. Il l’interpelle : « Pourquoi ne viens-tu pas ? C’est toi que je préfère. Tu seras la première dans mon œuvre de création car, sans toi, rien ne peut tenir. Ton silence engendre la parole tout entière, le vide dans lequel tu te complais met en relief la beauté. Grâce à toi chaque être trouve sa place et découvre son identité. Tu vas permettre, en même temps, l’unité et la diversité du monde que je m’apprête à créer ». C’est alors qu’en s’inclinant, pour ne pas froisser l’orgueil de ses voisines, la lettre  aleph s’en vient timidement occuper la première place.

Chacun comprend sans peine maintenant que c’est le aleph qui manque à notre monde en profonde mutation. Cette lettre est le vide intermédiaire qui permet à chacun d’exister, elle est l’espace de la dynamique de la vie, elle est le temps de repos et de respiration qui favorise la récupération de ses forces. Bien plus elle empêche le monde de se figer et ouvre, à tout moment, le chemin de son évolution.


Moïse qui brise les Tables de la Loi

Avec les Tables de la Loi, nous sommes un peu dans la même problématique  car elles sont à leur manière l’un des codes génétiques essentiels de l’humanité tout entière. Personnellement je suis ébloui par le personnage de Moïse. Nous pensons spontanément qu’il est juif mais en lisant le texte très attentivement, avec l’histoire fabuleuse de sa naissance et de son adoption par la fille de Pharaon, nous découvrons qu’il est probablement égyptien lui-même. Or il est choisi pour libérer les Hébreux asservis par son peuple. Il y a un blanc : les Juifs vont bien s’affranchir de ceux qui les ont réduits en servitude mais ils ne le font pas complètement eux-mêmes. Ils ont un chef issu du clan des oppresseurs.

L’histoire des Tables de la Loi est encore plus extraordinaire. Dieu, selon une tradition principale, est directement l’auteur de l’inscription opérée sur ces Tables. Elles semblent ainsi avoir une valeur exceptionnelle, en tout cas beaucoup plus importante que si elles avaient été l’œuvre du sculpteur Moïse. En fait c’est mal comprendre la logique sous-jacente. Voyant que leur chef restait trop longtemps sur la montagne, les Hébreux ont voulu avoir un dieu à domicile : ils se sont construit un veau d’or. C’est alors que Moïse,  découvrant leur forfait, brise les Tables, pourtant écrites par le Très-Haut. En somme son forfait est plus important que celui des Juifs eux-mêmes. Mais ce n’est là qu’une apparence. De manière plus ou moins consciente, il vient de s’apercevoir que le aleph est absent des Tables divines. Autrement dit,  il manque le vide qui doit ouvrir une place à l’homme et à son avenir. D’ailleurs Dieu paraît avoir fait la même découverte : il demande à Moïse d’écrire directement sur les Tables. C’est ainsi qu’une grande leçon vient d’être délivrée aux humains. Ceux qui veulent tout attribuer au Grand Seigneur se trompent de Dieu car le vrai Dieu, par nature, fait sa place à l’Homme. En créant, il n’oublie pas le aleph.

Alors en ce qui concerne l’homme, qu’il soit croyant ou refuse de croire, il est essentiel de retenir la leçon de Dieu ou du mythe. Il ne faut pas vouloir tout maîtriser, il est même indispensable de laisser des blancs, pour qu’avec la mutation nouvelle de l’humanité la vie puisse passer.

Etienne Duval

 

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 15:48

La ville de Ghardaïa

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Comme des mages venus d’Orient, les Arabes sont porteurs de somptueux trésors

 

Je pense personnellement que nous faisons fausse route dans nos rapports avec la culture arabe. Nous sommes crispés dans des peurs non raisonnées et nous faisons comme si le bien était de notre côté et le danger du côté d’autres courants que nous ne maîtrisons pas. Pour faire simple, sans chercher à justifier mon point de vue, je dirai qu’en Occident, nous sommes du côté de la rationalité alors que la culture arabe s’enracine dans une sorte de sensibilité esthétique où le beau conduit à une autre forme de la vérité.


Un restaurant marocain transformé en palais d’Orient

Il y a six jours à peine, juste après Noël, une amie m’invite dans un restaurant marocain de Lyon. Dès que je rentre, je suis ébloui par la beauté du lieu. Des couleurs multiples et douces viennent égayer les murs et le plafond. Les sièges avec des dizaines de coussins se déploient autour de superbes tables. Comme nous ne sommes que deux, la serveuse ne nous installe pas face à face, mais côte à côte dans un coin en angle droit. Tout est fait pour la qualité de l’accueil. Nous voici transportés  dans un véritable palais, en proie aux rêves qui précèdent une nouvelle naissance.

 

La maison de Nabatieh avec ses cinq salons

Tout cela m’évoque une maison surprenante au Liban. Grâce à Mohamed, lui-même d’origine libanaise, nous avions organisé « L’Opération des Mille et Un  Fauteuils Roulants » regroupant plusieurs ONG françaises en lien avec deux associations locales Arc-en-ciel à Beyrouth et Sarafand près de Saïda. C’était entre 1996 et 2001. Il s’agissait de fournir des fauteuils roulants à des milliers de handicapés, victimes de la guerre du Liban. Ahmed était alors directeur des relations extérieures à Sarafand. Personnellement, j’étais chargé de l’évaluation de l’opération, ce qui m’obligeait à suivre de très près les différents moments de l’action. Un dimanche, Ahmed nous invite à plusieurs, dans sa maison près de Nabatieh. Nous sommes reçus comme des princes. Il y a là cinq très beaux salons. Nous entrons dans celui qui était réservé aux hommes, en face d’un autre seulement réservé aux femmes. Chacun avait ses couleurs et son aménagement particuliers. Ce lieu de rêve jouait un rôle important dans la vie d’Ahmed. Il nous disait : « J’ai une famille de quatre enfants : trois filles et un garçon. Je tiens mon équilibre à cause de ma base, dans ma maison près de Nabatieh. Je souhaite que ce que je trouve au sein de la famille soit un exemple comme lieu de bonheur ».


Une promenade magique dans la Médina de Fès

Au mois d’avril 2012, je participe, à Fès, à un colloque sur la traduction des textes sacrés. Or une demi-journée est consacrée à la visite de la Médina. Ce sont 14000 maisons qui sont installées là avec leurs toits couleur de pierre et de terre. La ville a été fondée au 9è siècle par Moulay Idriss 1er et, depuis 1981, elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pendant plusieurs heures, nous sillonnons les multiples ruelles et admirons les palais, les mosquées avec leurs minarets verts, les madrasas, les restes de l’Université Al Quaraouiyine. Il y a là aussi de multiples ateliers qui accueillent les menuisiers, les vanniers et les femmes artisans. Tous les espaces ruissellent de beauté. Un de mes interlocuteurs me dit que la promenade dans la médina de Fès a un effet thérapeutique pour tous les habitants de la ville. Et sans doute aussi pour les touristes.


La ville bleue de Ghardaïa qui surgit de la nuit

C’était il y a déjà longtemps. En 1979, je décide de m’approcher du Sahara. Rendu à Alger, je prends un car pour plus de 600 km, qui doit m’emmener à Ghardaïa. Le voyage est long et fatigant mais l’aboutissement est merveilleux. Il est six heures du matin. Tout à coup, nous voyons surgir sur une colline, une ville toute bleue, qui sort de la nuit. Le désert qui l’entoure la met encore plus en valeur. Je ne sais plus si je suis dans le rêve ou la réalité. J’en garde encore aujourd’hui un souvenir lumineux.


La femme qui change cinq fois de vêtement au cours d’un repas

Pour vérifier l’opportunité de ce blog, j’en parle, il y a deux jours, à un professeur tunisien. Il me rassure, me disant que mon intuition est juste et, pour aller dans mon sens, il me raconte une petite histoire. Il est invité au Maroc chez un collègue. Or il constate que la femme de son ami change cinq fois de tenue vestimentaire pendant la durée du repas. Ayant habité pendant de nombreuses années dans les banlieues lyonnaises, j’ai toujours constaté que le vêtement revêtait une grande importance, quels que soient les moyens financiers, pour les habitants maghrébins. Il doit contribuer à mettre en relief la beauté de celui qui le porte.


Tout homme, comme mon plombier de Noël, a la dignité d’un prince

Nous sommes le 27 décembre dernier. Le lendemain 28, je dois recevoir à midi sept personnes de ma famille. Or je constate qu’il y a une fuite au-dessous de mon évier. Vite, j’avertis Ali mon plombier. Il me fait savoir par SMS qu’il n’est pas libre dans l’immédiat. Après plusieurs appels répétés, il me répond, vers 5 heures de l’après-midi,  qu’il passera peut-être dans deux heures. A 19 heures 30, il n’y a toujours pas d’Ali à l’horizon. De nouveaux appels se succèdent sans succès. Ali décroche pourtant vers 10 heures du matin, le lendemain. Il me fait espérer qu’il sera chez moi dans une heure et demie. Mais, comme je m’y attendais, mon plombier ne se présente pas à l’heure dite. Alors, je deviens raciste à l’intérieur de moi : « Ces Arabes n’ont pas de parole. On ne peut pas compter sur eux ! » Je prends provisoirement mon mal en patience en installant une cuvette dans l’évier. Et puis, à 12h30, un appel de la porte : c’est mon frère qui voudrait que je lui ouvre le parking de l’immeuble. Je descends rapidement. Or Ali est là : en grand seigneur il salue tous les membres de ma famille, après avoir constaté nos ressemblances entre frères. Et puis il monte avec nous, repère rapidement les dégâts et donne, avec sa clef, un tour de vis, qui remet tout en ordre. Le voici triomphant, avec en plus la beauté du geste. Il nous souhaite à tous un très bon repas.


La beauté de l’Orient est là pour redonner chair humaine à la prétentieuse raison de l’Occident

Ici, en occident, nous pensons que la raison a forcément raison de tout. C’est logiquement convenable, mais la raison n’a ni corps ni émotion. Elle se déploie dans un univers inhumain. Il lui faut le tour de vis de mon plombier arabe, avec son geste princier pour retrouver sa dimension humaine et donner toute sa splendeur à une vérité, qui, jusque-là, reste trop désincarnée. Si nous voulons continuer notre marche vers un avenir plus radieux, nous avons besoin d’un mariage entre la beauté et la raison, entre l’Orient et l’Occident.

Etienne Duval

 

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13 décembre 2017 3 13 /12 /décembre /2017 17:22

http://agoras.typepad.fr/.a/6a00d8341ce44553ef01a73deca896970d-800wi

 

Nous sommes habités

 

Nous avons aujourd’hui besoin d’une vision du monde pour accompagner la construction de notre avenir. Je voudrais modestement proposer la mienne, qui est aussi celle de beaucoup d’autres, et je dirais que nous sommes habités. Habités par quoi ? C’est ce que je vais tenter d’exprimer.


Les tuniques de peau

Il y a un certain nombre de mythes dans la Bible. Personnellement et contrairement à certains, j’aime en particulier le récit de la chute (Genèse, 3, 1-24). Il apparaît pour beaucoup comme l’expression d’une malédiction. Je pense qu’il cherche, pour une part, à exprimer le passage chez l’homme de l’animalité à l’humanité. Et, pour le signifier, le créateur donne à Adam et Eve des tuniques de peau. Jusqu’ici ils étaient nus comme les autres animaux. Maintenant, ils portent un habit qui en fait des hommes : l’animal est mort pour donner naissance à un être nouveau. Comme le suggère le mot français, l’homme est un être habit(é). « L’homme appela sa femme Eve, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. Le créateur fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit. Puis, le créateur dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! » (Genèse, 3, 20-22).


Le bruit d’une brise légère

Un peu plus loin, la Bible nous parle du prophète Elie. Il devait faire face aux prophètes de Baal, qui avaient un certain succès. Alors il les mit à l’épreuve et finit par montrer que leur soi-disant pouvoir était dépourvu de  consistance. Sans se poser de questions, il les massacra tous au point que le créateur voulut le remettre dans le droit chemin. Il réitéra  le moment du passage de l’animalité à l’humanité. Elie, comme un animal, est dans une grotte. Le créateur le fait monter sur la montagne et lui dit de se tenir devant lui. « Et voici que le créateur passa. Il y eut un grand ouragan si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant du créateur, mais le créateur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan un tremblement de terre, mais le créateur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre un feu, mais le créateur n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère. Dès qu’Elie l’entendit, il se voila le visage avec son manteau » (I Rois, 19, 11-13).  L’homme qui se veut serviteur du créateur ne doit pas être du côté des forces de mort (l’ouragan, le tremblement de terre, le feu), mais du côté du souffle créateur de vie, symbolisé par la brise légère. Et avec Elie, nous pouvons comprendre maintenant que l’homme n’est pas habité par la mort mais par une brise légère, qui est l’énergie créatrice de la vie.


La transmission du manteau

Le manteau d’Elie était probablement fait d’une peau d’animal comme celui d’Adam et d’Eve.  Et comme ce dernier, il cache et révèle ce qui habite l’homme, à savoir l’élan mystérieux de la Vie. Aussi lorsqu’il doit se trouver un successeur, en la personne d’Elisée, il renouvelle le geste du créateur en jetant sur lui sa tunique de peau. « Il partit de là et il trouva Elisée fils de Shaphat, tandis qu’il labourait avec douze paires de bœufs, lui-même étant à la douzième. Elie passa près de lui et jeta sur lui son manteau » (I Rois, 19-19).

Lorsqu’approche la fin d’une vie, l’homme se demande comment il va transmettre son héritage. L’héritage à transmettre c’est son manteau, c’est-à-dire finalement le secret mystérieux et créateur de vie,  qui lui a permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui.


Comme l’homme, toute maison a son espace sacré

En donnant une tunique à l’homme, le créateur lui a, en même temps, donné une maison. La tunique était en fait la matrice qui allait lui permettre de devenir lui-même. Or elle est l’image de cette autre matrice qu’est la maison.  La maison est comme un temple, avec l’espace sacré qu’est le foyer, créateur d’énergie pour tous les habitants. De tout temps et de manière intuitive, les hommes ont voulu exprimer l’idée qu’ils étaient des frères, tous membres d’une même maison. C’est ainsi qu’ils ont créé des temples païens, des temples juifs, des églises et des cathédrales, des mosquées, des maisons du peuple… Le Corbusier a magnifiquement repris une telle intuition en construisant le couvent dominicain de la Tourette. Et au-delà de la dimension religieuse, il a cherché à lui donner une dimension humaine et universelle. Toute sa construction part de l’église et les cellules édifiées sur les deux étages supérieurs ne sont que la reproduction de l’église elle-même. Elle est le foyer qui va transmettre son énergie à l’ensemble de la maison. Elle a son espace indicible qui renvoie à tous les espaces possibles. C’est ici que la vie émerge de la lumière renvoyée par des canons qui relient l’intérieur et l’extérieur. Ayant à la fois la forme d’un berceau centré sur l’autel et d’un tombeau qui évoque la fin de toute existence, elle exprime aussi pour les croyants les étapes de la naissance, de la mort et de la résurrection. Si les cellules par leur volume sont une reproduction de l’église dont vient l’énergie centrale du bâtiment, elles donnent aussi sens à l’ensemble. Bien loin d’être tournées vers l’église elle-même, elles sont orientées vers l’extérieur, vers la nature, le monde et tous les hommes. La vie n’a de sens que si elle est tournée vers les autres.


Le devenir de la terre

Notre terre aujourd’hui est malade et il faut que chacun lui vienne en aide pour qu’elle retrouve la santé. Peu à peu nous prenons conscience qu’elle est notre mère car l’homme lui-même est fait de terre et d’esprit ; elle est aussi la matrice de notre devenir et celle qui nous insère dans l’univers dont nous dépendons aussi. Aujourd’hui l’écologie est l’expression de cette prise de conscience. L’écologie n’est pas un courant comme un autre, elle révèle une dimension centrale de notre devenir. En ce moment même, je reçois un message : « Sauvons la forêt…  les pays européens ont le pouvoir d’interdire le glyphosate sur leur sol, comme la France le projette… Stop aux poisons chimiques dans nos champs et dans nos jardins !… » La terre n’est pas finie, elle est en devenir. Et le sens de son devenir est peut-être souligné par Noël : faire de cette planète la véritable maison pour tous en insérant en son centre le foyer même de la Vie, la brise légère capable d’enfanter le monde.


Le sujet se construit dans l’écoute de la parole intérieure

Mais moi que suis-je dans cette immensité ? Peut-être le roseau pensant dont parle Pascal. Sans doute un sujet qui se construit à partir de son souffle mystérieux. J’imagine un peu que c’est ce souffle qui a inventé la parole. Il s’exprime en effet en chacun par une parole intérieure qui vient solliciter sa conscience et orienter son développement. En définitive la parole est porteuse du souffle créateur présent en chaque individu. Elle est l’habit que celui-ci se donne pour atteindre les hommes. Mais encore faut-il l’écouter.


Le danger de perdre la tête

Celui qui n’écoute pas la parole risque de perdre la tête et de la faire perdre à l’autre. Drid, un pécheur, chemine sur la plage, et, à la bordure du chemin, découvre un crâne blanchi par le temps. Il le prend dans ses mains et lui demande : « Pauvre crâne, qui t’a amené ici ? – La parole. – Comment ? – La parole ». Aussitôt le pécheur court avertir le roi.  Celui-ci n’apprécie pas qu’on le dérange au moment de son festin. Mais avoir sur son territoire un crâne qui parle est peut-être une aubaine, la source d’un supplément de pouvoir. Il finit par se lever,  s’habille de son armure et s’en va à la suite du pécheur, l’épée sur son épaule. Arrivés près de la trouvaille, le pécheur prend à nouveau le vieux crâne dans ses mains : « Le roi est là, dis-lui pourquoi tu es là ». Cette fois le crâne ne veut rien entendre et s’obstine à rester muet. Il sait déjà que le souverain est sourd. Pourquoi lui dire ce qu’il ne veut pas entendre ? Alors notre grand personnage, croyant être abusé, prend son épée et tranche la tête du pécheur. Elle vient rouler près du vieux crâne. Cette fois, c’est lui-même qui pose la question : « Dis-moi pourquoi tu es là ? – A cause de la parole » (cf., un conte d’Afrique Noire). Lorsqu’on n’écoute pas sa parole intérieure, on finit par perdre la tête, et on condamne à la folie celui dont la parole n’est pas écoutée. C’est pourquoi Shahrazade avait compris, de son côté, qu’il fallait rééduquer l’écoute du souverain, son mari, qui avait sombré dans une folie meurtrière.


Deux personnages habités nous ouvrent

la voie de l’espérance

Jean d’Ormesson et Johnny Halliday viennent de nous quitter coup sur coup. Leur mort a eu un écho retentissant et semble avoir redonné l’espérance à de nombreux habitants de notre planète. Ils ont su, chacun à sa manière, exprimer le secret qui les faisait vivre, l’énergie créatrice qui leur avait été donnée. Le premier l’a fait par la joie de l’écriture et le second par la magie du chant. Je connais un vagabond qui est toujours joyeux : lui aussi porte le témoignage du souffle qui l’anime, en dépit de la pauvreté et des épreuves qu’il a traversées jusqu’ici.

Etienne Duval

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