Vingt ans, déjà vingt ans….

Dans les années 50, un groupe d’écoliers chantent autour d’un feu de camp près de l’étang de Lindre en Moselle, ils viennent de Dieuze et de Kaiserslautern, c’est à peine si ils se comprennent mais ils veulent faire disparaître les frontières et ils croient à la paix dans le monde. C’est bien parce qu’ils savent ce que guerre et régime totalitaire entraînent comme misère….Une belle soirée feu de camp que je n’oublierai jamais.

Plus tard, mes « témoignages chrétiens' » à la sortie de l’église, l’engagement pour la dénucléarisation, une marche de pâques à Londres avec ma soeur et mon beau-frère et puis l’été 1961 chez des amis français des troupes d’occupation française en allemagne: des couverts en argent,, portant l’inscription « Gasthaus Adler », et ce sentiment de honte si fort que j’en ai eu le souffle et l’appétit  coupés.  Le 13 août, la nouvelle tombe: à Berlin, ils ont construit le mur ( en fait, d’abord une ceinture en barbelés), s’en suivent des discussions interminables entre amis: en fait nous n’y comprenions pas grand’chose et les discussions étaient plus émotionnelles que fondées.

Pauvre jeunesse qui voulait abattre les frontières!

Automne 1961, Dijon.

Longues discussions  sur la vie et l’avenir du monde avec le groupe d’étudiants étrangers et entre autres allemands qui passaient un an à l’université pour y perfectionner leurs connaissances en français. Interminables soirées toutes enfumées.

Ne parlons pas des heures romantiques à regarder les étoiles et à reconstruire le monde: finalement, voyage en Allemagne au début de l’été 1962 pour aller faire connaissance de la famille de celui avec qui nous allions construire notre vie à nous, contre vents et marées.

Fin Août 1962, atterrissage définitif en Allemagne- de l’ouest, avec un bon bagage linguistique mais sans aucune connaissance de l’allemand.Qu’importe, nous avons arrangé cela au plus vite. Trois naissances d’affilée et voilà la famille européenne en plein essor.

Plus tard, dans les années 70, confrontation directe avec le mur de Berlin, au cours de voyages en famille et de voyages avec les femmes du SPD: je me souviens fort bien en particulier d’un voyage où j’ai fait visiter Berlin Est à un groupe d’allemandes de l’ouest, la queue était longue à checkpoint charlie, je n’avais pas mon passemport allemand, et avec mon passeport français,j’ai dû passer par une autre porte et sans queue!Régime de faveur pour les vainqueurs. le même soir en rentrant à l’hôtel, briefing: une des camarades raconte avoir passé un courrier à l’ouest pour un passant de Berlin-est qui k’avait accostée.Douce inconscience? Moi, j’en étais renversée sur le moment car, pas trop courageuse, je voyais défiler devant moi toutes les complications qui pourraient en résulter. A posteriori je me demande ce que j’aurais fait moi-même dans une situation semblable….

Je ne décris pas ici tout ce qui nous a impressionnés dans ce triste monde vert de gris, ce n’est pas mon sujet.Je n’étais pas vraiment tranquille pendant la visite avec ce groupe, pourvu qu’il n’arrive rien!

Les années passent, le professeur d’histoire et père de mes enfants emmène ses élèves de terminale option histoire et politique régulièrement à Berlin-ouest avec visite de Berlin-est à la clé, voyages en bus à travers l’allemagne démocratique , arrêts aux endroits permis, sans écarts possibles.

Peu à peu le régime s’effrite, et les voyages s’ouvrent petit à petit.

Lundi 6 novembre 1989, mon mari le professeur, en voyage en DDR( allemagne démocratique) avec sa classe, m’appelle le soir( depuis Leipzig) comme d’habitude;  » tu ne peux pas imaginer la veillée  pour la paix et la démocratie devant la Nikolaikirche, c’est terriblement émouvant cette force cachée! ».

A l’ouest on suit les détails à la radio  et à la télé, les évènements se précipitent.

Jeudi 9 novembre: en rentrant de mon travail je me plante devant la télé et attends les informations, journal télévisé de 19heures où on retransmet les mots de Schabovski, lieutenant de Krenz, le tout nouveau successeur d’Erich Honecker: les citoyens peuvent voyager en liberté et passer les frontières. L’incroyable devenait réalité. Quelques heures plus tard, appel depuis là-bas pour me rassurer que le voyage se poursuivait normalement mais que, vu les évènements le retour risquait de durer un peu plus longtemps.

Nous étions bouleversés et joyeux(inquiet pour le retour de nos voyageurs justement à Berlin), moi émue jusqu’aux larmes, en écoutant le lendemain le discours de Willy Brandt du haut du balcon du Schoeneberger Rathaus,son ancienne mairie, 

 » Deshalb sage ich nicht nur, daß wir bis zum Ende der Spaltung – zornig, aber auch im Gefühl der Ohnmacht habe ich im August ’61 dagegen angeredet – noch einiges vor uns haben, sondern ich erinnere uns auch daran, daß das alles nicht erst am 13. August 1961 begonnen hat. Das deutsche Elend begann mit dem terroristischen Nazi-Regime und dem von ihm entfesselten Krieg. Jenem schrecklichen Krieg, der Berlin wie so viele andere deutsche und nichtdeutsche Städte in Trümmerwüsten verwandelte. Aus dem Krieg und aus der Veruneinigung der Siegermächte erwuchs die Spaltung Europas, Deutschlands und Berlins. Jetzt wächst zusammen, was zusammengehört. Jetzt erleben wir, und ich bin dem Herrgott dankbar dafür, daß ich dies miterleben darf: die Teile Europas wachsen zusammen….

Noch einmal: Nichts wird wieder so, wie es einmal war. Dazu gehört, daß auch wir im Westen nicht an mehr oder weniger schönen Parolen von gestern gemessen werden, sondern an dem, was wir heute und morgen zu tun, zu leisten bereit und in der Lage sind, geistig und materiell. Ich hoffe, die Schubladen sind nicht leer, was das Geistige angeht. Ich hoffe auch, die Kassen geben noch was her. Und ich hoffe, die Terminkalender lassen Raum für das, was jetzt sein muß. Die Bereitschaft nicht zum erhobenen Zeigefinger, sondern zur Solidarität, zum Ausgleich, zum neuen Beginn, wird auf die Probe gestellt. Es gilt jetzt, neu zusammenzurücken. Den Kopf klar zu behalten und so gut wie möglich das zu tun, was unseren deutschen Interessen ebenso entspricht wie unserer Pflicht gegenüber Europa. »
J’aurais aimé mettre un lien sur une retransmission télévisée intégrale, je n’ai rien trouvé.

Après le retour des voyageurs nous avons eu beaucoup de rencontres avec les allemands de là-bas comme on disait, et elles n’étaient pas toujours gaies, à l’époque j’avais vraiment du mal à discuter politique avec les « têtes de béton » communistes,  peut-être bien que je n’ai pas changé.

Pour moi la joie s’est légèrement estompée grâce à nos voyages avec mon conseil général vers ce que nous appelions le conseil général jumelé de là-bas,Dippoldiswalde, mais c’est une autre histoire, la suite de l’histoire…. Notre histoire à tous.

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1 réponse à Vingt ans, déjà vingt ans….

  1. SLUSZNIS DANIELLE dit :

    Parcours très émouvant d’une Allemande-Française , de par son vécu personnel.
    Quant à moi, j’ai gardé un souvenir très différent de l’histoire de l’Allemagne, mais j’ai eu à plusieurs reprises eu l’occasion de traverser la RDA………; la traversée à toute allure de la RDA après le passage des barbelés et des miradors, avec les sentinelles la mitraillette pointée sur nous etc etc etc. Je vous assure qu’on n’en menait pas large pendant les fouilles systèmatiques de voiture et caravane….. on avait raison de se sauver à toute allure: on sait depuis ce qui se passait là-bas.
    Je me suis bien entendu réjouie pour l’Allemagne d’apprendre la chute du mur et la réunification prochaine de ce grand pays. Mais à coté de moi, mon mari, dont je n’ai pas à exposer le parcours long et difficile à travers une bonne partie du monde, ne voyait pas du tout les choses sous le mme angle: communiste convaicu contre vents et marées, pour lui ce jour était une catastrophe: effondrement en vue de l’alternative communiste à un système ultralibéral qui aurait désormais les mains libres et victoire totale du capitalisme……….. au final, qui avait raison?
    A nous de trouver une 3 éme solution, mais pas si simple en fait!

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