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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 11:34

La création de l'homme par Michel Ange

 

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22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 11:14

Arbre de vie, tenture murale indienne installée dans mon appartement

 

Le difficile passage d’une logique de la raison

à une logique de l’amour

 

L’homme est pris dans l’élan de la vie qui se transforme en désir. Et le désir lui-même se porte dans deux directions : celle du désir de connaître et celle du désir de l’autre. Le premier donne naissance à la raison et le second conduit à l’amour. De son côté Saint Augustin insistait sur la passion qui constitue l’étoffe du désir avec une audace incomparable : « Celui qui s’est perdu dans ses passions s’est moins perdu que celui qui a perdu sa passion ». Et, au cours de l’histoire de l’humanité, nous voyons se manifester les deux orientations de la vie, qui mettent en scène la raison et l’amour. Elles ne sont pourtant pas sur le même plan ; il faut un saut pour aller de la raison à l’amour, qui donne son sens ultime à la vie humaine. Dans le passage de l’une à l’autre, nous assistons à un retournement de l’élan qui porte la vie.


« Les nuits d’ivresse printanière » ou la lutte entre la raison et l’amour 

« Les nuits d’ivresse printanière » sont un film chinois de Lou Ye, présenté au public en 2010. En 2009, le festival de Cannes a voulu saluer sa performance en lui accordant le prix du scénario. Il s’agissait bien, en effet, d’une performance puisqu’il a été tourné dans la clandestinité. Tout se passe en cachette pour éviter l’œil inquisiteur du pouvoir qui cherche à tout maîtriser. Méfiante à l’égard du comportement de son mari Wang Ping qu’elle soupçonne d’infidélité, Li Jing engage un espion. Elle découvre alors que Wang Ping a une liaison homosexuelle avec Jiang Cheng. Au lieu de se prêter main forte, la raison et l’amour s’engagent dans une lutte forcenée. Wang Ping finit par se suicider. Et, pour faire sauter les normes qui emprisonnent l’amour, Li Jing, son espion dont elle est la petite amie et Jiang Cheng se lancent dans une folle équipée où se mêlent jalousie et obsession amoureuse. Parce que la raison et l’amour n’ont pas réussi à s’entendre, l’échec est à la clef et le printemps se confond avec l’automne, au point que les fruits attendus se sont évanouis dans une inévitable stérilité. Par derrière toutes les intrigues avortées, le film cherche à montrer qu’en étant prisonnier de la raison dominatrice, le pouvoir, qui ne laisse pas d’ouverture à l’amour, condamne la société à la stérilité.


Le mythe de la chute met en garde contre la toute-puissance de la raison

Sans doute, la Chine, telle que nous la présente Lou Ye, est-elle en train de s’égarer, comme l’ont fait Adam et Eve. Elle cède à la tentation du serpent, qui invite à manger de l’arbre de la connaissance, situé au milieu du jardin. « Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal » (Genèse, 3, 5). Il y a alors confusion entre l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance. L’arbre de vie en effet porte en même temps la connaissance et le rapport à l’autre qui s’accomplit dans l’amour. De son côté, l’arbre de la connaissance fait abstraction de l’ouverture à l’autre et invite à la toute-puissance de la raison pour maîtriser et transformer le monde. La conséquence peut alors être dramatique car si l’autre n’a pas de place véritable, le sujet peut difficilement s’imposer et l’amour n’a plus d’espace pour se déployer librement. Qu’il le veuille ou non, l’homme est alors sous la menace de l’aliénation, voué à une toute-puissance qui ne le reconnaît pas et sans cesse privé de la nourriture de l’amour qui lui permet d’exister.


Si la raison ne peut écarter l’amour dans sa liberté, l’amour lui-même a besoin de la raison pour s’accomplir

Bien qu’ils se situent à des niveaux différents, raison et amour ont partie liée. La raison qui ouvre à l’universel a besoin de l’amour pour retrouver la proximité et le sens du concret. Elle devient d’autant plus efficace qu’elle se conjugue avec la bienveillance. En France actuellement, on voit bien comment une politique faite de rationalité butte sur les problèmes de pouvoir d’achat et de pauvreté. De la même façon, l’amour exige un minimum de rationalité pour ne pas s’égarer comme le montre l’exemple du film chinois. Ce qui est en cause, c’est la création elle-même : seule la conjugaison de la raison et de l’amour peut permettre à l’homme de prendre en charge, à sa mesure, le développement de la planète et de son environnement, dans le grand mouvement de la création de l’univers.


Il y a un saut entre la logique de la raison et celle de l’amour

Ce qui fait difficulté dans l’articulation entre la logique de la raison et celle de l’amour, c’est qu’elles se situent sur des plans différents. Au lieu de se faire dans la continuité, le passage de l’une à l’autre exige un saut qui souligne le changement de niveau. Et même plus que d’un saut, il s’agit de retournement de la trajectoire humaine. Alors que la raison recherche la maîtrise dans son élan vers l’universel, l’amour est dans l’accueil du don de la vie pour le transmettre à l’autre. C’est à une véritable conversion que l’homme lui-même est appelé. Et si le sens de son existence puise une partie de son parcours dans la rationalité, il ne peut s’accomplir définitivement que dans l’amour. D’une certaine façon, le glissement d’une logique à l’autre a été symbolisé, dans l’histoire, par l’avènement du christianisme qui instaure un dépassement de la loi. Mais alors, au plan religieux, cela ne peut signifier que le christianisme lui-même rende caduque le judaïsme, qui conserve sa place, même s’il y a appel à un changement de perspective.


Pour accomplir la trajectoire de la vie, l’amour doit affronter la mort

Du point de vue de la raison, la mort est une fin inéluctable. Il faut garder les pieds sur terre, personne ne peut y échapper. Par contre l’amour, par une sorte de transcendance interne, porte une part d’éternité. Pour lui, la mort n’est plus une fin : elle est le lieu d’un rebondissement de la vie. A chacun pourtant de choisir l’option qui va engager le sens de son existence.   

Le conte indien de « L’Arbre » traduit cette intuition qui fait de la mort une force de vie. Dans une contrée du pays, il existe un arbre extraordinaire, plus vieux que le monde. Chaque année, il produit des fruits extraordinaires, quels que soient les aléas du climat. Mais, jusqu’ici, personne n’a osé les approcher de sa bouche. Une sagesse héritée des temps anciens prétend que cet arbre pourrait engendrer la mort. Il porte en effet deux branches principales et l’une des branches donnerait naissance à des fruits empoisonnés. Or, lors d’une grande famine, les habitants de la contrée se voient condamnés à une mort certaine. Ils se sont réunis sous l’arbre de la sagesse. Tous reconnaissent qu’ils pourraient conserver la vie, s’ils savaient quelle est la branche des fruits empoisonnés. Alors, un homme qui n’a plus qu’une journée à vivre, se dresse sur ses deux jambes chancelantes et attrape un fruit sur la branche de droite. Son visage s’épanouit si bien que tous se précipitent pour l’imiter et finissent par sortir de la famine. Aussi, le soir même, le conseil du village se réunit et décide de couper la branche de la mort. Le lendemain matin, les habitants se lèvent plus tôt que d’habitude pour aller chercher leur nourriture miraculeuse.  Mais, en arrivant, ils découvrent que l’arbre est mort pendant la nuit. Il lui était impossible de survivre sans la branche des fruits empoisonnés.

Décidément, la logique de l’amour est paradoxale. Et si c’était la voie qui nous aide à retrouver le véritable sens de la vie ! A condition de ne pas perdre la raison…

Etienne Duval

 

 

 

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 15:03

Eugène Roger, le serpent d'airain

 

Chacun, dans le monde entier, est en train d’assister, avec Donald Trump, à la remise en cause de trois millénaires de civilisation. Sa réussite pourtant apparente ne peut être que de courte durée. Mais, comme si l’histoire était guidée par une main invisible, l’égarement dont il fait preuve pourrait fonctionner comme un recul pour mieux sauter en avant.


Le repli identitaire et le rejet de l’autre

Toute l’action du président américain repose sur le slogan « America first ». L’Amérique s’est perdue, il faut qu’elle commence à s’occuper d’elle-même et revienne à son identité pour réussir. C’est apparemment une mesure de bon sens que préconisent aussi l’Italie et de nombreux pays dans le monde. Il y a pourtant dans cette mise en avant de l’identité un leurre qu’a mis en relief le mythe grec de Narcisse, car l’identité sagement recherchée est inconsistante : elle n’est qu’une image, une idole trompeuse. Narcisse est amoureux de lui-même : il est en admiration devant son image reflétée dans l’eau. Au moment où il voudrait coïncider avec lui-même, l’image s’échappe et le livre au désespoir et finalement à la mort.

En réalité l’homme ne peut devenir lui-même qu’en se confrontant à l’autre. C’est ce qu’avait compris Abraham : en donnant l’hospitalité à des étrangers de passage, il s’est aperçu que c’était Dieu lui-même qu’il recevait. Mohamed reprend le même exemple et nous fait comprendre, dans la sourate « Les ouragans », que l’hôte accueilli est en réalité un ange qui nous conduit vers notre destinée. Il pose ainsi l’hospitalité comme un principe majeur de l’Islam et du devenir de l’humanité.


La non prise en compte du manque et l’oubli de la durée

Donald Trump réagit comme un enfant. Il veut à tout prix gagner pour obtenir tout, tout de suite. Il ignore qu’en réalité il faut jouer avec le manque, prendre son temps pour atteindre ses objectifs dans une histoire qui se construit au jour le jour. Il faut éviter le trop grand empressement qui nous écarte de la bonne voie. C’est en tout cas un des premiers conseils que Dieu donne dans la Bible. On a beaucoup critiqué l’idée de la faute originelle. Or la langue espagnole nous fait comprendre que la faute renvoie au manque car « faltar » veut dire manquer. Au début de son existence, l’homme est en manque de ce qui lui est nécessaire pour réussir. Il doit donc accepter ce principe de réalité et ne pas trop s’alarmer de ses échecs et de ses égarements. Il ne faut pas s’appuyer uniquement sur ses propres efforts mais compter aussi sur le souffle intérieur de la vie qui nous est donné constamment dans la durée.


La pulsion qui s’oppose au désir et finalement à l’amour

Manifestement, le président Trump est presque constamment dans la pulsion même s’il semble préparer des coups à moyen terme. Il oublie que l’énergie de la réussite exige que l’on passe de la pulsion au désir car le désir colle avec le souffle de la vie et s’inscrit dans le long terme. Progressivement il trouve son plein accomplissement dans l’amour. L’Evangile nous offre un très bon exemple de l’opposition entre la pulsion et le véritable amour. Il s’agit de l’épisode sur la femme adultère (Jean, 8,1 à 11). Des hommes pleins d’exigence morale viennent devant Jésus avec une femme prise en flagrant délit d’adultère. Selon la Loi il faudrait la lapider. Qu’en pense donc le maître ? Pour écarter le piège et sauver la pauvre femme qui est en danger de mort, le maître dit aux hommes assoiffés de justice : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Après plusieurs minutes, ils partent tous les uns après les autres. Ils viennent de prendre conscience qu’ils peuvent aussi s’égarer, comme la femme adultère, sous l’influence de leurs pulsions incontrôlables. Alors Jésus se sent pris d’amour pour cette femme qu’il vient de sauver. « Personne ne t’a condamnée ? – Non, dit-elle – Moi non plus je ne te condamne pas. Continue ton chemin et ne t’égare plus. » Lorsqu’on est sur un chemin de vie, la pulsion s’efface pour laisser place à un amour qui ne condamne pas et ne juge personne.


Le machisme, à peine déguisé, qui compromet la place des femmes dans la société

Sans vouloir porter un jugement défavorable, il est facile de constater que le machisme est toujours apparent chez notre président. Or une telle attitude contribue à écarter le rôle essentiel des femmes en dehors de la maternité, rôle reconnu depuis des milliers d’années. Dans le mythe égyptien de « Ré et Isis », même si nous sommes dans le monde des dieux, il est bien évident que Ré représente l’homme et Isis la femme. Or Isis trouve que Ré est enfermé en lui-même tellement il se croit parfait. Il est donc impossible d’avoir une vraie relation avec lui. Ré est aussi le soleil qui tourne dans le ciel jours après jours. Alors Isis pose un serpent fait de glaise sur son passage journalier. Lorsque Ré arrive sur le passage, le serpent prend vie et pique le soleil au point de menacer sa vie elle-même. Tout le monde vient à son secours, mais seule Isis a la clef de la situation. « Je peux te venir en aide, dit-elle, si tu me donnes ton nom. » Ré hésite et puis finit par céder. « Prête-moi ton oreille dit-il ». La femme lui prête son oreille et le soleil y inscrit son nom. Alors Isis peut appeler Ré par son nom et le ramener à la santé. C’est une manière de dire que si l’homme donne sa semence pour la maternité, la femme en échange l’engendre à la parole, en l’appelant par son nom. C’est la même idée que l’on retrouve dans les Mille et Une Nuits, avec Shahrazade. Ici, en racontant des histoires, la femme fait passer l’homme de la violence à la parole.


L’apologie du rapport de force et la toute-puissance

Toute la politique de Donald Trump repose sur le rapport de force. C’est d’une certaine façon, la violence qui s’impose pour aboutir à ses fins. La manifestation la plus flagrante de ce comportement s’exprime dans la relation avec l’Iran. Non seulement il exclut toute relation avec ce pays mais il contraint les autres à en faire autant sous la menace d’une fermeture du marché américain. Et pourtant l’histoire nous montre que l’humanité ne peut se construire que s’il y a renoncement à la toute-puissance. A tel point que les trois religions monothéistes trouvent leur premier fondement dans le sacrifice d’Abraham (Gen. 22, 1-19). Pour obéir à la tradition de l’époque, Abraham se voit contraint en conscience de sacrifier son fils Isaac. Mais lorsqu’il élève le couteau, son bras est arrêté par une main invisible. Et, à ce moment, il voit un bélier qui s’est pris les cornes dans un buisson. Il reconnaît alors dans l’animal sa propre toute-puissance. Et c’est elle qu’il va sacrifier en immolant le bélier. En réalité, non seulement la sienne mais aussi celle de la tradition qui enchaînait sa conscience.


La leçon du serpent d’airain

 La violence laisse sa marque dans toute l’histoire non seulement hier mais aussi aujourd’hui. C’est pourquoi il peut être utile de découvrir comment Moïse, dans la bible, a réussi à échapper à ses effets désastreux. Avec les Hébreux, il traversait le désert, lorsqu’il fut attaqué par les Cananéens, qui lui barraient le passage. On dut recourir aux armes pour écarter l’ennemi. Mais bientôt, l’ennemi n’était plus seulement à l’extérieur, il se révélait à l’intérieur du groupe lui-même. Les marcheurs souffraient de la faim et de la soif et leur colère s’enflamma contre leur chef. Et puis, de fil en aiguille, des mutineries se développèrent dans le groupe, chacun imitant la violence de l’autre sans plus savoir les raisons de son emportement. Le récit dit que des serpents brulants conduisaient à la mort de nombreux Hébreux. C’était une manière de dire que les hommes se comportaient entre eux comme des serpents venimeux. Il y avait là un danger énorme de voir le peuple se décimer de lui-même. Moïse eut alors une inspiration de génie (Les Nombres XXI, 4 à 9). Il fit représenter la violence meurtrière sous la forme d’un serpent d’airain qu’il commanda d’installer sur un grand étendard, au sommet d’un mont, pour que tout le monde puisse le voir. L’expérience lui donna raison, car, en le regardant, les Hébreux emportés dans leur élan meurtrier, prirent conscience que la violence était en eux et qu’ils pouvaient ainsi la maîtriser. En l’intégrant, ils pouvaient retrouver la raison et passer à la parole.


Du serpent d'airain au bond en avant de la civilisation

Qu’il le veuille ou non, le président des Etats-Unis est en train de narguer le monde entier en mettant au défi la civilisation que l’humanité a construite depuis des milliers d’années. Bien plus il menace la survie de la terre en refusant d’appliquer les mesures contre le réchauffement climatique. Sans s’en apercevoir, il montre au monde entier ce que peut produire la toute-puissance d’une superpuissance : elle peut nous conduire à la mort. Mais heureusement, dans sa naïveté, il est comme le serpent d’airain de Moïse : il fait prendre conscience à chacun de ce qu’il ne faut pas faire. Dans le meilleur des cas, il pourrait bien représenter le vaccin dont le monde a besoin pour sortir des impasses qui l’empêchent d’avancer et lui permettre ainsi d’assumer le recul nécessaire pour un nouveau bond en avant.

Etienne Duval


 

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 11:49

https://voxclamantis.skyrock.com/2372075373-E14-L-ISLAM-ET-LE-CHRISTIANISME.html

Une lutte qui ne dit pas son nom entre Islam et christianisme

 

Nous sommes actuellement en pleine crise d’identité. Les individus et les nations ne savent plus où ils en sont. En ce domaine, les réactions se cristallisent autour de la question des migrations. Comment allons-nous résister aux menaces qui mettent en cause nos racines ?  A travers les populations qui se pressent aux frontières, c’est l’Islam qui pourrait menacer notre stabilité. Cela paraît presque clair avec les pays de l’Est européen : Hongrie, Slovaquie, Pologne, avec l’Autriche, une partie de l’Allemagne et certains pays du Nord. En échange, la crispation se développe aussi dans les pays du Moyen Orient, renforçant ainsi l’intégrisme et la violence de l’islamisme. Et chez nous, comme dans les pays du Sud (européen), des forces contraires finissent par s’opposer puisant dans chaque camp les motivations de leur extrémisme.


En réalité, ce qui est en cause ce ne sont pas les religions elles-mêmes mais les cultures

Ce qui fait peur ce n’est pas d’abord la concurrence des religions. Les religieux sont relativement au clair avec le problème des conversions, même si les évangélistes chrétiens d’origine protestante paraissent plutôt agressifs en ce domaine. Il est même probable que l’Islam ne posera pas de problème à la revendication française de laïcité. Mais les comportements sont souvent différents de part et d’autre et la culture des musulmans pourrait remettre en cause nos propres habitudes.


Qu’on le veuille ou non, les religions fabriquent de la culture, c’est-à-dire de l’universel

Un des grands intérêts des religions n’est pas simplement d’orienter l’esprit des hommes vers Dieu ou des puissances supérieures. Il est aussi d’accroître la spiritualité et de donner force à des valeurs comme l’écoute, la parole, la miséricorde, l’amour, la solidarité… En ce sens, elles peuvent enrichir la culture et faire progresser les peuples et les individus vers plus d’humanité. Mais il est clair, en ce domaine, qu’il faut travailler avec le temps. Par ailleurs, chaque religion, prise en particulier, peut faire apparaître des insuffisances qui devront être compensées par des confrontations avec l’extérieur.


La culture musulmane révèle l’autre de la culture occidentale

Il est bien évident que la culture occidentale ne se résume pas à la culture chrétienne : la Grèce, l’Egypte, la Perse l’ont aussi façonnée en même temps que le christianisme. Mais il faut bien reconnaître, en même temps, que le christianisme a constitué une de ses matrices principales, et, par là-même, il a permis d’intégrer les apports d’autres univers culturels. De ce point de vue, il y a des choix et des tensions propres à chaque culture. Or, on remarque que, souvent, la culture musulmane représente en creux ce qui manque à la culture occidentale. Elle insiste sur le sentir et l’émotion alors que l’occident insiste sur l’Être. C’est ainsi qu’elle offrira plus de place à l’esthétique et à l’art lui-même. En même temps, l’Orient musulman est plus sensible aux limites de la connaissance et à l’inconnaissance que la culture chrétienne, soucieuse de rationalité et d’une plus grande recherche de la vérité du monde. Sur un point essentiel concernant l’écriture et la parole, l’insistance sur l’écriture est grande du côté de l’Islam puisque la révélation grâce à l’archange Gabriel consiste en la transmission d’un livre, alors que le christianisme privilégie le Logos, c’est-à-dire la Parole. On notera aussi que la culture musulmane laisse une place à la violence, comme force de séparation, antérieure à la parole, alors que la culture chrétienne aurait tendance à la laisser dans l’ombre. Soulignons aussi que l’Orient privilégie l’origine et que l’Occident accentue l’importance de la fin. Même s’il s’agit de nuances, il faut enfin préciser que le corps et le féminin reçoivent les faveurs de l’Islam alors que le christianisme serait plus du côté de l’esprit et du masculin.

S’il en est bien ainsi, on voit que, du point de vue culturel, l’islam et le christianisme ne peuvent aller l’un sans l’autre. Aussi vouloir construire son identité à partir de l’un ou de l’autre est voué à l’échec. Plus je me replie d’un côté pour me retrouver et plus j’accrois le risque de me perdre.

 

La crise qui oppose les deux cultures pourrait être le temps d’une gestation

Ainsi la lutte entre l’Islam et le christianisme, sous leurs formes culturelles, qu’il faut bien accepter de repérer et de nommer, ne doit pas nous inciter à la crainte et au repli. Elle doit réveiller notre courage et nous ouvrir à l’espérance. Car c’est, dans l’affrontement constructif entre les deux cultures que pourrait s’engendrer un monde plus ouvert et plus humain, tel que le recherchent l’Europe et le Moyen Orient. Qu’ils le veuillent ou non, Europe et Moyen Orient ont partie liée et la promotion de l’un ne peut se faire sans la transformation de l’autre.


A travers la nouvelle gestation, certains problèmes fondamentaux pourraient trouver leur solution

La relation entre l’homme et la femme

Dans l’Orient musulman, la femme a beaucoup plus d’importance qu’en Occident. C’est peut-être parce qu’elle fait peur que l’homme lui impose sa tutelle. En tout cas, les Mille et Une nuits lui accordent une place fondamentale pour apaiser les rapports à l’intérieur du couple. Elle doit ouvrir l’oreille de l’homme qui n’entend pas la parole féminine. C’est dans cette surdité de l’homme que résiderait une bonne partie des problèmes de l’humanité. Aussi, dans la confrontation entre nos cultures, la sève révolutionnaire de la culture musulmane pourrait renforcer la libération de la femme aussi bien au Moyen Orient que dans l’Europe elle-même.

La place du corps humain

Comme nous l’avons souligné, la culture musulmane met l’accent sur le corps au moment où la culture occidentale privilégie l’esprit. Or, le développement de l’industrie numérique pourrait reléguer le corps dans une forme d’abstraction, pour donner place à un universel univoque, destructeur de toutes les multiplicités culturelles. Nous percevons donc le rôle que pourrait jouer l’Orient pour forcer l’évolution à faire une place au corps émotionnel. Mais en attendant, il appartiendrait à l’homme occidental de révéler le corps précieux de la femme en l’amenant à se défaire de son voile. Ainsi, comme toujours, la solution se joue dans un jeu croisé entre les partenaires.

Le rapport entre la violence et la parole

La parole a son cheminement. Elle doit naître de la violence qui permet la séparation. Dans le jeu entre nos deux cultures, l’Islam attire notre attention sur cette force de séparation sans laquelle la relation n’est pas possible et l’Occident insiste sur la nécessité, à un moment donné, de passer à la parole pour écarter la violence destructrice. Un tel jeu est, en fait, créateur d’un surplus d’humanité.

La liberté de l’interprétation

En Islam, l’insistance sur le livre conduit à sacraliser l’écriture et donc à empêcher son interprétation. Cela est d’autant plus ennuyeux que le développement de l’intégrisme en est le résultat. Dans l’Occident chrétien, la parole est première mais elle a besoin de l’écriture. Non seulement l’interprétation ne peut être interdite par respect pour l’écriture, mais elle est exigée pour que l’écriture, en un sens, devienne mère de la parole. Une fois encore, la confrontation doit permettre d’arriver à un juste équilibre. Parole et écriture ne peuvent fonctionner l’une sans l’autre.

Le jeu entre le sacré et le profane

En insistant sur l’origine, la culture musulmane tend à l’enfermer dans le mystère. Par contre en insistant sur la fin, la culture d’origine chrétienne, libère l’initiative humaine en donnant sa place au profane. Mais le profane ne peut se développer sainement, si l’homme se prend lui-même pour l’origine. L’origine contient un secret que l’homme doit progressivement découvrir pour prendre en charge l’avenir du monde. Au moins jusqu’à un certain point.

Etienne Duval


 

 


 


 

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 14:15

Frontière mexicaine

Repenser les frontières

 

Lorsque nous regardons le fonctionnement des frontières aujourd’hui, il semble que nous ayons perdu la tête. Ou nous les oublions, laissant passer indistinctement les biens et les hommes, ou nous construisons des murs pour nous protéger. Il est donc nécessaire de revenir aux fondements pour retrouver le juste milieu.


La frontière, un espace sacré

On raconte, dans la Bible, que Moïse était berger et qu’il avait emmené paître sur la montagne ses moutons et ses chèvres. Tout à coup il est intrigué car il aperçoit un buisson qui brûle sans se consumer. A coup sûr, c’est Dieu Lui-même qui cherche à se manifester. Alors, il veut en avoir le cœur net et tourne autour du buisson. A ce moment une voix se fait entendre et détourne son attention. Il ne faut pas d’abord s’intéresser au buisson mais considérer avant tout la frontière qui sépare l’homme et Dieu car c’est un espace sacré. Autrement dit, ce qui est important pour l’homme ce n’est pas Dieu en lui-même, mais la relation qu’il va pouvoir développer avec lui ; la frontière, en effet, est le lieu d’échange et de relation entre les deux. Et l’image du buisson qui ne se consume pas veut signifier que, pour Dieu, la relation avec l’homme fait partie de son identité : il se sacrifie pour lui, c’est-à-dire lui fait une place, sans rien perdre de ce qu’il est.  On retiendra de ce récit à dimension mythique que le sens de la frontière est d’abord de mettre en relation des êtres qui ont un destin commun.


Un dynamiseur de la vie économique, sociale et culturelle

La dimension sacrée de la frontière nous renvoie au mystère de la vie : elle sépare pour que la relation soit possible. Il n’y a pas de relation sans séparation. Dans le mythe de la création également présent dans la Bible, le créateur sépare la lumière et les ténèbres, les eaux d’avec les eaux, la mer et la terre, le jour et la nuit, et cela il le fait pour que les relations puissent se faire et que la vie, sous toutes ses formes, puisse se développer. Ainsi la frontière a pour fonction de séparer et de permettre, de cette façon, la relation, l’échange et la création. Avec elle, c’est l’avenir du monde qui est en cause, car elle a, pour fonction essentielle, de dynamiser la vie sous toutes ses formes.


L’Angleterre prise au piège

Refermée sur son isolement insulaire, ce qui ne l’a pas empêché de conquérir le monde, l’Angleterre finit par considérer que les nouvelles frontières que lui impose l’Europe sont un fardeau inutile. Elle n’a pas compris qu’elles sont nécessaires pour faire progresser la vie économique comme la vie sociale et culturelle, à l’échelle mondiale. Au moins provisoirement, elle s’engage ainsi dans un processus de régression, à moins qu’elle ne fasse rapidement un retour en arrière.


L’Europe qui se bloque en laissant filer les frontières

Les vagues anti-européennes qui se multiplient aujourd’hui ne sont pas nécessairement un phénomène négatif. Elles sont en partie une réaction contre un mauvais traitement des frontières : en les ouvrant exagérément, l’Europe oublie la fonction de séparation qui les constitue et contrarie ainsi la dynamisation de la vie qu’elles devraient susciter. La nation conserve encore une place non négligeable car elle est porteuse de l’histoire qui a fait le monde tel qu’il est aujourd’hui. La richesse future est amenée à s’enrichir encore des richesses passées que portent les différentes nations partie-prenantes de l’aventure européenne.


La multiplication des murs qui brisent l’élan de la vie

Pour réagir aux dysfonctionnements des frontières, certains, régis par la toute-puissance, édifient des murs pour bloquer les passages. C’est ce que font bruyamment les Etats-Unis avec le Mexique, c’est ce que fait Israël face à l’Etat palestinien. Ils détruisent ainsi le sens de la frontière qui vise, en séparant, à ouvrir l’espace des relations et des interactions créatives, et conduisent alors à l’étouffement des populations. Mais Monsieur Trump va même plus loin en bloquant les relations avec l’Iran qui lui fait de l’ombre. Les nations doivent choisir entre le marché iranien et le marché américain. Il construit ainsi à peu de frais un mur imaginaire encore plus efficace que le mur fait de poutrelles et de babelés. Mais heureusement la toute-puissance des Etats-Unis a des limites face au savoir-faire et à la richesse de la Chine.


Le problème est moins celui des migrants que celui du mauvais fonctionnement de nos frontières

Souvent les murs ont pour finalité de bloquer l’arrivée des migrants. Or il est évident qu’une bien meilleure régulation des passages serait possible si les frontières étaient de réelles frontières, qui séparent pour permettre la relation et l’interaction. C’est à ce niveau que nous avons à inventer en quittant le champ des passions pour faire face à la réalité, en donnant sa place à l’imaginaire qui ouvre l’espace des possibles et en adoptant des comportements rationnels enrichis par l’expérience de plusieurs centaines d’années. Le chantier est immense mais il convient de se mettre au travail sans tarder. L’avenir du monde est en jeu.

Etienne Duval

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 14:02

https://mcetv.fr/mon-mag-buzz/sport/coupe-du-monde-2018-jackpot-bleus-victoire-1106/

Les champions de la coupe du monde

La victoire des bleus, à la coupe du monde, ouvre, en France, un nouveau champ des possibles

 

Jusqu’ici, le pessimisme ambiant, en France, contrariait les efforts envisagés pour un monde plus créatif. La porte de l’avenir était en partie bloquée. Or, aujourd’hui, la victoire des bleus redonne confiance et rend possibles de nouveaux engagements et de nouvelles perspectives pour des raisons que nous allons essayer de mettre en évidence.


Le politique et l’économique doivent être fécondés par l’art pour produire de l’humain

Anne-Marie Massip a écrit un livre très intéressant, aux éditions Jacques André, intitulé « Les Beaux-Arts reflets de l’histoire européenne ». Elle prétend qu’il est impossible d’avoir une bonne compréhension de l’histoire sans mettre en relief sa dimension artistique. Autrement dit l’art est au cœur de l’histoire car une de ses fonctions essentielles consiste à féconder le politique et l’économique en faisant prévaloir l’humain et l’universel sur la toute-puissance. Il joue un rôle essentiel en replaçant nos activités dans l’évolution créatrice du monde, caractérisée, pour une part au moins, par l’émergence de la beauté.

 

La coupe du monde a franchi les portes de l’art dans l’équipe de France et au-delà

Au cours d’une conversation avec Mireille Debard, ancienne journaliste à Libération, nous avons échangé sur la part de l’art dans les sports de haut niveau et en particulier dans le football, tel qu’il est pratiqué par l’équipe de France. Sous l’impulsion de Didier Deschamps, la qualité des joueurs, le souci d’un travail collectif et le respect des individualités, finissent par donner un jeu qui transcende les règles de l’apprentissage en produisant de la beauté pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il en va de même pour les meilleures équipes, comme la Croatie, la Belgique ou le Brésil. Sans doute la victoire reste-t-elle un enjeu souhaitable mais elle a besoin de se déployer dans la beauté. En réalité, il n’y a pas qu’un seul gagnant. La véritable victoire appartient à ceux qui ont produit du beau jeu et ont suscité ainsi la reconnaissance des autres joueurs et le plaisir des spectateurs.


C’est pourquoi elle peut favoriser un nouveau départ pour le pays

En accédant à la victoire mais aussi en produisant du beau jeu, l’équipe de France ouvre au pays un nouvel espace pour la création. Ainsi il devient peut-être possible de sortir du pessimisme qui nous paralyse pour faciliter un nouveau départ non pas en se repliant sur soi comme le souhaitent ceux qui sont freinés par la peur, mais en se confrontant aux autres individus et aux autres nations, comme l’a fait, avec brio, l’équipe de France. Certes, le doute peut-il être salutaire car tout reste à faire. Mais, au lieu de nous paralyser, il devrait nous révéler l’effort qui s’impose à nous et, par là, nous stimuler pour repartir en avant.


Ainsi pourrait s’affirmer à nouveau la vocation de la France : introduire l’universel de l’homme à l’intérieur de ses frontières

Personnellement, je pense que les frontières ont leur utilité pour éviter les confusions et permettre le respect de chacun et le développement des cultures particulières. Or, ce qui va féconder le vivre ensemble à l’intérieur des frontières, c’est l’art lui-même ou la production de beauté. En produisant de la beauté, on produit de l’universel tout en suscitant l’individualisation de chacun. On crée l’humus commun qui va donner naissance au  citoyen. Ainsi chaque joueur de l’équipe de France, en dépit de son origine, est un Français à part entière, communiant avec ses coéquipiers dans une même culture de la beauté du jeu.

Etienne Duval, le 19 juillet 2018


 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 09:31

Les fileuses de Velasquez

https://www.youtube.com/watch?v=Vwt71-P9l5k

 

 

La vie est une histoire à inventer

 

Chacun a son histoire. Mais, avant de pouvoir la raconter, il doit l’inventer. La vie, en effet, est le contraire du destin, car la vie a pour mission d’inventer la vie.


Je suis responsable de mon histoire

A un moment donné, je suis à un croisement de mon existence. La voie de gauche est celle du passé qui conduit à la répétition de ce qui a toujours été. La voie de droite est celle d’un avenir à construire, elle est celle de la vocation de chacun. Alors que la première est soumise à un destin, celle-ci ouvre à ce qui n’est pas encore pensé ni réalisé, elle est le lieu d’un élan inépuisable, toujours insatisfait des réalisations effectuées. Elle est la voie du désir, au sens noble du terme. Le plus simple consiste à prendre la voie de gauche parce qu’elle est la plus assurée : j’ai pour moi l’expérience des anciens, la méthode qu’ils ont mise au point, le capital qu’ils ont accumulé. Sans doute, alors, la raison est-elle de mon côté. Mais la raison n’est pas aussi claire que je peux l’imaginer : la véritable raison en effet dépasse la raison. Et si je veux inventer mon histoire, tout au long de ma vie, il est plus opportun de choisir la voie de droite, la voie du désir au sens fort du terme, qui conduit, en même temps, à la réalisation de soi-même et de l’autre.


C’est à moi de l’écrire

Il est tout à fait possible et même souhaitable de critiquer la Bible, car elle est souvent présentée sous forme d’interprétations qui vont à l’encontre du sens caché. Il en est ainsi de l’épisode sur les Tables de la Loi. On pense souvent que Moïse a brisé les Tables de la Loi écrites par Dieu parce que les hommes s’étaient éloignés du créateur en construisant un veau d’or. En fait, l’écriture de Dieu sur les Tables de la Loi et la confection d’un taureau d’or (et non d’un veau) obéissaient à la même logique : présenter Dieu sous la forme de la toute-puissance au point d’évacuer la place de l’homme et de l’amener finalement à vouloir être lui-même tout-puissant. Il fallait donc briser les premières Tables de la Loi et permettre à l’homme Moïse d’écrire à la place de Dieu pour laisser la possibilité et la liberté de l’interprétation. Et, réduire en poudre la toute-puissance du créateur, représentée sous la forme d’un taureau, pour éviter que l’homme n’en vienne à rechercher et finalement à adorer sa propre toute-puissance. Le Dieu sous-jacent n’est pas un Potentat : il vient à la rencontre des hommes et s’abaisse au lieu de s’élever pour sauvegarder l’espace d’un dialogue créateur qui ouvre sur un avenir à inventer. En exigeant que Moïse écrive sur les Tables de la Loi, il veut aussi que chaque homme écrive sa propre histoire.


L’héritage est un leurre qui peut faire tourner en rond

C’est le sujet d’un film brésilien, intitulé « Avril brisé ». Les hommes veulent à tout prix conserver le morceau de terre que leur ont livré les parents. Pour eux, la Terre qui m’a été léguée est sacrée et l’honneur de la famille lui est attachée. Si, par hasard, un autre veut la travailler pour assurer sa subsistance, il trahit l’Ecriture du Testament qui me l’a confiée, et mérite la mort parce qu’il s’attaque au code de l’honneur qui régit les relations entre les hommes. C’est ainsi que la vengeance engendre la vengeance et qu’en entrant dans la logique de l’œil pour œil, l’homme finit par perdre ses deux yeux, au point de ne plus savoir discerner le sens de sa vie. Pour faire marcher le moulin qui doit broyer la canne à sucre, les êtres humains tournent en rond et deviennent comme les bêtes qu’ils persécutent de leur fouet pour les faire avancer.


Les anciens peuvent bloquer mon avenir si je ne les reconnais pas

Je peux profiter de l’héritage des Anciens à condition de les reconnaître en retrouvant leur nom ou en leur donnant un nouveau nom. Une telle exigence est traitée par le conte des « Trois fileuses ». Un prince rencontre une mère avec sa fille. La fille est si belle qu’elle attire immédiatement son attention. Pour conforter l’amour naissant, la mère assure qu’elle peut filer la laine comme aucune autre prétendante. Entré à la maison, le prince est pressé de vérifier le talent de la jeune fille : il lui donne une grosse quantité de laine à filer. En fait, la pauvre fille n’a jamais travaillé de sa vie. Epouvantée par l’heure qui avance, elle se met à prier. Par je ne sais quel hasard, trois vieilles femmes descendent par la cheminée avec leur rouet. Le rouet tourne comme le moulin des cannes à sucre, mais le travail à faire est, pour elles, un jeu d’enfant. Emerveillé par le résultat, le prince, avant de se marier, veut encore s’assurer que la belle est capable de filer le fil de la vie : il augmente les quantités de laine. A chaque fois, le prince est ravi. Mais les trois fileuses n’ont pas dit leur dernier mot : elles veulent être invitées au mariage de la princesse et c’est pourquoi elles lui laissent leur nom. En fait, la jeune personne est si insouciante qu’elle oublie les noms, alors que le mariage est annoncé pour la fin de la semaine prochaine. Pour elle, son honneur est en jeu, les noces ne peuvent être célébrées sans la présence des trois fileuses. A bout de ressources, elle sombre dans la mélancolie. Le prince tente à tout prix de la faire rire. Il reste impuissant à dérider celle qui devrait être sa future épouse. Toutefois, un jour, alors qu’il revient de la chasse, il est arrêté par un orage qui l’oblige à s’abriter dans une vieille cabane. Il y a là trois femmes qui ont des nez si longs qu’elles ne peuvent s’asseoir autour d’une table sans que leurs appendices ne s’entrechoquent. Tout à coup, il entend leur nom : « Columba, Columbara, Columboun ». Lorsqu’il rentre à la maison, le prince raconte son histoire. Aussitôt, la princesse éclate de rire ; elle peut inviter par leur nom les trois fileuses. Il fallait, à tout prix, avant de s’engager dans un mariage qui allait transformer sa vie, qu’elle reconnaisse celles qui, par leur savoir-faire, lui avaient permis de conforter la confiance du prince. Si elles étaient restées sans visage et sans nom, le mariage entre le passé et l’avenir ne pouvait se faire.


Je ne peux inventer ma vie tant que je n’ai pas reçu l’autorisation d’un autre


Dans le film, « Avril brisé », le plus jeune fils d’une des deux familles en conflit va jouer un rôle essentiel pour sortir du cycle infernal de la vengeance. Mais ses parents ont oublié de lui donner un prénom. On l’appelle le môme. Aussi existe-t-il sans vraiment exister. Or, un jour, il rencontre les deux personnages principaux d’un cirque local, qui va lui permettre de décoller de terre. La jeune femme le séduit, tellement elle respire la vie, au point d’être d’une grande beauté. A sa grande surprise, elle lui offre un livre alors qu’il n’a pas appris à lire. Qu’à cela ne tienne, il déchiffre le sens de la Vie à travers les images. Alors, l’homme, qui est le parrain de la jeune femme, lui demande comment il s’appelle. Confus, il avoue que personne n’a pensé à lui donner un nom si bien qu’il est impuissant à inventer sa vie. « Eh bien, lui répond le jeune homme, tu es désormais mon filleul et je te donne le nom de Pacou. » Pacou évoque François, cet homme merveilleux qui aimait la vie et les oiseaux. Le môme, en recevant son nom, vient d’obtenir l’autorisation de changer le monde.

 

Libérer l’amour en ne l’enfermant plus dans la seule sexualité

En déchiffrant son livre, Pacou a découvert que les hommes avaient besoin d’une sirène pour libérer l’amour trop prisonnier de la sexualité. Or, pour lui, la sirène, c’est la femme du cirque : en le décrochant de la terre, elle libère l’amour lui-même. C’est un thème récurrent dans la littérature, les hommes imaginent la figure d’une femme vierge, comme la sirène, pour les sortir de la culpabilité qu’engendre la sexualité et donner ainsi toute sa place à l’amour sans doute dans la sexualité, mais aussi au-delà de la sexualité elle-même. Dans leurs mythes, les Egyptiens ont inventé la grande Isis, fécondée par le sexe manquant d’Osiris. Et, dans le christianisme, c’est la Vierge Marie, qui est mise en avant, au point qu’elle devient la figure de l’Eglise : au Moyen-Age, nombre de cathédrales prennent ainsi le nom de Notre-Dame.


C’est quand je deviens apte à donner ma vie pour d’autres que l’amour finit par triompher de la mort

Avec Pacou, dans le film, nous entrons au cœur du mystère. Il est le plus jeune mais il va donner la leçon aux anciens, devenus aveugles parce qu’ils sont prisonniers de la mort en étant enfermés dans la vengeance. Le livre et l’amour de la sirène lui ont ouvert les yeux. Il faut sortir d’un monde gouverné par la mort. Aussi prend-il les habits de son frère plus grand, désigné comme la future victime. Aveuglé, le sacrificateur lui donne la mort avec son fusil, au moment où lui-même, par amour, redonne la vie à son frère. Il y a un jeu entre la vie et la mort et le mystère finit par se révéler : il y a quelque chose d’éternel dans l’amour véritable car il est capable de trouver sa voie à à travers la mort au point de la terrasser et d’ouvrir ainsi l’espace de l’éternité.

Etienne Duval


 

 

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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 10:22

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Les pickpockets et la politique de Trump

 

Une expérience récente m’a alerté sur la politique de Trump. Il m’est apparu qu’il se comportait selon la même logique que les pickpockets eux-mêmes au point de réduire la réalité quotidienne, qu’elle soit publique ou privée, à une superbe farce.


La visite de deux pickpockets

Mercredi, 9 mai 2018, à 11h45, un agent du service des eaux frappe à ma porte. Comme le circuit d’eau a été coupé par une entreprise des travaux publics, il veut vérifier, pour la réparation, que mes tuyaux pourront supporter la pression qui va être envoyée. Il se penche sous mon évier et me demande d’actionner mon robinet entre ouverture et fermeture. Pendant ce temps-là, comme ma main gauche pend près de sa tête, il décroche la montre de mon poignet sans que je ne m’en aperçoive. Là-dessus arrive avec grand fracas un policier. Il me dit qu’un cambriolage a été effectué dans l’immeuble : il s’appelle Martin, fait partie du commissariat du 4è arrondissement de Lyon, et vient d’arrêter deux jeunes Maghrébins avec une forte somme d’argent. Or il sait que les voleurs sont passés par une fenêtre ouverte qui pourrait être la mienne. Celle de ma chambre est en effet ouverte. Il viendra dans l’après-midi pour prendre les empreintes. Pendant ce temps, et avec eux, je vérifie que rien ne m’a été volé, ce qui leur permet de voir les endroits où je mets mon argent et mes chéquiers. J’ai, bien sûr, changé depuis mes petites cachettes. Là-dessus, avec mes deux larrons, nous entrons dans la salle de séjour. Le policier va sur la terrasse et l’agent des eaux reste dans la pièce de séjour. Il a repéré mon portable sur une étagère de ma bibliothèque et finit par le subtiliser, à mon insu. Comme mon inconscient travaille, je lui dis innocemment : « Mais c’est vous le voleur ! » Mes deux compères s’en vont alors rapidement, le policier en s’assurant que je ne veux pas porter plainte et l’agent des eaux devant m’apporter une bouteille d’eau potable, pour boire avant la fin de la réparation projetée. C’est peu après, en discutant avec un voisin, que je m’aperçois que j’ai été victime de deux filous. Aussitôt je découvre que ma montre et mon portable ont disparu. Je porte plainte immédiatement, fais bloquer mon téléphone et achète un téléphone d’occasion nettement plus pratique que l’ancien. Je croyais être à l’écart de de ce genre de vols avec de tels prestidigitateurs. Comme quoi, chacun d’entre nous peut être une victime potentielle…


Le jeu du pickpocket décrypté

Les pickpockets n’agissent pas à l’improviste. Leur mise en scène est minutieusement préparée. Et, à partir de l’événement que je viens d’exposer, il est facile de décrypter le schéma de leur intervention.

  • Faire du vol un jeu où il faut gagner à tout prix,
  • Transformer ce qui peut être tragique pour la victime en une véritable comédie,
  • Inverser les valeurs pour que le mal puisse apparaître comme le bien,
  • Inverser les rôles : l’escroc se fait le protecteur des faibles et le voleur devient gendarme,
  • Susciter la peur pour faire de l’autre un partenaire,
  • Faire en sorte que la victime coopère à sa propre défaite,
  • Mettre le public de son côté en le rendant témoin de la farce qui vient d’être opérée.


Trump apparaît comme un pickpocket international qui nous roule dans la farine

Assez bizarrement Trump fonctionne selon la logique même du pickpocket. En voulant remettre les choses à l’endroit, il contribue à les mettre à l’envers. Ce n’est pas le bien commun qu’il recherche mais l’avantage des seuls Américains. Avec ses initiatives, il provoque le désordre à l’échelle du monde. Ainsi le déplacement de son ambassade à Jérusalem suscite l’embrasement de la Palestine. Mais, dans cette affaire, ce n’est que la première étape d’un jeu qui se joue en deux temps. Si, aujourd’hui, Israël semble avoir gagné, demain c’est l’Amérique qui doit en retirer le plus gros bénéfice. Par ailleurs, en dénonçant l’accord de Paris, Trump contribue à piller la planète. En se retirant du traité avec l’Iran, c’est non seulement l’appauvrissement de ce pays qu’il va provoquer, mais c’est aussi l’étouffement des entreprises européennes, russes ou chinoises, qui devront choisir entre leur présence à Téhéran et leur installation aux Etats-Unis. Que dire aussi des taxes prévues sur nos exportations ? Il faut se rendre à l’évidence, la politique ne peut pas suivre la logique de Trump sinon les dindons de la farce vont se multiplier.

Il est peut-être possible de déjouer sa pratique

Trump ne manque pas d’intelligence, mais il y a, chez lui, quelque chose de l’animal que nous sommes tous, et qui lui fait préférer l’instinct à la raison. Or, ayant fait beaucoup de randonnées, j’ai souvent eu à me défendre contre les chiens. En ces circonstances, j’ai remarqué que ces animaux jouent à nous faire peur en aboyant. Si nous ne faisons pas attention à leurs cris, ils se trouvent désarçonnés. Pour déjouer la pratique de Trump, la première chose est aussi de lui montrer que nous n’avons pas peur de lui. Ensuite, il convient de dévoiler son jeu de « pickpocket international ». Lorsque, innocemment, j’ai traité mon agent des eaux de voleur, il n’a pas mis longtemps à déserter le terrain avec le policier son complice. Enfin le plus efficace, par rapport à Trump, est peut-être de révéler le ridicule de son comportement. Lui qui est un gagneur ne craint rien plus que de paraître ridicule. J’en reviens aux chiens dans mes déplacements en randonnée. Pour m’en débarrasser j’avais une méthode, sans bâton ni pierre, qui a toujours été efficace. Elle consistait à leur tourner le dos et à les regarder entre mes deux jambes. Aussitôt ils s’enfuyaient comme pris d’une peur panique. Mon interprétation qu’on peut contester est la suivante : c’est leur propre image qu’ils découvraient ainsi, une image horrible, avec ma propre intention de me moquer d’eux. Les dominants n’aiment pas qu’on leur renvoie le côté complètement ridicule de leur comportement. Sans doute en va-t-il ainsi avec un homme comme Trump.

 

Le leurre du nucléaire (rajouté le 18 mai)

Comme tous les pickpockets, Trump a ses leurres et je pense que le nucléaire de l’Iran en est un. Il ne s’agit pas d’abord d’arrêter la production d’une éventuelle bombe atomique mais de marginaliser le pétrole iranien pour faire remonter les cours du brut et rentabiliser le pétrole et le gaz de schiste aux Etats-Unis. Le résultat recherché est déjà là à tel point que Total va abandonner son énorme investissement et contribuer à bloquer la production pétrolière de Téhéran. Et le prix mondial du pétrole remonte  à grande allure   au point que cela pourrait mettre en péril l’économie mondiale au profit des Etats-Unis.

Etienne Duval


 


 

 

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 14:36

 

L’esquisse d’un changement en profondeur pour un monde meilleur

 

Il ne suffit pas de prolonger les courbes d’évolution pour prévoir l’avenir. A certains moments les courbes changent de sens sans que nous l’ayons envisagé. Il se produit alors une mutation qui fait mentir les oiseaux de mauvais augure. Ainsi, aujourd’hui, beaucoup, s’alignant sur le passé, envisagent la disparition des emplois et les conséquences désastreuses qu’elle est susceptible de provoquer, alors que c’est probablement le contraire qui est en train de se passer.


Du goût de l’argent au souci de l’autre

Dans le dernier article du blog, j’ai évoqué ces professeurs qui préféraient sacrifier une partie de leur salaire pour donner un plus grand sens à leur propre vie en se rendant utiles à d’autres. Je suis aussi très sensible à ces gens qui entreprennent une très grande marche de l’Italie vers l’Angleterre pour soutenir les migrants, car à bien y réfléchir nous sommes tous des migrants. Hier encore, je discutais avec un jeune Africain, qui cherche un sujet de thèse en sociologie. Il s’interroge sur les grandes migrations qui partent de l’Afrique et ne peut se résoudre à envisager les raisons économiques comme seule motivation de ces déplacements. Prenant appui sur l’exemple de ces animaux qui font régulièrement de très longs voyages pour assurer la survie de l’espèce, il imagine qu’il existe aujourd’hui chez les Africains une pulsion inconsciente qui les pousse vers d’autres pour construire ensemble un nouveau monde, avec le passage progressif de la pulsion au désir de l’autre.  Les idées sont encore confuses mais elles peuvent être porteuses d’hypothèses fécondes qu’il faudra vérifier.


Les objets intelligents vont susciter la création de nombreux emplois

Il y a une quinzaine de jours, j’ai accompagné une filleule et son père pour acheter un ordinateur dans une grande surface. L’ordinateur est l’emblème le plus représentatif des objets intelligents qui sont aujourd’hui à notre disposition.  Lorsque j’ai entendu le raisonnement des vendeurs, je me suis dit qu’ils ne pouvaient être dans le vrai. Pour eux les ordinateurs sont programmés pour une durée de vie de 3 ans et il est inutile de les assurer pour une durée supérieure. Cela m’est apparu comme une aberration et je me suis dit que plus jamais je n’achèterai un ordinateur dans une telle grande surface. L’ordinateur est un objet intelligent qui a besoin d’être entouré de services pour être mis à la disposition du client. Les vendeurs raisonnaient comme on l’a toujours fait, pour rendre le produit aussi rentable que possible. Mais on en arrive à une situation où se creuse un profond décalage entre l’intelligence de l’objet et sa compréhension par l’utilisateur. Il faut un intermédiaire pour informer et former le client. Par ailleurs l’objet ne peut être soumis à un vieillissement prématuré : il est nécessaire de prévoir son entretien et sa réparation. Là-dessus, je décide d’acheter mon nouvel ordinateur dans une structure où se combinent la vente, l’aménagement du produit pour le client et sa réparation éventuelle. Le prix de l’ordinateur ne semble pas plus cher que dans une grande surface. En tout cas, il est inférieur à celui qui est indiqué sur internet. En réalité les produits intelligents coûtent de moins en moins cher : les logiciels qui leur permettent de fonctionner peuvent être multipliés à l’infini sans que leur prix de revient n’augmente. Aussi le prix de vente peut intégrer le service d’information et de formation et peut-être même celui de l’entretien et de la réparation. Lorsque je répète à mes vendeurs ce que m’expliquaient les agents de la grande surface sur la durée de vie programmée des ordinateurs, ceux-là me répondent par un sourire entendu ; pour eux il est bien évident que ces machines vont finir par s’arrêter si personne ne s’en occupe mais ils savent qu’ils sont là pour empêcher une telle issue.


La seconde naissance des objets intelligents

J’ai donc acheté mon nouvel ordinateur mais je constate qu’il n’est plus possible d’y introduire un compact-disc ou un DVD. Or j’ai besoin très rapidement d’un lecteur de CD. Impossible d’en trouver à proximité, y compris dans la boutique la plus spécialisée. Alors je m’adresse au gérant d’un petit bazar, car, à la Croix-Rousse, un quartier aux multiples réseaux, nous fonctionnons beaucoup par le « bouche à oreille ». Il me répond qu’il n’en a pas mais que j’en trouverai un à bon prix, dans un nouveau magasin un peu plus loin. A 150 mètres je trouve en effet le magasin indiqué, j’y entre et je découvre de nombreux ordinateurs, des téléphones, des caméras, des instruments de musique à très bon prix. Ils sont comme neufs, mais ce sont tous des objets d’occasion. Il y a là au moins trois vendeurs et l’un d’entre eux me présente sans difficulté le lecteur de CD que je recherche pour moins de 20 euros. Peu après je reviens avec mon vieil ordinateur : deux autres personnes du magasin l’inspectent, lui trouvent quelques défauts et finissent par l’acheter pour 100 euros si bien que je repars ravi d’une pareille aubaine. Ainsi un marché nouveau est en train d’apparaître pour offrir une seconde naissance aux objets intelligents. Je découvre finalement que deux magasins viennent de s‘ouvrir, en même temps,  à la Croix-Rousse, pour se lancer dans une telle aventure, qui semble prometteuse.


La caverne d’Ali baba et ses quarante vendeurs

A la Croix-Rousse, toujours, s’est ouvert, il y a quelques années, un magasin où l’on trouve de tout dans le domaine de la droguerie et de la quincaillerie. Il y a là les articles les plus courants mais aussi beaucoup d’autres de grande qualité. Or la stratégie fonctionne à l’inverse de celle des grandes surfaces : de nombreux vendeurs vous accueillent pour vous aider à trouver ce que vous cherchez, quitte à monter sur de longues échelles qui donnent le vertige, pour accéder aux produits les plus insolites. Il devient ainsi évident qu’un autre commerce est en train de s’inventer : la qualité s’accompagne alors d’un service renforcé avec ses nombreux vendeurs qualifiés.


Du goût du bien manger et l’enjeu d’une transformation de l’agriculture

Tout près de l’endroit où j’habite, deux marchés, un grand et un autre plus petit, fonctionnent six jours sur sept. Les habitants du lieu et d’autres plus éloignés y sont très attachés parce qu’ils peuvent trouver ici des légumes et des fruits de meilleure qualité que dans les grandes surfaces. Ce n’est plus le prix seul qui est déterminant pour l’acheteur : ce dernier a ses exigences qui poussent les agriculteurs, maraîchers ou arboriculteurs, à donner la préférence à la qualité sur le rendement à tout prix. Ainsi s’amorce à partir du client une révolution de l’agriculture, qui, en développant la qualité, peut aussi développer l’emploi avec une meilleure rémunération du travail effectué.


Une image de soi plus exigeante qui pourrait susciter une autre forme de militance syndicale et d’engagement politique

Le plus grand souci de l’autre tend à transformer l’image que chacun se fait de soi-même. Aussi devenons-nous plus exigeants pour les formes de militance de toute nature. Personnellement je me sens blessé dans mon humanité lorsque je vois certains responsables politiques et syndicaux trop bloqués sur le rapport de force pour aboutir à leurs fins. Je ne peux oublier que l’homme se fabrique dans le passage du rapport de force à la parole. Je conçois que la violence soit aussi une force de vie mais elle ne peut l’être que si elle passe du côté de la parole.

Etienne Duval

 

 


 

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 17:29

 

Le passage de l’arbre de la connaissance à l’arbre de vie

 

Les mythes peuvent être repris dans une perspective religieuse, mais il est aussi possible d’en saisir la portée anthropologique indépendamment du souci religieux. C’est, en tout cas, ce qui se passe pour le mythe de la chute proposé par la Bible. Ce mythe présente deux arbres : l’arbre de la connaissance et l’arbre de vie. Le premier évoque la situation de l’homo sapiens qui est appelé à se développer grâce à la connaissance. Par contre le second renvoie à une situation nouvelle où c’est l’homme en tant que sujet qui l’emporte et non plus simplement le savoir. Le savoir est un moyen au service de la construction de l’homme  et alors l’arbre de la connaissance est intégré dans l’arbre de vie comme moyen et non comme fin. Très astucieusement la Bible attire l’attention sur le danger de croire que l’homme doit son salut à la connaissance, même si la connaissance reste une dimension essentielle du fonctionnement humain. Il y a un au-delà où l’homme doit intégrer la totalité de son être y compris le savoir et c’est la situation lorsqu’il accède à l’arbre de vie.


Ce n’est pas la connaissance qui sauve l’homme

Nous venons déjà de le souligner mais il me paraît important d’y insister à nouveau. Cela ne signifie pas qu’elle soit sans intérêt. Au contraire elle est un moyen important offert à l’homme pour accéder à ce qu’il est et à ce qu’est le monde présent dans son environnement. Mais elle n’est qu’un moyen. Il reste un au-delà et un chemin qui peut être encore long à parcourir. Car c’est la totalité de son être que l’homme doit reprendre pour l’assumer en tant que sujet. Or il y a bien d’autres dimensions que la connaissance : la création, la transformation du monde, l’amour… En fait nous arrivons aujourd’hui à un stade où nous ne pouvons plus nous contenter de la connaissance ou du savoir au risque d’entraîner la société dans une dangereuse dérive ; les possibilités de la connaissance sont considérablement augmentées par le numérique, les algorithmes et l’ouverture sur le code génétique si bien que des inégalités énormes vont s’installer entre les hommes selon leurs possibilités d’accès au savoir. Il devient nécessaire de penser l’homme selon une dimension beaucoup plus large que la connaissance pour permettre le développement de l’être soi. Les religieux insisteront alors sur l’ouverture au divin comme un parachèvement de l’humanisation de l’homme.

C’est en partie ce problème qui est évoqué par Yuval Noah Harari dans deux livres passionnants : « Sapiens, une brève histoire de l’humanité’ et « Homo deus ». Nous retiendrons de ses réflexions que l’homme accède à un nouveau stade très important dans son évolution.

Ce qui sauve l’homme, c’est de faire une place à l’autre

Assez paradoxalement l’homme est appelé à sortir de lui-même pour se retrouver dans sa totalité. Le mythe de Narcisse nous montre avec beaucoup d’a- propos comment l’enfermement sur soi est en fait une attitude suicidaire. Il devient nécessaire de faire un détour par l’autre pour accéder à soi-même. Autrement dit c’est dans le rapport à l’autre que l’homme devient réellement humain et qu’il accède à une forme d’absolu qui en fait un sujet à part entière. Et l’accomplissement d’une telle démarche se fera dans l’amour. Aussi le dépassement de l’homo sapiens est-il une invitation à une plus grande perfection de l’homme concret. C’est pourquoi l’attitude par rapport à l’étranger en général et par rapport au migrant en particulier devient aujourd’hui un enjeu fondamental pour chacun d’entre nous et pour l’humanité dans son ensemble.


L’importance désormais essentielle de la vocation

Comme nous avons pu le voir dans un blog précédent, la vocation ne s’adresse plus à une élite, elle est une seconde naissance qui concerne tous les hommes. Cela signifie que chacun est unique et qu’il a une place imprenable dans notre monde. Bien plus il ne peut accéder à cette place unique que s’il aide les autres à l’obtenir de leur côté. Désormais la relation est faite d’interactions et d’interrelations, qui supposent la construction de réseaux. Tout s’effectue alors dans la dynamique d’un jeu indéfini impulsé par ce qu’on appelle des espaces intermédiaires. En réalité la vocation est un appel à entrer dans le jeu au risque d’être marginalisé voire expulsé.


De nouveaux emplois qui émergent

Je vais raconter une expérience récente. Il y a moins d’une semaine, nous étions plusieurs à échanger sur la vocation. Une docteure en philosophie, qui, autrefois, donnait des cours à l’Université avoua à la surprise générale que sa vocation était d’être femme de ménage, au service de gens qui pouvaient avoir besoin de son aide. Une ancienne professeure de français renchérit dans le même sens. Aussi peu après je rencontre une auxiliaire de vie qui exerce depuis longtemps dans mon immeuble et je lui raconte cette histoire. Elle me dit : « Cela ne m’étonne pas, j’ai été moi-même professeure d’allemand ». Tout à coup ce que personne ne voyait vraiment apparaissait pour moi en pleine lumière : des emplois nouveaux étaient en train d’émerger et leur caractéristique commune était d’être au service des autres. C’est alors que m’est revenu à la mémoire un passage de l’Evangile : le Christ, que l’on peut considérer comme un maître en humanité, conseillait à ses disciples de ne pas chercher à commander aux autres mais de devenir les serviteurs de tous. Ayant travaillé comme sociologue dans un service du Ministère du Travail, je peux dire que nous savions, depuis longtemps, que les emplois de service à la personne allaient se multiplier. Et je suis étonné qu’aujourd’hui le gouvernement limite les crédits aux hôpitaux et aux centres médicaux au moment où il faudrait investir massivement dans ces secteurs.


Des ratages qu’il faut apprendre à réparer

Dans la nouvelle situation qui nous est offerte, il devient essentiel de naître une seconde fois en assumant sa vocation au service des autres, pour devenir soi-même. Or des symptômes graves manifestent que, pour certains, cette seconde naissance n’a pas eu lieu. Ils s’expriment par des malaises psychiques, par certaines formes de bipolarité qui semblent se multiplier. Très alertée la médecine en cherche la cause dans des dysfonctionnements personnels, oubliant la dimension sociale, qui pourrait en être à l’origine. Pendant ce temps, les familles concernées ne savent à quel dieu se vouer et souffrent en silence. Or il semble urgent de s’intéresser à l’impact que peut avoir le passage de l’arbre de la connaissance à l’arbre de vie sur le comportement et l’évolution des individus. Il pourrait alors devenir possible d’aider ceux qui ont pris du retard à faire un nouveau pas dans la vie pour entrer dans le nouveau jeu qui est proposé. Certains découvriront peut-être que le métier de femme de ménage, d’auxiliaire de vie ou d’infirmier, peut-être déconsidéré,  a plus de sens que le métier rêvé de polytechnicien…

Etienne Duval


 

 

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